‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 118 sur 152 · LE MOINE JACOBIN DE PIGNEROL · texte numérisé non relu

LE MOINE JACOBIN DE PIGNEROL

Le troisième prêtre arrêté est également un jacobin. Celui-là me paraît remplir plus exactement les conditions exigées, APignerol, en effet, se trouvait un couvent de Jacobins, qui avait eu souvent maille à partir, soit avec le gouverneur général , le marquis de Piennes , soit avec Saint-Mars , à cause des intrigues auxquelles les Révérends Pères avaient prêté la main à propos de Fouquet et de Ijauzun , fait trèsordinaire, car, dans toutes les histoires secrètes de ce temps, ces messieurs remplissaient volontiers les fonctions d'agents secrets, surtout dans les villes frontières.

Or, le 8 janvier 1672, le prieur des Jacobins de Pignerol écrivait à M. de Louvois : «Le premier jour de l'an , à » quatre heures du soir , M. d'Ardinaut , capitaine des gardes ■ » de M. le marquis de Piennes, m'a rendu une lettre de » cachet du Roi , par laquelle Sa Majesté m'a ordonné de » faire sortir de notre monastère le Père Gonna, religieux >; de notre Ordre, et profès de notre maison, et de lui donner » obédience pour un autre couvent de la province. Je n'ai

» pas manqué d'obéir Il a obédience pour le couvent de

« Turin.... Il est né à Turin, mais son père est Lyonnois'. "

Ce Gonna exécuta-t-ill'ordre royal? Se rendit-il à Turin, ou continua-t-il ses menées du côté de Lyon où était son père? Je ne sais; seulement, le II janvier 1673", M. de Saint-Pouenges, l'oncle de Louvois, adressait à M. l'archevêque de Lyon l'ordre suivant : « Monseigneur, ayant été » informé par mon cousin, le comte d'Armagnac, qu'il vous )) a envoyé un religieux jacobin qui prétend avoir des » secrets considérables, je lui ai ordonné de vous mander » que je vous permettois de le mettre dans mon château de » Pierre- Cise, Mais depuis, ayant jugé plus à propos de le » faire venir ici, je vous fais cette lettre, pour vous dire que » mon intention est que vous le remettiez entre les mains du » sieur Legrain , prévôt général de la connétablie et maré- ') chaussée de France , et que vous adressiez au marquis de

2 P. 133, V. 301, Mss. Dépôt de la guerre.

» Louvois une instruction bien ample de tout ce qu'a fait n et dit ledit religieux jacobin, depuis quil est du côté de » Lyon ' . )) Il ajoutait en même temps par dépêche privée :

« Vous connaîtrez si clairement par la lettre du Roi , qui » sera ci-jointe, le sujet du voyage du sieur Legrain, que je » n'ai rien à y ajouter '^. » A la même date, on prescrivait à l'ambassadeur de France à Turin, M. de Servient, de donner des ordres pour faire arrêter tous les courriers d'Espagne; d'autre part on ordonnait à La Motte -Lamyre de

« fouiller tous les courriers qui passaient près de Bordeaux se » rendant à Lyon par le Piémont et inversement tous les » quinze jours ^. » Saint -Mars enfin recevait la mission de prier M. de Saint-Léon de faire conduire chez lui, par trois soldats de garde, tous les étrangers qui viendraient dans la ville"*. Une surveillance exacte se faisait donc à la frontière à cette époque. Mais ce religieux jacobin arrêté était-il le Père Gonna de Lyon, de l'année précédente? Je n'ai là-dessus aucune preuve. Le fait est que Besmaus, qui rend compte jour par jour au secrétaire d'Etat des personnages de son département entrant à la Bastille, ne mentionne pas cet individu. Je présume donc que le religieux jacobin du prieuré de Pignerol a été arrêté soit à Pignerol , soit à Turin, par ordre de M. de Servient, ou envoyé directement par l'archevêque de Lyon ou le sieur Legrain , qui avait des instructions secrètes. Encore une fois, pour connaître ces faits , il faudrait examiner en détail la correspondance de M. de Servient, notre ambassadeur, et celle de l'archevêque de Lyon. Mais je ne crois pas me tromper de beaucoup, en disant que ce jacobin doit être l'un des deux que je viens de signaler, ou peut-être mieux , un seul et unique personnage. Gela expliquerait l'incertitude de Louvois en 1676, et S£i demande à Saint-Mars pour savoir qui lui a amené ce

2 P. 130, V. 301, Mss. Dépôt de la guerre.

3 P. 276, V. 301, Mss. Dépôt de la guerre.

* Ravaisson, p. 160.

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