‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 18 sur 152 · DUC DE BEAUFORT · texte numérisé non relu

DUC DE BEAUFORT

Le vieux satirique Lagrange-ChanceP, l'auteur desP/»7//jpicjues, qui lui aussi, avait été enfermé aux îles Sainte-Marguerite en 1718, se déclara également le défenseur de la solution de Lenglet-Dufresnoy dans un article paru dans riln?zee littéraire de Fréron de 1759. (T. III , p. 188.)

L'historien AnquetiF^ n'a fait, en 1 789, que répéter les propos de Lenglet-Dufresnoy et de Linguet dans un ouvrage en quatre volumes in-12, intitulé : Louis XIV, sa Cour et le Régent. (T. I, p. 202.)

Cette théorie reposait sur la donnée suivante : Le duc de Beaufort, connu plus comnM.uiément sous le surnom de Roi des Halles, commandait l'expédition de Candie en 1669. Il ne serait pas mort dans la fameuse sortie du 25 juin , où il avait disparu, et aurait été enlevé par crainte de sa popularité et conduit aux îles Sainte-Marguerite.

Les défenseurs de cette opinion basaient leurs systèmes sur les récits de M. Lamotte-Guérin , gouverneur des îles après Saint-Mars , sur le respect du gouverneur pour le prisonnier , sur les cheveux blancs de ce dernier, et surtout sur l'anagramme du prétendu nom de Marchiali, qui donnait ces deux mots : hic amiral, etc.

Sans nous préoccuper des récits circonstanciés des officiers du corps du duc de Beaufort sur le combat du 25 , et de l'âge de ce personnage, né en 1616, il me suffira, je l'espère, de rappeler qu'en 1669 , au 25 juin , Saint-Mars était loin d'être gouverneur des îles Sainte-Marguerite, où il ne devait arriver qu'en 1687, dix-huit ans après.

Il était alors gouverneur du donjon de Pignerol, depuis quatre années , et n'avait à sa garde qu'un seul prisonnier , M. Fouquet. Eustache Danger ne devait arriver à Pignerol qu'en août 1669, et servir plus tard de valet à Fouquet. Quant au gouverneur du fort royal de l'île Sainte-Marguerite,

1 Lagrange-Chancel , ou mieux de Chancel de Lagi-ange, né le 1'?'' janvier 1676, mort le 27 décembre 1783.

'-^ L. P. Anquetil, historiographe, né le 21 janvier 1723, mort le 6 novembre 1808.

c'était , en 1669 , cet excellent M. de Guitaud , l'ami de madame de Sévignë, un i)on vivant qui, toujours sur les chemins, ne s'occupait de rien moins que d'aller passer les nuits sur les arbres pour surveiller les faits et gestes de ses malheureuses victimes.

L'analogie n'est donc pas admissible. Comme la première hypothèse d'ailleurs , celle-ci n'a plus eu de défenseurs à partir de 1789.

Page 1