‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 79 sur 152 · XXVIII ET XXIX. EBCOLE-ANTONIO-MARIA MATTIOLI ET SON VALET · texte numérisé non relu

XXVIII ET XXIX. EBCOLE-ANTONIO-MARIA MATTIOLI ET SON VALET

Mattioli : Arrêté le 2 mai 1679 ; mort le 27 ou le 28 avril 1694. — Son valet : Arrêté le 4 mai 1679.

Dans la première partie de mon travail, consacrée uniquement à la réfutation de l'hypothèse émise par M. Marins Topin, je me suis occupé de ce personnage; Je n'ai donc plus à revenir sur cette figure historique , à raconter de nouveau les intrigues de cet agent italien , son arrestation par les soins de Catinat, le 2 mai 1679 , la manière sévère dont il fut traité parle gouverneur de Pignerol et ses lieutenants, son changement de prison , son séjour de treize années au donjon après l'envoi de Saint-Mars à Exiles avec ses deux prisonniers de la Tour d'en bas, sa maladie, sa conduite aux îles Sainte-Marguerite lors de l'abandon du donjon par suite des événements de la guerre de 1693, enfin son arrivée aux îles et sa mort, le 27 ou le 28 avril 1694. Jeme permettrai seulement d'ajouter ici quelques renseignements biographiques et historiques relatifs à ce prisonnier.

Le nom véritable du ministre italien est Ercole-Antonio- Maria Mattioh, et non Ercole-Antonio Matthioh. Cet homme est né à Bologne, le 13 décembre 1640, et non le 1" décembre. Son parrain fut un sieur Annibal Gampeggi. Le 13 jan-

1 P. 91, V. 570; p. 83, V. 571, Mss. Dépùt de la guerre.

2 P. 116, V. 573, Mss. Dépôt de la guerre.

vier 1661, il épousa Gamilla Paleotti, fille de Bernardino Paleotti, et veuve d'Alexandro Piatesi, sénateur. Cette Gamilla mourut le 4; novembre 1690, pendant que son mari était encore au donjon de Pignerol. Son père, Valeriano , était petit-fils de Ugolino Mattioli , docteur es lois , et l'unique héritier de Gonstantino Mattioli, sénateur, marié le 14février 1611 à Laora Marani, et mort le 1" novembre 1656. Ce Valeriano, né le 19 juillet 1612, avait épousé Girolama Maggi, fille de Baldo Maggi, le 16 janvier 1640; il eut un frère, l'oncle du prisonnier, qui devint jésuite. Cet oncle de Mattioli, le prisonnier du donjon, était né en 1622. Il mourut le 13 juillet 1710.

Des deux frères de Mattioli, l'un, Gonstantino Mattioli, naquit le 9 février 1657; le second entra dans les ordres.

Le duc de Mantoue, auquel s'attacha Ercole Mattioli, et qui fut cause de sa fin déplorable , s'appelait Charles IV Gonzague. Il était fils de Charles III et d'Isabelle-Claire d'Autriche, fille de Léopold, archiduc d'Autriche. Né le 31 août 1652, Fait duc de Mantoue en 1665 , il mourut à Padoue le 5 juillet 1708, avec soupçon d'avoir été empoisonné par une dame qu'il aimait; il laissait un fils naturel. Don Carlos Gonzague.

Ce duc vint à Paris en 1704, après avoir été dépouillé de ses États pour avoir suivi avec trop de confiance la politique de Louis XIV.

Il existe aux Archives nationales un dossier fort complet concernant Mattioli. Il porte le numéro 746 (M) ; c'est le dossier Reth. Ce Reth, commissaire organisateur de la loterie nationale à Turin, au commencement de ce siècle, s'était pris d'une belle passion pour la solution du Masque de fer. Il avait profité de son séjour dans la capitale du Piémont ainsi que de ses relations, pour faire des recherches consciencieuses dans les Archives italiennes. Gomme Ghambrier, le ministre de Prusse à Turin, Reth avait cru à la présence de Mattioli à Exiles, et, par suite d'une confusion regrettable avec l'un des prisonniers de la Tour d'en bas ,

MATTIOLI. 243

avait basé son système sur le transfèrement mystérieux des prisonniers de Pignerol à Exiles et d'Exilés aux îles Sainte- Marguerite. Reth avait même publié un mémoire qu'il comptait faire suivre d'un travail beaucoup plus complet, et c'est là qu'on retrouve la Prudenza trionfante di Casale..., la

Carta corografica di Pinerolo , les rapports de Muratori

et de Fantuzzi, etc., jusqu'à la correspondance interceptée de Londres (1789). Mais, eh dehors de ces curieuses citations, ce dossier contient d'autres documents plus intéressants encore, qui permettront de combler bien des lacunes et de rectifier plusieurs erreurs dans le récit de l'intrigue de Casai. Tous ces documents proviennent des Archives royales de Turin , et sont des copies dûment certifiées. Voici quelques-unes des principales :

