‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 26 sur 152 · FRÈRE JUMEAU DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

FRÈRE JUMEAU DE LOUIS XIV

» de mes jours, dit Je gouverneur, naquit le 5 septembre » 1638, à huit heures et demie du soir, pendant le souper du » Roi. Son frère, à présent régnant (Louis XIV), était né le » matin, à midi, pendant le dîner de son père. Mais autant » la naissance du Roi lut splendide et brillante, autant celle » de son frère fut triste et cachée avec soin. Louis XIII fut » averti par la sage-femme que la Reine devait faire un V second enfant , et cette double naissance lui avait été annon- » cée depuis longtemps par deux pâtres qui disaient dans » Paris que si la Reine accouchait de deux Dauphins, ce » serait le comble du malheur de l'État. Le cardinal de Riche- » lieu, consulté par le Roi, répondit que, dans le cas où la » Reine mettrait au monde deux jumeaux, il fallait soigneu- » sèment cacher le second, parce qu'il pourrait à l'avenir vou- ') loir être Roi. Louis XIII était donc souffrant dans son » incertitude. Quand les douleurs du second accouchement " commencèrent , il pensa tomber à la renverse.

» Le cardinal s'empara plus tard de l'éducation du prince » destiné à remplacer le Dauphin si celui-ci venait à décéder, . . » Dame Peronnette, la sage-femme, éleva comme son fils le » prince, qui passait pour le bâtard de quelque grand seigneur. » Le cardinal le confia plus tard au gouveryieur pour l'in- » struire comme l'enfant d'un roi, mais en secret, et ce gou- » verneur l'emmena en Bourgogne, dans sa propre maison. » La Reine mère paraissait craindre que , si la naissance de » ce jeune Dauphin était connue, les mécontents ne se révol- » tassent, parce que plusieurs médecins pensent que le der- « nier-né de deux frères jumeaux est le premier conçu et , )) par conséquent, qu'il est Roi de droit.

» Le prince, à l'âge de dix-neuf ans, apprit ce secret d'Etat » en fouillant dans la cassette de son gouverneur , et il trouva » des lettres de la Reine et des cardinaux de Richelieu et de

» Mazarin

» ... Le gouverneur dépécha un message à la cour pour » demander des instructions. L'ordre vint de les enfermer » tous les deux , etc »

Je fais grâce au lecteur du reste de cet écrit où le faux le dispute à l'invraisemblable. Il ne pouvait en être autrement pour un ouvrage et un auteur que l'héritier des Richelieu, le duc de Fronsac, flétrit sans pitié pour sa mauvaise foi.

Il y avait en effet quelque imprudence à faire dire au duc de Richelieu qu'il avait vu le prisonnier, quand Richelieu était né le 13 mars 1696, deux ans avant l'arrivée du prisonnier à la Bastille et sept ans avant sa mort. Il y avait quelque déraison à faire de Saint-Mars le gouverneur du jeune homme, et cela par la bouche même de ce Saint-Mars, dans un style élégant, quand on a tant de lettres autographes du geôlier , de détails sur son existence , et de preuves de sa profonde ignorance. Mais les faiseurs de Mémoires de ce temps ne reculaient devant aucun mensonge pour allécher le public toujours complaisant. Il est fâcheux toutefois de voir des gens de la valeur de Chamfort ' accepter aussi facilement cette historiette. « Il est enfin connu ce » secret qui a excité une curiosité si vive et si générale » , s'écrie l'humoristique écrivain, en rendant compte , dans le Mercure de France de 1790 de ces prétendus Mémoires du cardinal de Richelieu. Du reste, le chevalier Gubières de Palmezeaux^ adoptait la même solution dans le récit de son voyage à la Bastille, le 16 juillet 1789, et adressé à madame G,.., à Bagnols en Languedoc, par Michel Gubières, citoyen et soldat. (Paris, 1789, in-8°).

Carra, l'auteur d'un ouvrage sur la Bastille (1790), se fit l'apôtre de cette opinion; seulement, il faisait entrer le prisonnier à Pignerol en 1671, à Exiles en 1681, à Sainte- Marguerite en 1687, à la Bastille en 1698 , où il serait mort en 1703. Il regardait le nom écrit sur les registres comme naturellement faux.

Carra, on le voit, était parfaitement au courant des dates, et cela en 1791. On saisit donc mieux les erreurs qui se sont

1 Sébastien-Roch-Nicolas Chamfort, né près de Clermont en 1741, mort le i3avrill794.

2 Michel Gubières de Palmezeaux, né à Roquemaure le 27 septembre 1752, mort à Paris le 23 août 1820.

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perpétuées depuis, seulement on comprend moins comment il avait pu faire cadrer ces dates avec le récit de Soulavie. J'ai toujours cru qu'il avait voulu par là flatter le public , engoué alors de l'opinion de Soulavie et des Mémoires du duc de Richelieu.

En 1821 , Dulaure, dans son Histoire de Paris ; en 1831 , MM. Fournier et Arnould^ dans le drame historique intitulé : Le Masque de fer , qu'ils firent jouer à l'Odéon ; plus tard , Alexandre Dumas, dans le Vicomte de Bragelonne^ Levasseur en 1835, dans les Mémoires pour tous (tome 111); des historiens enfin tels que Sismondi * et Michelet^, préconisèrent cette opinion de Soulavie.

Le dernier apôtre de cette historiette fut un nommé L.Letourneur, qui en 1849 fit publier à Nancy, grâce à la Société de Saint-Victor pour la propagation des bons livres et des arts catholiques, un petit in-32, intitulé h'Histoiî^e de l'Homme au mas(jue de fer , avec l'approbation de Mgr l'évêque de Ghàlons (Marie-Joseph-François-Yictor Mayer de Prillv).

Ce fut la péroraison, et ce sera ma conclusion.

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