‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 40 sur 152 · LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LE GOUVERNEUR GÉNÉRAL

Le gouverneur général commandait à la fois la citadelle , le donjon, la ville et le territoire de Pignerol. M. le marquis de Piennes servait en cette qualité, à l'époque de l'arrivée de Saint-Mars et de M. Fouquet. Il paraîtrait, du reste, que son séjour ne lui plaisait guère, car il n'était jamais à son poste, sous un prétexte ou sous un autre. Il partit une dernière fois aux eaux au commencement de l'année 1670 et ne revint plus. Le sieur Breuilly, marquis d'Herleville, capitaine des gardes, le remplaça définitivement en 1 674.

Ce fut au mois d'août de cette année 1674 que le mar-

quis débuta dans ces fonctions , qu'il ne devait plus quitter qu'avec l'abandon définitif par la France de la fameuse forteresse, fonctions qu'il remplit d'ailleurs avec une exactitude exemplaire. En effet , durant un séjour consécutif de vingt années dans ce poste éloigné, le nouveau gouverneur n'obtint que deux fois l'autorisation de se rendre en deçà des .monts : la première en novembre 1681, après la prise de Casai ; la seconde en 1685 , pour ramener sa femme malade à Paris. « Le Roi veut bien, lui écrit le ministre le 29 avril M 1685 ' , que vous accompagniez jusqu'au mont Cenis ma- " dame votre femme à son retour en France; et pour cela, » que vous découchiez de Pignerol deux ou trois nuits. » La seule distraction du marquis consistait dans ses excursions à Turin, où il se rendait du reste assez souvent et pour lesquelles il reçut plus d'une lettre d'avertissement de ce maître en reproches sanglants, le secrétaire d'État de la guerre marquis de Louvois.

D'après toutes les dépêches de ce personnage , il résulte qu'il fut toujours en termes assez aigres avec M. de Saint- Mars. Cela s'expliquait de reste , puisque M. de Saint- Mars , qui , comme gouverneur du donjon , aurait dû être réglementairement sous ses ordres et sous ceux du commandant de la citadelle, restait indépendant et ne se gênait pas pour prouver en toute occasion sa liberté et la faveur dont il jouissait. 11 y avait également rivalité de femme et d'influence, et madame d'Herleville montra souvent sa mauvaise humeur de ne pouvoir visiter tout à son aise le donjon et savoir ce qui s'y passait. Aussi, quand en 1681 Saint-Mars quitta clandestinement et nuitamment le donjon avec ses deux mystérieux prisonniers, les « fameux merles» , pour se rendre à Exiles, sans daigner donner même signe d'existence au gouverneur général et simplement le prévenir, comme un subordonné l'aurait dû faire, le marquis, piqué au vif, s'empressa d'adresser une plainte en règle au secrétaire d'Etat, à propos de ce procédé grossier.

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« Vous avez bien fait, se contenta de répondre Louvois, » de ne point témoigner de ressentiment de la conduite qu'a « eue M. de Saint-Mars en partant pour aller à Exiles, parce M qu'il a des ordres du Roi qu'il faut qu'il exécute et dont il » ne doit rendre compte à personne ' . » La dépêche était péremptoire; d'Herleville se le tint pour dit. D'ailleurs, Saint-Mars parti , le calme revint dans la forteresse , et de ce jour gouverneur et ministre s'entendirent à merveille,

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