‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 123 sur 170 · L'ABBÉ DU COLOMBIER · texte numérisé non relu

L'ABBÉ DU COLOMBIER

resse se trouve un autre abbé , dont Taventure est assez mystérieuse pour qu'elle intéresse le Pape lui-même. Suivant les historiens, l'affaire du Colombier ne se rattacherait qu'à un détail concernant l'Ordre de Saint-I^azare. D'après moi , elle aurait une portée plus grande. '

Le 6 juin 1673, en effet, Louis XIY, alors au camp de Wassen, écrivait à M. de Besmaus : « Ayant donné ordre » pour faire conduire en mon château de la Bastille l'abbé » du Colombier, je vous écris cette lettre pour vous dire que V vous ayez à le recevoir en mondit château, et de le tenir » sous bonne et sûre garde, jusqu'à nouvel ordre'. » Le 15 février, Nallot écrivait de son côté à M. de Louvois : u J'ai gardé quelques jours l'ordre qu'il vous avoit plu me » faire adresser, Monseigneur, pour faire arrêter l'abbé du

^ Colombier, auparavant que de le faire arrêter J'ai remis

» l'ordre du Roi à M. le chevalier du guet, qui l'a mené à la » Bastille, et parce que son ordre ne disoit rien touchant les » papiers de ce faux prélat, les papiers ont été mis dans une n cassette qu'on a scellée en présence du prisonnier, puis » remise à la garde de l'hôte où il logeoit , dans la rue du «Bouloi, à l'hôtel du Bouloi. Cette cassette doit contenir » beaucoup de patentes de Rome , et des lettres de ceux avec » lesquels il avoit correspondance'. ».

Le 19 juin^, Louvois répondait en prescrivant à Besmaus de prendre toutes les précautions nécessaires pour la garde de ce prêtre. Il ordonnait en même temps à Nallot et au sieur Testu, chevalier du guet, de procéder avec soin à l'inventaire des objets appartenant à ce personnage. L'abbé du Colombier fut effectivement enfermé ; une lettre autographe de Besmaus à Louvois, du 4 juillet^ , en Fait foi.

Jusqu'ici , rien que de très-naturel : mais il paraît qu'au fond l'affaire n'était pas d'une simplicité pareille, car à

1 P. 35, ▼. 303, Mss. Dépôt de la guerre.

3 P. 376, T. 360, Mss. Dépôt de la guerre.

3 P. 150, 16S, y. 304; p. 52, ▼. 361, Mss. Dépôt de la guerre. ' 4 P. 8S, V. 361, Mss. Dépôt de la ^erre.

Rome, Farrestation de cet homme fit grande impression, et, le 8 juillet' , l'abbé Coquelin, agent secret de Louvois, écrivait à ce ministre : «... Le cardinal me dit qu'il étoit » très-faché d'une nouvelle qui étoit venue le plus mal a » propos du monde; que Son Excellence l'a voit chargé de » le venir dire, et de me montrer la lettre t qu'elle est de j» M. le cardinal Nerli , qui lui mande qu'en vertu d'un ordre n de Sa Majesté , en date du 6 juin , l'abbé du Colombier a » été mis à la Bastille, et qu'il disoit que c'étoit pour n'avoir » pas voulu signer un consentement qu'on lui avoit demandé, » pour l'union des biens de TOrdre de Saint-Lazare et de

»> celui du Saint-Esprit; il dit que c'étoit fâcheux Je lui

» ai demandé s'il connoissoit cet homme; il me dit que non; » je lui ai fait son histoire ^ qui ayant rendu la joie à notre » conversation, je lui ai dit qu'il voyoitbien qu'un homme de » cette trempe pouvoit bien être arrêté pour d'autres affaires

" que celles de Saint-Lazare Le lendemain j'ai appris au

» Pape l'incident du Colombier, et je lui ai dit que, comme »> il n'étoit instruit des choses du royaume, il savoit combien î' il étoit délicat de se mêler de tout ce qui avoit l'ombre de » prisonnier d'État ; que , comme le Roi ne se méloit pas de » ceux que le Pape faisoit mettre au château Saint- Ange, » qu*il étoit juste que le Pape n'entrât pas dans les affaires

n de ceux que le Roi faisoit mettre à la Bastille Je lui ai

» fait voir combien il serait honteux pour la cour de Rome » de se brouiller avec la France pour un si maigre sujet, et w pour un aussi grand fripon que le sieur du Colombier. » Cet homme, effectivement, était en relation avec quantité d'agents de l'étranger et de l'intérieur, qu'il avait rencontrés à Turin , à Lyon , à Bruxelles. Son ordre d'incarcération se rattachait donc à la mesure générale prise un peu partout par le ministre sur le sol français, en vue d'un complot contre la vie du Roi. Que devint-il? Resta-t-il à la Bastille? Je le suppose , car depuis, je n'en ai plus entendu parler.

' P. 18, V. 235, Mss. Dépôt de la guerre.

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