‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 145 sur 170 · DE MARGHIEL A LA BASTILLE. 4SI · texte numérisé non relu

DE MARGHIEL A LA BASTILLE. 4SI

Du JuDca pouvait écrire sur son re{;istre d'ëcrou la fameuse citation :

«Jeudi 18 septembre 1698, à trois heures après midi, » M. de Saint-Mars, gouverneur de la Bastille, est arrivé, » pour sa première entrée, venant des fies Sainte-Marguerite » et Saint-Honorat , ayant amené avec lui, dans sa litière, » un ancien prisonnier qu'il avoit à Pignerol, dont le nom » ne se dit pas; lequel on fait tenir toujours masqué et qui » fut d'abord mis dans la tour de la Basinière en attenn dant la nuit, et que je conduisis ensuite moi-même, sur » les neuf heures du soir, dans la troisième chambre de la » tour Bertaudière , laquelle chambre j 'a vois eu soin défaire » meubler de toutes choses avant son arrivée, en ayant reçu » l'ordre de M. de Saint-Mars...

» En le conduisant dans ladite chambre, j'étois accompagné * du sieur Rosarges que M. de Saint-Mars avoit aussi amené » avec lui et lequel étoit chargé de servir et de soigner ledit » prisonnier^ qui étoit nourri par le gouverneur. »

M. Formanoir de Palteau, le petit-neveu de Saint-Mars, devait, soixante ans plus tard, confirmer cette narration, quand il racontait à Fréron le voyage de Saint-Mars et son séjour de quelques heures dans sa propriété.

« M. de Saint-Mars séjourna avec son prisonnier à sa terre » de Palteau, près de yilleneuve-le-Koi. L'Homme au masque » arriva dans une litière qui précédoit celle de M. de Saint- » Mars ; ils étoient accompagnés de plusieurs gens à cheval. » Les paysans alloient au-devant de leur seigneur. M. de V Saint-Mars mangea avec son prisonnier, qui avoit le dos » opposé aux croisées de la salle à manger qui donnent sur » la cour : les paysans que j'ai interrogés ne purent voir s'il » mangeoit avec son masque ; mais ils observèrent très- » bien que M. de Saint^Mars, qui étoit à table vis-à-vis de lui, » avoit deux pistolets à côté de son assiette. Ils n'avoient » pour les servir qu'un seul valet de chambre qui alloit cher- » cher les plats qu'on lui apportoit dans l'antichambre , » fermant soigneusement sur lui la porte de la salle à man-

» ger. Lorsque le prisonnier traversoit la cour , il avoit » toujours son masque noirsurleviso{][e. Les paysans renaar- ^ quèrent qu'on lui voyoit les dents et les lèvres ; qa'il étoit V grand et avoit les cheveux blancs. M. de Saint-Mars couciia » dans un lit qu'on arvoit dressé auprès de oeluî de l'Honime » au masque. Je n'ai pas ouï dire qu'il eût aucun accent n étranger... »

La conformité deoesprocédé6avecceuxemployésenl673y 1674, 1681, 1687, est donc irréfutable. L'erreur n'est pas possible. Quant au déplacement, il n'avait d'autre valeur que celle d'un changement de gouverneur, changement qui aurait dû suffire, du reste, pour détruire les hypothèses auxquelles un travail incomplet avait exposé la plupart des historiens, et empêcher une idée de mystère qui n'avait existé que dans la légende. C'était, en eftet, le 18 septembre 1698 que Saint-Mars arrivait à la Bastille; or, le 29 du même mois , la Gazette (T Amsterdam publiait la nouvelle suivante :

u M. de Saint-Mars, qui était gouverneur des îles de Saint- * Honorât et de Sainte-Marguerite, est arrivé ici depuis quel- I) ques jours pour prendre possession du gouvernement de la » Bastille, dont il a été pourvu par Sa Majesté, n

Et dans le numéro du 3 octobre :

tt M. de SaintrMars a pris possession du gouvernement de » la Bastille, où il a fait mettre un prisonnier qu'il avait » amené avec lui ^ et il en a laissé un autre à Pierre-Gise, » en passant à Lyon. >

De Marchiel était donc revenu à la Bastille, vingt-six années presque après l'avoir quittée. Enfermé de nouveau à la troisième chambre de la tour Bertaudière, il y fut confié à la surveillance spéciale de ses deux gardiens habituels, le nuàjor de Rosarges et le porte-clefs Antoine Bu, presque aussi anciens que lui auprès de M. de Saint-Mars, puisqu'ils l'accompagnaient depuis trente ans.

Au début, le prisonnier fut assez rigoureusement surveillé. U fallait traverser lu grande cour pour se rendre de la troi-

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