DUBREUIL, DIT SAMSON
« m'envoyer une copie de la lettre qui vous a été écrite pour » le faire recevoir , afin que je puisse mieux me remettre qui " il est. » Saint-Mars répond et Louvois réplique : « J'ai reçu w votre lettre du 8 décembre , par laquelle j'ai bien compris » quel est le prisonnier qui est avec le sieur Dubreuil. »
Ce malheureux n'était autre que le futur compagnon du Masque de fer , l'un des prisonniers de la Tour d'en bas, l'un de ceux envoyés à Exiles , le moine jacobin. C'est ce qui explique la lettre du ministre du 21 février 1677 : « Pour " répondre au surplus de ce que vous m'écrivez , je dois vous ') dire qu'il est vrai que ceux qui frappent les prêtres, au >i mépris de leur caractère , sont excommuniés ; mais il est » loisible de châtier un prêtre quand il est méchant et que » l'on est chargé de sa conduite. Pourvu que celui-ci soit " autant en sûreté avec le valet de M. de Lauzun qu'il l'est » avec le sieur Dubreuil , le Roi se remet à vous de le changer » de prison , ou en cas que vous jugiez à propos de le laisser » avec ledit sieur Dubreuil , de le faire attacher de manière » qu'il ne puisse lui faire du mal. Mais souvenez-vous de » prendre garde au sieur Dubreuil , qui est un des plus artifi- » cieux fripons que l'on puisse rencontrer. » Dubreuil fut effectivement transporté dans une autre prison et mieux traité vers la fin de 1677, car, au mois d'août, Le Tellier écrivait à Saint-Mars : « Sa Majesté veut bien que vous fassiez acheter » les livres que le nommé Dubreuil demande, et que vous les » lui remettiez. » Depuis ce jour, j'ai retrouvé peu de traces de ce personnage. Ce que je sais, c'est que le 5 mars 1678, Louvois, au camp devant Gand , en parle à M. de Saint-Mars, et que le 3 mai 1679, Catinat annonce à Louvois l'arrivée de Mattioli au donjon et son incarcération dans la chambre du nommé Dubreuil.
Il fut un des trois prisonniers qu'on laissa à Pignerol et qu'on confia à lagarde de M. de Villebois, après le départ de Saint-Mars pour Exiles en 1681 . En effet, le 24 mai 1682*,
1 P. 548, V. 677, Dépôt de la guerre.
238 HISTORIQUE DES PRISOîs]NIERS.
c'est-à-dire huit mois après le départ pour Exiles, Louvois e'crivait à Villebois : «J'ai reçu votre lettre du 10 de ce )) mois , par laquelle je vois la peine que vous fait le sieur -1 Dubreuil. S'il continue à faire le fol, vous n'aurez qu'à le )) traiter comme on fait les gens qui ont perdu l'esprit , c'est- « à-dire le bien étriller, et vous verrez que cela le fera revenir » dans son bon sens. Mais lorsqu'il vous a demandé d'entre- » tenir M. de Saint-Mars, il eût été plus à propos que vous » lui eussiez dit qu'il commandoit toujours dans le donjon. Il 1) valoit mieux ne pas se donner la peine de lui venir parler V que de lui répondre comme vous avez fait. » De Pignerol Dubreuil fut transféré dans les nouvelles prisons des îles Sainte-Marguerite, en juin 1694. A quelle date y mourut-il? Je n'ai pu le découvrir encore.
En résumé, quel était ce personnage? Un espion. Mais d'où venait-il? Était-ce le collègue de Castanieri, dit La Pierre , dit Saint-Georges , l'ancien premier commis du trésorier Penautier, le complice de la marquise de Brinvilliers, ce commis qui s'était sauvé si à propos au moment critique du procès? Je ne puis en vérité qu'émettre des hypothèses à ce sujet, mais des hypothèses assez favorables, car ce Dubreuil n'était pas un coquin ordinaire. Quand on l'arrêta à Bàle , il avait un certain train de maison ; d'ailleurs il savait écrire convenablement. Il a même laissé un autographe des plus curieux au point de vue de ses relations. C'est le seul que j'aie retrouvé émanant d'un prisonnier de Saint-Mars ; à ce titre , il est digne d'être mis sous les yeux des lecteurs :
Le nommé Dubreuil au marquis de Louvois :
« Au donjon de Pignerol, ce 28 juillet 16761.
» Suivant la permission que vous me donnez de vous écrire, » je vous dirai que bien que j'eusse véritablement dessein de » rendre quelque grand service à Sa Majesté, je tombe d'ac- » cord d'avoir fait deux fautes considérables, l'une de ne M m'étre pas venu jeter à la merci de Sa Majesté dès le com-
1 P. 215, V. 516. Dépôt de la guerre.