‹ La Vérité sur le coucouChapitre 5 sur 20 · LES COUCOUS INDICATEURS · texte numérisé non relu

LES COUCOUS INDICATEURS

Les Indicateurs, que l'on a longtemps confondus avec les Pics, parce qu'ils sont quelque peu Grimpeurs, ne sont cependant que-do vrais Coucous, de ceux, qui déposent leur œuf dans le nid d'autres Oiseaux : fait remarquable, et que n'avaient découvert ou même soupçonné ni le Père Lobo, ni Sparmann, ni Bruce ni le docteur Petit, dont nous rapporterons les diverses observations; que J. Verreaux a, le premier, révélé à la science et que nous avons, il y a déjà longtemps 2 , publié d'après ses notes.

Ces Coucous ont le bec court, conique, arqué, à bords comprimés vers la pointe, qui est entière et sans échan-

1 Iiulirntorinœ.

2 « Encyclopédie d'Histoire naturelle, Oiseaux. »

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crure; les narines latérales, ovalaires; les ailes longues et pointues; la queue médiocre et étagée ou échancrée ; les tarses plus courts que le doigt le plus long; quatre doigts, deux devant, deux derrière; les ongles robustes et recourbés, taillés absolument comme ceux des Pics; enfin, la langue aplatie, courte, triangulaire et non extensible.

Leur plumage est terne et sans éclat métallisé. Leur faciès, au premier aspect, les rapproche de quelques Moineaux.

On en admet huit espèces, dont six de l'Afrique, une de l'Asie méridionale et l'autre de Bornéo, sur lesquelles Buffon et Linné n'ont connu et décrit que la première qui va nous occuper. C'est celle que Levaillant a nommée le Petit Indicateur et qui n'est autre que celle de Sparmann, dont elle porte aujourd'hui le nom.

L'Indicateur de Sparmann 1 .

Il a le dessus de la tète d'un gris olivacé qui, à mesure qu'il descend sur le derrière du cou, prend un ton plus décidément vert olive jaunâtre, lequel devient la couleur dominante du dessus de l'Oiseau, des couvertures alaires, du dos et du croupion ; les grandes pennes 'des ailes, sur fond noir, sont lisérées extérieurement de vert-jaunàtre, on remarque, au dessous des yeux, un trait noirâtre qui, de chaque côté, forme moustache; la gorge, le devant du cou et la poitrine, ainsi que tout le dessous du corps, sont d'un vert olive grisonnant; le ventre est blanc sale; les trois dernières plumes latérales de chaque côté de la queue sont blanches, et portent chacune une tache brune à leur bout; les suivantes, en y comprenant les deux du

' lndicator Sparmanni.

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milieu, sont d'un brun olivâtre sur leurs barbes extérieures, et blancbes dans une partie de leurs barbes intérieures. Le bec, les veux et les pieds sont d'un brun jaunâtre. Il est de la taille à peu près de notre Moineau, ayant de quinze à dix-sept centimètres de longueur.

* Les Indicateurs ont été ainsi nommés par Levaillant, pour les distinguer génériquement de la sous-famille des vrais Coucous, avec lesquels Sparmann les avait rangés. Ce nom est emprunté aux habitudes que les colons du Cap ont supposées aux Espèces de ce Groupe, qu'ils ont encore appelées Guides au miel, parce qu'en recherchant le miel, ou plutôt les insectes qui le font, avec une extrême avidité, les Indicateurs s'abattent sur les ruches des abeilles sauvages qu'ils découvrent, en jetant des cris qui attirent les Hottentots et les chasseurs.

Le Jésuite Jérôme Lobo est le premier qui, dans son voyage en Abyssinie, ait décrit cet Oiseau et lui ait attribué cet instinct tout particulier pour découvrir le miel. Il dit que, quand celui-ci a fait une découverte, il s'en va sur le grand chemin où, sitôt qu'il parait un voyageur, il bat des ailes, il chante, et par toutes sortes de mouvements, l'invite à le suivre; puis volant d'arbre en arbre, il le conduit jusqu'à la ruche, auprès de laquelle il fait entendre les sons les plus mélodieux.

Après ce voyageur, Sparmann, dans la relation d'un voyage au Cap de Bonne-Espérance, donne plus de détails à ce sujet. C'est, dit ce docteur, dans l'intérieur de l'Afrique, à quelque distance du Cap de Bonne-Espérance, que se trouve cet Oiseau. Le matin et le soir sont les deux temps de la journée où il fait entendre son cri qui, selon quelques voyageurs, signifierait miel dans certaines tribus Cafres ou Hottentotes, cri fort aigu, et qui semble appeler les voyageurs et autres personnes qui cherchent le miel

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dans le désert; ceux-ci lui répondent d'un ton plus grave en s'approchant toujours ; dès qu'il les aperçoit, il va planer sur l'arbre creux où il connaît une ruche; et si les chasseurs tardent à s'y rendre, il redouble ses cris, vient au-devant d'eux, retourne à son arbre, sur lequel il s'arrête et voltige, et qu'il leur indique d'une manière très marquée : il n'oublie rien pour les exciter à profiter du petit trésor qu'il a découvert, et dont il ne peut apparemment jouir qu'avec l'aide de l'homme, soit parce que l'entrée de la ruche est trop étroite, soit par d'autres circonstances que le narrateur ne nous apprend pas. Tandis qu'on travaille à se saisir du miel, il se tient dans quelque buisson éloigné, observant avec intérêt ce qui se passe, et attendant sa part de butin, qu'on ne manque jamais de lui laisser, mais point assez considérable, comme on le pense bien, pour le rassasier, et par conséquent risquer d'éteindre ou d'affaiblir son ardeur pour cette espèce de chasse.

