LES TROUPIALES-C0UC0US
porté sans doute de cette manière. Il n'est pas rare de trouver des nids contenant douze ou vingt œufs, tous percés à coups de bec. A l'époque de sa ponte, chaque femelle est ordinairement accompagnée par un ou deux et quelquefois trois mâles, qui restent tranquillement près d'elle pendant qu'elle est sur le nid. On ne voit pas souvent ses ' œufs dans les nids des Oiseaux qui couvent au milieu des forêts sauvages, jamais dans les nids des Coucous et des Grives. Elle dépose aussi ses œufs sur le sol, et M. Hudson a trouvé continuellement et journellement ses œufs épars dans les champs labourés, sur les chemins et sur les lieux arides. Il ne l'a jamais vu attaquer un Oiseau quelconque pour le chasser de son nid, et il croit qu'elle" pond invariablement ses œufs pendant l'absence du véritable propriétaire.
Une circonstance à noter, qui rappelle ce que nous savons du Coucou d'Europe et de presque tous les Coucous vraiment parasites, est que les œufs de Bruantin diffèrent autant par leur forme, leur volume et leur couleur que les irrégularités de ses habitudes. Quelques-uns sont parfaitement ronds, d'autres ovales, pointus ou elliptiques. Les couleurs les plus ordinaires sont le blanc pur, avec de très petites pointes roses, réparties en petit nombre et blanc rougeâtrc fortement couvert de taches rouge brunâtre ; la forme des taches sur ceux obscurément mouchetés étant, sur différents œufs, ronde, oblongue et irrégulière.
« Est-il possible d'admettre, s'écrie à ce propos M. Hudson, qu'une imperfection dans les organes sexuels produise cette diversité dans les œufs, et occasionne aussi ce relâchement dans ses habitudes d'incubation, qui rend cette espèce si différente des autres ? »
On n'a pas ici, comme pour le Coucou d'Europe, la res-
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source ou le prétexte de dire que cette diversité a pour but de dissimuler la substitution ou l'intrusion aux yeux des propriétaires du nid, puisque les Bruantins femelles, loin de se borner discrètement au dépôt d'un seul œuf, vont étourdiment et à l'envi le remplir du plus grand nombre qu'elles peuvent de leurs œufs, ce qui démontre chez ces Oiseaux l'absence de toute trace de l'instinct, si problématique ou si gratuitement prêté au Coucou.
« Je ne puis dire, reprend en terminant M. Hudson, si ces Oiseaux finissent jamais un nid; mais j'ai la certitude qu'ils en commencent quelquefois. Je vis un jour une bande de sept à huit Bruantins volant autour d'un bouquet de jeunes chardons géants. En approchant, je vis qu'ils avaient commencé à construire un vaste nid sur une large feuille horizontale fort en vue. Aucun autre Oiseau n'aurait choisi une fondation aussi fragile pour y faire son nid; car si grandes et si fortes que soient ces feuilles, elles dépérissent rapidement à mesure que croit la plante , et cette feuille aurait certainement laissé tomber le nid dans l'espace de dix ou quinze jours. Le nid, fort négligemment fait, était composé de petites baguettes, de chiffons et d'autres matériaux empilés sans aucune régularité. Les Oiseaux voltigèrent autour avec un air d'inquiétude pendant que je les examinais, et recommencèrent leur travail dès que je me fus retiré; mais deux jours après, ils l'abandonnèrent tout à coup. Depuis,' j'ai eu occasion de voir une autre bande de ces Bruantins commencer un nid dans un peuplier; mais ils le laissèrent aussi sans le terminer.
« Pendant l'automne, lorsque les Bruantins se rassemblent par milliers, au point que le terrain où ils paissent semble recouvert d'un tapis noir, ou que les arbres sur lesquels ils se posent semblent ne porter qu'un feuillage aussi
LES TKOUFIALES -COUCOUS.
sombre, je me suis souvent demandé comment les petites espèces d'Oiseaux, dans le nid desquelles ils pondent, ne sont pas tout à fait ou presque tout à fait détruites, et cela par eux.
