‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs) d'après des documents inédits des archives de la guerre et autres dépôts publicsChapitre 62 sur 170 · NICOLAS FOUQUET · texte numérisé non relu

NICOLAS FOUQUET

et si je me permets ici d'ajouter quelques mots, c'est uniquement pour donner certaines pièces curieuses , relatives au traitement et à la mort du célèbre prisonnier.

Voici d'abord, d'après un manuscrit des Archives nationales, le menu de la dépense allouée mensuellement à M. de Saint-Mars pour l'entretien de ce personnage ' :

« Pour la nourriture pendant ledit mois dudit Fouquet et » de son valet , 500 livres ;

» Pour le payement des gages dudit valet, 50 livres ;

n Pour le payement du bois et chandelle, tant pour la » chambre dudit Fouquet que du corps de garde, 100 livres ;

» Pour le chapelain qui dit la messe de Fouquet, 9 25 livres. »

Cela faisait un total de 40,000 francs par an, rien que pour les frais personnels occasionnés par le surintendant , plus de 600,000 francs pour les quinze ans qu'il est resté dans le donjon, en dehqrs, bien entendu, des dépenses qu'exigèrent ses deux installations de Pignerol et de la Pérouse, son voyage, l'entretien de ses vêtements, la solde de la compagnie des gardes, et les appointements passablement élevés du geôlier. Les prisonniers d'État revenaient cher à cette époque d'omnipotence royale.

La mort du surintendant est incontestable. Je l'ai racontée en détail à propos de la réfutation de l'hypothèse du Bibliophile. Il succomba le 23 mars 1680, et fut enterré le 23 mars de l'année suivante à l'église du couvent des Dames de Sainte-Marie (Grande rue Saint- Antoine) . L'acte mortuaire, je l'ai dit, a été publié par M. Ravaisson dans les Archives de la Bastille^,

Il n'y a donc pas lieu de s'arrêter un seul instant à la supposition de la suppression de cet infortuné^ toujours malade et se traînant à peine. Mais quelle fut la dernière crise qui l'enleva? Cette crise même fut-elle naturelle? La critique historique , cette fois , en curieuse qu'elle est , a le droit de

a T. III, p. «13.

s'en inquiéter, en raison de ce passage d'une lettre de madame de Sévigné : « Fouquet a succombe à des convulsions » et des maux de cœur sans pouvoir vomir. » Y aurait-il ea empoisonnement y comme c'était dans les habitudes du temps? Avait-on craint une confrontation de ce personnage avec les empoisonneurs de la Bastille, les inculpés de la Chambre ardente? Le sieur Eustache Danger, un autre prisonnier de Pignerol, un des valets du surintendant, fut-il pour quelque chose dans cette fin mystérieuse? Ce qui est certain, c'est que, le 10 juillet 1680 \ Louvois écrivait à M. de Saint-Mars : « Mandez-moi comment il est possible » que le nommé Eustache ait fait ce que vous m'avez envoyé » et où il a pris les* drogues nécessaires pour le faire , ne pou- » vaut croire que vous les ayez fournies. »

Là encore reste un détail énigmatique à éclaircir, dont je m'empresse de soumettre l'explication à la sagacité des chercheurs.

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