RÉALITÉ DU PRISONNIER MASQUÉ
» autant qu'à PigneroL Envoyez-moi un mémoire de tous les » prisonniers dont vous êtes chargé, et marquez-moi à côté ce » que vous savez des raisons pour lesquelles ils sont arrêtés, A » l'égard des deux de la Tour d'en bas, vous n aurez qu'à les » matquer de ce nom sans y mettre autre chose.,.
)> «Sa Majesté croit ces deux personnages assez de conséquence » pour ne les pas mettre en d'autres mains que les vôtres. »
» ... Vous les ferez sortir de la citadelle de Pignerol dans » une litière et les ferez conduire à Exiles sous l'escorte de » votre compagnie , pour la marche de laquelle les ordres sont » ci-joints . . . . Vous remettrez en ce temps^là au sieur de Ville^
V bois le commandement de la citadelle » Et Saint-Mars
ajoutait à l'abbë d'Estrades , en lui annonçant son départ prochain : « J'aurai en garde deux merles que f ai à Pignerol^ n lesquels n'ont pas d'autres noms que MM. de la Tour d'en
» bas. Mattioli restera ici avec deux autres prisonniers »
Il répondait en même temps le 12 juillet 1681 , afin de tranquilliser le soupçonneux et rancunier ministre : « Pour que » l'on ne voie point les prisonniers, ils ne sortiront point de » leur chambre pour entendre la messe , et pour les tenir en » plus grande sûreté, l'un de mes lieutenants couchera au- » dessus d'eux , et il y aura deux sentinelles jour et nuit qui n verront tout le tour de la tour y sans qu'eux et les prison- » niers se puissent voir ni parler, ni pas même entendre, etc. . . »
Mais ces précautions ne suffisent pas à Louvois ; Tannée suivante , il revient à la charge et écrit à Saint-Mars , le 2 mars 1682' : « Le Roi m'a ordonné de vous commander » de faire garder vos prisonniers si sévèrement et de prendre » de telles précautions, que vous puissiez répondre à Sa » Majesté qu'ils ne parleront à qui que ce soit » Le nouveau gouverneur d'Exilés, froissé sans doute de ces injonctions réitérées, riposte de suite, le 11 mars de la même année*, par une exposition de ses anciens services : «Depuis » que Monseigneur m'a fait ce commandement , j'ai gardé
1 p. 36, V. 675, Mss. Dépôt de la guerre.
« Delort, p. 879.
» deux prisonniers qui sont à ma garde, aussi sévèrement Il que j'ai fait autrefois MM. Fouquet et Lauzun , lesquels » ne peuvent se vanter d'avoir donné ni reçu de nouvelles » tant qu'ils ont été enfermés.... »
Cinq années se sont écoulées ; Saint-Mars vient d'obtenir le gouvernement de Sainte-Marguerite et Saint-Honorat ; Louvois lui adresse alors, le 8 janvier 1687', une nouvelle instruction pour ses prisonniers : « L'intention de Sa Majesté, M lui dit-il, est qu'aussitôt que vous aurez reçu vos provisions » de gouverneur des îles Sainte-Marguerite , vous alliez faire » un tgur auxdites îles , pour voir ce qu'il y a à faire , pour » accommoder un lieu propre à garder sûrement les prison^
V nier s qui sont à votre charge »
Mais la dépêche du ministre se croise avec une autre du gouverneur qui lui annonce la mort de l'un des deuxmalheu* reux confiés à sa surveillance , comme on le verra plus tard par les dépêches officielles. Saint-Mars ne parle donc plus que de celui qui reste et répond douze jours après , le 20 janvier 1697* : « Je donnerai si bien mes ordres pour la garde ' » de mon prisonnier ^ que je puis bien vous en répondre. Mon- » seigneur, pour son entière sûreté, et si je le mène aux » îles , je crois que la plus sûre voiture seroit une chaise cou-*
V verte de toile cirée, de manière qu'il auroil assez d'air, sans » que personne le pût voir ni lui parler pendant la route, pas » même les soldats que je ckoisirois pour être proche de la
V chaise , qui seroit moins embarrassante qu'une litière «'
Cette fois, le secrétaire d'État de la guerre, qui est au courant de la fin du drame pour l'un des deux prisonniers, au reçu même de la dépêche de son geôlier, écrit le 27 janvier* à son geôlier en chef: « Je vous prie de bien examiner » dans ladite île ce qu'il y a à faire pour pouvoir garder » sûrement votre prisonnier y et de me proposer ce qui sera » absolument nécessaire pour cela. »
ï p. 114, V. 779, Mss. Dépôt de la guerre.
S Delort , p. 282.
' P. 506, V, 779, Mss. Dépôt de la guerre.