‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 3 sur 170 · RÉALITÉ DU PRISOÎÎNIER MASQUÉ · texte numérisé non relu

RÉALITÉ DU PRISOÎÎNIER MASQUÉ

à ne permettre aucun mouvement. Il fut introduit dans une chambre basse, où se trouvait préparée une couchette sur laquelle il ne pouvait que s'étendre , garrotté et tout habillé qu'il était. Il y avait vingt jours qu'il avait quitté la Bastille, voyageant la nuit, se reposant le jour dans les lieux les plus solitaires, suivant un itinéraire minutieusement tracé par le secrétaire d'État de la guerre, le marquis de Louvois.

Le lendemain, dans la journée, en même temps que l'on remettait à l'exempt une dépêche scellée des ordres du Roi , une autre troupe de dix cavaliers, également commandée par un officier, faisait son entrée dans la maison. C'étaient des hommes de la compagnie franche de M. de Saint-Mars, le gouverneur du donjon de Pignerol , sous les ordres de leur lieutenant y le chevalier de Saint-Martin. Les deux officiers échangèrent leurs noms et qualités , ainsi que les dépêches qui leur étaient destinées réciproquement.

L'ordre était ainsi conçu :

« L'officier de M. de Saint-Mars, envoyé par lui auprès » de Lyon pour recevoir un prisonnier que le sieur Legrain «lui doit remettre entre les mains, le conduira incessam- » ment dans le donjon de Pignerol , prenant les chemins pour » passer toujours sur les terres du Roi, Il prendra les précau- » tions nécessaires pour la sûreté de sa garde , le fera fortey* ment attadier pendant la nuit, et outre cela garder à vue , et » l'empêchera d'avoir commerce, ni de vive voix ni par écrit, » avec qui que ce fût , ne souffrant point qu'il parlât de » quoi que ce fût. de ses affaires ni à lui ni à aucun de ceux 9 qui le garderont * . »

L'ordre du marquis de Louvois à M. de Saint-Mars était plus explicite encore* :

« Le Roi ayant jugé à propos pour le bien de son service » d'envoyer à Pignerol un prisonnier, lequel, quoique obscuî", V ne laisse pas d'être homme de conséquence. Sa Majesté l'a » fait partir d'ici sous la conduite du sieur Legrain, qui le

^ P. 397, V. 365, Mss. Dépôt de la guerre.

2 10 mars 1674. V. 365, Mss. Dépôt de la guerre.

» conduira jusqu'à la poste qui est au delà de Lyon , nommée » Bron , où il se trouvera le 30 de ce mois , où vous aurez » soin de l'envoyer recevoir de ses mains par dix hommes » assurés de votre compagnie , commandés par un de vos offi- » ciers/ auquel le sieur Legrain donnera toutes les instruc- » tions nécessaires pour la manière dont ce prisonnier devra » être gardé : vous recommanderez à l'officier de le conduire » sans éclat par les chemins, et de le faire entrer dans Pignerol » sans bruit et même sans que Von s'aperçoive que ce soit un pri- " sonnier que vos gens conduisent dans le donjon, où vous le » traiterez de la même façon que le prisonnier que M. Vauroy » vous a amené. »

La nuit suivante , le prisonnier inconnu , toujours attaché , mais cette fois à cheval, à cause de la difficulté des chemins, partait sous l'escorte de sa nouvelle troupe pour cette fameuse forteresse où Fouquet , Lauzun , Eustache Danger et plusieurs autres se trouvaient déjà enfermés sous la surveillance du plus rigoureux et du plus exact des geôliers.

Huit années cette fois se sont écoulées! huit années de réclusion dans la Tour d'en bas du donjon de Pignerol ! Par une nuit sombre du mois d'octobre 1681, toute une compagnie d'hommes d'armes, mousquet ou pique sur l'épaule, quittait silencieusement le donjon et gagnait la campagne par la fausse porte et les fossés qui faisaient directement communiquer ledit donjon avec l'extérieur. A l'embranchement des routes , une litière attendait : on y fit monter deux prisonniers masqués et garrottés qui sortaient de la Tour d'en bas. L'installation faite, la petite troupe s'engagea immédiatement dans la montagne.

C'était la compagnie de M. de Saint-Mars, avec son capitaine et ses deux lieutenants, MM. de la Prade et de Boisjoly , qui se rendait à la nouvelle résidence du gouverneur, au fort d'Exilés, pour y conduire et garder les deux prisonniers de la Tour, conformément à l'instruction formelle du ministre. « Ces deux de la Tour d'en bas seront les seuls » que Sa Majesté fera transférer à Exiles pour y être en sikreté

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