‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 68 sur 152 · XVI. LE COMTE DE DONANE · texte numérisé non relu

XVI. LE COMTE DE DONANE

Enfermé deux jours dans le donjon ; avril 1673.

Un comte de Donane, de Turin, de passage à Pignerol, fut arrêté par ordre de Saint-Mars et enfermé dans le dan-

' P. 293, V. 269, Mss. Dépôt de la guerre.

2 P. 337, V. 269, Mss. Dépôt de la guerre.

3 P. 176,- 177, 317, V. 269, Mss. Dépôt de la guerre. ^ P. 3i0, 370, V. 269, Mss. Dépôt de la guerre.

LE SIEUR BUTTIGARIS. il5

jon. Pour quel motif? Je n'ai pas réussi aie découvrir. Ce personnage, du reste, ne resta pas longtemps sous les verrous, car, à la date du 6 mai 1673, Saint-Mars écrivait à Louvois : ^ Je l'ai mis en liberté, après l'avoir maintenu » deux jours en prison dans une des chambres de mes lieu- » tenants. »

XVII. LE NOMMÉ MARSAILLES, Ordre d'arrestation, juin 1673. — Ordre de sortie, 15 août 1673.

Une famille, Marsailles, habitait Pignerol. Ce prisonnier en faisait-il partie? Je l'ignore. Confié d'abord à Saint- Mars, ce prisonnier fut ensuite jugé par le conseil souverain de Pignerol et remis plus tard entre les mains des agents de Son Altesse Royale, k Son Altesse Royale, écrit en effet » Louvois à Saint-Léon, le 10 juillet 1673, demande que » le nommé Marsailles, que vous avez fait arrêter à Pigne- ') roi, soit remis au sénat de Turin. Ce que le Roi avant bien " voulu accorder, elle désire que vous le fassiez remettre à » l'ordre de Son Altesse Royale ' . » — " C'estfait depuis hier, » répond Loyauté, le 16 août ^. Quel était le crime de cet habitant momentané du donjon? C'est encore un mystère que je n'ai pu pénétrer.

XVIII. LE SIEUR HUTÏIGARIS, BOURGEOIS DE PIGNEROL. Ordre d'entrée, 11 janvier 1673. — Ordre de sortie, 11 août 1675.

Le plus malheureux de tous ceux qui l'avaient précédé au donjon fut certes un sieur Butticaris, un brave bourgeois de Pignerol qui, un soir du mois de janvier 1673, fut arraché de son lit par les soldats de M. La Motte-Lamyre, et confié à la sollicitude habituelle de Saint-Mars. Ce Butticaris n'était pourtant pas le premier venu. Estimé de tous, il remplissait les fonctions de procureur de Son Altesse Royale le duc de Savoie, pour la province de Pignerol. Il

t P. 103, V. 305. Dépôt de la {;uerre. 2 P. 73, V. 355. Dépôt de la guerre.

avait neuf enfants, dont deux filles âgées de dix-neuf et vingt ans. Sa femme était enceinte de son dernier rejeton, et son frère avait le titre de prévôt des églises collégiales de PigneroL Mais l'ordre était formel, signé Louvois , dûment revêtu du sceau royal et adressé à M. de La Motte-Lamyre, le 11 janvier 1673 ^

Comme tous les habitants de Pignerol, Butticaris était Piémontais de cœur et profitait de ses fonctions pour faire quelque peu d'espionnage au profit du duc. Dans le courant de l'année 1672 il avait écrit au sieur Veralda, l'un des secrétaires du président Truchi ^ :

«Avec l'occasion du carabin, je n'ai voulu manquer de » faire savoir à V. S. I. comme avant-hier ils ont faitmou- " rir ce pauvre soldat qui a été pris auprès d'Orbazan pour » l'officier que vous savez bien, de cette citadelle. Il serait « nécessaire de donner des ordres rigoureux à nos paysans » pour empêcher cette violence^. »

Cette malencontreuse lettre tomba entre les mains du gouverneur de la ville, qui l'envoya tout aussitôt à Louvois. Ce dernier répondit par l'ordre d'incarcération et de perquisition, que La Motte-Lamyre exécuta avec sa ponctualité ordinaire. Voici, du reste, la dépêche du major de Pignerol, dépêche plus intéressante que le meilleur des récits : « M. de Saint-Léon m'a montré une lettre du Roi , » portant ordre d'arrêter Butticaris, et m'a dit de l'exé- " cuter, ce que j'ai fait sur-le-champ, et l'ai remis entre les r mains de M. de Saint-Mars, dans le donjon. M. le » commissaire a cacheté son cabinet, et le lendemain, on a » travaillé à l'inventaire de ses papiers. Il y avoit dans son 5 cabinet son beau-frère, le conseiller Brunette, son frère, le

1 P. 134, V. 301. Dépôt de la guerre.

2 V. 354, Dépôt de la jijuerre.

3 u Illustrissimo signore a patrone collendissimo con l'occasione del carabino, non ho voluto mancare di fare sapere à V. S. iHustrissima corne avantihierl hanno fatto morire quel povero soldato che è stato pigliato presso Orbassano, dal ofFiciate che ben savi questa citadelle. Sarebbe necessario di dar ordini rigoiosi à peasani nostii par iinpedir questa vioJenza à scorrere.

