MORT SUBITE DE M. DE L YONNE
SECRÉTAIRE d'ÉTAT AUX AFFAIRES ÉTRANGÈRES."
(l*^"" septembre 1671.)
«Le 26 juillet 1671, dit Bouillaud dans son Journal^ » M. deLyonne fit arrêter sa femme par un exempt et douze » gardes, et la fit conduire le lendemain au couvent des » Filles Sainte-Marie, du faubourg Saint- Jacques. La vie » désordonnée de sa femme, déréglée et peu honnête, et la » dissipation qu'elle faisoit de son bien , l'ont forcé d'en » venir là. » Un mois après à peine, le 22 août, M. de Lyonne était atteint d'une indisposition étrange , tombait en léthargie dans la nuit du 27 au 28 , et mourait le P"" septembre, à quatre heures et demie. Il n'avait que soixante ans. Quant à madame la marquise de Lyonne, née Paule Payen, elle survécut à son mari jusqu'en 1704^(20 mars). Mise en liberté le 17 octobre 1671, un mois après la mort de M. de Lyonne, elle fut réintégrée au couvent le 15 décembre , sur la demande même de ses fils. « G'étoit une petite » femme assez jolie, dont les dérèglements passoient toute » croyance ; sa sorte de malhonnêteté étoit si S'candaleuse , » qu'il y auroit longtemps que je l'aurois chassée du nom- » bre des mères» , écrit madame de Sévigné. Mais le curieux fait, encore ignoré à cette époque , c'est qu'elle était fort bien déjà avec Penautier et les autres complices de la Brinvilliers. Or, ces liaisons-là, on ne les a pas impunément; il ne peut donc exister que peu de doutes sur la cause de la fin subite du secrétaire d'Etat, fin qui concordait si bien avec les désirs de cette évaporée ^
* Il existe aux Arclilves nationales, 0' 15, page 87, une lettre du Roi à labbesse de Port-Royal, pour lui prescrire de ne point laisser sortir de son monastère cette dame de Lyonne. Hugues de Lyonne s'était marié, en 1645, à mademoiselle Paule Payen.
AFFAIRE DE LA MARQUISE DE BRINVILLIERS ( MARIE -MADELEINE ) . (1672, 1673, 1677.)
Le 31 juillet 1672, à dix heures du soir, mourait à Paris un gentilhomme du nom de Gaudin de Sainte-Croix. Ce gentilhomme, malade depuis cinq mois, vivait fort retiré et loin de sa femme, dont il e'tait séparé.
Ce Sainte-Croix , ancien capitaine dans le régiment de Tracy-Cavalerie, déjà arrêté en 1663, puis relâché, était depuis longtemps l'amant d'une marquise de Brinvilliers , née Dreux d'Aubray, dont tous les parents étaient morts d'une fin tragique et mystérieuse. Une femme pourtant, la veuve du dernier des d'Aubray, veillait sur les faits et gestes de ceux qu'elle croyait avoir eu intérêt à la mort de son mari. Grâce à son crédit auprès de Louvois, elle put obtenir, le 8 août 1672, défaire procéder à l'inventaire des objets laissés par Sainte-Croix. La découverte des poisons et des papiers compromettants qu'on trouva dans une cassette du défunt mit la justice sur la voie d'une série de crimes inouïs, et provoqua l'arrestation du valet dudit Sainte-Croix, le nommé La Chaussée \ La capture était bonne, car les aveux de ce misérable furent si complets , si inattendus , que La Reynie, effrayé, se crut obligé de solliciter des ordres avant d'agir. Quand on s'y décida, la marquise de Brinvilliers était déjà en Angleterre, où Colbert essaya, mais en vain, de l'arrêter à l'aide d'une demande d'extradition. Toutefois, suivie à Douvres par les agents de Colbert, la marquise se sauva dans les Pays-Bas , et finit par être prise à Liège , grâce aux soins de l'agent diplomatique français dans cette ville , le sieur Descarrières , et à la bonne volonté des consuls de Liège, et non pas, comme l'a prétendu la légende, par suite d'un déguisement de l'exempt Desgrez en abbé galant^. Mais il est inutile de revenir ici sur les incidents de cette dramatique histoire', dont le dénoûment est connu.