« Quoique je connaisse cet Oiseau depuis mon enfance, alors que je rencontrais ses œufs perdus sur les chemins, et que par compassion j'étais des nids des petits Oiseaux ceux qu'il y avait déposés, ses habitudes n'ont pas cessé de me surprendre. Combien est étrange qu'il soit si désordonné au milieu de l'ordre général de la nature! Ou bien devons-nous considérer ces habitudes du Bruantin Commun comme n'étant, non le résultat d'instincts créés, ou dont il soit doué, -mais la conséquence, sur une grande échelle, d'une loi générale : la transition? »
Les diverses espèces établies ou reconnues, parmi les Bruantins de. l'Amérique du Sud, ont entre elles de tels rapports et de telles similitudes de taille et de coloration que. n'étaient quelques différences dans le plus ou moins d'épaisseur et de rectitude du bec, on serait à peine assuré de leur détermination. Nous ne pouvons cependant nous dispenser de mentionner, à la suite de celle si intéressante qui précède, les deux suivantes, avec d'autant plus de raison qu'elles présentent chacune quelques variantes dans leurs habitudes.
Le Bruantin Varié 1 .
M. Hudson qui, nous ne saurions trop le redire, étudie avec tant de soin les habitudes des Oiseaux de cette partie de l'Amérique du Sud, a fait connaître, à la même époque, celles d'une autre espèce, le Bruantin Varié, que
1 Molothrus Baclius.
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l'on a pris souvent pour la femelle du Bruantin Commun, auquel il ressemble beaucoup en volume et en couleur, et que, pour cette raison, nous ne décrirons pas, mais qui est plus joli.
Il a l'habitude invariable de se réunir en petites bandes d'environ dix ou quinze individus, et reste dans la contrée de Buenos-Ayres toute l'année ; mais pendant l'hiver il va d'un lieu à un autre. Il aime à se tenir près des habitations entourées d'arbres; et on le voit souvent se cramponner à la viande fraîche pendue aux portes pour la becqueter.
Son chant est varié : il a différentes notes pour appeler ses compagnons, exprimer sa frayeur ou voler. Au vol, il lance souvent une note singulièrement prolongée, bruyante et mélodieuse, qui, par un temps calme, se fait entendre à un demi-mille de distance; son chant ordinaire est du reste lent, doux et varié ; et tous les individus de la bande chantent en même temps. Pendant l'hiver, ils ont coutume de se rassembler, du côté du soleil, sur un pavillon, un parc à bestiaux, ou tout autre lieu abrité, et d'y chanter pendant une heure ou plus sans s'arrêter.
Peu d'Oiseaux cherchent moins à se cacher et montrent moins de crainte de l'homme que ceux de cette espèce. Il est rarement au repos et n'est jamais seul, la sociabilité étant son caractère dominant. Chez les autres espèces, cette qualité, quelque puissante qu'elle soit, le cède à l'attachementdes sens au moment de l'incubation. Chez notre Bruantin, autant que pût le constater M. Hudson, le premier instinct est presque et même tout à fait souvent aussi fort que le dernier, ce qui cause parfois assez de confusion dans les habitudes de l'incubation. Il arrive fréquemment que les bandes ne se séparent pas au printemps, et alors les rapports sexuels ont lieu en pleine communauté.
LES TROUPIALES-COUCOUS.
Ils s'accouplent quelquefois et construisent un nid fait avec de menues brindilles, garni de crin, placé à une certaine hauteur, dans les plus petites branches d'un arbre; ils y pondent quatre ou cinq œufs teintés. Un couple s'emparera une autre fois du nid du Fournier ou Anumbi Acuticaude, et y pondra ou bien construira son nid dessus.
M. Hudson vit une fois un couple se battant continuellement, pendant plusieurs jours de suite, avec un couple de ce Fournier, pour s'emparer de leur nid. Les Bruantins une fois installés, il trouva mort sur l'arbre cinq jeunes Fourniers à moitié emplumés, jetés hors du nid par les impitoyables intrus, ce qui ne leur avait pas dû être chose facile," eu égard à la petitesse de l'entrée et à la grande profondeur du nid, construit, on le sait, en forme de spirale ou de limaçon. D'où l'on peut conclure que la mémo chose, souvent 'contestée, peut arriver à notre Coucou d'Europe, par le propre fait de la femelle.
