‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 50 sur 152 · LES PRISONS DU DONJON DE PIGNEROL · texte numérisé non relu

LES PRISONS DU DONJON DE PIGNEROL

De cette première tour à la seconde, le bâtiment était consacré à la famille de Saint-Mars ; le rez-de-chaussée, aux communs. La deuxième tour, celle qui fait l'angle, était affectée à MM. Fouquet et Lauzun; Fouquet au deuxième, Lauzun au premier, et Saint-Mars au troisième, sous la toiture.

De la deuxième tour à la troisième, le bâtiment servait de magasin, pour la partie donnant sur l'enclos, et de logement pour la compagnie de M. de Saint-Mars , sur la face ayant vue sur la cour intérieure. Cette troisième tour était la tour dite d'en bas, également de trois étages, et où furent enfermés plusieurs prisonniers.

La quatrième tour et le bâtiment voisin étaient habités par de Rissan , qui avait un escalier particulier (17), pour se rendre dans la cour de la citadelle sans passer par l'intérieur du donjon. Le reste des bâtiments, c'est-à-dire la face sud, était occupé par les officiers, etc.

La Tour d'en bas, par suite de sa situation, n'avait pas de vue sur l'extérieur ; elle était donc beaucoup plus sombre. L'architecte Levé, d'ailleurs, n'y avait fait aucun des aménagements réclamés par la présence de prisonniers tels que Fouquet et Lauzun. Elle avait trois étages, comme l'autre, et une seule chambre assez vaste avec des soupiraux, sans grand jour, à chacun de ces étages.

Ce fut dans l'une de ces chambres que fut installé, en 1669, le prisonnier de M. Vauroy. Ce fut probablement dans cette même chambre ou dans sa voisine qu'on incarcéra le prisonnier de 1674, et dans l'autre qu'on mit le religieux jacobin et successivement avec lui Dubreuil et Mattioli, pour les assouplir et les traiter à coups de bâton , comme le prescrivait l'aimable secrétaire d'Etat.

Le service était très-rigoureux : il n'v avait aucune communication avec la citadelle et la ville, que pour les approvisionnements et les réceptions ou envois des courriers. Le pont-levis restait toujours levé. Une sentinelle se promenait continuellement au pied des tours ; une autre, à l'exté-

rieur. De cette façon, la surveillance était commode, et Saint-Mars pouvait, de son appartement, suivre sans dérangement les mouvements des sentinelles de l'extérieur et de l'intérieur, et entendre ou voir ce qui se passait ou se faisait près des deux tours. Quant à l'emploi du temps du geôlier, il est trop au complet dans les écrits ressassés de Saint-Mars à Louvois, et déjà publiés par Delort, pour que j'aie à y revenir.

Jusqu'en 1681, Saint-Mars toucha 500 livres par mois pour la nourriture de Fouquet, 600 livres pour celle de Lauzun, 50 livres par tète de valet, et 120 livres pour les autres prisonniers, ou 4 livres par jour. A la mort de Fouquet (mars 1680), il fut bien spécifié qu'Eustacbe Danger et La Rivière continueraient à être traités comme valets, c'està-dire à raison de 50 livres par mois. « A l'égard des autres » prisonniers, ajoutait la dépêche (8 avril 1680) , Sa Majesté » vous en fera payer la subsistance à raison de 4 livres pour » chacun par jour'. » Lauzun rendu à la liberté, Saint- Mars nommé à Exiles, il y eut dès lors deux sortes de prisonniers, ceux d'Exilés et ceux de Pignerol, Pour chacun des deux premiers (les deux de la Tour d'en bas), Saint- Mars reçut deux écus par jour (9 juin 1681) ; 2190 livres pour chacun par an; pour ceux du donjon (Mattioli, Dubreuil, etc.), Villebois n'eut que 2 livres. Ce ne fut que le 5 avril 1694 que La Prade obtint une augmentation pour ces derniers. En effet, Barbezieux écrivait à M. l'intendant Bouchu : u Le Roi veut bien donner au sieur de La Prade , " qui commande dans le donjon de Pignerol, un écii, au » lieu de quarante sous par jour, pour la subsistance de >' chacun de ses prisonniers, attendu la cherté des vivres^. »

Ainsi donc les prisonniers laissés à Pignerol par Saint- Mars furent toujours moins bien traités que ceux d'Exilés. Toutefois, il ne faut pas prêter une importance trop grande à cette différence, car les allocations destinées à couvrir ce

1 Delort, p. 317.

2 p. 29, V. 1244, Mss. Dépôt de la {guerre.

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