1 19 novembre 1672.
2 16 mars 1676. Ravaisson, t. IV, p. 164,
Je signalerai simplement les personnages qui ont passé sous les yeux des juges pendant les trois procès successifs du valet La Ghausse'e , du trésorier Penautier et de la marquise, et qui prendront place dans le débat.
Marie-Madeleine d'Aubray, marquise de Brinvilliers, une des filles du sieur Dreux d'Aubrav, maître des requêtes, lieutenant civil au Châtelet, avait épousé en 1651 le marquis de Brinvilliers, fils de M. Gobelin, président à la chambre des comptes. Devenue la maîtresse d'un aventurier nommé Sainte- Croix, cette femme, pour faire face aux exigences de toute nature qu'avait amenées cette situation anormale, avait eu recours au crime , commun à cette époque , de l'empoisonnement. Parmi les principales victimes, il fallut bientôt compter les proches parents de la marquise, son propre père, le sieur d'Aubray, sieur d'Offémont, mort le 10 septembre 1666, et son frère Antoine , empoisonné à trente-sept ans , le 17 juin 1670. Craignant les investigations de la justice, par suite de l'arrestation du valet de Sainte-Croix, la Brinvilliers s'était sauvée en Angleterre , puis dans les Pays-Bas. Arrêtée à Liège, le 16 mars 1674, amenée le 31 àla Conciergerie, jugée le 1 7 avril , la marquise fut condamnée et exécutée le 16 juillet de la même année '.
Antoine Gobelin, marquis de Brinvilliers, son mari, avait été mestre de camp du régiment de Normandie en 1659. On ne sait vraiment encore comment cet homme échappa à la vengeance de cette femme et de son amant. Les deux misérables comptaient-ils sur une fin fortuite? « On ne parle ici, » écrit madame de Sévigné , le P''mai 1676 , que des discours » et des faits et gestes de la Brinvilliers. A-t-on jamais vu » craindre d'oublier dans sa confession d'avoir tué son père ? « Les peccadilles qu'elle craint sont admirables! Elle aimoit » ce Sainte-Croix, elle vouloit l'épouser, et empoisonnoit fort » souvent son mari à cette intention. Sainte-Croix, qui ne " vouloit pas d'une femme aussi méchante que lui , donnoit
1 Née, suivant M. Jal, le 22 juillet 1630.
» du contre-poison h ce pauvre mari;, de sorte qu'ayant été » ballotté cinq ou six fois de cette sorte, tantôt empoisonné, » tantôt désempoisonné , il est demeuré en vie et s'offre pré- » sentement de venir solliciter pour sa chère moitié. On ne
» finiroit point sur toutes ces folies » En tout cas, fort
malade, le marquis, dès 1674, sollicitait un changement et un congé : « Si je pouvois, disait-il tristement à Louvois, avoir » l'honneur de vous voir, vous verriez bien sans doute sur 5) mon visage que si le seul déplaisir de ne pas faire mon de- » voir me fait croire que ma santé me permet d'aller à Far- » mée, elle n'est pas meilleure que devant '. » Au bas de cet autographe se trouvait la brève réponse de Louvois que voici : « Qu'on lui envoie dès à présent son congé. »
Gaudin de Sainte-Croix est un aventurier dans le genre de Chasteuil, La Tréaumont , Paul Sardan. Capitaine dans Tracy-Cavalerie, marié, puis séparé de sa femme, criblé de dettes, il fut enfermé une première fois h la Bastille le 19 mars 1663, et en sortit le 2 mai de la même année. Il se retira en Angleterre, fit plusieurs voyages dans les Flandres et en Allemagne, s'y lia avec les médecins Glazer et Rabel , l'empoisonneur Eggidi , les Vanens , les Bachimont, les Gonnor, etc., fit partie d'une vaste association criminelle, en devint un des chefs , puis retourna à Paris , dont il fit le centre de ses opérations et de ses relations.