Ce n'est point ici un conte de voyageur, fait remarquer Buffon en reproduisant ce passage, c'est l'observation d'un homme éclairé, qui a assisté à la destruction de plusieurs républiques d'abeilles trahies par ce petit espion, et qui rend compte de ce qu'il a vu à la Société Royale de Londres.

Tel est le point où l'on en était de l'histoire de l'Indicateur à cette époque.

On conçoit que le merveilleux s'empare, aux dépens de leur jugement, de l'imagination des voyageurs témoins de pareils instincts chez un Oiseau, et qu'ils se laissent facilement entraîner à attribuer à ces instincts un tout autre mobile que le véritable. Aussi Mauduyt, se plaçant à un point de vue plus philosophique, croit-il pouvoir l'expliquer ainsi :

« Le D r Sparmann semble croire que le Coucou Indica-

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teur a l'intention d'avertir l'homme par son cri, qu'il le cherche pour profiter de sa puissance, et s'emparer avec lui d'un trésor qui ne peut tomber autrement en son pouvoir. Cette combinaison d'idées n'est guère admissible dans aucun animal, et surtout dans un Oiseau qui vit loin de la société de l'homme, dans les déserts de l'Afrique. Il est bien plus naturel de penser que le Coucou Indicateur suit un instinct qui n'a de relation qu'à lui; qu'accoutumé à dévorer peut-être les fbeilles à la sortie et à la rentrée du nid. il se plaît à rôder autour de la ruche, que c'est d'effroi qu'il crie à la vue de l'homme, que plus il approche, plus l'Oiseau redouble ses sons parce qu'il craint davantage; qu'il finit par se percher sur l'arbre, comme par un instinct naturel, pour défendre le nid; qu'il se trahit dans cet acte où il n'est animé que par la crainte pour un objet qui lui est cher, et sans autre sentiment à l'égard de l'homme que celui du danger dont sa vue menace l'objet qu'il chérit. Ainsi plusieurs Oiseaux, à la vue de l'homme, voltigent en criant autour de leur propre nid et, se posant dessus ou auprès, comme pour être plus à portée de le -défendre, se trahissant sur l'endroit où il est placé. » Bruce, cherchant avec plus d'ironie que de raison, selon son habitude, à concilier les relations du P. Lobo et du D r Sparmann, émet son opinion en ces termes, dans son voyage en Nubie et en Abyssinie (1768-73) : « Pour moi, je l'avoue, je ne puis concevoir comment, dans un pays où il y a tant de milliers de ruches à miel, on ait besoin d'un Oiseau pour trouver du miel; je conçois moins encore pourquoi la nature a donné à cet Oiseau un instinct particulier, dont il n'a pas le pouvoir de profiter, car l'homme semble en cette occasion, être fait pour le service du Moroc (nom, selon Bruce, de l'Indicateur, en Abyssinie), ce qui est contraire à l'ordre ordinaire des

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choses. Certes, l'homme n'a pas besoin de lui, puisque tous les arbres, tous les endroits un peu élevés lui offrent des ruches d'abeilles. Aussi je crois, avec tout le respect que l'on doit avoir pour les deux philosophes qui rapportent cette histoire, que ce n'est qu'une Action invraisemblable, et je puis assurer que je n'ai entendu dire à personne, en Abyssin ie, que le Maroc, ni aucun autre Oiseau, fit ce que racontent ces deux voyageurs, »

Ce démenti ainsi donné par* un troisième voyageur, piqué peut-être, de n'avoir rien vu ni entendu de pareil aux dires de ses prédécesseurs, dont un son contemporain et son compatriote, perd d'autant plus de sa valeur, que Bruce termine en blâmant lestement Sparmann et les savants ses imitateurs ou copistes, d'avoir pu avancer mal-à-propos que le Moroc était un Coucou : ce qui est cependant l'exacte vérité.

Levaillant, de son côté, développe également fort au long, à rencontre du D' Sparmann, la même idée que Mauduyt, en l'appuyant sur des raisons qui ne manquent pas d'une certaine justesse.

