DUBREUIL, DIT SAMSON
V mencement, et l'autre d'avoir voulu des bienfaits avant » d'avoir rendu service
» Mon véritable dessein e'toit de ménager avec M. de La- » grange le moyen de vous aller dire véritablement tout ce » que je savois, qui vous eût été utile contre les ennemis, et
V en même temps de vous avertir des mauvais desseins de l'é- M véque d'Agde , tant contre votre personne que contre le » service du Roi ; mais mon malheur ayant voulu que j'aie été
« arrêté , je me trouve réduit à vous mander sa conduite ,
» le moyen de pouvoir arrêter M. de Maupeou, et d'avoir « des preuves contre ledit évêque.
» Après mon évasion de Bordeaux, je me rendis à Ville- " franche pour obtenir de l'évêque d'Agde quelques secours « afin de pousser mon chemin. D'abord je lui déguisai le vé- » ritable sujet de ma disgrâce, feignant une affaire, mais de « lui-même s'étant mis à me parler de l'état des affaires de la » cour, je lui ouvris que je me trouvois embarrassé, quoique " bien intentionné. Enfin la conclusion fut qu'il me fit, voir » qu'il l'étoit peu, en me montrant de fâcheuses nouvelles « dont il se réjouissoit, disant que si le Roi pouvoit être bien
« battu par les ennemis, que tout en iroit mieux Il me dit
» que vous étiez le plus cruel ennemi de sa famille et de lui « en particulier ; qu'étant son allié , je devois plutôt songer " à le servir dans le dessein qu'il avoit de vous perdre, me " disant souvent que si vous étiez mort tout rentreroit en » faveur, et puis, quelque autre fois, qu'il donneroit bien de " l'argent pour que vous fussiez en l'autre monde, me faisant » pressentir qu'il eût bien voulu trouver des gens pour un si
» mauvais coup que de vous assassiner ; de tâcher à enga-
5) ger les Espagnols à la liberté de son frère (M. Fouquet), de » pratiquer auprès du roi d'Angleterre la personne que je » jugerois la plus capable de la faire agir, avec promesse de " vingt mille écus de récompense à cette personne qui obtien- » droit la liberté de sondit frère, à envoyer à M. de Maupeou « des mémoires pour faire un manifeste.
» J'espère, Monseigneur, à la même charité que vous
» apportez à ne pas me perdre entièrement, que vous voudrez » bien recevoir la supplication que je vous fais de me faire » changer de lieu, car je suis ici avec un homme qui est fou » au dernier point et fort incommodé , et qui a si fort infecté « la chambre qu'à peine peut-on y respirer. On sait qu'il y a » huit jours que je ne bois ni ne mange, et que je ne fais que )) languir en ce misérable lieu. »
Quelle était cette disgrâce de Dubreuil? Pourquoi cet emprisonnement à Bordeaux, cette fuite à Villefranche ^ ? Qu'allait faire Févéque d'Agde en cette aventure? Or, l'évéque d'Agde n'est autre que l'un des frères du prisonnier de Pignerol, le surintendant Fouquet. Là encore il y a donc une série de points mystérieux à éclaircir, points intéressants autant pour le procès de Fouquet que pour celui de la marquise de Brinvilliers.
XXVII. LE DUC DE GIOVANISSO ^ ET SON MAITRE d'hÔTEL. Ordre d'arrestation, 4 janvier 1678.
Quel était ce maître d'hôtel? A quel complot a-t-il participé à Pignerol et à Turin? Était-il de la bande des empoisonneurs de Turin , des Vanens , des Bachimont , des marquis de Chasteuil , etc.? Je n'ai là-dessus que peu de documents. Je les donne tels quels.
Le 4 janvier 1678 , le marquis de Louvois écrivait à Lyon, au président de Saint-André ^ : « L'on a donné avis au Roi » que le duc de Giovanisso a envoyé en Dauphin é un homme » de moyenne taille, assez gros, qui a le visage plat, le poil » noir, parlant mal le français, parfaitement espagnol, et » assez bien itahen, que l'on dit être son maître d'hôtel, et » qui doit même aller jusqu'à Lyon. Faites-le arrêter et con-
1 A propos de Villefranche , je recevais, le 2 juillet 1870, une curieuse lettre de M. Louis Dubreuil, avocat dans cette même ville de Villefranche, et à laquelle les événements de la guerre m'avaient empêché de répondre. On la trouvera aux Pièces justificatives.
2 Ce duc est probablement le père du fameux prince de Castellamave, si connu par la conspiration du même nom.
3 P. 88, V. 571, Mss. Dépôt de la guerre.
MATTIOLI. 241
^) duire à Pignerol ' » Il prescrivait en même temps à
l'archevêque de Lyon de faire faire les perquisitions nécessaires , et il prévenait des mesures prises le gouverneur de Pignerol. Il ajoutait même , le 11 avril : « J'ai rendu compte " au Roi de la manière dont vous avez projeté de rendre inu- 5' tiles les conspirations du duc de Giovanisso ; Sa Majesté a
» fort approuvé votre conduite en tout cela^ »
C'est toute la connaissance que je possède du personnage et de son maître d'hôtel. Evidemment ce fait se rattache à toutes les actions mystérieuses de ce temps, maisje n'ai pu encore en trouver la haison.