Exili, ou plutôt Eggidi, était un gentilhomme de cette fameuse reine Christine de Suède, qui avait souillé d'un meurtre à Fontainebleau le foyer hospitalier de la France. Dès 1650, cet homme remplissait à Rome le rôle de sicaire et d'empoisonneur; sa sœur était une fille publique.
Arrêté et conduit à la Bastille le 2 février 1663 , il en sortait le 27 juin de la même année, grâce au crédit de Sainte- Croix et de la .Voisin , et se retirait en Angleterre, où il retrouvait la bande des Rabel, Gonnor, Glazer, etc
Pierre Louis de Reich de Penautier , ex-commis des finances, épousa une demoiselle Lesecq, fille unique de
^ P. 64, V. 358, Dépôt de la guerre.
M. Lesecq, trésorier de la bourse des états de Languedoc. Par suite de la mort subite de son beau-père et de ses associés, Hannyvel, sieur de Saint-Laurens , receveur général du clergé de France, et de d'Alibert et du frère de madame d'Alibert , il se trouva en quelques années possesseur unique de ces différentes charges , avec le titre de conseiller du Roi en 1672. Cette fortune si bien préparée, si rapidement amassée par ces morts successives, avait déjà ému l'opinion publique, quand l'ouverture de la cassette de Sainte-Croix et la découverte des papiers qu'elle contenait firent connaître les rapports qui existaient entre le trésorier et la bande de Sainte-Croix. Assigné à comparaître le 27 mars 1673, il se renferma dans une négation absolue et fut renvoyé des fins de la plainte , faute de preuves, le 15 juin 1673. Mais l'arrestation de la marquise, ses aveux, les nouveaux papiers trouvés à Liège, nécessitèrent en 1676 une deuxième instruction. Arrêté chez lui à l'improviste par l'huissier Husson et l'exempt Desgrez , notre homme n'eut pas le temps d'avaler un billet qu'il avait glissé dans sa bouche. Déplié, ce papier donna le texte suivant :
« Juin 1676.
» Il y a. . . par ma précédente, comme. . . au premier jour. . .
« vous m'avez marqué serai ponctuel Voyez ici pour
» cela même toutes les choses en l'état que vous pou-
» vez désirer et sans qu'il paroisse aucune affectation pour » cela , ni que ma famille , ni que qui que ce soit puisse rien » soupçonner. Donnez-moi au nom de Dieu souvent de vos
» nouvelles.... écrirai au plus long une partir d'ici et je
» vous que vos lettres me so ment et fidèlement ren-
5> dues pour tout ce qui a^ous plaira. Encore une fois, dans
» cette maudite conjoncture, donnez-moi souvent de vos nou- « velles. »
Deux autres brouillons de lettres trouvés dans une corbeille donnèrent le résultat suivant ;
« Ce 6 juin 1676.
» Mon ami s'en va demain pour un mois à la campagne
» avec toutes les précautions nécessaires pour ne donner au-
» cun soupçon qu'il veuille quitter son emploi. Si par la ré-
» ponse à celle-ci , il est nécessaire qu'il y demeure plus
» longtemps , il rendra son compte et se retirera tout à fait
« au lieu que je lui ai destiné et où il va présentement. J'ai
» donné ordre que les vôtres me soient promptement et fidè-
» lement rendues. Faites-moi réponse s'il faut qu'il reste
» longtemps ou s'il faut qu'il quitte tout à fait, et tout se fera
" sans éclat »
« Ce 15 juin 1676.
» Je crois que le séjour d'un mois à la campagne de notre » ami suffira »
Mais il en fut de l'explication de ces missives mystérieuses comme de l'identité de Martin dit Louvigny, dit Dubreuil, de La Pierre, de Glazer, etc ; Penautier refusa de répondre. D'ailleurs Penautier était riche, fort riche : soutenu par le clergé et par quantité de gens intéressés à son silence, il fut mis en liberté et rentra dans le monde, où il trouva sa place habituelle et des amis prêts à l'aider à dépenser des millions gagnés de si étrange façon.
