DE MAKGHIEL AUX ILES DE LERINS
la garde de Yillebois et de La Prade, et que va reparaître le fameux Mattiolî, dont M. Topin, annihilant d'un seul trait de plume les treize années qui viennent de s'écouler et les dépêches si curieuses que j'ai mises sous les yeux du lecteur, a voulu faire le prisonnier mystérieux de M, de Saint-Mars. Ce qui m'étonne le plus dans l'erreur de cet écrivain d'un talent si vif, c'est qu'il a eu comme moi entre' les mains tous les volumes où j*ai puisé ces multiples dépêches que j'ai citées et dont j'ai ressassé mon livre , au grand détriment du style. Pourquoi donc les a-t-il négligées? De quel droit les a-t-il passées sous silence? Il est trop intelligent pour se targuer d'ignorance ou d'oubli. Mais, je ne saurais trop le répéter, la plus grave assertion de cet auteur a été d'avoir voulu faire de la venue de Mattioli et de ses coprisonniers aux îles une aventure mystérieuse , se produisant tout d'un coup, avec des allures étranges, tandis qu'elle n'était que la conséquence de l'abandon d'une place qui, deux ans après, était cédée à la Savoie et qu'on commençait déjà à démanteler. Le 20 mars 1 694 , en effet , Barbezieux écrivait à M. de La Prade, à Pignerol :
« Le Roi ayant résolu de faire transférer aux lies Sainte- M Marguerite en Provence , aux ordres de M. de Saint-Mars , 1» les trois prisonniers d'État qui sont à votre garde dans le » donjon de la citadelle de Pignerol, Sa Majesté m'a ordonné » de vous écrire qu'elle vous a choisi pour les conduire les » uns après les autres j c'est-à-dire que, quand vous en aurez » mené tm, vous reviendrez en prendre un autre. J'adresse, » pour cet effet, à M. le comte de Tessé l'ordre de Sa Ma- » jesté nécessaire pour que M. le marquis d'Herleville laisse » partir du donjon de Pignerol lesdits prisonniers, et une » lettre de cachet pour ledit sieur de Saint-Mars que vous » lui remettrez avec le premier de ces prisonniers. M. de » Tessé pourvoira aux escortes et vous fera^ donner l'argent » que vous lui demanderez pour la dépense du voyage. Sui- » vaut les intentions du Roi que je lui explique par la lettre yt que je viens de lui écrire , vous observerez de choisir quel*
414 LE MASQUE DE FElt.
n que personne sage pour prendre en votre absence le soin » des deux prisonniers qui resteront pendant que vous conn duirez le premier ; vous exécuterez de même pour le » deuxième prisonnier, tant que vous pailirez avec le second. » Vous savez de quelle conséquence il est que ces gens-là » ne parlent et n'écrivent à personne pendant la route ; le » Roi vous recommandé d'y tenir régulièrement la main , et » qu'il n'y ait que vous qui leur donniez à manger comme » vous avez fait depuis qu'ils ont été confiés à vos soins. » Vous ne devez partir de Pignerol avec le premier prisonnier » que lorsque deux sergents de la compagnie de Saint-Mars » qu'il y doit envoyer y seront arrivés , lesquels il doit choisir V pour vous aider à cette conduite ' . v
Je n'ajouterai pas \e& dépêches complémentaires adressées par Barbezieux à MM. d'Herievilie et de Tessé. La première est concluante, et suffit pour retirer tout le merveilleux que M. Topin leur a voulu prêter. Mais je n'ai pas à revenir sur la mort du prisonnier Mattioli, dont l'incarcération et I'jdternement aux îles étaient connus du public et racontés dans les gazettes du temps. Ce sont des événements qui sont sans importance dans mon récit. Ce que je fais actuellement et ce que j'ai uniquement à continuer, c'est la production des pièces, quelles qu'elles soient, nécessaires pour l'achèvement de l'étude que j'ai entreprise.
De 1694 à 1698 , époque où Saint-*Mars se rend à la Bastille , les dépêches ^ont peu nombreuses ; il en existe pourtant assez pour compléter la série des dépêches qui concernent de Marchiel et d'Oldendorf , et montrer la liaison parfaite.
Le 20 juillet 1694, Barbezieux écrit à Saint-Mars' : a J'ai » reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire , sur » les mesures que vous avez prises pour la garde de vos pri- » sonniers. J'en^i rendu.compte au Roi , qui a approuvé tout » ce que vous proposez. Je vous prie seulement de me
1 P. 200, V. 1243, Mas. Dépôt de la guerre.
« P. Î70, ▼. it47, M«s. Dépôt de la guerre.