LE MOINE JACOBIN
font foi. En 1677 et 1678, il est seul ; en 1676 il est momentanément avec Dubreuil. En effet, le 13 janvier 1677, L ou vois écrit à Saint-Mars :
« Puisque la menace que vous avez faite au prisonnier qui " est avec Dubreuil l'a déjà rendu sage *... »
Dubreuil se plaint vivement de ce voisinage ; on lecbange de prison sur l'ordre du ministre (21, février 1677), et le 16 août, Michel Le TeUier écrit de Gliaville à Saint-Mars : « Sa Majesté veut bien que vous fassiez acheter les livres que » le nommé Dubreuil demande, et que vous les lui remet- >' tiez?^ » Plus tard, Catinat écrit à Louvois, le 3 mai 1679 : " A son arrivée, Mattioli a été mis dans la chambre qu'ocy cupait le nommé Dubreuil^. «
Donc , le religieux jacobin est dans la Tour d'en bas à l'arrivée de Dubreuil.
Mais quel est ce religieux jacobin? Dans ce personnage^ M. Ravaisson a voulu reconnaître un capucin dont Louvois annonce l'arrivée à la Bastille à M. de Rochefort , le 1*"" août 1674 :
« L'intention du Roi étant que le capucin qui a été amené " de Saint-Omer par M. de Ronel soit amené à Paris, je » mande au prévôt de Ghàlons de l'aller prendre avec ses » archers pour l'amener sans scandale à la Bastille , et il est » nécessaire qu'il vous plaise de .donner vos ordres au Ver- » duïn pour que , lorsque ce prévôt se présentera , l'on ne V fasse aucune difficulté à le lui remettre^. »
Ce capucin, ajoute M. Ravaisson, fut envoyé plus tard à Pignerol et enfermé avec Lauzun. Sur quelles preuves M. Ravaisson appuie-t-il son dire, je n'ai pu le découvrir. Toutefois, comme M. Ravaisson répète la même opinion à propos d'un autre jacobin envoyé à la Bastille par suite d'un ordre adressé à l'archevêque de Lyon : « Ayant été informé
1 Delort, p. 252.
2 Delort, p. 354. Archives nationales. Ravaisson, p. 196.
3 Delort, p. 213.
^ Ravaisson, p. 112, Mss. Dépôt de la guerre.
» par mon cousin le comte d'Armagnac qu'il vous a envoyé » un religieux jacobin qui prétend avoir des secrets considéra- » blés , je lui ai ordonné de vous mander que je vous permet- » tois de le mettre dans mon château dePierre-Cise, etc. ^ » ; et comme il n'y a qu'un religieux jacobin enfermé dans la Tour d'en bas de Pignerol , il est certain qu'une des hypothèses de M. Ravaisson est inadmissible.
M. Topin , de son côté, se basant sans doute sur cette lettre de Louvois à Saint-Mars du "2 mai 1676 : « Le Roi » désire que vous receviez Dubreuil dans le donjon de la » citadelle de Pignerol , où vous pourrez le mettre avec le » dernier prisonnier qui vous a été envoyé » ; et sur cette autre à Saint-Mars, du 23 mars 1674' : « L'officier de M. de » Saint-Mars , envoyé par lui auprès de Lyon pour recevoir n un prisonnier que le sieur Legrain lui doit remettre entre « les mains, le conduira incessamment dans le donjon de )i Pignerol, prenant les chemins pour passer toujours par les » terres du Roi » ^ ; M. Topin, dis-je, fait du religieux jacobin le prisonnier envoyé en 1674, quoiqu'il n'y ait aucune analogie entre les nombreuses lettres d'envoi de 1674 pour le prisonnier du mois de mars et le religieux jacobin de 1676 et de 1677. Or, j'ai démontré, par l'examen du personnel des différentes places fortes de Saint-Mars et des prisonniers que ce geôlier a eus sous s-a garde , les nombreuses erreurs commises par les historiens, et même par M. Topin, au point de vue du décompte des prisonniers, faute d'une étude synthétique suffisante. Au lieu des quatre ou cinq prisonniers de cet auteur , j'ai fait l'historique de plus d'une cinquantaine. On juge donc avec quelle prudence il faut s'aventurer dans une étude semblable. Du 23 mars 1674, jour de l'envoi d'un prisonnier au donjon, jusqu'au mois d'avril 1676 , époque de l'arrivée de Dubreuil, on ne trouve en effet trace dans les Archives que de deux prisonniers nouveaux,
* 11 janvier 1673, P. 133, v. 301, Mss. Dépôt de la guerre. - P. 397, V. 365, Mss. Dépôt de la guerre.