La Chaussée, valet de Sainte-Croix. Arrêté le 4 septembre 1672, il fut jugé, condamné et exécuté le 24 mars 1673. Il n'était pas trésorier du clergé de France.
La Pierre, dit Saint-Georges, autre valet de Sainte-Croix, était Italien de naissance. Du service de Sainte- Croix il avait passé à celui de Penautier , qui le plaça momentanément près de son associé Hannyvel, sous le nom de Saint- Georges. C'est ce Georges que madame Marie Woser, veuve de messire Pierre Hannyvel, veuve du sieur de Saint-Laurens , de concert avec l'abbé Dausse , accusait d'avoir empoisonné son mari par ordre de Penautier. Au moment du jugement de son camarade La Chaussée, et à la veille d'être arrêté lui-même , il trouva prudent de s'esquiver et de gagner la frontière. Ce fut ce La Pierre dit Saint-Georges , dit Castanieri , que l'on retrouvait plus tard escroc à Vintimiglia, espion politique à Turin et à Pignerol, muni de poison
quand on l'arrêta;, et offrant au duc de Savoie de lui faire connaître des secrets importants relatifs à la sûreté de la vie du Roi de France. Enfermé au donjon de Pignerol , cet homme fut mis en liberté quelque temps après, par ordre de Louvois, sans explication aucune. Quel motif dirigea Louvois dans cette circonstance? Le ministre eut-il peur, en le faisant venir à Paris ou en le gardant à Pignerol, de compromettre la position de son ami Penautier, alors en prison? Je ne puis émettre là- dessus qu'une opinion de probabilité.
Il en fut de même, pour le sieur Dubreuil , dit Martin, ditLouvigny, dit Samson , que pour Saint-Georges,
Le 8 août 1672, le jour de la visite domiciliaire faite chez le sieur Gaudin de Sainte-Croix, un sieur Dubreuil, sorte d'homme d'affaires qu'on avait vu souvent au logis du défunt, brisait des fioles par-ci par-là et semblait se livrer à quelque mystérieuse recherche. Ce fut encore lui qui, le 17 août, voulut s'opposer à l'ouverture de la cassette. Employé successivement chez Sainte-Croix, chez le frère de Sainte-Croix, chez Dalibert, Penautier, etc., cet individu se donnait pour gentilhomme, ci-devant commis pour le Roi à la recette des tailles dans la généralité de Montauban. Intimement lié avec Sainte-Croix, La Pierre, etc., gravement compromis par suite de la découverte des papiers trouvés chez Belleguise , il comparut une première fois , à titre de témoin , le 22 avril 1673 , mais n'attendit pas les hasards d'un interrogatoire plus approfondi.
Le 1 7 juillet, quand on lança contre lui un mandat d'amener, notre homme avait disparu. De Paris il gagna Bordeaux, y fut emprisonné, se sauva, se rendit chez un affidé , l'évêque d' Agde (frère de Fouquet) , partit pour la Suisse , et finit par se faire prendre comme espion politique à Bâle, sous le nom de Samson, par les gens de M. de Montclar et de l'intendant La Grange. Conduit à Pierre-en- Gise, puis au donjon de Pignerol, il s'y trouvait au moment du procès de la Brinvilliers et de Penautier. Il ne vint pas à
Paris, ne fut pas confronté avec ses complices; mais traité fort durement par Saint-Mars, il fut de ceux qu'on transféra à Sainte-Marguerite en 1694, et mourut aux îles vers 1697.
Alexandre de Belleguise, caissier de Dalibert et de Penautier, était très-lié avec Sainte-Croix et Dubreuil. Dès 1669, il travaillait chez Penautier. Ce fut lui qui, sur l'ordre de Penautier, fit enlever les coffres de Sainte- Croix et sauver La Pierre. Arrêté le 1" août 1676, il fut interrogé le 19 avril 1677 et condamné au bannissement pour trois ans.
