LXI. M. DE MONTBÉLIARD, GARDE-MARINE
Ordre d* entrée, Î4 avril 1695. — Ordre de sortie...?
Vers la fin d'avril 1695, M. de Saint-Mars recevait de
1 16 février 1694. Depping, t. III, p. 274.
M. de Pontchartrain la nouvelle de l'arrivée aux îles d'un nouveau prisonnier, un cadet de famille également , le sieur de Montbéliard. « La mauvaise conduite de Montbéliard, garde- >» marine, contenait la dépêche royale , m'ayant obligé de le » faire arrêter à la supplication de ses parents, j'ai donné » ordre qu'il soit conduit aux îles de Sainte-Marguerite, et » je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention » est que vous le receviez et qu'il y soit détenu jusqu'à nou- » vel ordre, et nourri aux dépens de sa famille \... » Ce Montbéliard était un cadet, et, comme son camarade de Languedoue, un fort mauvais sujet, traité, d'ailleurs^ assez doucement , c'est-à-dire libre de sortir et de fréquenter la garnison. Mais il paraîtrait que notre jeune homme était d'humeur assez difficile, car, au mois d'octobre suivant, il se prit de querelle avec un soldat de la garnison de la compagnie de Mourand , du régiment de la vieille marine, qu'il tua bel et bien d'un coup d'épée dans le ventre^. Saint-Mars le fit aussitôt enfermer, et prescrivit au sieur de Dampierre, major des îles, de commencer son jugement en attendant les ordres du ministre*. Là s'arrête ce que j'ai pu retrouver de ce détenu. Quelle fut la réponse de Barbezieux? que devint ce cadet? Je n'ai aucune lettre de lui ; mais, à en juger par les habitudes du temps , il est plus que probable que notre écervelé en fut quitte pour quelques mois de carcere duro et une admonestation sévère. En l'an de grâce 1695, on était indulgent pour les peccadilles des gens d'épée, et la via d'un soldat ne comptait guère dans la balance de la justice humaine.
La voilà bien terminée, cette fois, cette histoire des diderents prisonniers de Pignerol et des îles. Sans doute elle a été présentée trop rapidement et surtout d'une manière un peu
1 26 avril 1695. Depping, t. II, P. 708.
3 P. 235, Y. 1299, Mss. Dépôt de la guerre.
S 10 novembre 1695. P. 221, v. 1300, Mss. Dépftt ^ U guerre.
sèche ; mais, avant tout, j'ai souhaité produire des pièces authentiques, renvoyer les incrédules à la page, au volume, être sincère toujours et indiquer franchement le point faible où les rensei{][nements me faisaient défaut. Cette méthode , je la suivrai pour terminer ce travail, et je crois qu'on y prendra un intérêt plus réel, plus profond qu'aux arrang^ements les plus ingénieux de l'imagination. Elle donnera d'ailleurs une image plus vivante des mœurs de ce temps-là.
Quoi qu'il en soit, ce rapide historique, on le reconnaîtra, a eu le réel avantage de débarrasser le récit d'une série de personnages inutiles-, de prouver qu'il y avait loin des soixante prisonniers de M. de Saint -Mars aux quatre ou cinq des autres historiens, de présenter une idée exacte de la manière de procéder habituelle à cette époque pour l'incarcération des prisonniers d'État, et de la valeur réelle qu'on doit attacher à ces détentions arbitraires. Il a produit l'incontestable résultat de démontrer que , parmi les prisonniers que j'ai passés en revue , il n'en existait aucun dont la figure méritât assez d'intérêt pour faire comprendre la présence continuelle de Saint-Mars et les précautions ministérielles , et dont l'incarcération cadrât comme temps avec les exigences réclamées par les données du problème. Dans l'exposé des aventures de ces différents personnages, tout est simple au contraire, clair, nettement défini , tout se présente sans ambiguïté à l'esprit, du moins je le suppose. Maintenant, au contraire, on assistera sans discontinuité à une série de faits curieux , inconnus, de mesures identiques, de procédés particuliers, qui, sans avoir rien de merveilleux, n'en sont pas moins destinés à prouver que c'est dans cet ordre d'idées , sur cette piste nouvelle , qu'il fallait chercher la solution de ce problème étrange qu'ont légué la légende et M. de Voltaire.