Un autre jour, une bande de huit ou dix individus s'empara encore d'un nid de Fournier, et en construisit un autre en dessus, mais pas plus grand que pour un seul couple : ils paraissaient vivre tous ensemble en fort bonne intelligence. Quelques jours après, M. Hudson y trouva et y prit quatorze œufs. Les Oiseaux montraient une grande anxiété pendant qu'il était monté dans l'arbre; les œufs étaient froids. Il pense que s'il eût attendu, il y aurait eu un nombre encore plus grand d'œufs pondus.
Enfin M. Hudson vit une autre fois, deux jeunes Bruantins, poursuivant un Troupiale à gorge jaune ou verdâtre d'un arbre à un autre, en lui demandant de la nourriture, que l'Oiseau leur donna. Ce qui semble indiquer que, malgré ses habitudes si singulières, dont nous venons de parler, il arrive à cette espèce de Bruantin de déposer ses œufs dans le nid d'autres Oiseaux; et il est
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probable que ce Troupiale n'était autre que le père nourricier de ces jeunes Bruantins.
Ce qui en découle encore, c'est que le Bruantin Varié exagère les abus du parasitisme pratiqué par le Coucou d'Europe et les autres Coucous exotiques, puisque ceux-ci ont la pudeur d'en exempter au moins les Oiseaux de leur famille, dont ils veulent bien respecter le domicile, tandis que, fait remarquable, le Bruantin Varié s'attaque même jusqu'aux membres de la sienne! fait dont nous n'avions encore aucun exemple.
Ajoutons que les œufs de ce Bruantin, de même que ceux du Bruantin Commun, accusent une grande diversité de volume, de forme et de taches, et qu'il y a une irrégularité correspondante dans le mode d'incubation de ces Oiseaux. Aussi est-il regrettable que M. Hudson n'ait pas songé à faire de son côté les mêmes observations et les mêmes expériences que M. Ramsay à la Nouvelle-Hollande, sur la concordance de coloration des œufs du Bruantin avec ceux des nids accaparés par lui.
Quoi qu'il en soit, il semble résulter de ces dernières remarques de M. Hudson que la transition, invoquée à titre de circonstance atténuante, commence à se faire. En effet, l'instinct du Bruantin Commun, si dévergondé, si affolé et si impropre à la perpétuité de son espèce (pourtant si nombreuse) qu'il paraît en être la négation, a fait place, chez le Bruantin Varié, à un instinct mieux réfléchi et plus ordonné.
Ce progrès, nous allons le voir se continuer dans l'espèce qui suit; il est vrai que nous remontons en latitude vers le nord :
LES TKOCn.U.ES-COUCOUS.
Le Bruantin Noir ou d'Acier 1 .
Presque de la taille du Bruantin Commun, il est à peu près en entier d'un beau noir à reflets d'acier.
Dans le cours de ses observations sur les mœurs des Troupiales habitant le Mexique. M. de Saussure avait été frappé, tandis que le plus grand nombre s'occupaient de leurs nids, d'en voir d'autres continuer à se promener en troupes autour des maisons, sans avoir l'air de s'inquiéter le moins du monde de leurs devoirs matrimoniaux, comme si la nature ne leur imposait aucune fonction de ce genre. 11 supposa alors que puisque au moment de la réunion des sexes ils prenaient autant de bon temps, c'est que probablement ils se déchargeaient sur les autres de leurs soucis domestiques. Cet observateur ne se trompait pas : c'étaient des Bruantins noirs, un peu moins gros que le Troupiale Commandeur, et qui se trouvent le plus souvent mêlés à des congénères de plus grande taille, sans aucun doute, le Bruantin d'Acier de Cabanis. Or, voici ce que M. de Saussure découvrit du secret des expédients de ces Bruantins : Cet Oiseau ne construit pas de nid, mais trouve plus commode d'aller chercher celui d'un gros moineau brun (la Passerine, dont nous avons parlé), qui a l'habitude de l'établir par terre. Il vient, en se promenant dans l'herbage, guetter le moment où celui-ci, après avoir pondu, s'éloigne de son nid à la recherche de quelque nourriture, s'en approche, s'y installe sans façon, jette dehors tous les œufs du Moineau, à l'exception d'un seul, à cété duquel il pond le sien. Le rusé Bruantin se promène ainsi de nid en nid, au grand détriment des Moineaux et aussi