Citons encore parmi les complices :
La Voisin, célèbre empoisonneuse, liée avec Sainte-Croix.
Le chevalier Gonnor, agent anglais, lié avec Sainte-Croix et Eggidi.
Le marquis de Chasteuil , chef de la bande de Marseille , Lyon et Turin , ancien officier.
Glazer, célèbre médecin de Bâle (1629-1675), lié avec Sainte-Croix et Penautier. Ce fut ce Glazer qui fut accusé par la Brinvilliers d'avoir eu des relations intimes avec Fouquet, et d'avoir été envoyé par lui à Florence pour étudier l'art des poisons.
Biaucourt, avocat, âgé de trente-trois ans, amant de la marquise de Brinvilliers.
Dulong, chanoine de Notre-Dame, très-lié avec Sainte- Croix. 11 fut soupçonné d'avoir empoisonné l'archevêque de Paris.
Paul dit Sardan, agent politique fort recherché par la police, lié avec Penautier. Il fut compromis dans les procès de Rohan, d'Audijos et de Vanens.
Le 20 juin 1673, l'ambassadeur Michel écrivait deTournay au doge de Venise : « La perte du comte de Soissons affli^^e » tout le monde. Il se faisoit transporter à Wesel, se trou- » vaut un peu soulagé d'une indisposition légère , lorsqu'il
« fut surpris par un accident mortel*. » Cette fin avait, en effet, quelque chose d'étrange. La maladie avait duré trois jours à peine, et pendant ce temps, à quelques lieues de là, la comtesse de Soissons, la trop fameuse Olympe Mancini , la deuxième nièce de Mazarin, menait joyeuse vie. En compagnie 'une autre empoisonneuse, sa sœur (Marianne- Marie Mancini), duchesse de Bouillon^, elle faisait partie carrée avec le duc de Villeroy et M. de Vendôme. Or, le comte de Soissons était suivi d'un ancien page, le sieur Tory, fort joli p^arçon , que la chronique mettait au nombre des favoris de a dame. Le comte mort ^, sa femme n'eut rien de plus pressé que de courir effrontément à Maestricht, où se trouvaient la cour et Tory. Le 18 septembre, elle sollicitait même une faveur de Louvois pour son amant '^ : « J'ai trop de preuves » de vos honnêtetés et des manières avec lesquelles vous » savez obliger les gens , pour ne pas profiter dans ces ren- » contres de l'avantage de cette connoissance, et comme j'ai » fort à cœur l'avancement d'un gentilhomme nommé Tory , )) qui a été page de feu M. mon mari, qui est présentement >i enseigne à la générale des Suisses, je voudrois bien me » flatter que vous eussiez à ma considération quelque bonté » pour lui dans cette occasion de la mort de M. de Gourten,
" capitaine d'une compagnie S'il pouvoit obtenir cette
» compagnie, je vous en aurois une très-grande obligation, n et la mettant au nombre des autres , je vous en aurois une " reconnoissance infinie, étant avec une passion très-sincère...
)) yotre très-humble servante , — La comtesse de Soissons. »
(Au bas de la lettre , en marge , se trouvaient ces mots : « La compagnie est déjà donnée." )
L'accusation d'empoisonnement courait les ruelles, et le 15 juillet, Marsilly, l'ami intime de Louvois, lui écri-
* Archives de Venise.
- Mariée, le 20 avril 1662, à Godefroy-Maurice de La Tour d'Auvergne, duc de Bouillon ; morte le 14 juillet 1714.
' Eiifjène-Maurice de Savoie, comte de Soissons (1633-1673).