« Il est bien vrai, dit-il, que les colons d'Afrique, et les Hottentots particulièrement, ayant reconnu une fois que l'Indicateur se nourrissait de miel,, se sont imaginés de suivre cet Oiseau pour découvrir les ruches sauvages, auxquelles il se rend nécessairement chaque jour plusieurs fois pour subvenir à ses propres besoins, et que son instinct lui indique bien mieux que les recherches de l'homme. Il est encore vrai de dire que l'Indicateur étant de son naturel fort criard, il donne par-là beaucoup de facilité pour le découvrir et mieux encore pour le suivre sans le perdre de vue, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au but de sa course, qui n'est rien autre que celui de prendre son repas accoutumé, et non certes, celui de déceler à l'homme un trésor, dans

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l'espoir que celui-ci le partagera avec lui. S'il fallait que chaque Indicateur conduisit, ou entraînât pour ainsi dire malgré lui, un homme vers une ruche, pour que celui-ci l'aidât à son tour à s'emparer du miel qu'il aurait découvert, on doit aisément concevoir que les Indicateurs risqueraient fort de mourir de faim. Comment vivent donc tous les individus de cette Espèce, qui pullulent dans ces vastes contrées de l'Afrique, où l'on ne voit pas un homme, et qui ne s'en nourrissent pas moins du miel qu'ils ont trouvé? Encore, dans les cantons habités, pour un homme qui s'avise de suivre un Indicateur afin de découvrir une ruche, n'est-il pas des centaines, des milliers de ces Oiseaux, qui non seulement savent bien se passer de ce concours d'autrui; mais qui, disons-le, ne voient sûrement pas sans effroi un être à eux étranger dévaster et vider en un moment le garde-manger où chaque jour un d'eux trouvait sa nourriture favorite : effroi qu'expriment au reste très distinctement ces Oiseaux par les cris redoublés et les inquiétudes marquées dont ils sont agités pendant la dévastation de leur ruche nourricière, et que Sparmann a pris pour des signes de joie et l'expression du contentement.

« Il est évident, ce me semble, d'après tout ce que nous avons dit, que ce n'est pas l'Indicateur qui, comme on l'a raconté, appelle les hommes dont il est bien certain qu'il n'a pas besoin, pour s'approprier le miel qu'il aurait découvert lui-même; mais que c'est l'homme au contraire qui, ayant reconnu l'habitude qu'a cet Oiseau de se rendre aux ruches, le suit tout naturellement pour les trouver plus facilement; comme lorsqu'après avoir remarqué, en Afrique, l'habitude qu'ont les Francolins de se rendre, à certaines heures fixes, à l'abreuvoir, je m'avisai aussi de les suivre pour découvrir l'eau à laquelle ils se rendaient tous. L'affiuence des Vautours n'indique-t-ellc pas de même aux

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Africains une proie terrassée par un animal féroce? et ces peuples ne savent-ils pas également profiter de cet avertissement. Enfin ces pratiques des peuples sauvages sont si naturelles que. si l'on suivait de même, chez nous, un Héron, il est certain qu'on arriverait à une rivière, un bassin, un étang empoissonné; comme en suivant une bande d'Étourneaux, on parviendrait à une prairie où l'on trouverait des bestiaux paissants; que si on suivait des Corbeaux, on trouverait une charogne; comme, en un mot, celui qui suit les pas d'un âne risque fort de ne trouver que des chardons à recueillir. Au reste. Sparmann a redit en Europe ce qu'on lui a raconté au Cap sur cet Oiseau, car l'histoire qu'il rapporte esl. en effet, dans toute la colonie, la fable dont on berce les hommes crédules au sujet de l'Indicateur. »

Revenant à son sujet. Levaillant nous initie à quelques détails des mœurs de l'Indicateur sur lesquels ses prédécesseurs étaient restés muets.

Les plumes des Indicateurs sont pleines, courtes, dures et serrées au corps. La peau de l'Oiseau est épaisse, comme celle des Pics, et les fibres en sont tellement serrées, que l'on a de la peine à le piquer avec une épingle avant qu'elle ne soit sèche : admirable précaution de la nature qui. ayant destiné l'Indicateur à disputer sa subsistance aux abeilles, l'a revêtu d'une cuirasse impénétrable qui le préserve de l'aiguillon acéré des plus industrieux des insectes.

Les Indicateurs vivent dans les pays boisés. Ils nichent, avance Levaillant, dans des Irons d'arbres, et pondent leurs œufs sur le bois vermoulu. Ils sont d'un naturel peu farouche, quoique très remuant; on les entend sans cesse crier, ce qui les fait aisément découvrir par le chasseur; et, comme ils ont le vol lourd, et qu'ils se portent à de petites distances, il est très facile de les suivre

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lorsqu'on veut arriver aux ruches où ils ont l'habitude d'aller prendre leur nourriture, car ils vivent principalement de miel et de la cire qui le contient; mais ils ne mangent point les abeilles, quoiqu'ils en détruisent beaucoup en se défendant des piqûres de celles-ci qui, s'attachant de préférence aux yeux de l'Oiseau, lui font quelque fois payer chèrement sa témérité. Les Hottentots ont assuré à Levaillant que plusieurs fois ils avaient trouvé, au bas des ruches sauvages, des cadavres d'Indicateurs qui avaient été tués par les abeilles; ce qui peut assurément bien arriver, puisque en Europe on a souvent trouvé dans nos ruches des souris, des mulots mis à mort par les abeilles, et ensevelis sous une voûte de cire; celles-ci ne pouvant traîner les cadavres hors des ruches les couvrent ainsi, pour ne pas en être incommodées.

Comme on le voit, la lumière commence à se faire à l'endroit des mœurs de l'Indicateur; mais elle n'est pas encore complète, et elle n'est pas davantage exacte.

