LES VRAIS COUCOUS
Nous comprenons dans cette sous-famille toutes les espèces en dehors des Indicateurs que nous quittons, chez lesquelles se remarquent les mêmes habitudes, si anormales parmi les Oiseaux, de déposer leur œuf dans le nid d'une espèce étrangère, de lui en confier l'œuvre de l'incubation, ainsi que l'éducation du petit qui en sort, quoique quelques-uns, en très petit nombre, le couvent eux-mêmes en se préparant parfois un nid, ce qui est plus rare.
On les a divisés en sept groupes, sous les noms de Eudynamis, Edolios, Coucous, Cacomantes, Hiérococcyx, Surnicous et Chrysococcyx ou Chalcites, renfermant près de soixante espèces, dont deux seules de l'Europe, et les autres réparties en Asie, en Afrique, en Océanie, et même en Australie, par conséquent toutes de l'Ancien-Monde, et sur lesquelles il n'en est qu'une douzaine qui aient été connues, tant deBuffon que de Linné et de Gmelin.
Les Coucous sont des oiseaux à la taille svelte, malgré la brièveté de leurs jambes élégantes bien proportionnées; tous ont de la grâce dans les mouvements, le vol aisé, rapide au besoin ; la voix moelleuse, sonore, plaintive et passionnée ; l'humeur gaie.
Ils ont la langue mince, plate, pointue et de la loimieur des deux tiers du bec; la bouche large, le gosier ample et
1 Cuarfinœ.
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susceptible d'une grande dilatation ; les ailes presque taillées comme celles des Faucons ; chez tous, ainsi qu'on l'a vu, le sternum est fort court, et le ventricule très volumineux, occupant presque entièrement l'espace compris entre le bas du sternum et l'anus ; lorsque ce sac est plein, il forme, dans tout le bas-ventre qu'il gonfle prodigieusement, une dureté remarquable, ce qui a fait penser que ce pourrait bien être la cause qui empêchait les Coucous de couver ; mais, comme l'a très bien observé de Montbeillard, cette partie étant, chez beaucoup d'Oiseaux qui couvent leurs œufs, la même que chez les Coucous, il n'est pas probable que ce soit elle qui empêche ces derniers de couver les leurs.
Tous les Coucous encore sont Oiseaux voyageurs, ne passant jamais l'année entière dans le même pays. Ils se nourrissent d'insectes et particulièrement de chenilles, des velues surtout, auxquelles touchent peu les autres Oiseaux. Il semblerait, dit Levaillant, que la nature les eut destinés à la destruction particulière de cette vermine rongeuse qui, dans nos climats, cause do si grands ravages; car, il est de fait, que peu d'Oiseaux, autres que les Coucous, en font leur pâture. Nous voyons même que nos volailles, lorsqu'elles en ont beaucoup mangé, s'en trouvent incommodées ; c'est qu'elles n'ont pas, comme les Coucous, la facilité, sur laquelle nous reviendrons, de rendre par le bec le poil des chenilles qu'elles ont avalées, lesquels poils, se formant en pelotons pressés dans l'estomac des Coucous, sont vomis par eux en totalité. Les Crécerelles, les Éperviers, tous nos Oiseaux de proie enfin, qui peuvent, comme les Coucous, rendre par le bec ce qu'il y aurait d'excédant ou de vicieux dans les aliments qu'ils auraient pris, s'accommodent aussi fort bien des chenilles poilues, et en feraient chez nous une heureuse destruction,
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s'ils n'étaient eux-mêmes du nombre des Oiseaux qu'on ne croit pas moins utile de détruire, et que les chasseurs surveillent sans cesse d'une manière particulièrement hostile.
Nous mettons en tête de tous les groupes celui des Coucous proprement dits, parce qu'il comprend notre Coucou d'Europe, qui sera notre point de repère et le terme de comparaison pour tout ce que nous aurons à dire des autres groupes de la famille.
Les Coucous, proprement dits, ont pour caractère : le bec large, assez déprimé à la base, moins long ou aussi long que la tète, arqué, peu robuste et presque arrondi en dessous, comprimé graduellement sur les côtés jusqu'à la pointe qui est aiguë et entière; les narines basales à demi engagées dans les petites plumes du front, latérales, percées dans une sorte de membrane et rondes; les ailes longues, sub-obtuses; la queue également longue, arrondie et^étagée; les tarses très courts, tantôt à moitié, parfois même presque entièrement emplumés, du tiers à peine de la longueur du doigt externe antérieur, qui est le plus long des quatre, puis le postérieur correspondant, l'interne du même côté, ou pouce, le plus court, les deux antérieurs légèrement soudés à la base, les ongles proportionnés, arqués et aigus.
Une seule espèce est ornée d'une huppe et tous portent une nudité autour de l'œil à peine visible.
En tête, se place notre fameux Coucou d'Europe, devenu pour le vulgaire le type de toute la famille, cest :
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Le Coucou Gris ou Chanteur K
Le mâle a la tète, le cou, la poitrine et les parties supérieures du corps d'un cendré bleuâtre, plus foncé sur les ailes et sur le dos ; le ventre, les cuisses, l'abdomen et les couvertures sous-caudales, blancs, rayés transversalement de brun noir ; on voit de grandes taches blanches sur les barbes internes des pennes alaires ; la queue noire, maculée de blanc le long de la baguette de chaque rectrice, et terminée par un liséré de cette même couleur. Le bec est noir de corne, avec la base des commissures jaune; les paupières, l'iris et les pieds sont jaunes. Sa taille est de 30 centimètres.
