COMTE DE FENIL. ÎW
était déjà loin ; il s'était enfui à Turin , ce champ d'asile des empoisonneurs au dix-septième siècle, et, le 14 septembre, Louvois écrivait à l'abbé d'Estrades : « Demandez à madame
V la duchesse de Savoie l'extradition de M. et madame de
V Broglio, l'ancienne femme de M. de Ganillac qu'elle a » empoisonné de concert avec lui ; faites-les conduire à Pigne- » roL M. de Saint-Mars ne fera pas difficulté de les recevoir « et de les faire garder ' . »
M. de Saint-Mars en fut pour ses préparatifs. M. et madame de Broglio se gardèrent bien de rester à Turin ; ils s'enfuirent il Rome et ne revinrent que plus tard en France.
XXXIV. COMTE DE HACET, CHEVALIER DE FENIL, PUIS COMTE DE FENIL. Arrêté quatre fois', en 1680, 1681, 1687 et 1693.
Curieux homme que ce comte de Fenil, qui passa son temps à habiter les prisons de Pignerol! Il appartenait, parait-il , à une noble famille piémontaise. Il était toutefois des plus turbulents et fort emporté , car il eut de nombreux démêlés avec les autorités françaises de Pignerol , ainsi qu'avec ses propres parents. Sur la demande de ces derniers, il fut enfermé dans la citadelle en 1680, et à cette occasion Louvois écrivait le 12 octobre 1680 au marquis d'Herleville : <( Je vous conseille d'avertir encore une fois les parents de S) rhonune qui est dans la citadelle de Pignerol, de la néces- » site qu'il y a de pourvoir à sa subsistance , et après leur » avoir fait rendre votre lettre en main propre, s'ils ne
V vous font pas de réponse , vous pourrez leur mander que » vous le ferez mettre en liberté*. » Le 20 octobre il ajoutait :
«Le Roi a vu la manière dont le comte de Macet vous » a parlé. Sa Majesté a approuvé la patience que vous avez » eue ,en son endroit et que vous en ayez porté vos plaintes » a Madame Royale*. »
1 P. 321 , V. 624, Mj». Dépôt de la guerre.
2 P. 281 , y. 645 , Ms8. Dépôt de la guene.
3 P. 417, V. 645, Mss. Dépôt de la guerre.
Chassé de Pignerol et des terres du roi de France \ ce personnage eut de nouveaux différends avec M. d'Herleville et fut encore une fois incarcéré , car à la date du 30 juillet 1681^, Louvpis prévenait l'abbé d'Estrades et le marquis de Pianesse de n'avoir plus à s'occuper des affaires de cette famille, et, le 7 septembre', il écrivait à d'Herleville : «A » l'égard du fils de madame de Fenil que vous avez envoyé » dans la citadelle de Pignerol , je vous ai déjà mandé que » Sa Majesté ne vouloit pas que l'on y mit des gens du pays, » et il seroit à désirer que lorsqu'on vous a une fois expliqué » les intentions du Roi vous voulussiez bien vous v confor- » mer, sans vous en relâcher sous quelque prétexte que ce » put être. »
Mis en liberté , le chevalier de Fenil fit une troisième apparition dans les prisons de Pignerol en novembre 1687 , et le 18 décembre*, Louvois envoyait un nouvel ordre d'élargissement « en l'avertissant d'jétre plus sage qu'il n'a été
» jusqu'ici » Mais cette faveur ne devait lui servir qu'à
commetti^e d'autres méfaits, car en 1693 on le retrouve toujours prisonnier, mais cette fois plus gravement. Barbe* zieux écrit en effet, le 4mai^, à La Prade : « J'ai vu par votre » lettre du 15 du mois passé, que vous avez fait mettre le » comte de Fenil dans la petite prison qui est à côté de la » Tour d'en haut, au donjon de Pignerol; vous ne sauriez le ^ faire garder trop sûrement, le Roi ayant été informé de plu- » sieurs crimes capitaux dont il est prévenu. » Ce comte de Fenil ne devait avoir sa liberté définitive qu'avec la rétrocession de la forteresse de Pignerol entre les mains de la cour de Piémont, où on le vit mêlé à toutes les intrigues du temps et l'un des plus acharnés ennemis de Finfluence française.
1 P. S52, y. 646, Mss. Dép5t de la guerre.
2 P. 440, Y. 656, Mm. Dépôt de la guerre.
3 P. 171, V. 658, Mss. Dépôt de la guerre.
4 P. 299, y. 783, Mss. Dépôt de la guerre.
^ P. 36, y. 1189, Mss. Dépôt de la guerre.
MARQUIS DE SASSENASQUE. 249
XXXV ET XXXVI. LES PERES CARMES RUEE ET MICHEL. Ordre d'entrée, 17 mars 1681. — Ordre de sortie, 22 juin 1681.
A la suite d'une dénonciation de deux Pères carmes, les sieurs Cassien et Ag[athangey dénonciation transmise à M. de Louvois et dont le contenu m'est resté inconnu, deux religieux français du même Ordre, les Pères Rube et Michel, furent enfermés à Pignerol par ordre ministériel ' . Ils devaient même être conduits au fort de la Pérouse , et , dit la dépêche , «gardés sûrement, sans les laisser avoir communication en- » semble ni avec qui que ce soit, de vive voix ni par écrit... » Un valet, nommé François, fut arrêté en même temps qu'eux et confronté avec ces perjsonnages. Il paraîtrait pourtant que l'accusation n'eut pas de suite, car, le 22 juillet 1681', le même Louvois ordonnait au marquis d'Herleville de faire partir les deux reUgieux pour Paris, et, le 26 juillet 1681 , il ajoutait : « Je vous envoie un billet pour vous rembourser des » trois cent treize livres dix sols que yous avez dépensés pour » les deux religieux carmes. . . qui ont été vos prisonniers'. . . »