LES PRISONS DU DONJON DE PIGNEROL
genre de dépenses augmentaient alors avec le degré de faveur du gouverneur et devenaient la source d'un bénéfice parfaitement connu du ministre. A Sainte-Marguerite, Saint-Mars continue à toucher un écu par jour pour son prisonnier et quinze sous par jour pour les autres.
Mais où la nuance dans le traitement des détenus se montre plus sensible, c'est à l'époque de l'abandon du commandement du donjon. Une fois Saint-Mars à Exiles, il n'y a plus de compagnie, plus de gouverneur habitant le donjon. Villebois, il est vrai, ne peut pas quitter son poste ; et en cela il ne fait que suivre des instructions qui sont identiques pour tous les gouverneurs de forteresses, même pour le gouverneur général Herleville , qui ne peut découcher.
Dans le choix du confesseur, le contraste se présente plus vif encore. Du temps de Saint-Mars, à Pignerol, Exiles, Sainte- Marguerite, le choix d'un pareil personnage est l'objet des préoccupations continuelles du gouverneur et du ministre. A Pignerol, à partir de 1681, il n'en est plus de même. Le confesseur mort, Louvois se contente d'écrire à Villebois, le 23 mai 1683 : « Puisque l'aumônier qui con- » fessoit les prisonniers de la citadelle de Pignerol est mort, » il faudra se servir d'un des religieux du couvent de la ville « pour les confesser et leur dire la messe ^ . » Et le 1 1 décembre de la même année, il ajoutait : « A l'égard des prêtres » que lesdits prisonniers demandent, je dois vous dire qu'il » ne faut les laisser confesser qu'une fois l'an. » Les prisonniers sont-ils malades, Louvois écrit à La Prade : «Si les prisonniers viennent à mourir, il n'y a qu'à les faire M enterrer comme des soldats ' . » Le ministre désire-t-il être renseigné sur les faits et gestes des malheureux, « Envoyez- » moi, dit-il à Villebois, le 24 août 1687, un mémoire des » prisonniers qui sont à votre garde dans le donjon de » Pignerol, qui m'explique la conduite qu'ils y tiennent et » ce qu'ils vous disent lorsque vous leur faites porter à
* 23 mai, p. 516, V. 693, Mss. Dépôt de la guerre. 2 P. 341, V. 1191, Mss. Dépôl de la guerre.
» manger^. » Cette fois, plus de précautions comme dans la fameuse dépêche à Saint-Mars, du 12 mars 1682 :
« Personne ne leur parle que moi, mon officier, M. Vignon )) (le confesseur), et un médecin qui est de Pragelas, à » six lieues d'ici, et en ma présence » ; plus d'attentions pour l'aumônier, comme en 1687, pour le sieur Favre :
« J'ai reçu la lettre que vous m'avez écrite en faveur du sieur )) Favre, aumônier du prisonnier... ses appointements sont
)) augmentés jusqu'à 600 livres » Ainsi l'ambiguïté n'est
pas possible : les prisonniers laissés à Pignerol pendant treize ans, et dont fait partie Mattioli, ont été traités sur le même pied que ceux des autres prisons de France.