‹ La vérité sur les Arnauld: complétée à l'aide de leur correspondance inéditeChapitre 12 sur 22 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Les études que nous avons faites jusqu'à cette heure sur la biographie des membres de la famille Amauld nous ont toujours plus ou moins entraîné au spectacle de la vie séculière et de ses agitations; et toujours le choc des passions humaines est venu ébranler, sous nos yeux, les vertus les mieux fondées, en renverser les apparences, en découvrir les misères. C'est à peine si quelques ambitions ou quelques faiblesses, succombant à cette rude épreuve et se traînant à l'écart pour panser leurs blessures, ont attiré par instapt nos regards vers les solitudes de Port-Royal, dont nous n'avons entrevu que les abords. — Là cependant est la véritable splendeur de la famille Amauld ; là sa gloire parmi les humbles ; là sa force parmi les femmes.

Bien loin, à l'horizon, se trouvent Versailles et Paris, l'éclat et le bruit, les courtisans et les docteurs; ceux qui intriguent et qui disputent. — Plus près, hors du mur d'enceinte, un reflet, un écho de tout cela ; l'éclat amorti et le bruit confus, les courtisans. qui prêtent encore l'oreille ' en faisant pénitence, les docteurs dont les

1 a Vous ai)prciidi'cz par la mère prieure Télat de la maison, et par mon « Crère [D'Andillyjles nouvelles du dehors.! {LeUresde la M, Ange" ligue, t. III,' p. 174. leUre dcccxx, du 4 février 1656, etc. ) c Ils ont connn « les affaires de la vie ; il» ont admis dans leur sein des hommes battus par t.les Tenls des factions. » ( Ml Villemain, Mélange», p. 853.; de Pascal.) II. 20

lèvres s'agitent dans lé silence, ou murmurent tout bas; en apparence un cercle d'ermites, en Téalîté une réunion de raalcontents. — Mais au dedans quel calme et quel silence ^ ! quelle humilité et quel détachement ! Comme tout bruit expire aux pieds de la foi, comme tout éclat disparaît sous les pieds de la pauvreté !

Ce n'est p;as cependant que ces murmures des docteurs» que cette inquiétude de tous ne glissent quelque» —^^ fois du parloir au sanctuaire, et que les cloîtres ne s'en ^«

émeuvent. Parmi les solitaires, il en est de si tepdre

ment aimés I La famille et ses liens viennent ressaisir sur l'autel des cœurs qui s'y étaient fixés, et ramènent l'agitation où Dieu avait mis le repos. Douce et triat ^r ^

punition de ce retour vers le monde qu'aucun de nmn aj

ne voudrait condamner j mais que la miséricorde divin f=g voulut peut-être faire expier ici-bas à ces âmes pour^ lesquelles un autre monde ne devait avoir que du boiL — . heur. '-^ Ames tendres dont le besoia d'aimer fit toufc^^ l'erreur, dont l'erreur ne fut que de la confiance, uislIs dont la confiance devint de l'obstination. — Croyaiettl?efles réellement en Jansénius?? Elles soufirirent poecr ce nom ; mais elles ne croyaient qu'à leurs famines et en Dieu ^. -^ Qui donc oserait leur dire anathème? Anathème à ceux qui les ont trompées, peut-être; à elles, jamais. ,

Pour nous, avouons-le, nous ne pouvons soû^ér sans

* Cf. Racine, Hist. de P. H., p. 61.

2 Cf. Uttres de la M. Angélique, t. i, p.* 218, 231, 233, 292, 486,478; t^.ihv^ 346, 368, 365, 435, 441, 487, 517, 529, etc. Voir ^usSi ce (pi'il y est dit des Jésuite^ 1. 1, p. 233, 240, 30^, 451, 603 {t. ii, p. 10, 2f, 83,34, 842, 853, 865, 441, 4S7, 564, 673, 575: t. m, p. 24, 39, 172, 198,203, 435, 584y 548, etc.