» Urnilis.simo servitore, >' Butticaris. »

LE SIEUR BUTÏIGARIS. 217

«juge Roussette et la femme de Butticaris. J'ai dit à M. le 5) commissaire que je n'avois que deux yeux, et que ces gens- >' là avoient chacun deux mains, que, s'ils restoient, on ne 5) pourroit pas répondre de faire un inventaire fort entier. " Il les fit ensuite sortir, mais après a rappelé la femme et » Roussette. Il a choisi pour faire cet inventaire un homme 5) nommé Malot, qui ne sait pas le français et qui a fait l'in- » ventaire en italien, et l'a fait traduire par cet homme même ; » ce qui est une étrange traduction, qui est plus difficile à S) entendre que l'original, étant un langage hermaphrodite. » Il y a beaucoup de choses à remarquer, je me souviens du » n° 16. Je vous dirai sommairement qu'il y a une lettre de » S. A. R. de Savoie audit Butticaris, où Son Altesse Royale » le traite : Mon fidèle Butticaris; qu'il y en a de M. Truchi, » général des finances, bien cent cinquante de sa propre main,

V dans lesquelles toutes on voit une très-grande confiance. Il " y a dans aucunes correspondances : Et continuez à servir « Son Altesse Royale... Demeurez dans la même application « que vous avez fait... Je vous remercie de vos nouvelles... « Continuez à me mander ce qui se passe... Je n'ai affaire de » vos nouvelles de Hollande, mais des autres. Je vous attends 51 pour parler de bouche. Il y en a quantité de Veralda, secré- -» taire du général des finances, de son fils, autre secrétaire.

V Les parents disent qu'il y en a bien d'autres dans la ville " qu'on ruineroit, si on chàtioit tous ceux qui font ce métier-là. » On n'a rien trouvé de la main de Butticaris ni rien de si 1) convaincant que celles que je vous ai envoyées, qui sont " de sa propre main '. »

De son côté, Saint-Mars écrivait le 28 janvier : «Le 25 de «ce mois, M. de Loyauté m'a remis entre les mains une let-

V tre du Roi , pour recevoir et mettre en prison le sieur But- » ticaris, bourgeois de Pignerol , et de le tenir sous bonne » et sûre garde, sans qu'il puisse donner aucune nouvelle. " M. le major me l'amena le jour même, où je le logeai " incontinent dans l'appartement de madame Carrière , qui

* P. 46, V. 354. Mss. Dépôt de la guerre.

» est une chambre d'un de mes officiers, autant sure qu'il se » peut. " Et le 5 février Loyauté ajoutait : « Je vous envoie » le restant de l'inventaire des papiers de M. Butticaris, » duquel restant M. le major ni moi n'avons rien trouvé » digne d'être enlevé du cabinet, lesquels nous y avons laissé, )' dont j'ai refermé la porte et gardé la clef jusqu'à nouvel M ordre. » Mais pourLouvois, l'affaire est suffisamment éclaicie : « C'est un espion du général Truchy, et cela résulte » clairement de l'inventaire de ses papiers. Le Roi veut bien " ne pas lui faire son procès, mais il sera tenu longtemps » dans une dure prison'. »

Les prescriptions du sévère ministre ne devaient être que trop strictement exécutées. Butticaris, peu habitué à ce régime exceptionnel des cachots, tomba malade, et, à la date du 28 janvier, sa malheureuse femme écrivait à Louvois : « L'ordre du Roi que vous avez* envoyé à M. de Loyauté pour » faire arrêter mon mari, ayant été exécuté mercredi soir, » m'a tout à fait surprise; et comme vous pouvez bien savoir, " je ne puis être informée de la cause de sa détention.

» Je n'ose supposer que la charge de procureur de S. A. R. " de Savoie, en la province de Pignerol qui lui est sujette, » ne lui donne de l'ombrage. Monsieur, je vous conjure, les » larmes aux yeux, d'avoir pitié de ma pauvre famille, alliée " avec les principales de cette ville, chargée de neuf enfants, » dont il y a deux filles âgées de dix-neuf à vingt ans, à ma- «rier avec fort peu de bien, de fortune, de leur redonner un " père et à moi mon mari^. >)

Mais quand Louvois autorisa l'infortunée à voir son mari en présence d'un officier, Loyauté ne put que lui répondre (25 mars^) : « M. de Saint-Mars m'a fait part de la grâce » que vous faites à madame Butticaris, à laquelle vous en avez " donné aussi avis, que j'ai été voir ensuite de l'ordre de M. de >' Saint-Mars, que j'ai trouvée au lit, très mal d'une fièvre

* P. 121, V. 301. Dépûl de la guerre. 2 P. 52, V. 354. Dé [lût de la guerre. •^ P. 150, V. 354. Dépôt de la guerre.

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