* P. 372, v. 361. Dépôt de la guerre. Autographe.
vait « La comtesse est malade et accable'e de fluxions. Le «bruit qui s'est répandu que M. le comte, en mourant, » avoit dit qu'il se croyoit empoisonné, court toujours. II est » ici un homme pris et convaincu d'avoir empoisonné sa » femme, lequel étant interrogé par le lieutenant criminel^ » dit que cela étoit vrai , et qu'il a jeté de la poudre blanche » sur le visage de sa femme, sur sa gorge et sur ses mains, M et qu'il en a aussi mis dans son potage ; et le pressant de « dire pourquoi il a fait cela, il dit qu'il étoit fort amoureux » de sa femme , et croyant qu'elle en aimoit un autre , il alla ') trouver une sienne amie, nommée dame Barbe, lui faisant » des plaintes de sa femme. Elle lui dit qu'elle lui donneroit " d'une poudre pour s'en faire aimer, en la jetant sur elle et » dans sa soupe , ce qu'il fit. Dame Barbe dit que cela est faux ; « l'homme le soutient à dame Barbe , et dit force choses pour 5) le prouver. Les juges sont fort embarrassés. Que faire à cet V homme qui dit qu'il n'entendoit pas fugue? Cependant la » femme empoisonnée se mouroit hier , et je la crois morte » à l'heure qu'il est ' . »
Cette mort du comte de Soissons, d'ailleurs, n'était pas une fort mauvaise affaire pour la Mancini, qui gao^nait, outre sa liberté, un immense apanage, une énorme fortune, et le 21 janvier de l'année suivante, quatre cent mille livres (deux millions) en espèces bien sonnantes pour l'équivalent de la charge de colonel général des Suisses qu'occupait son mari et qu'on donnait au duc du Maine. Mais l'impunité de ses crimes ne devait pas être de longue durée. A quelques années de là on la retrouvait parmi les accusées de la Chambre ardente, à côté d'empoisonneuses avérées, telles que la Voisin et la Pilastre. Chassée de France, elle vint habiter la Flandre, se sauva à Madrid, s'attacha à la Reine d'Espagne, qu'elle empoisonna, à ce que prétendent avec quelque apparence de raison Saint-Simon et Ravaisson. De retour à Bruxelles , repoussée par tout le monde , devenue l'objet du
1 P. 80, V. 361, Mss. Dépôt de la guerre.
mépris général , elle y mourait dans la plus extrême misère en 1708.
ARRESTATION DE l'hOMME d'aFFAIRES DE M. LE MARÉCHAL DE LUXEMBOURG.
Louvois au duc de Luxembourg :
K Au camp devant MaëstricKt, 21 juin 1673.
« J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire » au sujet de votre homme d'affaires, et vous avez eu l'habi- » leté de ne me point mander son nom; mais après avoir pris » les ordres du Roi , j'y ai pourvu du mieux qu'il m'a été » possible, en mandant à M. Le Tellier de faire expédier des » ordres de Sa Majesté pour faire mettre à la Bastille celui » dont M. Hotmann lui diroit le nom, et de lui faire deman- « der en même temps la manière dont il désiroit qu'il fût » gardé. Vous voyez bien qu'on n'oublie pas l'exécution des » choses que vous désirez , et je le ferai toujours avec tout » le plaisir que vous pouvez imaginer. »
Quelques jours après, suivant le désir du maréchal, cet homme était remis aux soins intelligents de M. de Besmaus. C'était un moven commode pour le duc de se débarrasser d'un agent gênant, au moment où les affaires de Penautier et du Masque de fer pouvaient mettre la justice sur la voie des mystères de sa conduite. Malheureusement , Luxerabourg comptait sans les événements. Confronté avec les empoisonneurs , avec les prisonniers de Vincennes et de la Bastille , l'homme d'affaires du duc avoua plus qu'on ne lui demandait, eut de nombreux entretiens avec Louvois, chargea volontiers son ancien maître à la grande joie du ministre , et obtint plus tard , pour cette belle action , le droit d'aller mourir à l'étranger sans être inquiété.
xMORT DE NALLOT. 293
MORT SUBITE DU SIEUR NALLOT , AGENT SECRET DU SECRÉTAIRE d'ÉTAT DE LA GUERRE.