ii-t
1 Molothrus Sericeus.
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de plusieurs autres espèces, détruisant partout les héritiers légitimes de leur demeure, et confiant le soin de sa progéniture à la tendresse de ceux qu'il dépouille. Après avoir ainsi usurpé la place et les soins qu'un industrieux Oiseau préparait à sa propre famille, ce Coucou d'un nouveau genre, va, dit-on, de temps en temps, rôder autour des nids, .pour surveiller la conduite des dupes. Le Moineau, plus laborieux que sage, couve l'œuf étranger avec le Blâme amour maternel que le sien, élève le jeune Troupiale, qui ne tarde pas à devenir plus gros que lui, et qu'il ne suffirait pas à nourrir, si la mère de l'intrus n'avait eu la précaution de sacrifier plusieurs Moineaux à son petit. Et cependant, M. Darwin rappelle, comme exception à ce fait, l'exemple cité par Fox, de trois jeunes Oiseaux trouvés vivants, dans le même nid, avec un jeune Bruantin.
Ce qui n'empêche pas que si ces Troupiales sont des Oiseaux dénaturés, dépourvus de cette tendresse maternelle, générale chez les animaux de cette classe, ils n'en sont pas moins, comme tous leurs congénères, dignes de notre estime sous bien d'autres rapports, et leur utilité, ainsi que nous le ferons bientôt voir, devrait les faire aimer de l'homme.
Nous arrivons enfin au véritable type de ce groupe de Bruantins de l'Amérique septentrionale, lui :
Le Bruantin des Troupeaux K
Il a la tête et le cou d'un plumage soyeux, d'un noir très foncé; la partie supérieure de la poitrine d'un violet changeant; le reste du corps noir, avec de brillants reflets, quand il est exposé à une lumière favorable. La
1 Molothrus Pccoris.
LES TROUriALES-COUCOUS.
forme du bec, qui est noir, est celle d'un bec de Bruant; les pattes et les ongles sont du même noir brillant; l'iris est de noisette foncée. Sa taille est de 1G à 17 centimètres. Wilson est, après Catesby, le premier qui en ait bien fait connaître les habitudes si étranges ; et à cause de la précision de ses observations personnelles, presque nouvelles alors sur ce sujet, ainsi que de l'importance qu'il y attachait, il y a consacré un des plus longs chapitres de son ornithologie de l'Amérique du Nord, ou plutôt des Etats- Unis.
L'instinct, seulement en voie d'évolution chez le Bruantin Commun, atteint chez le Bruantin des Troupeaux son complément de perfection, sinon comme amour maternel, du moins comme observance des règles nécessaires (sauf l'exceptionnalité du parasitisme) à la conservation de l'espèce. Par exemple, toujours promiscuité de sexes, mais chaque femelle ne pondant qu'un seul œuf dans chaque nid de son choix, et prenant les précautions voulues pour qu'il soit convenablement et utilement couvé, et le petit élevé maternellement par ses parents nourriciers adoptifs.
Vers le 25 mars ou le commencement d'avril, dit V îlson, les Bruantins des Troupeaux venant du Sud, font leur première apparition en Pensylvanie, quelquefois en compagnie de Troupiales Commandeurs, mais plus généralement en troupes séparées. C'est communément le matin qu'ils s'arrêtent sur la cime des arbres, près des cours d'eau, pendant une heure, et ils semblent solitaires, silencieux et fatigués. On continue de les voir par bandes isolées jusqu'au milieu de juin, surtout au bord des criques et des ruisseaux; à partir de cette époque, ils disparaissent jusqu'au commencement ou au milieu d'octobre; et alors ils se montrent en bandes fort nombreuses, généralement accompagnés de Troupiales Commandeurs, avec lesquels ils
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ont de grands rapports de mœurs, de chant et de nature de plumage. Dans leurs voyages aériens, tels que des navigateurs expérimentés, ils profitent de la direction du vent et partent toujours par une brise favorable. C'est ainsi qu'une année, Bertram écrivit à Wilson que, vers le 10 ou 12 octobre, par un vent du nord-est, il était arrivé une prodigieuse quantité de Bruantins des Troupeaux, en bandes de plusieurs milliers chacune; ils s'arrêtèrent sur les arbres du jardin pour se reposer, puis reprirent leur voyage vers le sud ; parmi eux se trouvaient des Troupiales Commandeurs.
