XXXI. LE NOMMÉ LARGOUET
Qu'était ce nommé Largouet? qu'avait- il fait? Fut-il réellement enfermé? Je n'ai qu'une seule lettre relativement à ce personnage. Elle est de Louvois à Saint-Mars, datée du 21 février 1680, et ainsi conçue : « Votre lettre du 10 de » ce mois m'a été rendue. Je n'ai rien à vous dire sur ce » que vous me mandez , en cas que M, de Largouet se trou- » vât enfermé dans le donjon de la citadelle de Pignerol, » sinon que, comme vous avez les ordres du Roi, vous devez » vous y conformer, sans vous en relâcher sous quelque » prétexte que ce soit*. »
Cet homme fiit-il réellement détenu? Personnellement je ne le crois pas ; d'abord , la forme de la dépêche est dubitative, et depuis cette date de 1680, je n'ai trouvé aucune trace de la présence de ce Largouet. Mais comme avant tout je tiens à signaler mes incertitudes mêmes, j'ai voulu
' y. 6SS, Dépôt de la guerre.
^ P. 86, y. 622. Dépôt de la guerre.
9 P. 416, V. 638. Dépôt de la guerre.
mettre sous les yeux du lecteur la dépêche miaistérielie qui concerne cet individu.
XXXII ET XXXIII. LE COMTE DE BROGLIO ET SA FEMME. Or A'e d'arrestation , 28 juillet 1679.
Une étrange famille que celle de ces Broglio du dix-sep- . tième siècle , mêlés à toutes les intrigues et à toutes les afiaires d'empoisonnement de l'époque! L'un de (5esBroglio n'avait, parait-il, rien trouvé de plus simple pour épouser sa maitresse, mariée à M. de BeauFort (Ganillac) , que d'empoisonner ou faire empoisonner le mari ; mais comme , en l'an de grâce 1679 , on était en humeur de réaction contre ce genre de crime, pourtant fort à la mode, le ménage, dénoncé par un complice, dut s'empresser de quitter la France, qui ne se montrait plus suffisamment hospitalière. Le 18 juillet, en effet, M. de Louvois écrivait à l'intendant d'Auvergne, M. de Marie : « L'induction qui faisoit soupçonner M. et madame » de Broglio de la mort de M. de Beaufort augmentant tous » les jours , le Roi m'a commandé de vous demander un » nouveau mémoire sur cette affaire qui contienne la taille, » les cheveux , l'âge et les autres marques qui peuvent servir
» à connoitre M. et madame de Broglio; si madame de B
» dans le voyage qu'elle fit à Paris avec M. de Beaufort, son V premier mari, ne logea pas dans la rue des Petits-Champs; » quel est et où est le prieur de Quesnel, Piémontais, et ce » qu'il étoit au temps du voyage de M. de Beaufort à Paris.
» Je vous supplie de me mander aussi si l'on connoît le M nommé Noumby, que les Religieuses de Sainte-Claire vous » ont dit être dénonciateur, et, enfin tout ce que vous avez » pu savoir de cette affaire depuis la dernière lettre. Il ne » me reste qu'à vous commander le secret^ » Le 28 il ajoutait à La Reynie : «J'ai donné les ordres pour les faire arrêter, » ainsi que leurs complices et le médecin nommé Dameau. » Le nommé Basx est en Suède^.» Mais le comte de Broglio
* P. 414, V. 622, Mss. Dépôt de la guerre.
2 P. 415, V. 622, Mss. Dépôt de la guerre.