LE LIEUTENANT DE ROI DE PIGNEROL
Le lieutenant de Roi, dans la citadelle de Pignerol, commandait les troupes de la garnison et remplissait les fonctions de nos commandants de place actuels. Le sieur de Saint-Jacques occupa ce poste de 1664 à 1670. Le 14 octobre 1670, à la suite du changement complet du personnel de la forteresse , il dut céder son commandement à M. de Rissan. Voici sa lettre de service : « Monsieur de Rissan , « bien que, par la commission ci-jointe, le Roi vous donne » le commandement de la citadelle de Pignerol , en qualité » de son lieutenant, sans aucune restriction, je dois pour- » tant vous faire remarquer que l'intention de Sa Majesté » n'est pas que vous l'exerciez autrement que fait à présent
1 Mss. Dépôt de la guerre.
2 p. 256, V. 301, Mss. Dépôt de la guerre.
144 PERSONJNEL DES PRISOINS.
w M. de Saint-Jacques, lequel 7i'ordonne aucune chose dans » le donjo?i. Le commandement absolu en est à Saint-Mars ' . »
En 1680, M. de Rissan, toujours malade et absent, fut remplacé mfemnaM-e?ne?2ï par M. de Saint-Mars, et officiellement le 12 avril 1681 , puis, sur le refus de ce dernier, par le sieur de Villebois, lieutenant et capitaine depuis le 27 décembre 1678. M. de Rissan restait néanmoins propriétaire de la charge. Le passage suivant de la lettre de Saint- Mars à l'abbé d'Estrades en fait foi (25 juin 1681) : « Le sieur » de Villebois a un brevet pour commander en mon absence » à la citadelle et au donjon , jusqu'à ce que M. de Rissan » revienne ou que Sa Majesté ait pourvu à cette lieutenance". » Ainsi donc, après le départ de Saint-Mars pour Exiles, il n'y eut plus de gouverneur spécial de donjon et de citadelle. Villebois tomba gravement malade en 1687, se rétablit avec beaucoup de peine, et dut, en 1691 , permuter avec le sieur de La Prade. Le ministre écrivit à ce sujet, h la date du 5 janvier 1691 : « J'ai rendu compte au Roi de la proposi- » tion que vous faites d'envoyer le sieur de La Prade contai mander dans le donjon et la citadelle de Pignerol, a. la place » du sieur de Villebois, à qui l'on donnera l'emploi dudit » sieur de la Prade. Si vous voulez faire que ledit sieur de » Villebois m'écrive qu'il donnera les mains à ce changement, )' je prendrai l'ordre de Sa Majesté pour expédier ceux qui >' sont nécessaires à cet effet ^. »
Malheureusement, le subordonné de M. de Saint-lNIars ne put profiter de la bonne volonté ministérielle ; il tomba plus bas encore et traîna jusqu'à sa mort, qui eut lieu au mois d'avril 1692. Le sieur de la Prade fut immédiatement envoyé pour prendre sa place (5 mai 1692). Il ne devait garder ce commandement que peu de temps, car, à la suite du bombardement de Pignerol , en 1693 , et des événements qui surgirent dans le Piémont, Rarbezieux s'était décidé à éloigner tous les prisonniers. La Prade conduisit en effet ses
1 P. 90, V. 248, Mss. Dépôt de la guerre.
2 P. 524, V. 681, Mss. Dépôt de la guerre.
3 P. 158, V. 1021, Mss. Dépôt de la guerre.
LE GOUVERNEUR DE LA VILLE DE PIGNEROL. 145 trois prisonniers aux îles , et de là rejoignit son nouveau poste de Besançon. Villebois et La Prade n'ont donc jamais eu qu'un commandement secondaire. Au lieu de quatre livres par jour qu'avait Saint-Mars pour l'entretien des prisonniers , ils ne recevaient que deux livres. A la fia de 1693 pourtant, La Prade obtint une augmentation d'une livre par tête et par jour. Les deux lieutenants relevaient hiérarchiquement du sieur Brouilly, marquis d'Herleville, gouverneur général, restaient sous la dépendance administrative de l'intendant de Casai, le sieur Bréant , et correspondaient pour leurs prisonniers avec leur ancien chef, le sieur de Saint-Mars. Enfin, dernier détail important , ils n'avaient pas de compagnie leur appartenant en propre, et faisaient simplement garder les détenus par les hommes de la garnison.