« Lors du premier passage de ces Oiseaux au printemps, il est fort probable, observe Wilson, que leur migration s'étend très loin au nord. Ceux qui passent en mars et en avril dans la Pensylvanie peuvent n'y pas trouver l'occasion d'y déposer leurs œufs, car ce pays ne renferme pas plus d'une ou deux espèces qui nichent de si bonne heure. On voit fréquemment ceux qui passent en mai et en juin flâner isolément, au milieu des buissons, à la recherche sans doute de nourrices auxquelles ils puissent confier le soin de couver leurs œufs et d'élever leurs orphelins abandonnés. »
Parmi les Oiseaux que ce Bruantin choisit à cette intention sont les suivants : la Rouge-Gorge de Wilson 1 , qui niche dans un trou d'arbre; le Fringille Social 2 ,' qui niche dans les cèdres touffus; la Grive à couronne d'or 3 , dont le nid a la forme d'un four; le Tyran ou Gobe-Mouches aux yeux rouges 4 , qui suspend le sien à deux petites branches d'un arbuste; le Chardonneret Triste r ', qui niche dans une
1 Sialia Wilsoni.
s Spi;clla Socialis.
3 Sciurus Auricupillus.
4 Elœnea Erythrophthalma,
5 Chrysomltyis Trislis.
LES TRODPIÀLKS-COUCOUS.
enfourcliure d'aulne; le Maryland à gorge jaune 1 , qui niche à terre, dans les racines d'une touffe de ronces; le Tyran aux yeux, blancs ou Gobe-Mouches Chanteur", qui suspend son nid aux tiges de la vigne; et le Petit Tyran ou Gobe-Mouches Bleuâtre", qui l'attache aux pousses flexibles d'un arbre, quelquefois à 15 ou 20 mètres audessus du sol. Il existe encore bien d'autres espèces chargées de cette besogne; mais ce sont les seules dans lesquelles Wilson ait toujours rencontré l'œuf du Bruantin des Troupeaux. Les Tyrans ou Gobe-Mouches à œil rouge et à gorge jaune semblent néanmoins plus spécialement en faveur; et la tendresse, ainsi que les soins affectueux dont ils entourent leurs nourrissons, justifient plus pleinement cette préférence.
Un entr'autres, que nous n'avons pas cité, est le Frineille ou Passer ine Mélodieuse 1 . Nous avons possédé nousmême un nid de ce Fringille, dans lequel se trouvait un œuf de Bruantin des Troupeaux; et si la manière dont ce dernier Oiseau place son œuf dans les nids étrangers est toujours la même, elle est certainement fort curieuse. D'abord, comme notre Coucou d'Europe, il ne déposerait jamais plus d'un œuf à la fois dans chaque nid; ensuite cet œuf est presque toujours placé, à la façon des Talégalles, perpendiculairement, la pointe en bas, dans le fond et au milieu du matelas du nid, et pénètre dans cette couche du tiers environ de sa hauteur, c'est-à-dire de son grand axe. C'est de l'honorable et savant sir Cabott, de Boston, que nous tenions ce remarquable nid; il y a de cela plus de trente ans.
1 Trichas Marylandica.
1 Tyrannula Nunciola.
' Tyrannula Minuta.
4 Zoiiotrirhia Melodia.
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C'est par dessus tout aux dépens du Figuier Tacheté ' que le Bruantin exerce son usurpation. Il a soin également d'enchâsser, comme nous venons de le voir, son œuf dans le tissu mollet du fond du nid de ce petit Oiseau; en sorte que cet œuf, faisant peu de saillie, est à peine visible, et ne dérange en rien les œufs de la mère légitime. Mais quelles que soient les ruses et les précautions du Bruantin, il a affaire à tout aussi rusé que lui; et nous allons voir à présent les procédés non moins curieux que met en usage notre petit Oiseau pour se soustraire aux devoirs de cette hospitalité forcée.
M. Nuttall est, selon Audubon , le premier naturaliste qui ait remarqué la méthode fort curieuse qu'emploie cet Oiseau pour se décharger du fardeau d'élever le petit du Bruantin.