» Voir tous le» interrogatoires dans l'Histoire des Persécutions, ^

cHAtoRE n: fd5 *

îlttendriâsement à ces longues vies usées dans là prière et Surtout dans la charité, qui hésitent à Se gotniiëttrè ÛUx puissants, mais point à servir les pauvret; où Yàti refuse une signature, où Ton écrit des pages comnte celle-ci : « Or, Madanïe, afin qu*on suive en tout Fiil- « tentibn charitable de Votre Majesté [c'est uiie rèîne dé (( t^ologne que du fond de son cloître, à cinq centâ liéueà • (< dé distance, la mère Angélique entretient dé bienfai- ^ « sance et, on va le voir, des vaches qui nourrissent lés « pauvres de son canton], je la supplie très humblemétit t( de nous faire savoir si elle approuve la pensée que j'ai <( que soi! aumône ne peut être mieux employée qu'aux . « pauvres de la campagne qui sont entièrement i-uiné^S « [par lés excès de la Fronde], même les labbureuré qui «ne se relèveront jamais s'ils ne sont secourus. On « pourroit prêter à quelques-uns, pour un tems, une «somme qu'on donneroit après â" d'autres pauvreâ, « quand ils auroient moyen de là rendre. J'ai enédrfe « une autte pensée, qui sepoit de faire. acheter des vâ- « ches pour lés donner à louage à nos pauvres géhè • et, \{ s'ils pieu vent payer, on en ddmieroit le pfii à d'àtitrfes. « Une vache nourrit toute une famille à la campagtité, « surtout les pauvres petits enfaïis, dont les tnères mal «.nourries n'ont presque point de lait; et quand ils OîM; « de k bouillie j cela leur sauve la vie. t) Rien n'avait ^iù feâûvfi^ celle, de deux çhfàhts dé la reine ^ et Angélique, coïrtinuant à parler des siens, ajoute : « Je ferai tout « mèn possible pour soigner à leur conserver l'existence, « aûn qu'il plaise .à Dieu donner à Votre Majesté un en- « faut qui vive 2. ! »

• Lettres de la M, Angélique, t î, p. 583; t. ii, p. Ô8.

» Ibid., ttit t); fl5, tettrè tcccxtxii, du 16 mal i65l Sur f admirable

296 US IBUGIECSBS » LA PAIOUJE AMAULD.

La mère Angélique a écrit trois volumes où respire la même charité, dans les intervalles qu'elle mettait à ses bonnes œuvres. Et que n'ont pas fait sa mère et ses sœurs, et ses nièces et leurs deux cents compagnes? — Rien de plus, sans doute, que ce que beaucoup d'autres ont pratiqué; rien de plus que S. François de Sales et S* Vincent de Paul, leurs contemporains, qui, sans lire Jansénius, avaient lu comme elles l'Évangile. — Et cependant nous concevons que Port-Royal jette son lustre, même sur la charité ; car on l'y exerçait du sein de la soufirance, à travers les persécutions (provoquées ou non, qu'importe?), et l'on y consacrait toutes les ressources des cœurs les plus ardents, des génies les mieux doués, des plus admirables caractères se succédant à travers ces générations de femmes fortes qui dans la fa~ mille Amauld se nomment la mère Angélique, la mère Agnès, ou la mère Angélique de Saint-Jean. — En revanche la charité, pour compenser tant de sacrifices, enveloppait de son doux rayonnement ces affectioDs domestiques qui n'eussent osé se dilater comme elles le firent, sinon à sa divine chaleur. — Et quels trésors de sûnt amour s'épandirent ainsi sur ceux qui souffraient, depuis les pauvres jusqu'à la famille I JLa famille (c'est plie surtout que nous étudions) y trouve le secret de son courage et de sa persévérance ; car jamais un lien plus sacré ne forma un faisceau plus uni que cdui autour

charité d'Angélique, voir Mévu de Lancelot, t ii, p. 215. Tout ce que Racine, dans sa mauvaise humeur passagère contre Port-Hbyal, a pu reprocher à la charité d'Angélique, c'est de /titre servir sur sa table aux Jansénistes du pain blanc et du vin» tandis Qu'elle ne donnait à leurs ennemis que du pain bis et du cidre. (Œuvres de Racine, U vi, p. SI.) Voir la réplique de Dubois {ibid,, p. 44)} et celle de Barbier d'AUcourt. ^bid,, p. 63.)

CHAP. VI, SBCT. ï, ART. I, S ï- 297

duquel cette puissante et nombreuse famille serra par deux fois ses nœuds durant le cours du grand siècle.

SECTION I"

ARTICLE I-

La mère Angélique et la mère Agnès.

S I. Angélique Tappui et le modèle de deux générations.

Ce fut d'abord la mère Angélique près de qui tous se groupèrent ; heureux de rencontrer la vigueur où abondait la tendresse. — Sa mère, vingt fois brisée sous les douleurs de la maternité', sa sœur aînée, madame Le Maistre, que cinq enfants n'avaient pu consoler du père qu'elle leur avait donné 2, vinrent étayer leur abattement à son courage. Ses quatre sœurs puînées y abritèrent leur virginale ignorance', qui se dissipa bientôt, mais, seulement pour le bien, après s'être épanouie chez quelques-unes en force, chez toutes en dévouement. — Les hommes même, car les hommes de cette famille n'en furent pas toujours la portion la plus virile, allèrent tremper leur découragement à l'énergie de cette femme héroïque. D'AndiUy, l'habile courtisan, Le Maistre, le

i Voir plus haut, t i, p. 251 ; t. ir, p. 2iB, etc.; les Mém, delà M. An" gélique, t. in, p. 275-808, etc.