La femelle a les mêmes couleurs, mais la taille un peu plus petite.
On a vu, pour le Coucou indicateur, découverte toute moderne, ce qu'il a fallu de temps pour en apprendre les mœurs. Il en a été bien autrement du Coucou d'Europe ou Coucou Chanteur connu depuis des siècles, et au sujet des mœurs duquel on est à peine d'accord aujourd'hui.
Il est peu d'enfants cependant qui ne réunissent dans un même souvenir le Coucou et l'Hirondelle, messagers des beaux jours, dont l'un promet de l'argent à qui sait l'entendre à point, et l'autre, la joie du foyer, et qui diffère si profondément par l'instinct et par les mœurs, que Toussenel n'a pas hésité à faire du Coucou « l'ogre, le cauchemar, l'épée de Damoclès de toutes les espèces chanteuses qui nourrissent leurs petits avec des insectes ! »
Nous eussions bien voulu, en abordant son histoire, ne pas le découronner de l'auréole mystérieuse dont, malgré
1 Cuculus Canorus.
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cetanathème, l'ont depuis si longtemps pourvu les légendes d'abord, puis la science inconsciemment dominée par elles. Il ne suffît pas d'amuser, il faut encore instruire, et c'est ce que, fidèle à notre programme, nous allons essayer de faire.
Nous ne reviendrons donc sur l'historique que nous en avons présenté en 1852, que pour mieux y constater les faits acquis et en indiquer l'importance, en en empruntant quelques-uns aux observations si minutieuses et si précises de MM. Bailly et Jules Viau, comme les plus récents.
Le Coucou Chanteur, qui se trouve aussi dans l'Asie occidentale et dans l'Afrique septentrionale, habite toute l'Europe pendant la belle saison, constamment plus répandu dans les pays de plaines que dans ceux de montagnes. Il arrive d'Egypte, où il passe l'hiver, un à un, presque en même temps que la plupart des Fauvettes, c'est-à-dire du 8 au 15 avril, et dans les iles de l'Archipel grec, en même temps que les Tourterelles, et comme il voyage isolément et qu'on n'en voit souvent qu'un au milieu d'une troupe de ces Oiseaux, les habitants de ces îles l'ont appelé Conducteur des Tourterelles, comme le Râle de Genêt Roi des Cailles, avec lesquelles ce dernier voyage également. Il n'est pourtant pas extraordinaire de le voir et de l'entendre chanter aux premiers jours d'avril, ce qui a lieu principalement quand le mois de mars a été beau. M. Tristram, qui l'a observé en Palestine, dit qu'on ne l'y voit pas avant le 30 mars. Le mâle revient habituellement deux ou trois jours avant la femelle, et déjà, le lendemain de son retour, il se met à faire entendre faiblement son chant ordinaire, qui n'acquiert toute sa force et sa fréquence qu'au commencement de mai, cri monotone qu'il pousse, les ailes pendantes, la queue relevée, la gorge enflée, évidemment un vrai cri d'appel aux femelles.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Le mâle est le seul qui chante, si ce cri peut s'appeler un chant, car la femelle se borne à faire entendre un cri imitant le rire. La voix du Coucou, dit Tschudi, n'est ni mélodieuse, ni variée; mais on aime à l'entendre, elle parle aux sens. Il y a plus; elle joue, dans l'existence des bergers et des paysans, en Suisse, un rôle continuel, et se rattache à de singuliers préjugés. Malgré cela, beaucoup d'entre eux n'ont jamais vu le Coucou, car cet oiseau est très sauvage, farouche, inquiet et défiant.
A leur arrivée, les Coucous vont, d'un vol rapide et plongeant, d'un arbre à l'autre; ils se répandent dans les -bois, les taillis, le long des arbres plantés à proximité ou à l'intérieur des champs, tels que les pommiers dans le Perche et les pays à cidre, le long des prairies et des marécages. C'est dans ces lieux, du reste, qu'ils trouvent en abondance les sauterelles, les grillons, les limaçons, les phalènes, les bombyxs, les hannetons, les chenilles lisses et velues surtout, qui forment pendant cette saison la base de leur nourriture.
Mais, entre tous, ils préfèrent les chenilles velues et, de cette préférence, s'est produit chez eux ce fait physiologique : c'est que les parois de leur estomac sont complètement revêtues et tapissées d'un poil fin et duveteux, qui n'est autre que celui de ces chenilles, lequel, en s'implantant dans la tunique intérieure de cet organe, le rend velu comme une toison. "VVilson qui, avant cette observation d'e Naumann, avait eu occasion de faire la même remarque sur plusieurs Coucous américains, pensait que ce revêtement était destiné à empêcher l'irritation de cette partie par les poils des chenilles velues qu'ils affectionnent également, prenant ainsi l'effet pour la cause, ce qui est arrivé à Toussenel qui ne se trompe jamais qu'en bonne compagnie.
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Disons avec Carus, en passant, que cette disposition accidentelle, qui cesse quoique temps après que les Coucous ne trouvent plus de chenilles velues, a été considérée par erreur comme état normal de l'estomac de ces Oiseaux. Quoiqu'il en soit, tous ces poils sont inclinés dans le même sens, et pour qu'ils se dirigent ainsi tous du même côté, il faut qu'ils reçoivent cette direction du mouvement rotatoire des aliments contenus dans l'estomac. Le fait est complètement démontré par la formation, dans cet organe, des pelotes, dont nous venons de parler, composées de ces poils et qui sont de véritables égagropiles tout à fait comparables à ceux qu'on trouve dans l'estomac des chèvres.