« Il est intéressant, dit-il, d'observer la sagacité que montre ce petit Oiseau dans la manière dont il se débarrasse des œufs de Bruantin parasite et vagabond. L'œuf, déposé avant la ponte du légitime possesseur, étant trop gros pour être rejeté, est industrieusement relégué dans le fond du nid, et une nouvelle garniture, placée en dessus, de sorte qu'il n'éclôt jamais pour être le bourreau de sa couvée. Deux exemples de ce genre furent observés par mon ami Charles Pickering; et je me procurai l'été dernier un nid ayant l'œuf accidentel enfoui à peu près aux deux tiers, le bout supérieur étant seul visible; de manière qu'il est problable que, dans bien des cas, le Figuier échappe à la tâche désagréable d'être le père nourricier de l'orphelin noir du Bruantin. Ce qui n'empêche pas qu'il ne remplisse pas fidèlement ce rôle, lorsque l'œuf est pondu avant le sien. »
1 Rhimanphus JEslivits.
LES TUOUriALES-COCCOUS.
La note suivante, du D r Brewer, montre que ce petit Oiseau est capable de bien d'autres exploits :
« Un fait, d'un grand intérêt pour l'histoire du Figuier Tacheté, dit, en 1839, cet ornithologiste, et qui n'a été observé que depuis quelques années, mérite l'attention, par la faculté de raisonnement qu'il suppose, et qui est peutêtre unique, car je ne crois, à la connaissance de personne, qu'il soit pratiqué par aucun autre Oiseau. Je veux parler de l'industrie surprenante avec laquelle il parvient souvent à se décharger du fardeau d'élever le rejeton du Bruantin, en enfouissant l'œuf de l'intrus. Je connais quatre cas où des œufs isolés ont été ainsi enfouis par le Figuier Tacheté, en construisant un second étage, ou plutôt un second fond à son nid, et renfermant entre les deux celui de l'étranger. Dans un de ces cas, trois œufs du Figuier furent couverts avec celui du Bruantin; et, dans un autre, après que l'œuf de celui-ci eût été caché, un second, ayant été pondu par lui, fut traité de la même manière, donnant ainsi lieu à un nid à triple fond. »
Ce fait ne semble-t-il pas impliquer une répugnance marquée de la nature à admettre ce droit de paresse et d'envahissement que s'arroge le Bruantin? et n'est-ce pas, en même temps qu'une protestation, la condamnation la plus formelle de l'opinion des ornithologistes, qui ont élevé, chez notre Coucou, cet autre droit du seigneur au rang d'une théorie? Ceci soit dit en passant.
D'après ce que nous savons des mœurs des Oiseaux, il est reconnu qu'une fois le nid complètement terminé, il s'écoule généralement un ou deux jours avant que la femelle commence à pondre. Ce délai, dans beaucoup de cas, est nécessaire pour donner de la solidité aux matériaux humides qui le composent, et leur permettre de sécher. Notre Oiseau trouve quelquefois un nid en état, et y dépose son
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œuf. Wilson a invariablement constaté, comme résultat, que le propriétaire légal abandonne alors son nid, et, par suite, l'œuf déposé par l'intrus se trouve perdu. Mais, quand il a lui-même commencé à pondre, et qu'il y a déjà un ou plusieurs œufs dans le nid, avant que le Bruantin y dépose le sien , l'attachement du propriétaire lui est assuré et lui demeure inébranlable jusqu'à ce que l'incubation soit terminée, et que le jeune étranger puisse se suffire à lui-même.
Ce n'est pas toutefois sans s'être aperçu de cette introduction furtive et sans un certain pressentiment d'in- •quiétude que le propriétaire du nid se décide à son œuvre; car voici comment Audubon raconte ces intéressants préliminaires :
« Le Bruantin, dit-il, ne pond jamais plus d'un œuf dans le même nid, quoi qu'il soit probable qu'il en dépose plusieurs dans différents nids, surtout si l'on considère le nombre immense d'Oiseaux de cette espèce, qu'on voit à leur retour vers le sud. Il ne s'introduit pas de force dans le nid, mais épie le moment favorable ; et lorsqu'il le voit abandonné de ses gardiens, il se glisse dedans, comme fait celui qui veut commettre une mauvaise action.