Le plein pouvoir du duc de Mantoue au comte Mattioli ; une lettre du duc de Mantoue au Roi de France, du 14 octobre 1678 ; un pouvoir de Louis XIV à M. de Pomponne , du 5 décembre 1678; la copie du traité entre le duc de Mantoue et le Roi de France , donnée par le comte Mattioli à la duchesse de Savoie, le 31 décembre 1678; une nouvelle dépêche du Roi au duc de Mantoue, du 12 décembre 1678 ; un Mémoire de Louvois à Mattioli pour la marche des troupes de Pignerol sur Casai ; une note des troupes qui sont destinées à s'emparer de Casai. (Ces troupes se composaient de dragons et d'infanterie, répartis de la façon suivante. Dragons : le régiment d'Asfeld, 500 hommes; le régiment de Samsdoul , 500 hommes ; le régiment de Lalande , 500 hommes ; le régiment de Fimarcon , 500 hommes; le régiment deBrulard, 500 hommes. Infanterie : Régiment de Sault, 500 hommes; régiment de Navailles , 500 hommes; autres troupes, 700 hommes.) Une dépêche de d'Asfeld à Mattioli , datée de Venise, le vendredi 10 février 1679 ; une lettre écrite de Vérone par Micbel Signorini à Pomponne, pour lui annoncer l'arrestation de d'Asfeld (10 novembre 1679) ; unemissive de Varano, chambellan du duc de Mantoue, pour lui annoncer l'attentat commis sur d'Asfeld, mai 1679 ; une lettre de

Pincliesnesà Mattioli , après l'arrestation de d'Asfeld, 21 mars 1(379; une lettre du même au même, du 22 ; une dépêche confidentielle de Mattioli à l'abbé d'Estrades, du 23 mars 1679; le rapport d'un agent secret de Madame Royale, daté de Padoue, le 26 mars 1679, contenant tout le détail de l'affaire et la manière dont Mattioli a fait arrêter M. d'Asfeld , indiquant enfin la nécessité d'obtenir divers rensei- (jnements de M. l'abbé d'Estrades; le rapport d'un espion de ia cour de Turin, daté du 18 avril à Turin et donnant le récit détaillé d'un entretien avec Mattioli, sur la place de la citadelle à dix heures du soir ; d'autres rapports du même agent des 20, 21 , 23 et 29 avril, ainsi que du 1" mai; puis la proposition curieuse faite le 23 avril 1679 à la duchesse par Mattioli , pour marier le jeune duc de Savoie avec la fille de l'Empereur, afin de lui assurer la possession de tout le Montferrat (le dernier de ces rapports d'espion eut lieu le 1" mai 1679 , la veille de son arrestation) ; enfin , le nouveau traité passé entre le Roi de France et le duc de Mantoue , le 10 août 1681 et le 16 septembre suivant, pour la cession de Casai, etc.

Gomme on le voit, les renseignements authentiques ne manquent pas sur l'origine de la disgrâce de Mattioli; ils montrent jusqu'à quel point était poussée sa duplicité , et par suite combien devait être grande la colèie de M. l'abbé d'Estrades, notre chargé d'affaires à Turin. Il sera donc possible maintenant, pour les historiens futurs de cette conquête de Casai, de faire ressortir plus vivement encore la figure de cet agent politique et les différentes phases de cette intrigue, qui aboutit à l'incarcération du personnage et à sa mort aux îles Sainte-Marguerite. Ce le sera encore plus , le jour où l'on aura pu parcourir le contenu des Archives de Mantoue, qui ont été emportées en 1706 à Vienne, où elles doivent se trouver aujourd'hui. Quant aux Archives secrètes de Venise ', leur perte est sans doute irréparable. Lors de la prise de cette ville par les Français , ces précieux documents furent

1 Lettre de Rossi; Turin, 31 mai 1803 Voir les Pièces justificatives.

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enlevés par Rossi et le citoyen Barrai. On ne sait ce qu'ils sont devenus.

XXX. LE PRIEUR DES FEUILLANTS DE PIGNEROL, Ordre d'arrestation, 1679. — Ordre de sortie, 21 juin 1679.

Au commencement de l'année 1679, le prieur des Feuillants de Pignerol fut arrêté et confié aux soins intelligents du fameux Saint-Mars. Il fut mis en liberté le 21 juin', et, le 4 juillet, Louvois écrivait au marquis d'Herleville : « D'après les sentiments où vous avez vu le prieur des Feuillants » après qu'il a été mis en liberté , Sa Majesté désire que vous » lui ordonniez de sortir des terres de votre gouvernement » vingt-quatre heures après que vous lui en aurez fait le w commandement, et que vous ayez soin de le lui faire exé- M cuter^. « Quel était ce prieur? quel était le motif de son incarcération? Je n'ai aucune pièce à ce sujet.

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