IDENTITÉ DU PRISONNIER. SON NOM. 4Î
n'est pas supposable, et c'est pour icela que Du Junca, rhomme vëridique et exact par excellence , a écrit sur un registre d'écrou :
« Sur le registre mortuer "^ on a done un nom aussy » inconeu que Monsieur de Rosarges y maior, et M. Reil sieurgien, n qui hont signé sur le registre, + Je apris du depuis qu'on » lauet nome sur le registre M, de Marchiel, que Von a païe n quarante livres d'anteremant. »
Ce nom est en efFet inconeu pour le lieutenant, qui ne peut deviner les curieux événements que cache cette incarcération si bien réglée par Saint- Mars et Rosarges, les seuls personnages qui visitent la troisième chambre de la tour Bertaudière. Mais ce qui est sans valeur pour le peu lettré Du Junca, né à Bordeaux et officier de fortune entré à la Bastille en 1690, n'est plus insignifiant pour ceux qui, comme nous, viennent d'assister à ce curieux défilé de dépêches et d'événements. Donc, au lieu de chercher la légende, le mystère, l'inconnu, les anagrammes, il était préférable d'examiner si ce nom de Marchiel, dû à l'orthographe quelque peu fantaisiste de Du Junca, n'avait pas de concordance avec celui d'un homme de l'époque. En effet, il était juste de remarquer que, dans les dépêches-minutes des Archives de la guerre, on écrit continuellement :
Ghasteuil, Ghastuel, Ghastiel, Ghastel,
Ghoiseuil, Ghoisiel, Ghoisel.
D'autres conditions s'imposaient également dans cette recherche. Formanoir de Palteau et Blainvilliers, les parents de Saint-Mars, prétendaient l'avoir entendu appeler La Tour par leur oncle et cousin.
Louvois, le Père Hyacinthe, le baron d'Aisne, le baron d'Âspres, d'un autrie côté, assuraient qu'il était Lorrain de naissance, officier, et qu'il prenait volontiers le titre de chevalier des Armoises, enfin qu'il parlait plusieurs langues, menait grande vie et comptait lever un régiment.
Or, pour accomplir toutes ces conditions d'existence, d'éducation, d'influence, de relations, en l'an de grâce 1673,
il fallait nécessairement appartenir à une famille de noble extraction. En Lorraine, existait-il des familles portant ces noms ? Oui. A cette date se trouvent effectivement, et, qui plus est, alliées entre elles, des familles des Armoises, Goumay- Marcheuille, Mars-la-Tour , Malatour, Marchiennes, Mareschai, etc., répondant par conséquent aux désinflations du ministre, du Père Hyacinthe, du geôlier Saint-Mars , et du major de la Bastille, le sieur Du Junca.
Le merveilleux, qui n'existait déjà plus par l'examen des faits fort intéressants de l'histoire de cette conspiration, disparaissait donc tout à fbit devant la simple observation et confrontation des noms.
FAMILLES MARGHAL ET MARESGHÂL.
Des Marchai et Mareschal, on en trouve plusieurs anobtis en Lorraine an dix-septième siècle. C'est ainsi ope j'ai vu un Nicolas Maréchal , natif de la ville même de Nancy, anobli par lettres données àMirecourt, le 10 janvier 1634; un Jean Maréchal ou Marchai, bourgeois de Bar, marié à Isabelle Yol. Ce Maréchal eut entre autres enfants un Nicolas, marié à son tour à Anne Mangeot.
Toussaint Marchai, de Charmes-sur-Moselle , avait été anobli le 12 octobre 1661.
Jean Mareschal , receveur général du comte de Vaudemont, avait obtenu son titre de noblesse le 15 juillet 1621 .