Thompson, de Belfort, s'est assuré, vers 1834, que ces poils étaient ceux des larves ou chenilles de la phalène tigrée, dont ces Oiseaux se nourrissent souvent.
Les Coucous ajoutent encore à ces aliments, pendant l'été, des fruits doux et tendres, tels que ceux du cerisier, du figuier, du mûrier, etc., et, de temps en temps, dit M. Bailly, le premier qui ait fait cette observation, de petites grenouilles qu'ils trouvent sur le bord des fossés marécageux , de gros vers , des sangsues , des courtilières, etc.
Bien plus, ils profitent du moment que les Oiseaux quittent leurs couvées à la recherche de leur subsistance, pour dévaliser leurs nids, en y dévorant non seulement les œufs, mais même les petits à peine couverts d'un léger duvet. C'est ainsi qu'ils détruisent beaucoup de nichées de Merles, de Grives, de Fauvettes, d'Alouettes, de Pitpits et de Bruants.
Cette habitude est sans doute l'un des principaux motifs qui rendent les Coucous si odieux aux Oiseaux, surtout aux espèces dont ils s'approprient souvent les nids. Les Grives et les Merles les poursuivent avec acharnement
chaque fois qu'ils les découvrent dans les bois ou les lieux qui renferment leurs couvées. Les Rouges-Gorges qui sont, sans contredit, les plus dociles à couver les œufs de ces intrus et à élever leurs petits, ainsi que plusieurs autres Becs-Fins et même les Pinsons, poussent des cris d'indignation lorsqu'ils les aperçoivent auprès de leurs nichées, puis ils les insultent et les font très souvent fuir devant eux.
Mais n'aurait-on pas exagéré ces méfaits et ces hécatombes de Fauvettes, de Rossignols, de Becflgues, etc., contre lesquels se révolte Toussenel, lorsqu"il rapporte, nous ne savons d'après quel document :
« Qu'un naturaliste anglais s'est livré à de profonds calculs de statistique, pour savoir le chiffre des petits Oiseaux que le Coucou détruisait bon an, mal an, dans les Iles britanniques. Il est arrivé à un chiffre de deux à trois millions ! et la superficie de la Grande-Bretagne n'est que moitié de celle de la France, et elle est complètement dépeuplée de forêts. »
Si exagérés que puissent paraître ces calculs, dont nous regrettons de ne point connaître les bases, il est certain, en y réfléchissant sérieusement, que la destruction des petites espèces d'Oiseaux, par cet impudent parasite, doit être considérable lorsque l'on considère que la naissance d'un seul Coucou coûte la vie à trois ou quatre de ces oiseaux, et cela à chacune de leurs couvées, c'est-à-dire à deux générations. Et si l'on y ajoute les œufs et les petits absorbés par lui comme aliments à sa gloutonnerie habituelle, nous comprenons dès lors que l'on ait été tenté d'en faire un calcul de probabilités. En telle sorte que, pour qu'il ne manque rien à ce paradoxe vivant, que nous offre le Coucou, on en est à se demander de quelle utilité peut-il être dans l'économie de ce Monde des Oiseaux, et
36 HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
si par le fait, Toussenel n'aurait pas eu raison, dans son laconisme, de le vouer aux gémonies de l'ornithologie.
Quoi qu'il en soit, en rapprochant ces observations de ce qu'on a regardé comme des fables, débitées par les anciens il y a vingt siècles, et répétées depuis par le peuple, on est presque tenté de leur donner raison. Ainsi les anciens auteurs, avec Aristote et Pline, ont avancé que le Coucou n'est autre chose qu'un Épervier métamorphosé; que cette métamorphose se renouvelait tous les ans, à une époque déterminée.
Or, il faut savoir tout d'abord que le plumage du jeune Coucou, si différent de celui de l'adulte, est la base et la cause première de cette bizarre opinion. Le Coucou du premier âge est presque entièrement d'un brun roux rayé de noir, et ressemble tantôt à un jeune Épervier, tantôt à un Émérillon. Ajoutons que ces apparences, qui sont telles qu'elles ont fait croire longtemps à l'existence de deux espèces, jointes au développement des ailes et de la queue, ainsi qu'au vol du. Coucou, qui bat des ailes en partant, et file ensuite comme l'Épervier, sont si frappantes, qu'encore à présent bon nombre de chasseurs, avant d'avoir reconnu leur méprise, prennent bien souvent le Coucou pour un Oiseau de proie, ce qui est arrivé, dans son voyage du Nil, en 1863, à M. W. Chamber, qui, trompé par la ressemblance du vol du Coucou avec celui de l'Émouchet, raconte avoir souvent tiré l'un pour l'autre.
Si donc, à ces observations déjà faites par les anciens, on réunit ces circonstances de voracité et de destruction des couvées, signalées depuis eux chez les Coucous, et la terreur qu'ils inspirent aux autres Oiseaux, toutes choses dont eux-mêmes avaient connaissance, il semble qu'il est au moins permis de se montrer plus indulgent pour ces auteurs nos devanciers, que ne se le sont montrés les or-
les corcors vrais parasites.
nithologistes modernes tels que Buffon, ou plutôt Guéneau de Montbeillard, son éloquent collaborateur, alors surtout que les mêmes apparences plus que spécieuses trompent encore plus d'un chasseur.
