FILS D'ANNE D'AUTRICHE ET DE MAZARIN
Il se fondait également sur un passage des Mémoires de madame de Motteville', où l'on raconte qu'en 1644 Anne d'Autriche avait quitté le Louvre parce que son appartement ne lui plaisait pas , et qu'elle était venue loger au Palais- Royal , où elle fut atteinte d'une jaunisse effroyable vers la fin de 1644. Il faisait donc coïncider cette maladie avec le dernier terme de la grossesse de la Reine. Il ne réfléchissait pas que cet événement reportait tout au moins l'époque des premiers rapports d'Anne d'Autriche avec Mazarin à une date antérieure à la mort de Louis XIII et de Richelieu.
Il est vrai qu'il exphquait la persévérance des procédés de Louvois par le portrait que faisait la Princese palatine de cet homme d'État. Elle disait en effet (pages 397,398, original allemand) que « Louvois était un dur et imper- » tinent diable , mais qu'il avait mieux servi le Roi » que personne. Il s'était fait haïr par sa brutalité et ses M réponses malhonnêtes. C'était un drôle grossier et liaïssa- » ble. Il était horriblement méchant; il ne lui coûtait rien de " brûler , d'empoisonner , de mentir et de tromper. Il était » du reste intelligent et adroit. »
M. de Saint-Mihiel ajoutait enfinque ce malheureux jeune homme avait été remis entre les mains de Saint-Mars peu de temps après la mort de Mazarin , époque où le jeune Louis Xiy avait été quelque peu furieux d'apprendre l'existence de cet enfant adultérin. Or, à cette date, Saint-Mars était simple petit brigadier de mousquetaires. Il venait, en compagnie de d'Artagnan, de prendre part à l'arrestation de Fouquet, qu'il gardait à Vincennes. Il y avait donc impossibilité qu'il pût se trouver àPignerol, où il ne devait arriver qu'à la fin de 1664, toujours avec ce même Fouquet.
Rien ne tient donc debout dans cet échafaudage pénible de M. de Saint-Mihiel. Il fallait cette nécessité du merveilleux , d'une naissance illustre et d'une apparence concordante quelconque avec le récit fantaisiste de Voltaire pour
1 T. I, p. 174 de l'édition en 4 vol. in-12.
qu'un auteur se crût en mesure d'imposer son opinion au public. IJ devait avant tout sacrifier à la légende. Actuellement avec les exigences de judicieux examen qui commencent à former peu à peu le fond de l'esprit des nations modernes , il faut plus que des légendes ou des visions d'enfants malades pour faire accepter du public une opinion aussi hasardée que celle du baron de Veltheim, basée sur les récits littéraires d'une princesse électorale allemande en quête de romans intéressants pour ses correspondants d'au delà du Pdiin, avides de tout ce qui se passe de scandaleux en France.