3 Mém, (CArn. (CAndillif, part, i, p. 26 ; Mém, de la M, Angélique, t lii, p. 818-856.

8 Voir plus haut, t. i, dmVAftpendice, note A, et Menu de la M, Angé^ liqtie, 1. 1, p. 72 ; t. ni, p. 201-278, 860-414, 4l9-464f et 486-469.

298 LES RE^GIEUSE9 UE iA RAIULUS AI^AULD.

célèbre avocat, ces deux aînés des deu:^ mères à qui le monde avait fait payer si chèrement ses joies, ensevelirent les mécomptes de leur ambition ^ dans le désert, sous les yeux d'Angélique, au milieu des saintes femmes qui leur étaient si chères. Et qui pourrait dire les consolations et r ingénieuse teq4ressp dont ïl^ furent environnés ! Les trois volumes de la correspoadance incomplète ^ d'Angélique laissent entrevoir seulement quelle dut être cette vie où les forts veillaient pour les faibles, où les faibles s' en tr' aidaient, où *la prière secondait le conseil, où la grâce implorée descendait des lèvres d'une mère ou d'une sœur.

Et comme si tant de consolations n'eussent pas suffi au dédommagement ou à la récompense de cette première génération de pénitents et de saintes, il lui fut donné de les transmettre à une seconde. D'AndiUy fut précédé ou suivi, dans le désert, de Luzancy son fils ^ et de ses six filles, parmi lesquelles était une autre Angélique ^. Le Maistre y fut accompagné ou remplacé par ses frères les plus jeunes, dont l'un fut le vertueux Sacy ^. Dans cette nouvelle génération, aussi grande à certains égaras que la précédente, la difficulté des temps voila

^ En ce qui concerne d*AndUIy« voir plus }iaut« t. i, paasim. Pour Le Maistre, voir Tallemant des Réaux, t. ii, 'p* 319.— Cf. Mém, de la M, Angélique 1 1. i, p. 73. ^

9 Avertissement du 1. 1.

3 Voir plus haut, t. ii, p. 42, 179, et t. i, Appendice, note A.

4 A/t-m. de la M. Angélique, U m, p. 489-496, 498-574, 588-595. c G'étoit « la cli^re fiL^ dç M* d'Andilly et dont il me disoit : Comptez qn§ tous mes « frères, tous mes enfants et moi, nous sommes ^es sots en comparaison

> d'Açg^ique. Jamais rien n'a ^été bon de tout ce qui est sorti ^ ces pays-

> là, qui n'uft été corrigé et approuvé d'elle. Toutes les langues, toutes les c ^ieuccç l^i sont infuses... etc.j>(Lett, de madatne de Sévigné, t. yi, p* 38.)

5 Voir pl^s Jiayt, t. if ApPfndicç, note A.

cependant parfois certames vertu»» et p^rSm vaKtit les autres. Au milieu de$ persécutions. [4664], F énergie s'exagéra et la faiblesse s*s^attit. AngéUque de Ss^int- Jean, la femme forte de cette deuxième époque, mit un peu d'ostent£^tion à repousser leFormut^ire ^; deux de ses sœurs mirent un peu de précipitation è^ le signer^. It^ais il est des vertus qui ne conn^ûssent jamais d'excès, et que développe surtout Forage: le dévouement etU charité. La tourmente les porta à leurs dernières limites^ dans ces âmes en péril qui descendirent de leurs hauteurs, ou se relevèrent de leurs chutes, pour se confondre en une indicible affection.

Il n'y eut pas jusqu'à l'iippérieux et fougueux d'Andilly qui ne se montrât plus attendri du reto^m* qu'irrité de l'abandon de ses deux filles. « Que voulez-vous, dia sait41 un peu confus à madame de SéyigJiié çn parlant

y(( de l'une d'elles, le pauvre oison a signé ^? » Mais au

1 Cf. Le Clerc, Vies idif. de P. H, U i, p. Hà. et t. m, Jf, 271, 1^ procès-verbal du 27 aoCtt 1664; Lettre d'Angélique de Saipt-Jçan à d*Andilly, du 10 juillet 1664f et Mém. de d'ÀndiUy, part, ii, p. 151 ; Rela^i^iot^ de la captivité d^ Angélique de Saint-Jean^ écrite par elle-iDéme; ses interrogatoires, d!ànsV Hist, (fes Persécut,, xii^ inter., p. 95 ; Mém, d^laM. 4ngétiquCt t. an, p. 514, etc. « La mère Angélique de Sain^-Jean étoit entêtée a aussi qu'elles ne devoieot signer en aucune sorte ; et quand Taccoma niodement [de 1668] fut fait, elle persistpit touj[oui;s d^ns son opinion. « M. d'Aleiji lui écrivit, M. Amauld, M. de Sacy; tout cela inutilement, t M. Nicole eut ordre de faire un écrit pour la convaincre. Enfin elle se c rendit, il ne sait comment, en disant qu'elle n^étoit nullement convaincue.» (Racine, Fragm, sur P. 7î.,-0EuV.,'t vi, p. 298.)