« Lorsque la femelle du Figuier Tacheté revient à son nid, et qu'elle y trouve un œuf qu'elle reconnaît immédiatement pour ne pas lui appartenir, elle quitte le nid, se perche sur une branche voisine, appelant bruyamment son mâle. Celui-ci arrive bientôt et montre la plus grande inquiétude pour le chagrin de sa compagne. Ils visitent ensemble le nid, s'en éloignent et continuent à caqueter assez longtemps. L'œuf odieux est resté néanmoins à sa place, la femelle continue à pondre, et l'incubation suit son cours ordinaire.
« L'habitude bien connue du jeune Coucou d'Europe de
LES TROUPIALES-COUC'OUS.
jeter hors du nid tous les œufs ou jeunes qu'il sent autour de lui aussitôt qu'ils sont éclos, a été décrite d'une manière très satisfaisante et très amusante par l'aimable D>- Jenner. Quoique, pour notre Bruantin des Prairies, cette habitude n'ait pas été observée, il y a pourtant, jusqu'à présent, quelque chose de mystérieux dans la disparition des œufs de l'éleveur après réclusion de son nourrisson, qui nait régulièrement avant tous les autres. Le temps de l'incubation, pour les autres petits Oiseaux, est de douze à quatorze jours; mais quoique Wilson ne puisse fixer le temps voulu pour l'œuf du Bruantin, il croit pouvoir affirmer qu'il demande un ou deux jours de moins : « En cette circonstance, ajoute-t-il, nous voyons une remarquable prévoyance de la Divinité; car si cet œuf demandait un ou deux jours de plus, le jeune qu'il contient courrait risque d'une mort certaine, et alors, en peu d'années, toute l'espèce serait détruite. Dès la naissance de l'enfant trouvé, les parents étant obligés de quitter souvent le nid afin de pourvoir à sa nourriture, le travail de l'incubation se trouve forcément interrompu ; le désir de continuer est diminué, car la nature -a donné une autre direction au zèle des parents, et les œufs qui restent disparaissent au bout d'un ou deux jours au plus ; quelquefois, il est vrai, on les a trouvés près du nid ou au-dessous; mais ce cas est rare. »
Audubon n'a fait, en ce point, que confirmer les observations de Wilson.
Un des correspondants de ce dernier avait, du reste, dans ses lettres de 1809, posé et examiné la question en
ces termes :
i Que deviennent les œufs ou les jeunes des propriétaires? C'est une question très intéressante qui appartient à ce sujet. Il doit y avoir une loi de la nature en vertu de
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laquelle on ne peut presque jamais trouver les petits du propriétaire partageant le nid avec le jeune Bruantin. Je vous offrirai le résultat de mes propres observations ; mais je vous laisserai, à vous et à d'autres plus versés que moi dans les secrets de la nature, le soin d'en tirer les conclusions. Quelque théorie qu'on adopte, les faits doivent rester les mêmes.
« Ayant découvert un nid de Moineau Passerine, avec cinq œufs, dont quatre à lui, et le Moineau en train de couver, je le visitai tous les jours. L'œuf des Bruantins occupait le centre, et les autres étaient un peu repousses sur les côtés. Cinq jours après cette découverte, je trouvai l'œuf 'du Bruantin percé, et le jour suivant le petit était éclos. Le Moineau revint pendant que j'étais près du nid, le bec plein de nourriture, qu'il donna à son nourrisson, avec toutes les marques possibles d'affection, et à ma vue, il témoigna l'inquiétude habituelle. Le jour suivant, il ne restait que deux œufs du Moineau, et le lendemain il n'y en avait plus; c'est en vain que je les cherchai à terre dans toutes les directions.
« Ayant trouvé l'œuf du Bruantin dans un nid de Maryland à gorge jaune, je renouvelai mes observations. Le travail de l'incubation était terminé; le septième jour après la découverte, je vis le jeune Bruantin éclos pendant mon absence de vingt-quatre heures, et tous les autres œufs restaient. Je n'eus pas occasion de visiter le nid de trois jours : à mon retour, il ne restait qu'un œuf, encore était -il pourri. La Gorge-Jaune entourait le jeune étranger d'autant de soins et de tendresse que s'il eût été son enfant.