Le Coucou chanteur est presque continuellement en course à la recherche de ses aliments. Si on le remarque de temps à autre, au printemps, avec une compagne, ce n'est que pour obéir à la nécessité de se reproduire. C'est dans cette intention que, dès le 15 avril, on le voit au haut d'un arbre, tantôt sur un tronc découvert, tantôt à l'extrémité d'une branche sèche et isolée, rappeler une femelle. Celle-ci, en l'entendant, le réclame à son tour par des cris précipités et très différents. Le mâle lui répond aussi par des accents plus vifs et plus gais, qu'il termine quelquefois par une tirade de cris semblables à ceux de la femelle. Chaque fois qu'il réclame ainsi une compagne, il tient les pennes caudales étalées comme un éventail, relevées et penchées sur le dos, les ailes traînantes et les plumes de la gorge curieusement renflées. Il n'est pas plutôt parvenu à féconder celle qui s'est rendue à ses sollicitations, qu'il la laisse pour retourner dans les bois ou dans les champs, en quête de sa nourriture.
Les Coucous, du reste, d'après les observations de FI. Prévost, sont très ardents pour l'accouplement. Lorsque la femelle a choisi un mâle, elle demeure avec lui un jour ou deux, et se livre avec fureur aux plaisirs de l'amour.
« L'accouplement, dit-il, est souvent répété trente fois et davantage dans le même jour. Mais cet excès dure peu, et, dès le troisième jour, les deux amis commencent à se négliger ; la femelle quitte son privilégié de la veille pour en choisir un nouveau. C'est dans l'attente de la femelle que le Coucou mâle s'agite et change à chaque instant de
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place pendant cette saison; c'est pour l'appeler et l'exciter à le choisir qu'il répète incessamment son cri; et, lorsqu'à son tour elle fait entendre son gloussement, il se précipite vers elle et la poursuit avec rapidité. On voit souvent une femelle entraîner ainsi à sa suite plusieurs mâles à la fois, qui se disputent sa passion par de violents combats. »
La Coucou chanteur est donc polygame. Maintenant est-ce, comme a prétendu le prouver, il y a trente ans, le célèbre chimiste Van-Mons, à la manière des autres Oiseaux, c'est-à-dire qu'un mâle suffit à plusieurs femelles? ou bien, au contraire, sont-ce les femelles qui ont plusieurs mâles, ainsi que le pense FI. Prévost? Nous n'oserions trancher la question, le résultat au surplus étant toujours le même. Ce n'est peut-être, après tout, qu'une question de circonstances ou de migrations, comme nous en verrons d'autres exemples.
Car, malgré ce que nous avons dit tout à l'heure de l'apparition isolée des Coucous, il parait certain qu'ils quittent souvent ensemble leurs quartiers d'hiver, ou, du moins, qu'ils se donnent le mot pour aborder la terre.
« Il y a quelques années, dit le D r J. Franklin, au point du jour, dans la première semaine du printemps, un gentleman, qui vivait sur le bord de la rivière de Mersey, vis-à-vis de Liverpool, fut éveillé par un grand caquetage, au milieu duquel se démêlait ces accents : cou-cou! coucou! Cela se passait dans une plantation, près de sa maison, située au milieu des dunes qui longent le cours d'eau où le flux se fait sentir. Il mit la tête à la fenêtre, et vit une assez nombreuse troupe de Coucous, qui, au lever du soleil, prirent tous ensemble leur volée. »
Dans un jardin, qui se trouve sur le comté de Down, en Irlande, du 18 au 22 juillet, on vit une quarantaine de Coucous perchés pour la plupart parmi des groseilliers à
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maquereau ; probablement étaient-ils en train de recueillir des vers, qui souvent infestent ces arbrisseaux , et même de manger les groseilles, comme le supposa peu charitablement le jardinier (quoique cela doive leur arriver souvent). Il j avait sur un de ces groseilliers un nid, et dans ce nid une couvée tardive de Merles non encore revêtus de plumes. Ces petits furent découverts par les Coucous, qui les mirent en pièces ; le jardinier en trouva un qui était blessé à la patte et à l'aile. Les Coucous rassemblés partirent. Après le 22 juillet, il n'en restait plus qu'un ou deux, évidemment plus petits que les autres ; c'étaient sans doute des jeunes.
Le Coucou Chanteur ne fait jamais de nid, ou du moins n'a-t-on pu découvrir jusqu'à présent qu'il en eût jamais fait un. La femelle vole, quand elle est prête à pondre, à la découverte d'autant de nids qu'elle a d'œufs à déposer. Elle n'en laisse ordinairement qu'un , et rarement deux, dans chaque nid qu'elle s'approprie à cette intention. Cependant ce dernier cas, dont les exemples se présentent de loin en loin, était déjà connu du temps d'Aristote. PI. Prévost affirme que la femelle pond ordinairement deux œufs en un petit espace de temps, deux ou trois jonrs par exemple, et que ce n'est qu'après deux mois environ qu'elle a pondu tous ses œufs. M. Bailly pense que ces œufs ne doivent guère être pondus que cinq ou six Jours l'un après l'autre, comme il lui a paru le reconnaître en les analysant dans les femelles disséquées à l'époque de la fécondation, d'où il conclut que la femelle doit mettre ordinairement seize, vingtou vingt-cinq jours à achever sa ponte. C'est bien, en effet, dès le 25 avril, jusque vers le 20 mai, que l'on trouve le plus d'œufs de Coucous en état de fraîcheur, dans les nids des Oiseaux auxquels l'incubation en est confiée , et même jusqu'aux mois de juillet et d'août, pour la dernière ponte.
