‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 9 sur 152 · VOLTAIRE ET LE SIECLE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET LE SIECLE DE LOUIS XIV

Cet ouvrage était intitulé : L'Inquisition française ou Histoire de la Bastille. Il fut fort recherché et revendu en cachette en France jusqu'à deux cents francs pièce. C'est dans ce livre que Renneville parle pour la première fois à\in prisonnier de la tour Bertaudière, logé au-dessus de lui, et que le porte-clefs Ru lui dit être enfermé depuis trente et un ans et avoir été amené des îles Sainte-Marguerite, ovi il était condamné à une prison perpétuelle .

Depuis cette époque, personne ne s'était plus occupé, même d'une manière indirecte, de cette question fort incidente, lorsqu'en 1745 la Compagnie des libraires associés fit paraître à Amsterdam un petit livre anonyme intitulé : Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse. Ce fut la première révélation du personnage masqué, dont on faisait un duc de Vermandois . Cet ouvrage fut suivi immédiatement, en juin 1745, d'une réfutation qui parut dans la Bibliothèque raisonnable des savants del'Europe., puis, en 1746, d'un misérable roman du chevalier de Mouhy, publié à la Haye : Le Masque de fer, ou les Aventures admirables du père et du fils.

Cette fois, la légende était fixée. De celui que la tradition avait réussi à présenter comme un prisonnier inconnu, masqué à certains moments, un romancier, un anonyme en avait fait le type d'une victime de la vengeance des rois et des ministres, type que Voltaire allait consacrer dans son Siècle de, Louis XIV, dont l'apparition date de 1751.

Or, l'admirable railleur, le grand génie qu'on appelle Voltaire n'est-il pas lui-même l'auteur de cette mystification royale? C'est ce que prétendait déjà, vers 1789, Bouche, dans son Essai sur l'histoire de Provence. C'est ce qu'on est en droit de se demander, quand on relit le pamphlet originaire de cette légende curieuse : les Mémoires secrets pour servir à l'histoire de Perse.

« Cha-Abas (Louis XIV) , dit l'auteur anonyme , avait un fils » légitime, Séphi-Mirza (Louis, Dauphin de France), et un » fils naturel, Giafer (Louis de Bourbon, comte de Ver-

» niandois). A peu près du même âge, ils étaient de carac- » tère opposé. Celui-ci ne laissait échapper aucune occasion )) de dire qu'il plaignait les Français d'être destinés à obéir » un jour à un prince sans esprit et si peu digne de les com- » mander. Cha-Ahas, à qui on rendait compte d'une pareille » conduite, en sentait toute l'irrégularité. Mais l'autorité

, » cédait à l'amour paternel, et ce monarque si absolu n'avait » pas la force d'en imposer à un fils qui abusait de sa ten- » dresse. Enfin, Giafer s'oublia un jour au point de donner » un soufflet à Séphi-Mirza. Cha-Ahas en est aussitôt informé. » Il tremble pour le coupable, mais quelque en\de qu'il ait » de feindre d'ignorer cet attentat, ce qu'il se doit à îui- » même et à sa couronne , et l'éclat que cette action avait » fait à la cour, ne lui permettent pas d'écouter sa tendresse. » Il assemble, non sans se faire violence, ses confidents les » plus intimes, il leur laisse voir toute sa douleur et leur » demande conseil. Attendu la grandeur du crime, et confor- » mément aux lois de l'État, tous opinèrent à la mort. Quel » coup pour un père si tendre! Cependant un de ses minis- « très, plus sensible que les autres à l'affliction de Cha-Ahas, » lui dit qu'il y avait un moyen de punir Giafer sans lui ôter « la vie ; qu'il fallait l'envoyer à l'armée qui était pour lors » sur les frontières du Feldran (Flandre) ; que , peu après son M arrivée , on sèmerait le bruit qu'il était attaqué de la peste, » afin d'effrayer et d'écarter de lui tous ceux qui auraient » envie de le voir ; qu'au bout de quelques jours de cette » feinte maladie , on le ferait passer pour mort , et que , tan- 5) dis qu'aux yeux de toute l'armée on lui ferait des obsè- » ques dignes de sa naissance, on le transférerait de nuit, avec » un grand secret, à la citadelle de Visle d'Ormus (île Sainte- )) Marguerite). Cet avis fut généralement approuvé, et sur- 5) tout par un père affligé. On choisit des gens fidèles et dis-

• » crets pour la conduite de cette affaire. Giafer part pour « l'armée avec un équipage magnifique. Tout s'exécute ainsi » qu'on l'avait projeté, et pendant qu'on pleure au camp la » mort de cet infortuné prince , on le conduisit par des che-

Page 1