« L'année suivante, le premier œuf de Bruantin que je trouvai était dans un nid de Gorge-Bleue, construit dans le creux d'un tronc d'arbre, et le travail d'incubation avançait. Trois ou quatre jours après ma première visite,
LES TROUPIALES-COUCOUS.
je trouvai le jeune Bruantin éclos, et il restait trois œufs; deux contenaient des petits, qui paraissaient arrivés à leur entier développement; l'autre était pourri. Je trouvai à terre, au pied du tronc, un des autres œufs, qui ne différait en rien de ceux restés au nid; dans aucun d'eux, il n'y avait signe de vie.
« Bientùt après, je trouvai un nid de Chardonneret, qui contenait un œuf de chaque espèce, et j'attendis que la ponte fut terminée. Ayant été obligé de quitter la maison, je ne pourrais affirmer d'une manière précise quand commença l'œuvre de l'incubation; mais, d'après mon raisonnement, je crois que l'œuf du Bruantin a dû éclore neuf ou dix jours après le commencement de ce travail. A mon retour, je vis le jeune Bruantin occupant à lui seul presque tout le nid, et sa mère adoptive aussi pleine de soins pour lui que s'il eût été son propre enfant.
« Je dois avouer ici que, dans aucun de ces cas, je ne saurais certifier exactement le temps que demande pour éclore l'œuf du Bruantin. N'est-il pas étrange cependant que l'œuf de l'intrus doive sans exception éclore le premier? L'idée que cet œuf est plus gros, et que son propre poids l'amène à occuper le centre du nid, ne suffit pas à expliquer ce phénomène; car, dans ce cas, les autres œufs, proportionnellement élevés sur les côtés, recevraient plus ou moins autant de chaleur du corps de l'Oiseau que l'œuf étranger. On aurait au surplus de la peine à appliquer ce principe aux œufs de la Gorge-Bleue, qui sont à peu près de la même grosseur; et, s'il y avait quelque différence, elle serait en sa faveur.
« Comment les œufs sont-ils rejetés hors du nid? Est-ce par la taille du jeune Bruantin et la place qu'il occupe? Cela ne peut être; car dans le cas de la Gorge-Bleue, dont le nid est au fond d'un trou d'arbre, à plus do 30 centi-
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
mètres en contre-bas de l'ouverture, avec des parois perpendiculaires , les œufs n'en étaient pas moins expulsés, bien qu'ils continssent des petits tout formés ; en outre, le jeune Bruantin est aussi faible que tout autre Oiseau, et est loin d'avoir la force, en ce moment, de jeter hors du nid les autres petits, ou même les œufs. Je n'affirmerai pas que les œufs du propriétaire neclosent jamais; ce que je puis attester néanmoins, c'est que je n'ai jamais été témoin d'un cas qui plaide en faveur de l'affirmative. Si tous les œufs des deux Oiseaux éclosaient, le nid parfois ne pourrait contenir la moitié des jeunes; ce serait le cas, par exemple, pour celui de la Passerine ou du Maryland à poitrine jaune. Je n'affirmerai pas davantage que l'œuf étranger demande moins de temps pour arriver à terme que ceux du propriétaire du nid ; mais, d'après les faits reconnus, j'incline du coté de cette opinion. Comment les œufs sont-ils expulsés après réclusion du bâtard? Évidemment par le propriétaire du nid ; car cela est d'accord avec son économie générale : la volonté de couver est en effet détruite par l'attention qu'il est forcé de porter au jeune étranger; et alors l'instinct le pousse à les jeter dehors. Je dois ajouter que j'ai quelquefois trouvé des œufs de la Passerine, qui gisaient à terre près du nid contenant un jeune Bruantin, et qui renfermaient des petits non encore à terme; aussi ne puis-je résister à cette conclusion. Les parents nourriraient -ils les jeunes des deux espèces eu même temps? Je ne le crois pas : je n'ai jamais vu d'Oiseau nourrir les jeunes des autres qu'après avoir perdu les siens propres; je pense que l'étranger suspect aurait de la peine à intéresser une mère, pendant qu'elle entendrait les cris de ses propres enfants ; et si une telle rivalité pouvait exister, c'est le jeune étranger qui en souffrirait; en sorte que toute l'espèce serait probablement éteinte. »