HISTOIRE NATCRELLE DES COUCOUS
Avant de pondre , dit M. de Tschudi , la femelle du Coucou examine longtemps et de loin les alentours du nid sur lequel elle a arrêté son choix. Elle sait parfaitement que les petits Oiseaux la détestent , l'insultent et la poursuivent dès qu'ils l'aperçoivent ; aussi attend-elle qu'ils se soient envolés ; alors elle s «lance comme une flèche ; elle débarrasse si c'est nécessaire les abords du nid, s'y pose, s'il est plat ou en forme de coupe et à découvert, et y pond son œuf. Lorsque le nid est contenu dans le creux d'un arbre ou d'un rocher, le Coucou s'y introduit péniblement et en ressort de même. Lorsqu'il ne peut décidément parvenir à y entrer, il pond son œuf dans l'herbe, le saisit à l'aide de son bec, et le porte dans le nid choisi (nous dirons plus bas comment le fait a été découvert). Souvent déjà des femelles ont été tuées ayant leur œuf dans le gosier. Quand l'œuf est bien placé, la femelle s'en va silencieusement et ne parait plus s'inquiéter de son sort. Dorénavant les père et mère adoptifs s'en occuperont d'autant plus consciencieusement. Le Coucou, très petit au moment où il rompt l'enveloppe de l'œuf, grossit très rapidement, et Fauvettes et Roitelets ne tardent pas à avoir à nourrir péniblement un fils adoptif plus gros qu'eux-mêmes. Ils ne l'abandonnent plus jamais : on cite d'eux des traits touchants de fidélité. Nous en rapporterons bientôt.
C'est le plus souvent dans les nids des Oiseaux insectivores que les femelles du Coucou Chanteur viennent déposer leur œuf; conséquemment dans ceux qui se trouvent placés à terre, auprès du sol, dans des cavités de rocs et d'arbres, sous des buissons ou des arbustes. Nous en donnerons plus loin la liste d'après les divers observateurs.
Si timide que se fasse le Coucou, il ne faut pas croire qu'il ait si grande horreur de se rapprocher des lieux habités, pour y chercher, ou quand il y sait un nid à sa
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
convenance. La femelle, dit M. Baldamus, perd, dans son pressant besoin, sa timidité naturelle pour les bâtiments. Il a vu un jour un jeune Coucou éclos dans un nid établi sous un hangar. M. Dawson Rovvley a trouvé, le 19 juillet, deux œufs de Coucou, l'un rouge, l'autre gris, dans un nid de Bergeronnette Yarrell, construit dans une pile de bois. Enfin, le D r Franklin mentionne un jeune Coucou trouvé aussi dans un nid de Bergeronnette établi au milieu . d'une touffe de lierre, sur un mur avoisinant une habitation.
On ne trouve jamais d'œufs du Coucou, ou du moins ses œufs ne réussissent jamais, dans les nids de Cailles et de Perdrix, dont les petits courent presque en naissant.
La femelle du Coucou, avons-nous dit, n'en laisse ordinairement qu'un et rarement deux dans chaque nid qu'elle s'approprie. M. Bailly ne cite que deux exemples pour établir cette double ponte : l'un est tiré d'un nid de Bruant Proyer, qu'il observa le 20 mai 1850, dans la prairie de Villarschers sur Voglans ; il renfermait deux œufs de Coucou avec trois œufs de ce Bruant ; mais il ne dit pas quelle était la couleur de ces œufs; l'autre est basé sur deux jeunes Coucous trouvés, le 15 juin de la même année, tout près du lac du Bourget, dans un nid qu'ils occupaient seuls, et où ils étaient nourris par un couple de la même espèce de Bruant.
Le docteur Baldamus et M. Dawson Rowley, ainsi que nous venons de le rappeler, citent également deux exemples semblables, et ce dernier pour un nid de la Bergeronnette Yarrell. Dans ces deux cas, chaque œuf était de couleur différente : l'un rentrant dans la variété rouge, l'autre dans la variété grise, sans que la coloration de chacun d'eux eût le moindre rapport avec celle propre aux œufs du nid. Il n'y avai .Ujow* pày-Wen , pour les pro-
Ê'ûT -A
priétaires de celui-ci, de s'y tromper et d'avoir l'ombre d'illusion sur la violation de leur domicile. D'autant mieux, que les œufs de cette Bergeronnette sont d'un gris blanchâtre pâle un peu azuré, avec de très petits points cendrés et d'un brun foncé, ces derniers plus nombreux au gros bout, ce qui ne permet pas de les confondre avec les œufs de l'intrus. Chacun de ces œufs provenait-il d'un in- • dividu différent? En un mot, étaient-ils le produit de deux femelles de Coucou ?
La femelle du Coucou ne pond cependant pas dans le premier nid qu'elle rencontre. Il faut, pour le choisir, que les œufs qu'il renferme viennent d'y être déposés tout fraîchement, ou bien, que les propriétaires du nid, n'aient pas encore opéré toute leur ponte; et, pour le cas où celleci serait achevée, il importe qu'elle ne soit soumise à l'incubation que depuis un ou deux jours. Elle ne se soucie pas de confier son œuf à des mères qui couvent déjà depuis longtemps.
