DE MARCHIEL AUX ILES DE LERINS
» Voisy sy loînt un petit mémoire de la depance que j*ay » faite pour luy l'année dernière. Je ne le met pas en détail, » pour que personne par qui il passe puisse pénétrer autre » chose que ce quils croyent.
» Jay fait excequter. Monseigneur, les santances du con- 1 seil de guerre que le major d'ici c'est donne Ihonneur de >• vous envoier.
» Mon lieutenant nommé Laprade prend la liberté , Mony^ seigneur, de vous sviplier très humblement, par sa lettre » sy jointe , de luy vouloir accorder un congé de deux mois » pour aller en Gasconnie vaquer à ces afFeres , ou davoir la » bonté de luy faire donner un Commùimus, pour faire venir » les parties quil le plaides au parlement d'Àix , ce quy feroit » qu'il sacomoderoient plutost que de passer de leurs pro- » vinces en sellesy. Je vous demande en grâce la permission » de me dire avec tout le respect et la soumition possible , » Monseigneur,
» Votre très humble , très obéissant et très oblige serviteur ,
« DE Saint-Mars.
» Aax Isles, ce 8« janvier 1688. •
Le 16 janvier 1691 fut la date de la dernière lettre du célèbre ministre à son geôlier. Cette lettre, insignifiante, n'avait trait qu'à un acquit de dépenses \ Mais Louvois mort , rien ne fut changé dans l'exécution des services.
Saint-Pouenges, Tilladet, Garpatry, Darbon, etc., étaient toujours au secrétariat, avec Ghamlay cette fois, pour aider le fils de Louvois, le marquis de Barbezieux, dans sa difficile mission.
Barbezieux était-il au fait de l'identité du personnage? Je le suppose. Les détails, je crois, lui étaient inconnus, et il ne les obtint que quelque temps après, de la bouche même
1 P. 15, T. 011, Mss. Dépôt de la guerre.
Loayois mourat jeane encore, à cinquante et un ans. Lui-même fut-il empoisonné , comme certains auteurs Font assuré, ou succomba-t-il à la douleur d'une disgrâce royale ? C'est ce que j'examinerai dans one autre étude.
de Saint-Mars, quand ce dernier vint à Paris' en 1693. En tout^^as , quinze jours après la mort de son père , le nouveau secrétaire d'État envoyait, le 13 août, la dépêche suivante, curieuse à plus d'un titre, parce qu'elle permet de contrôler la date de la première incarcération du prisonnier :
a Votre lettre du 26 de ce mois passé m'a été rendue. n Lorsque vous aurez quelque chose à me mander du pri- » son nier qui est sous votre garde depuis vingt ans, je vous » prie d'user des mêmes précautions que vous fiiisiez quand » vous les donniez à M. de Louvois.' »
Or, de Marchiel a été arrêté en 1673 et remis à Saint-Mars au commencement de 1674: c'est un espace de dix-huit ans qui s'est écoulé. La date indiquée par le ministre et les faits sont donc en parfaite concordance.
De 1690 à 1693 , six autres ministres protestants ont été confiés aux soins de Saint-Mars : Gardel, Yalsec, Molan, Malzac, Girard et Gardien. Un seul est mort, Malzac; je l'ai prouvé.
Par conséquent, au commencement de l'année 1694, sept années après son arrivée aux îles , treize après son départ de Pig^nerol , le geôlier Saint-Mars a six prisonniers , de Marchiel et cinq pasteurs protestants , accusés de crime de lèsemajesté.
Le 28 janvier, il a écrit au ministre pour lui faire part d'un fait particulier , et le 9 Barbezieux lui a répondu :
u J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de rn écrire » le 21 du mois passé. Je vous puis assurer que personne ne yy l'a vue que moi, et quand vons avez quelque chose de » secret à me mander, vous pouvez en user .de la même
» manière '. *
Or, c'est à cette même date, un mois plus tard, que Barbezieux, forcé par les circonstances de la g^uerre, par le dernier bombardement de Pi{jnerol, prendra la résolution d'envoyer aux fies les trois prisonniers du donjon confiés à
1 P. 246, ▼. 1034, Mss. Dépôt de la guerre.
S P. 96, ▼. 1242, Mig. Dépôt Je la gaerra.