Sparmann déjà, tout en en faisant un Coucou, lui donne la faculté de tisser un nid en forme de cornue renversée, en quoi il a prêté à l'Indicateur un nid de Tisserin. De son côté, partant de la supposition de ce fait (qu'il n'eût pas l'occasion de vérifier) que les Indicateurs nichaient dans des trous d"arbres, Levaillant ne voulut jamais comprendre ces Oiseaux, dont il sentit pourtant lui-même, le premier, la nécessité de faire un Groupe à part, au nombre des Coucous, avec lesquels il ne leur reconnaissait aucun rapport, soit par leur forme, soit par leurs mœurs, tandis qu'il les considérait comme bien plus voisins des Barbus, avec lesquels il leur trouvait, bien à tort, des traits de ressemblance frappants par toute leur structure extérieure.

Quoique la plupart des naturalistes, avant comme

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depuis Levaillant, n'aient pas attendu la rectification de ce fait, pour mettre les Indicateurs au rang des Coucous, cette rectification ne peut que sanctionner davantage la classification qu'on en a faite parmi ces derniers.

Nous n'affirmerons pas, par exemple comme Levaillant, que l'Indicateur fasse toujours un nid, mais nous ne nierons pas davantage, qu'il n'en fasse jamais, quoique les témoignages soient en faveur de cette dernière opinion, d'après laquelle, suivant les observations premières de Jules et d'Edouard Verreaux, et celles des voyageurs les plus modernes, il est hors de doute qu'il pondérait son œuf et l'introduirait fréquemment, à la manière de notre Coucou d'Europe, dans des nids d'Oiseaux étrangers à son espèce. Voici, au sujet de .l'Indicateur, une notice des plus intéressantes, dont nous nous sommes déjà servi ailleurs, en la publiant pour la première fois en 1852 \ que nous avons extraite du journal rédigé par l'un de ces laborieux voyageurs, en 1830, pendant leur long séjour au Cap de Bonne- Espérance.

« L'instinct de ces Oiseaux, dit J. Verreaux, partageant l'illusion de Sparmann, surpasse toute imagination, car ils ont la faculté de reconnaître l'homme ou les animaux qui peuvent lui être utiles pour découvrir les ruches d'abeilles, dont les nymphes leur servent de nourriture. Aussi sont-ils on ne peut plus estimés, non seulement des colons de l'intérieur, mais plus encore des sauvages qui semblent avoir pour eux une très grande vénération : c'est au point que ce'ux-ci ressentent beaucoup de peine lorsqu'on tue un de ces Oiseaux. C'est donc avec assez de difficulté que, moi d'abord, et depuis mes frères Alexis et Edouard, sommes arrivés à nous en procurer. Pour en

« « Encyclopédie d'Histoire naturelle, Oiseaux. :

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revenir ù leur instinct, il suffira de dire que, lorsqu'un de ces Oiseaux vous aperçoit, il semble venir à vous et vous attirer par son cri souvent répété, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il voit que l'on s'occupe de lui. Alors, voltigeant de buisson en buisson et battant des ailes, il parait vous prouver sa satisfaction. C'est à ce moment qu'il vous conduit parfois à de grandes distances : je dirai même que j 'en ai suivi ainsi l'espace de plus de sept à huit milles ; mais si, pendant la route, ou à cause de sa longueur, vous avez l'air distrait, il s'approche de plus près et redouble son cri, et si vous déviez de la route, il ne cesse de vous harceler en vous poursuivant. Pourtant, dans le cas contraire, si vous avez eu la patience de le suivre, quand il arrive près de la ruche il recommence ses cris de plus fort et bat des ailes avec beaucoup plus de vivacité. Si sa ruche est sur un arbre, il y vole et continue son manège jusqu'à ce que vous paraissiez vous en occuper; tandis quand elle est en dessous du sol ou dans les crevasses de rochers, il s'y rend également en voltigeant autour. Ce n'est que lorsque cette ruche est détruite ou altérée que l'Oiseau s'en approche pour en extraire les nymphes qui paraissent être sa nourriture favorite. Dans cette attitude, rien ne peut l'émouvoir, pas même les abeilles qui bourdonnent autour de lui et qui certainement ne manquent pas de le piquer. Du reste, sa peau est si dure qu'elle parait à l'épreuve de leur aiguillon, ce qui a lieu pour toutes les espèces d'Indicateurs. Je dois ajouter que, dans le nombre d'individus que j'ai préparés, je n'ai pas trouvé exclusivement que ces insectes, mais encore des insectes mous et principalement des larves et des chenilles. »

En présence de ces affirmations plus ou moins contraires, nous croyons qu'il faut simplement s'en tenir à l'opinion de Bruce et de Manduyt, quant à l'interprétation à faire

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du véritable instinct des Indicateurs, lequel n'est autre que celui de tous les Oiseaux en quête de leur nourriture et que le merveilleux dont on a entouré cet instinct, et qui accompagne trop souvent les meilleures observations en histoire naturelle, est à mettre de côté. Aussi bien, le reverrons-nous se reproduire sous une autre forme au sujet des mêmes Oiseaux.