Toutes ces précautions, dit M. Bailly, dont la nature est inépuisable quand il s'agit de favoriser la multiplication de ses êtres, ont un but admirable. L'Oiseau est invité à les prendre afin qu'il n'y ait pas un trop grand espace de temps entre l'éclosion des œufs des Oiseaux appelés à nourrir le jeune Coucou et celle de ce dernier; ou, pour mieux nous faire comprendre, afin que celui-ci naisse avant les petits de ces Oiseaux , ce qui du reste s'opère ordinairement. Il faut bien qu'il éclose avant eux, puisqu'on trouve déjà le lendemain de sa naissance, au pied du nid qu'il occupe, les œufs de ces Oiseaux, qu'il a jetés hors du berceau, de la manière que nous allons signaler tout à l'heure.
On voit des pères et mères, principalement chez les Grives, les Merles, et les petites espèces de Pies-Grièches.
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
et même des Oiseaux encore plus faibles, qui défendent souvent à la femelle du Coucou l'entrée de leurs nids.
Telle est une femelle de Rouge-Gorge qui, étant fort échauffée à couver, se réunit avec son mâle pour en défendre l'entrée à un de ces Oiseaux, qui s'en était approché de fort près. Tandis que l'un des opposants donnait au Coucou des coups de bec dans le bas-ventre, celui-ci avait dans les ailes un trémoussement presque insensible, ouvrait le bec fort large, et si large que l'autre Rouge-Gorge qui l'attaquait au front, s'y jeta plusieurs fois et y cacha sa tète toute entière, mais toujours impunément. Bientôt le Coucou accablé chancela, perdit l'équilibre et tourna sur sa branche, à laquelle il demeura suspendu les pieds en haut, les yeux à demi fermés, le bec ouvert et les ailes étendues ; étant resté environ deux minutes dans cette attitude, et toujours pressé par les deux Rouges-Gorges , il quitta sa branche, alla se percher plus loin et ne reparut plus. On cite encore un Coucou repoussé par deux Bruants.
Peut-être est-ce à cause de ces envahissements, quoiqu'on n'en ait pas encore d'exemples, qu'en Palestine où il est généralement dans tout le pays, on le voit au dire de M. Tristam, sans cesse poursuivi avec des cris bruyants par le Cratérope Chalybée l .
D'autres Oiseaux , entr'autres , la Fauvette Grise , le Pouillot Siffleur, le Rossignol, et quelques-uns de leur congénères, refusent de couver l'œuf du Coucou, et le repoussent habituellement de leur nichée , ou bien ils le fixent, en le laissant dans le nid, à l'écart de leur propre couvée, et évitent toujours de le soumettre à l'incubation, ce qui en occasionne l'infécondité.
Mais il arrive que les nids, dont la femelle du Coucou
1 Crateropus Chatybeus.
HISTOIRE NATURELLE DES f'OrfOUS.
s'empare , sont souvent placés dans de petits creux d'arbres, de murs ou de rochers, dont l'orifice est trop petit pour lui permettre d'y passer le corps, et tout au plus le bec et la tète. Et alors, on s'est demandé pendant longtemps comment elle pouvait y pénétrer pour pondre ou pour y déposer son œuf. Quoiqu'en dise le D r Franklin, on est aujourd'hui d'accord et fixé sur ce point important, beaucoup plus qu'il ne semble le croire. Le pondait-elle directement dans le nid ? ou bien du lieu où elle le pondait, l'y transportait-elle, et par quel moyen? Nous avons indiqué l'un et l'autre tout à l'heure avec M. de Tschudi, et nous allons entrer dans plus de détails, au sujet de la ressource extrême de la femelle du Coucou, pour le dépôt de son œuf dans un nid difficilement pénétrable pour elle.
Levaillant, qui s'est le plus anciennement occupé de la question, et auteur de cette découverte, avait déjà eu occasion, dans ses chasses en Afrique, de voir un couple d'Engoulevents ramasser ses œufs sur le sol, et les transporter dans l'ouverture de sa bouche. Pourquoi le Coucou ne ferait-il pas de même? A quelque temps de là, le hasard fit tuer à notre voyageur un Coucou Didric ; et à son grand étonnement comme à sa satisfaction, il trouva un œuf dans son gosier ; c'était une femelle ; le même fait se présenta à lui deux ou trois fois. C'était déjà un grand pas vers la solution de la question, et la preuve irrécusable que le Coucou transporte son œuf, de l'endroit où il le pond, dans le nid où il doit être couvé. C'est même ainsi que Naumann expliquait la présence d'œufs de Coucous par terre.
Depuis, FI. Prévost a été conduit à faire la même observation et de la répéter dans une circonstance plus extraordinaire : il a essayé un jour de retirer d'un nid l'œuf de
LES COLCOUS VRAIS PARASITES
Coucou, et l'a porté à terre; la femelle, qui veillait à peu de distance, l'a repris aussitôt et replacé dans le nid.
