‹ La vérité sur le Masque de fer (les empoisonneurs)Chapitre 95 sur 152 · SALVE, SELVE OD VALSEC · texte numérisé non relu

SALVE, SELVE OD VALSEC

Le deuxième ministre , le nommé Valsec , ne fut arrêté et envoyé aux îles que le 15 janvier 1690. En effet, le 10 janvier 1690, M. de Seignelay écrivait à l'intendant, M. de Basville : « Sur l'avis qu'on a eu qu'il étoit arrivé à Paris » quelques ministres de la rehgion prétendue réformée , on » en a fait arrêter un qui s'appelle de Salve, ou de Selve, » autrement Valsec , de la ville de Nîmes ^... » Le même jour, le ministre prescrivait au marquis de Bellefonds de le recevoir au château de Vincennes , en compagnie d'un

* Archives nationales, 0' 34.

2 P. 64, V. 849, Mss. Dépôt de la guerre.

3 Archives nationales, 0' 34.

nommé Paradoz, et le 15, il ordonnait à d'Auzillon de le conduire aux îles '. Il adressait en même temps à Saint-Mars l'ordre royal , daté de Versailles et ainsi conçu : « J'envoie » aux îles Sainte-Marguerite le nommé Valsec, ministre de M la religion prétendue réformée, pour y être détenu pen- » dayit toute sa vie, et je vous écris cette lettre pour tous » dire que mon intention est que vous le receviez et que vous » le fassiez mettre dans un endroit sur, où je veux qu'il soit » soigneusement gardé , sans avoir communication avec )) le nommé Cardel, ni avec qui que ce soit, de vive voix ou » par écrit, sous quelque prétexte que ce soit. » Ordre qu il faisait suivre des instructions suivantes : « Je n'ai rien à » ajouter à la lettre de Sa Majesté ci-jointe, si ce n'est que w cet homme ne doit être connu de personne, et que sa sub- » sistance et entretenement, qu'il lui faut fournir sur un » pied médiocre, sera régulièrement payée comme celle du » nommé Cardel , après que vous m'aurez mandé à quoi cela 5) peut monter chaque année'. »

VALSAC, MOLAS OU LESTASG.

Ce troisième ministre était vivement recherché par la police, car, le 10 janvier 1690, Seignelay écrivait à l'intendant , M. de Basville : « L'autre ministre qu'on n'a pas encore » arrêté s'appelle Talsac, autrement Molan , ou Lestang , de » la ville d'Usez. Le Roi m'ordonne de vous écrire de vous )) informer secrètement de la famille et de la conduite de ces » deux hommes , et de me faire savoir ce que vous en ap- » prendrez. Vous jugez bien de quelle conséquence il est de >' tenir la chose secrète, puisque Yalsac n'étant pas encore » arrêté , il pourroit être averti des perquisitions que vous » ferez '^ »

Ce sieur Lestang, âgé de cinquante ans au moment de son arrestation, était originaire d'Uzès. Il avait servi en

1 Arctives nationales , O' 34.

2 Arcliives nationales , 0' 34.

* Archives nationales, C 34.

qualité de ministre a la suite de la chambre de l'édit et des conseillers de la religion prétendue réformée qui se trouvaient au Parlement de Guyenne.

Il sortit du royaume après la révocation de l'édit de Nantes, et passa en Hollande, où il devint pasteur de l'Église réformée, près d'Arnheim. Mais souffrant du mal du pays, il revint en France avec d'autres ministres, et fut arrêté, le 18 avril 1690, à Paris, dans une assemblée qu'il tenait dans la maison du sieur Mallet. Très-ferme, très-audacieux, et surtout fort pathétique, ce pasteur jouissait d'une grande notoriété. C'est à ces qualités particulières qu'il dut la haine du ministre.

Le 30 janvier 1690, Lestang n'était pas encore entre les mains des agents royaux, et le ministre écrivait à LaReynie: » N'ayant point eu de vos nouvelles sur ce qui regarde le " ministre Lestang, le Roi est inquiet de savoir ce que » vous aurez fait à cet égard, et Sa Majesté m'ordonne de >' vous écrire de donner toute votre attention pour faire M arrêter cet homme, qu'on lui a dit être encore à Paris. » Ce ne fut que deux jours après, le 20, que Louvois connut l'incarcération du malheureux pasteur. « J'ai rendu compte » au Roi, écrit-il le 21 à La Reynie, de la prise du ministre » Lestang. Sa Majesté approuve que vous l'ayez fait mettre » à Vincennes avec le nommé Mallet. Elle a été étonnée que " vous n'ayez pas fait arrêter la nommée Prévôt, sœur du-

» dit Mallet Il faudra tenir, pour le nommé Lestang, la

» même conduite qu'on a tenue à l'égard des deux autres " et l'envoyer aux îles Sainte-Marguerite, suivant les ordres » ci-joints '. » De Vincennes, en effet, Lestang fut conduit, le 26 avril, à la Bastille, mais il n'arriva aux îles qu'à la fin du mois de mars. Donc, à la fin de 169^, les trois ministres se trouvaient réunis sous la garde de M. de Saint-Mars, et le 20 décembre le ministre écrivait à M. de Saint-Mars^ :

« J'ai reçu la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire

^ Archives nationales, 0' 34.

2 P. 171, Y. 933, Mss. Dépôt de la guerre.

» le 25 du mois passé, concernant les trois ministres qui » sont prisonniers aux îles Sainte-Marguerite ; l'intention de » Sa Majesté est que vous me rendiez dorénavant le même » compte de ce qui les regardera, que vous faisiez à M. de » Seignelay ; et lorsqu'il y en aura de malades, le Roi trou- » vera bon que vous les fassiez voir par quelque ecclésias- » tique assuré , qui puisse essayer de les convertir avant » de mourir. Mandez-moi, s'il vous plaît, quel jour chacun )) desdits ministres vous a été remis, et combien je vous » ai fait payer pour l'ameublement du premier de ces » ministres. »

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