Il n'en faut pas moins retenir de cette notice, que ce n'est pas du miel des ruches que se montre friand l'Indicateur, mais des larves d'abeilles qu'elles renferment, ce qui est plus rationnel de la part d'un Oiseau exclusivement insectivore. C'est ainsi que chaque observation, au milieu de détails souvent futiles, apporte son contingent de connaissances, qui vont s'augmenter d'autres découvertes.

Les Indicateurs, avons-nous dit, du moins les espèces africaines, se rapprochent beaucoup des Coucous, sous le rapport du mode par eux employé pour la ponte et l'incubation de leurs œufs. C'est encore Verreaux qui va nous instruire à cet égard.

« Il m'est arrivé, rapporte-t-il, de trouver les œufs de ces Oiseaux, et plus particulièrement les jeunes sortis de l'œuf, dans les nids de diverses espèces, ainsi (de même que nous le verrons faire aux vrais Coucous), la femelle pond son œuf à terre, puis le prenant dans son bec, s'élance vers le nid qu'elle a choisi pour l'y déposer, en dérobe un de ce même nid, qu'elle brise ou qu'elle mange, puis vient rechercher le sien, qu'elle y substitue à l'aide de son bec, et en fait autant pour les trois œufs qu'elle pond généralement à deux jours d'intervalle. Je pourrais citer comme un fait positif, qu'ayant suivi la même femelle pendant toute la période de sa ponte, je l'ai vue déposer de la même manière les trois œufs qu'elle avait pondus; je dirai même que les trois se trouvaient placés dans le nid de

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trois espèces distinctes d'Oiseaux, et à la distance do sept à huit cents pas l'un de l'autre. Ce- fut dans les premiers jours d'octobre que j'observai le premier, qui fut déposé dans un nid de Cubla 1 , Espèce de Pie-Grièche ; le second dans celui d'un Merle à cul-d'or 2 , et le troisième dans celui d'un Importun 3 , autre Espèce se rapprochant des Pies-Grièches. Le lendemain de la dernière ponte, la femelleaccompagnée de son mâle qui se tenait toujours à coté d'elle disparut avec lui, et ce ne fut que dans les premiers jours de novembre que je les vis reparaître tous deux. Il ne restait à cette époque dans le nid du Cubla que le jeune Indicateur qui, en grossissant, avait fini par jeter en dehors les deux petits Cubla; et cependant le père et la mère de ceux-ci continuaient à le nourrir, comme ils l'avaient fait pour leurs propres enfants. C'est le 2 novembre, que la femelle de l'Indicateur, en approchant du nid, appela son jeune qui commençait à voler, et qui ne tarda pas à venir la rejoindre au grand désappointement des deux pauvres Oiseaux. Je remarquai alors que les rôles changèrent, et que le mâle prit soin du jeune, tandis que la femelle se rendit au deuxième nid et en ramena le secoud jeune, puis enfin, d'un autre, le troisième. Ces jeunes paraissent rester avec leurs parents jusqu'à l'époque assignée par la nature à chacun des êtres pour leur reproduction ; car dès l'année suivante, ces Oiseaux s'accouplent. »

J. Verreaux a eu occasion, à plusieurs reprises, pendant plus de douze ans de séjour , de renouveler ces mêmes observations, non seulement pour l'Indicateur de Sparmann, mais encore pour deux autres espèces.

Ce que Levaillant a pris pour le lieu de nidification de

1 Lamarius Cubla.

1 Ixas Chrysorrham.

3 Andropadus Imporlunus.

I lj

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l'Indicateur, en parlant des trous d'arbres vermoulus qu'ils choisissaient à cet effet, n'est que le lieu d'élection de leur retraite pour la nuit, ainsi que le constate J. Verreaux. Mais cette habitude le met à même de découvrir de véritables nids d'espèces qui s'y établissent, telles que les Pics et les Barbus ; et il en profite pour se débarrasser de son œuf en l'y déposant, au rapport de ce dernier voyageur.

Ce qui est plus curieux, c'est que cet instinct des Indicateurs, dont l'industrie de l'homme tire un si grand parti, vient pareillement en aide à un mammifère connu sous le nom de Ratel.

Les mœurs ci-dessus décrites , ajoute J. Verreatftt , s'appliquent également, quant à la recherche des ruches, au Ratel Types qui se nourrit lui-même , non seulement des nymphes, mais encore du miel, et qui par conséquent est souvent ou pour mieux dire toujours à leur découverte, aussi cet animal suit-il l'Oiseau, qui le dirige avec la même sagacité que l'homme. Mais on remarque que dans cette occasion, l'Oiseau vole plus bas et s'éloigne moins, afin que l'animal puisse le suivre à la vue , car alors son cri n'est pas autant répété, et ce n'est que lorsqu'il approche qu'il se produit plus aigu.