Enfin, en 1846, vers le milieu du mois de mai, M. Bailly vit aux Charmettes, dans les environs de Chambéry, une femelle de Coucou qui se débattait, cramponnée à un petit roc dont une cavité recelait un nid de Rouge-Gorge. Elle se tenait alors appliquée vers l'entrée de la nichée d'où elle agaçait la femelle du Rouge-Gorge qui couvait, pour la faire sortir du nid. Celle-ci, sortit, en effet, quelques instants après, et lui abandonna sa demeure. Mais comme la cavité du nid était trop étroite pour que la femelle du Coucou pût s'y introduire afin d'y opérer sa ponte, il la vit , après s'être efforcée de diverses manières dans l'intention d'y pénétrer, descendre à terre, où elle se tint pendant un moment couchée presque à plat-ventre, puis baisser la tête et saisir dans le bec l'œuf qu'elle venait ' de pondre ; elle s'élança de nouveau vers la cavité du Rouge-Gorge et s'y accrocha encore avec les pieds; puis elle s'allongea extrêmement, introduisit d'abord la tète ? ensuite tout le cou. et fit alors glisser son œuf dans le nid. Aussitôt après cette opération, elle reprit son essor; et la femelle du Rouge-Gorge, qui s'était retirée sur un arbre voisin, d'où elle n'avait cessé de pousser des cris d'inquiétude, revint couver. Ce fut alors que M. Bailly se rendit à sa couvée pour se rendre fidèlement compte de tout ce qu'il venait de voir. Quel ne fût pas son étonnement, lorsqu'au lieu de six œufs qu'il croyait trouver dans ce nid, il n'en observa toujours que cinq, quatre du Rouge-Gorge et celui du Coucou? Il avait du reste examiné, une demi-heure environ avant cet incident, ce même nid qui contenait cinq œufs, et il avait la conviction, d'après ce qu'il venait de remarquer, de le voir augmenté d'un œuf, celui du Coucou.
HISTOIRE NATURELLE DES COUCOUS
Après une pareille constatation , on peut être persuadé que la femelle du Coucou pond son œuf à terre, quand elle ne peut le placer sur le nid qu'elle désire occuper, soit à cause de l'entrée qui en est trop étroite, soit à cause du peu de solidité de la plupart des nids qu'elle emprunte ; effectivement, en s'y posant de tout le poids de son corps, elle pourrait facilement démembrer les matériaux qui les forment, ensuite occasionner la perte de la couvée entière ; quoiqu'elle ait encore la ressource des petites branches dans l'enfourchure desquelles est établi le nid, pour s'y poser, et de là y pondre et installer son œuf.
Quand le nid qu'elle convoite est au contraire posé à terre, la femelle du Coucou a recours à un autre stratagème. Elle forme à plusieurs reprises, en volant au-dessus de ce nid, des cercles à la manière des Oiseaux de proie.
Elle plonge de temps en temps sur l'Oiseau qui y couve pour l'effrayer, pour le faire fuir et le contraindre par cette manœuvre à lui laisser sa couvée pour quelques moments. « J'ai observé, dit M. Bailly, successivement abattue à Bissy, le 8 mai 1848, une femelle de Concou qui voulait, à l'aide de pareils assauts, s'approprier un nid de Traquet Terrier. En la disséquant, j'ai trouvé dans son ovaire un œuf prêt à être pondu. »
Ces observations ont cependant été contredites, en 1825, par M. J.-A. Sclireiber 1 , qui affirme avoir été témoin d'une toute autre manière dont s'y prend la famille du Coucou pour introduire son œuf dans un nid étranger.
Cet auteur prétend avoir constamment vu que lorsqu'elle veut pondre, elle s'accroche aux branches voisines du nid qu'elle a choisi, y plonge son oviducte et y laisse tomber uii ou deux œufs, mais rarement trois ou quatre.
« Méin. de la Soc. Linn. de Paris ».
LES COUCOUS VRAIS PARASITES
Cette manière de se placer, quand elle pond, ne l'empêche pas d'introduire ses œufs, même dans les nids du Pouillot et du Troglodyte, dont l'entrée est souvent placée sur le coté antérieur.
Nous doutons que cette singulière observation ait jamais fait fortune depuis un demi-siècle qu'elle a été émise, car nous ne l'avons trouvée nulle part ailleurs reproduite que chez Polyd. Roux.
Nous doutons même qu'elle ait jamais été faite ; car elle n'est que la remise en lumière, sous forme de réalité, d'une simple hypothèse qu'avait faite Levaillant, à la recherche du même objet, en s'occupant de l'histoire du Coucou Criard, ainsi qu'on le verra à l'article de ce Coucou.
M. Schreiber ajoute avoir découvert des œufs de Coucou dans un nid de Ramier, ainsi que dans des trous de rochers, dans des creux d'arbres, placés là, dit-il, comme ceux de la Huppe, sur quelques brins de mousse ou de chanvre, et le plus souvent entourés vermoulus. Ce qui lui fait faire le raisonnement suivant :
« Il serait possible, continue-t-il, que, pour abriter ses œufs de la voracité du mâle, la femelle allât en déposer quelques-uns dans l'habitation d'autres Oiseaux, tandis qu'elle se réserverait le droit d'en couver deux ou trois. »
Cette conjecture porte le même auteur à observer que la femelle n'offre extérieurement rien qui la rende impropre à l'incubation ; mais il convient que les viscères, chez elle, sont placés tout autrement que chez les autres Ciseaux.
Quelle que soit cette dissidence isolée, en n'en doit pas moins, ce nous semble, considérer comme acquis, pour le cas précédent, que la femelle du Coucou saisit son œuf dans le bec, qui est très large à l'intérieur, qu'elle transporte ainsi dans le nid choisi pour le faire éclore et faire élever le petit qui en doit naître; qu'elle a la singulière
précaution, pour que la femelle qu'elle lui destine comme nourrice ne refuse pas de lui prodiguer les soins nécessaires à sa prospérité, en s'apercevant qu'en son absence sa nichée s'est accrue d'un œuf étranger, de lui enlever un des siens, que tantôt elle avale, et tantôt se borne à briser. On a vu des nids ainsi occupés, dont les œufs restants étaient entachés de la matière de celui qui avait été dérobé. M. Bailly l'a constaté dans un nid de Loriot, et un autre d'Alouette des champs. Cette circonstance établit que la femelle du Coucou casse quelquefois cet œuf dans le nid même en le saisissant sans doute brusquement, lorsque, par exemple, elle se voit surprise par l'arrivée des propriétaires des nids. Mais elle se donne bien de garde, en aucun cas, de laisser le moindre débris de coquille de l'œuf volé.
