‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 114 sur 152 · LE MOINE JACOBIN · texte numérisé non relu

LE MOINE JACOBIN

deux officiers d'artillerie ; mais comme leur ordre de sortie est du 30 août 1675 , l'erreur est facile à éviter. A première vue, pourtant, il était possible de confondre le dernier arrivé chez lequel on doit mettre Dubreuil en 1676 avec l'homme envoyé en 1674. Toutefois, en comparant les dépêches, l'équivoque était facile à saisir. En effet, le 2 mai 1676, Le Tellier écrit à Saint-Mars : « Le Roi désire que vous receviez » Dubreuil dans le donjon de la citadelle de Pignerol , où » vous pourrez le mettre avec le dernier prisonnier qui vous » a été envoyé... » Et le 23 novembre, Louvois écrit à son tour : « Je vous prie de me mander qui est logé avec le sieur « Dubreuil, que vous dites qui est si fol , me tnarquant son » ?ioin et celui par lequel il vous a été amené, et m'e?ivoYant » une copie de la lettre qui vous a été écrite pour le faire rece- » voir , afin que je puisse mieux me remettre dans l'esprit qui il ') est\ !) Saint-Mars envoie tout aussitôt les renseignements à Louvois, et celui-ci répond par retour du courrier, le 23 décembre : «J'ai reçu votre lettre du 8 décembre par laquelle n j'ai bien compris quel est le prisonnier qui est avec le sieur » Dubreuil... » Or, à. cette date, s'il n'y avait eu de prisonniers à Pignerol que Fouquet, Lauzun et Eustache Dauger, l'hésitation de Louvois n'aurait pas été possible ; Fouquet, Lauzun et Eustache sont de sa part l'objet de rapports continuels ; Eustache même vient d être autorisé à servir de valet à Fouquet. Le quatrième prisonnier, celui de 1674, je le montrerai surabondamment plus tard, est l'objet de toutes les attentions particulières du ministre ; il ne pouvait donc subsister d'incertitude dans son esprit si lucide et si net à l'ordinaire , pour un si petit nombre de personnages. Pour qu'il put donc écrire : « Marquez-moi son nom et celui par » lequel il vous a été amené, etc.» , il fallait qu'il y eût dualité dans son esprit. Or, j'ai déjà démontré qu'en 1680 il existait deux prisonniers de la Tour d'en bas; l'un, le moine jacobin, l'autre inconnu. C'était donc de ce dernier que provenait cette confusion de pièces.

» Delort, p. 24.

Au premier abord , toutefois , cette confusion ne serait pas expliquée de la part de Louvois, si je n'avais pas été à même d'observer que souvent les dépêches adressées au geôlier, comme aux généraux, intendants, etc., n'émanaient pas de Louvois. Cette erreur, du reste, est commune à tous les historiens, et maintenant encore il faudra du temps pour la déraciner de l'esprit du public.

Le père du marquis de Louvois, Michel Le Tellier, sieur de Ghaville, a été secrétaire d'État au département de la guerre de 1643 à 1667, c'est-à-dire pendant une période de vingtcinq années consécutives. Or, tous les livres d'histoire et VAnnuaire militaire français lui-même sont muets sur les travaux et réformes de cet homme qui fut notre plus grand ministre de la guerre, et font terminer son temps de présence au secrétariat en l'année 1662.

Mais leurs auteurs n'ont pas réfléchi que si le marquis de Louvois , le fils de Le TeUier, a obtenu le droit de signer en 1662 , c'est comme cadeau de noces, pour son mariage avec mademoiselle de Souvré, et comme remercîment des services du père. Louvois est né en 1641 ; il a eu la survivance de son père à quatorze ans, en 1655 ; il n'a donc que vingt et un ans. Pour un esprit tant soit peu sérieux, il n'était donc pas raisonnable d'admettre qu'un gamin de cet âge allât diriger un service aussi difficile que l'était celui du secrétariat de la guerre, à cette date surtout où la France envoyait une expédition contre la cour de Rome, et d'autres à Madagascar, au Canada, en Algérie, à Erfurth... ; à cette date enfin où toute l'armée française achevait sa réorganisation , œuvre de vingt années d'efforts de la part de Le Tellier. C'est pourtant cette faute incroyable que les historiens ont commise trop légèrement. Louvois eut le droit de signer, mais en réalité, celui de travailler avec son père au secrétariat, au milieu de tous ses parents, oncles et cousins , tous commis à la guerre , intendants, officiers ou ambassadeurs.

Quant à Le Telher, il resta au secrétariat de la guerre officiellement jusqu'en 1667, initiant peu à peu son fils aux

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