Nous terminerons ces renseignements par les plus nouveaux, ceux rapportés par le R. D r Livingstone, fort peu naturaliste , mais fort exact et très scrupuleux dans ses observations, de ses premières explorations dans l'intérieur de l'Afrique Australe, de 1840 à 1856. Voici ce qu'il en dit dans les notes de son journal du 2 décembre 1855 :

« Nous sommes arrêtés auprès d'une petite montagne , appelée Maoundo, et nous recevons l'invitation fréquente du Coucou Indicateur. J'ai entendu dire par certains indigènes , que cet Oiseau vous conduit quelquefois auprès

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d'une bête sauvage au lieu de vous mener à côté des abeilles. Voulant prendre à cet égard des informations plus précises, je demande à chacun de mes hommes, si jamais il a été trompé dans son attente, lorsqu'il a suivi ce cher petit Indicateur. Sur les cent quatorze individus qui composent mon escorte, un seul a été conduit' auprès d'un éléphant , ainsi que je l'ai été moi-même auprès d'un rhinocéros; tous les autres sont arrivés à la ruche qui leur était promise; et je suis persuadé que la majorité des personnes qui se laisseront guider par cet Oiseau, ne manqueront pas de trouver du miel, et y seront amenées directement. »

Aussi plus tard, à la date du 15 février 1856, le docteur fait-il, en passant, cette mention :

« Le Coucou Indicateur remplit son office avec beaucoup de zèle, et fait trouver à mes compagnons une énorme quantité de miel. »

Quoiqu'il en soit de cette vérification si probante du D r Livingstone, le degré de croyance que l'Indicateur entraine le chasseur près d'un léopard ou d'un serpent, croyance fort répandue dans l'Ouest de l'Afrique, méritait d'être encore examiné ; et c'est ce que M. Layard fait connaître en 1869 ', par une lettre que lui écrivait à ce sujet Mistriss Barber, de Graham's TWn, dans laquelle elle défend la cause de l'Indicateur en ces termes :

« En ce qui regarde l'habitude de l'Indicateur, la législature de nos cantons orientaux n'est pas de la même opinion que nos cantons de l'Ouest, pour donner sur cet Oiseau un verdict de culpabilité. L'explication, que je vous ai donnée, n'est ni une opinion personnelle, ni une opinion inventée pour moi, comme vous semblez le croire. Ce que

< Ibis.

HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

je vous ai écrit dans une lettre précédente est l'opinion d'un grand nombre de vieux chasseurs d'abeilles de cette partie du pays, qui ne prêtent aucune foi à cette antique croyance populaire : que cet oiseau conduit exprès le chasseur auprès d'un léopard.

« Mes neuf frères, tous élevés dans ce pays, étaient de grands chasseurs (et aussi amateurs de sport), et pendant toutes les années de leur connaissance acquise par une longue pratique comme chasseurs d'abeilles , et surtout lorsqu'ils demeuraient à Charfield , où les nids d'abeilles étaient fort nombreux, et où ils suivaient chaque jour ces Oiseaux, aucun d'eux n'a jamais été conduit à dessein par l'Indicateur vers un animal malfaisant. Ils ont bien des fois, en suivant ces Oiseaux dans les bois fourrés, fait lever plusieurs espèces d'animaux ; mais s'ils n'abandonnaient pas l'Oiseau pour continuer leur chasse, il poursuivait son vol vers le nid d'abeilles, sans s'occuper des animaux levés.

« Un de mes frères , en suivant une fois un Indicateur dans une épaisse forêt, près la Korwie, passa au milieu d'un troupeau de pourceaux sauvages. Ils furent, comme de raison, beaucoup plus effrayés que lui, et s'enfuirent dans toutes les directions. Mais mon frère connaissant la croyance populaire, et voulant s'en assurer, ne fit nulle attention aux pourceaux sauvages, mais continua sa route et suivit l'Oiseau qui, sans s'occuper non plus des pourceaux, suivit tranquillement son chemin jusqu'au nid, que cet Indicateur (qui était une femelle) voulait montrer.

« J'ai d'autres motifs pour ne pas croire cette histoire. Pourquoi l'Indicateur perdrait-il son temps à conduire les chasseurs vers les léopards , vers les chacals , les loups et autres animaux malfaisants? Ils ne sont nullement ses ennemis naturels; il n'aurait aucun avantage à le faire

LES COUCOUS VRAIS PARASITES

et n'y gagnerait rien. J'ai toujours remarqué que la nature ne fait rien sans motif et sans un but utile; il y a toujours une raison pour les habitudes et les actions des Oiseaux comme pour celles des animaux de toutes les espèces.

« Par conséquent, pourquoi un Oiseau, qui n'élève même pas ses petits, et n'a pas le soin d'un nid, craindrait-il ces animaux, ou s'en préoccuperait-il? Pourquoi l'Indicateur, contrairement aux autres animaux, agirait-il de cette manière sans aucun motif pour le faire?

« De plus, il y a un changement dans le son de la voix de l'Oiseau, lorsqu'il arrive près de la ruche qu'il a l'intention de montrer. Un vieux chasseur d'abeilles ne s'y trompe jamais , et sait immédiatement quand il doit se mettre à la recherche d'un nid. Ce changement de voix n'a jamais lieu lorsque les animaux sont levés pendant qu'on suit l'Oiseau, à travers la forêt. D'où je conclus qu'il n'a pas l'intention de montrer où se trouvent ces animaux ; puisqu'au contraire son chant se modifierait. »

Que d'enseignements dans cette simple lettre si claire et si précise !