Ce fait, au surplus, dont nous verrons M. Fatio citer de nombreuses exceptions, nous a été confirmé dans le temps par M. Jules Vian, de Paris, qui s'occupe avec un rare succès de l'étude des Oiseaux d'Europe et de leurs œufs, et qui commençait alors à faire jouir la science du fruit de ses travaux, en les publiant de loin en loin. Voici, entre autres renseignements, ce qu'il voulait bien nous écrire en 1861 :
« Lorsque, dans mon enfance, je cherchais des nids avec d'autres gamins, et que nous trouvions un nid dévasté, les œufs cassés, nous disions tous : « C'est le Cou- « cou ! il doit avoir pondu dans le voisinage. » Nous cherchions avec le zèle que donne la conviction, et presque toujours nous trouvions son œuf dans un nid des environs. Sur quoi reposait cette confiance d'enfants? Sans doute sur la tradition, comme les rondes qu'ils chantent depuis des siècles.
« Plus tard, lorsque j'ai étudié les mœurs du Coucou,
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j'ai pensé au Casseur d'oeufs de mon enfance; je me suis dit : « Le Coucou agit par intimidation ; couvez mes œufs, « ou je casse les vôtres; et quand il éprouve de la résis- « tance, il casse les œufs. » J'ai conservé ma conviction du jeune âge : quand je trouve un nid dévasté, je cherche bien aux alentours, et je trouve généralement un œuf de Coucou. Ma confiance ne s'arrête pas là; quand je n'en trouve pas, je crois que j'ai mal cherché.
« Ainsi, le 17 mai de cette année, mon fils a trouvé un nid de Rouge-Gorge saccagé, sur le revers d'un fossé de la forêt de Rougeot, près Corbeil, mais pas d'œuf de Coucou. Pensant qu'il avait mal cherché, je suis retourné à la forêt le lendemain, et, dans le même fossé, à dix pas, j'ai trouvé un œuf de Coucou, dans le nid d'un Rossignol. »
Le fait, par le Coucou, de l'enlèvement d'un des œufs de la couvée où il veut mettre le sien est, en outre, bien facile à constater ; il suffit d'examiner la quantité d'œufs qui restent au nid après la ponte de cet Oiseau ; on reconnaîtra que leur nombre est toujours incomplet. Ainsi, par exemple, le Rouge-Gorge fait cinq ou six œufs ; mais si le Coucou s'approprie son nid et y pond un œuf, il n'en contiendra plus, après cette opération, que quatre ou cinq, avec celui de ce dernier, qui tiendra alors lieu de celui qui aura été enlevé; s'il en dépose deux, ce nid renfermera aussi deux œufs de moins de ses vrais propriétaires.
Il est reconnu, d'après M. Bailly, qu'il y a, non constamment, mais le plus souvent, le jour de l'éclosion du Coucou, laquelle s'opère toujours la première, disparution dans le nid, des œufs du père et de la mère qui doivent l'élever. C'est pour cela qu'on le voit, quelques heures après sa naissance, se remuer dans son nid de droite à gauche, se gonfler de temps en temps d'une manière ridicule, se démener presque sans relâche, enfin hisser, en
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s'agitant ainsi, peu à peu sur le dos, chaque œuf qu'il jette hors du nid l'un après l'autre, par le moyen d'une secousse toujours bien marquée au moment où, se sentant chargé d'un œuf, il fait le dernier effort pour le chasser du nid. Ce qui semble démontrer que c'est bien le jeune Coucou qui est la cause de la perte de la couvée de ceux qui le nourrissent, c'est que l'on a découvert dans un creux de rocher, un jeune Coucou, qui occupait seul un nid de Rouge-Gorge, et les œufs de celui-ci épars sur la mousse au pied du roc qui les avait renfermés.
« Le Coucou, dit le même auteur, croit avec une célérité surprenante. Cinq ou six jours après sa naissance, on lui voit déjà la marque de quelques plumes sur le dos, sur la gorge, qui succèdent les premières au léger duvet qu'il apporte en éclosant. Il est à peine âgé de huit jours qu'il hérisse déjà, quand on l'approche ou qu'on l'importune en lui présentant les doigts ou une baguette, ces petites plumes, surtout celles de la gorge qui ne font que paraître. Il ouvre ensuite son bec dans toute sa largeur et le fait craquer en soufflant et en se gonflant successivement; puis il se hisse sur les pieds et s'élance brusquement avec le bec ouvert au-devant de la personne ou de l'objet qui l'inquiète, comme pour le frapper. A force de s'enfler, de se remuer et de s'agiter ainsi pendant les premiers jours de sa vie, il parvient bientôt à détruire toute la forme plus ou moins solide du nid qui l'a reçu, au point qu'il n'en reste plus qu'une espèce de matelas battu. En conséquence, lors même qu'il ne hisserait pas sur son dos les œufs de ceux qui le nourrissent, pour les jeter hors du nid, ils n'en tomberaient pas moins d'eux-mêmes, du moment que le berceau qui les renferme serait privé de ses bords, plus ou moins propres, par leur fermeté, à les retenir. Il en arriverait tout autant après l'éclosion : ou le jeune Coucou