‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 11 sur 152 · LE REGISTRE DE DU JUNGA · texte numérisé non relu

LE REGISTRE DE DU JUNGA

un résultat pratique. Dans cette nuée de documents , quand il n'y a pas d'ordre, il est impossible de se reconnaître, tout ministre qu'on soit. On n'est en droit, d'ailleurs, de ne néglip^er aucune dépêche , en apparence insignifiante , car celle-là justement se trouve avoir souvent une importance réelle. Or, par où commencer, dans quel sac puiser? Que de temps perdu! Que de patience ! Que de richesses d'ailleurs non classées encore un peu partout! Et l'on pourra conclure avec moi, que, malgré les quatre mille dépêches nouvelles environ que j'ai trouvées , concernant cette question , on est encore loin d'avoir obtenu tout ce qu'on est en mesure d'attendre. Comme le dit notre maître à tous, Augustin Thierrv, « notre histoire » de France est tout entière à refaire. » Fallait-il pour cela remettre indéfiniment la publication de mon travail ? Je ne l'ai pas supposé. J'ai cru au contraire qu'il y avait intérêt à en finir avec les légendes et les incorrections , à donner tout ce que j'avais entre les mains, sans rien celer, et à dire au public et aux chercheurs : « A moi seul je n'ai pu faire tout, » car je ne puis être partout à la fois. Voici les nids, les indi- » cations des trésors à fouiller ; aidez-moi , et en quelques » semaines il sera loisible de clore définitivement cette histoire » intéressante du dix-septième siècle et de terminer en même " temps celle non moins grave des empoisonneui^s. »

J'achèverai cet exposé par l'examen de trois pièces ùnpor- ' tante s , dont se sont servis successivement les auteurs qui ont traité cette question du Masque , c'est-à-dire , du folio 1 20 du registre de la Bastille, du document de Du Junca^ et du registre des décès de la paroisse Saint-Paul.

On sait en effet qu'après la prise de la Bastille on découvrit un registre de 280 pages in-folio, broché et soigneusement renfermé dans un portefeuille en maroquin. D'un côté était écrit en lettres d'or le mot Bastille, de l'autre étaient gravées les armes du Roi ; ledit portefeuille fermait à clef. Chaque page de ce registre était divisée en colonnes. Voici ce qui se trouvait imprimé en tête de chacune d'elles : I. Noms et qualités des prisonniers; II. Date de leur entrée;

III. Noms de MM. les secrétaires d'État qui ont contre-signe les ordres; IV. Tomes; V. Pages; VI. Date de leur mort ; VIL Tomes; VIII. Pages; IX. Motifs de la détention des prisonniers; X. Observations. — Nota. On n'a eu aucune connaissance des tomes et pages auxquels renvoyaient les colonnes IV, VI, VIII, IX.

Quand l'un des vainqueurs apporta le registre au bout d'une baïonnette, la municipalité s'aperçut que le folio 120, correspondant à l'année 1698, avait été enlevé et remplacé par un feuillet d'une écriture récente.

Or voici la dissertation savante et judicieuse faite à ce sujet par M. Lacroix (bibliophile Jacob)-, dissertation que je ne puis mieux faire que de rapporter tout entière :

« Charpentier, ami de Linguet qui l'encourageait à écrire » on ouvrage historique de la Bastille, eut l'idée d'étaler au » grand jour les injustices que cette prison d'Etat avait ca- » chées dans son ombre.

» Un comité de gens de lettres s'était formé au Lycée, sous 3 la direction de Charpentier, pour dépouiller et analyser tous a les papiers de la Bastille qu'on leur confierait, afin de » conserver des pièces intéressantes déjà éparses et qui dans 3 peu seraient perdues sans ressources.

I) La Bastille dévoilée, ou Recueil de pièces authentiques pour ji servii' à son histoire, fut donc publiée par livraisons en 1789 » et 1790. Ce travail fut exécuté avec autant de conscience y> que de célérité. Mais les pièces contenant l'entrée et la » sortie des prisonniers ne remontaient pas au delà de l'an- » née 1663 ; à partir de cette époque , Charpentier avait puisé " ses documents dans de petits feuillets manuscrits enfilés rj par un lacet, qui paraissaient être les dépositaires des y> notes relatives aux prisonniers, jusqu'à ce que le temps » permît de les mettre au net sur le grand registre. Ces notes ry présentaient pourtant bien des lacunes. lien était de même » du grand registre, dans lequel on avait enlevé, avec heau- » coup de précaution, le folio 120, correspondant à l'an- 3 née 1698 et à l'arrivée du prisonnier inconnu à la Bastille;

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