Aussi, en la reproduisant, M. Layard ajoute-t-il spirituellement :

« L'avocat qui défend cette cause a, certainement, des arguments puissants en faveur de ses clients; et, sans mentionner son opinion personnelle, ce que je sais des observations de plusieurs des neuf frères, tous hommes renommés dans le pays par leurs hauts faits dans les guerres des Kaftlrs, ainsi que par leurs exploits de chasse, force m'est de dire que je suis porté à rendre dans cette cause, comme président de cour, un verdict de non-culpabilité, et à acquitter l'Indicateur ! ! ! »

Ce qu'il est important de constater, mettant pour le moment de coté toute controverse désormais élucidée,

22 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS

e'est que ces habitudes sont reconnues jusqu'à présent communes à trois espèces. Nous venons de voir Sparmann parlant de la première. Nous allons dire un mot de la seconde que Levaillant a appelée le Grand Indicateur, et qui seul lui appartient comme découverte, aussi lui a-t-on rendu la justice de la lui dédier. C'est :

L'Indicateur de Levaillant '.

Le dessin de la tête, le derrière du cou, le manteau, les couvertures des ailes, le dos, sont d'un vert brunissant, mais qui cependant, à certains aspects, prend les tons les plus jaunâtres ; le croupion est blanc, et les couvertures du dessus de la queue sont blanches variées d'olivâtre ; les pennes alaires, sur fond brun olivacé, sont lisérées extérieurement de vert olive; tout le devant du cou, depuis Io bec jusqu'au bout de la poitrine, est d'un jaune pâle comme onde de gris blanc sale sur le milieu du cou, et varié de taches noires sur la gorge; tout le reste du dessous du corps, depuis le bas de la poitrine et en y comprenant les couvertures du dessous de la queue, est d'un blanc sale jaunissant; la queue est absolument de la même forme que celle de l'Indicateur de Sparaanii. Le bec, les pieds et les ongles sont bruns; l'iris est carmin clair avec la peau nue du tour de l'œil d'un noir brun. Sa grosseur est celle de notre Pie-Grièche grise, mesurant de 23 à 24 centimètres. Fidèle aux habitudes de son congénère, cet Indicateur emprunte le nid d'autres Oiseaux pour y introduire son œuf qu'il leur abandonne à couver. J. Varreaux en a trouvé dans les nids du Pic tacheté 2 , du Pic aux ailes d'or 3 ,

1 Indicator LevaiUantii.

i Denclrobates Nolatus. ' 3 Dendrobatrs Fulviiscap s.

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du Loriot Condougnan l et dans celui de la Pie-Grièche Boulboul 2 ; et M me Barber, dont nous venons d'admirer le style, a écrit à M. Layard, en 1869, avoir trouvé l'œuf de la même espèce dans le nid du Barbu à ventre noir 3 . Coïncidence remarquable, quand on sait que l'œuf de l'Indicateur est d'un blanc pur et sans taches ; et que sur ces cinq espèces d'Oiseaux étrangers, quatre ont leurs œufs également blancs.

L'Indicateur de Levaillant habite, non seulement toute la côte orientale de l'Afrique, depuis la forêt d'Anteniquoi jusque chez les Cafres, mais encore toute l'Abyssinie, où l'a pris et observé l'infortuné D r Petit, sous l'influence des préjugés de la localité, si victorieusement combattus par Mistriss Barber, au sujet de cet Oiseau, qu'il appelle Indicateur Grimpeur dans le journal de son voyage en Abyssinie, pendant les années 1830-40-41-42, et dont nous avons publié les notes en 1853 :

« Les chasseurs d'éléphants le connaissent bien, et lui accorde la propriété d'indiquer les ruches, et aussi d'y conduire les lions et les éléphants. J'en ai vérifié l'exactitude pendant mon séjour au Marenbe, en le suivant moi-même. Il était venu se pereher sur le sommet d'un petit arbre, •et, tourné vers nous, il nous appelait par un petit cri, en gesticulant et agitant la queue jusqu'à ce que nous nous levâmes pour le suivre. Alors il s'envola, mais il n'alla pas loin, et, perchant sur un arbre voisin, il se tourna de nouveau vers nous, en continuant de nous appeler. Il répéta ce manège plusieurs fois, jusqu'à ce qu'étant arrivé à l'arbre qui contenait le miel, il se posa dessus et chanta plus fort, redoublant son cri, mais d'une manière différente du premier, pendant que nous enlevions le miel de la

1 Oriolus Larvatus.

1 Laniarius Boulboul.

1 Laimodon nigrithorax.

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ruche : c'était comme pour nous exciter, et comme un chant de triomphe. Il alla, après nous, jouir à son aise des restes que nous lui laissions.

« Quoiqu'il ne soit pas très rare, il n'est pas non plus très commun ; et les habitants, chasseurs d'éléphants ou chercheurs de miel sauvage, ont toujours quelque peine à le laisser tuer. Pour ne pas trop indisposer mes gens euxmêmes, en tuant leurs pourvoyeurs, je n'en tirai qu'un seul pour échantillon. Son estomac renfermait du miel, de la cire et des insectes. »

Cette note est d'une précision telle, qu'elle ne laisse pas place au moindre doute.

Nous allons finalement retrouver, à pou de chose près, les mêmes détails reproduits, plus récemment encore, au sujet d'une troisième espèce figurée par Temminck.

Le Petit Indicateur 1 .

L'ensemble de sa coloration est te même que celle des deux autres espèces. C'est le plus petit de tout le groupe, ayant la grosseur d'une Fauvette.

Voici ce qu'en rapporte, en 1804," le D' Kirk 2 , qui l'a observé au Zambèze :

« Le Honey-Guide, comme il le nomme, se trouve dans les forêts, et souvent loin de l'eau, même pendant la saison sèche. Lorsqu'il voit un homme, il va, voltigeant de branches en branches sur les arbres environnants pour attirer l'attention. Si on lui répond, ce que les naturels font en sifflant et en marchant, l'Oiseau s'éloigne dans une certaine direction, et s'arrête à une faible distance, sautant d'un arbre sur un autre. Il va plus loin, si on le suit; et

1 Indicator Minor.

» Ibis.

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c'est ainsi qu'il montre le chemin jusqu'à un nid d'abeilles. Parvenu au nid , il vole de côté et d'autre , mais ne vous guide plus; et alors quelque habileté est nécessaire pour trouver le nid, au milieu des arbres qui vous entourent. Si, après avoir suivi pendant un certain temps la direction indiquée par votre guide, vous vous détournez, j'ai vu cet Oiseau revenir sur ses pas, et offrir de vous montrer un autre nid dans une autre partie. Mais il reste en arrière, s'il ne connaît pas un deuxième nid.

« La difficulté est qu'il vous montrera aussi volontiers des abeilles privées dans une ruche en écorcc que des abeilles sauvages de la forêt, ce qui est naturel, les abeilles étant les mêmes, la ruche d'écorce, musinga, comme on l'appelle, étant simplement suspendue dans un arbre, pour que les abeilles puissent venir s'y loger. Il est évident que l'objet que l'Oiseau a en vue est de trouver de jeunes abeilles. Il vous conduira de même à des nids n'ayant pas de miel; et semble également enchanté si les rayons contenant des nymphes ont été arrachés : on le voit immédiatement les becqueter. »

Le fait est donc constant, quelque portée qu'on veuille ou non lui donner. Il se reproduit de même et dans des circonstances identiques, chez trois espèces distinctes, que ce soit dans les environs du cap de Bonne-Espérance ou en Cafrerie, dans le Zambèze ou en Abyssinie.

En serait-il ainsi pour les deux espèces de l'Inde et de l'Océanie, dont les habitudes ne sont pas encore connues? Nous n'hésitons pas à le croire.

Si nous nous sommes étendu ainsi, ce qui nous arrivera encore pour bien d'autres espèces de mœurs exceptionnelles, c'est afin de faire voir ce que demande de temps, pour chaque oiseau, la connaissance exacte de sa biographie ornitliologique , comme l'appelle Audubon; c'est

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aussi pour montrer, quels que soient le savoir et le talent du professeur chargé de l'enseigner, que l'un et l'autre ne seraient rien sans la peine et les fatigues bien rarement récompensées, encore moins célébrées, quand elles ne sont pas le plus souvent oubliées des voyageurs-naturalistes dont on pense à peine à citer les noms glorieux, et auxquels cependant l'ornithologie doit d'être ce qu'elle est aujourd'hui. C'est ainsi qu'il a donc fallu près d'un siècle pour connaître les habitudes des modestes Oiseaux qui viennent de nous occuper.

Ce que l'on ne nous apprend pas, c'est si l'Indicateur est constamment parasite à l'égard des autres Oiseaux, et si parfois il se construit un nid, ou si, en empruntant un, il y pond et couve lui-même.

Quant à son œuf, qui est d'un blanc pur et sans taches, et de forme ovée, il est remarquable, ainsi que nous l'avons déjà dit, que sur huit nids d'espèces différentes, dans lesquels on l'a trouvé, il y en ait quatre appartenant à des espèces dont les œufs sont également blancs, tel que les Pics, les Barbus et les Loriots, ces derniers, on le sait, avec quelques points noirs.

D'un autre côté, les espèces en dehors de celles-là, ayant des œufs parfaitement teintés, colorés et tachetés, l'instinct de tromper les propriétaires du nid fait ici complètement défaut chez l'Indicateur, et la théorie des causes finales manque de base. Car si l'on peut admettre l'illusion pour les premiers, elle n'est plus admissible chez les seconds, puisque, quelle que soit la couleur des œufs étrangers, celle de l'œuf de l'Indicateur reste immuable dans sa blancheur d'innocence et ne subit aucune modification, Rappelons-nous ce fait, lorsque nous nous occuperons du Coucou Chanteur et de ses congénères exotiques. Nous en savons néanmoins assez déjà, pour ne pas être

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surpris outre mesure do ce que nous réserve l'étude des autres membres de la famille, et spécialement de notre Coucou d'Europe, dont force nous est bien de retracer l'historique, pour la plus grande édification des fidèles en ornithologie d'abord, ensuite des croyants aux principes de

l'oologie.

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