2 Marie- Charlotte de Sainte-Claire et Marie-Angélique de Sainte-Thérèse. Voir la relation qu*elles-mêmes ont écrite de leur chute : l^elation de la captivité de six rçligieuses dans Iç Recueil des Actes^ Lettres^ etc., n** iv, p. 29 et 150; et Mém. de la M, Angélique^ t. ui, p. 523, 590 et 592: Hist, des Persècui.f p. 464, 474.

* Lettres de M'"* de Sévigné, 1. 1, p. 71 .

SOO UES IKEiemS» M Là fAmUE AUfAUUI.

premier repentir il leur pardonna, et il les confondit dans sa dernière bénédiction avecleur sœur Angélique [I67i]'. Ces trois femmes, Luzancy leur frère, et Sacy leur couân, se trouvèrent alors les seuls membres de cette famiUe d'anachorètes que la mort eût épargnés dans la solitude \ L'une des trois sœurs suivit même de près son père ' ; et Taffection, jadis répartie entre dixr-huit des leurs, se concentra parmi les quatre qui survivaient avec une égale intensité, modifiée cependant par certaines affinités de caractère. Ainsi l'inébranlable Angélique se reposait dans sa force |sur le courageux Sacy ^, et dans ses faiblesses le prenait pour confident entre elle et Dieu K Luzancy, méfiant et timide, ne se sentait jamais mieux rassuré que près d'Angélique ^ La sœur Thérèse (c'était celle qui avait failli), se sentant si faible et si humiliée % s'attachait au plus faible pour

i Voir le CodicUe du 30 janvier 1669 ajonté par d^AndiUy à son teslament; la lettre d*Angâiqiie de Saint-Jean dans Guilbert, Mém. hisU tt ekron.f 1. 1, p. 579, et dans les Mém, delà M, Angélique; L m, p. 539. — Cf. Besoiffne, Hi$t. de P. A., t. ii, p. 493.

' Cf. LMntemgatoire de la M. Angélique de Saint-lean, Bi$t. des penéct p. 96.

s Marie-Charlotte de Sainte-Qaire mourut le 9 septembre 1678. Cf. Acte»f Lettrée, Relat, U ii, n** xii, p. 14*

4 Mém, de Fontaine, U ii, p. 323, 536. — Besoig^e, Hîst. de P» R», t. III, p. f 03.

B Menu de la M. Angélique^ U m, p. 526, 335, 541. — Mém. de Laneelotf U II, p. 469. — Mém, de Fontaine, t n, p. 420. •— Guilbert, Mém. cAron., t. II, p. 206, 237, 245, etc.

< Mém* de Fontaine, t. ii, p. 538.

7 « Elle en resta liumiliée le reste de ses jours, et jamais elle n'oublia < son péché et i^e cessa de le pleurer. » Mém, de la M, Angélique, L iii« p. 591. — <v Prosternée deyaitt Dieu dans ce dernier abaissement où nne « créature criminelle puisse être, je demande très humblement pardon... à « toute TÉglise de ce que je Tai scandalisée en signant le Formulaire,,. > ( Rétractation d'Angélique de Sainte-Thérèse, Acies; Lettrée, Belat., no it, p. 63; n*T, p. 36.)

CHAP/ n, SEGT. I^ AftT. I, S ^ SOI

mieux s'approcher des forts; son médiateur était Luzancy ^

Un second orage, qui de la cour s'étendit à la solitude [1679], vint les séparer 2. C'était celui qui arrachait Pomponne à ses dignités ; il arracha Sacy et Luzancy à leur retraite. La terre de Pomponne .servit de refuge commun au courtisan et aux anachorètes^. Mais tandis que le cœur de Tun aspirait à Versailles, celui des autres était à Port-Royal * ; et plus d'une fois sans doute ceuxci rompirent leur ban en secret ^ Cependant, depuis cette époque, Sacy ne fit plus que travailler avec excès ou languir ^ ; Luzancy s'agitait outre mesure ^ Tout à coup, le 3 janvier 1684, Sacy, après avoir réuni à son compagnon d'exil, pour les exhorter, quelques vieux serviteurs poursuivis comme eux par la persécution, se sentit dé-

1 Le€lerc, Vies édif, de P, H, u i?, p. 71. — La sœur Thérèse avait elle-même porté dans le monde le nom de M"* de Luzancy. Elle avait loof^ temps hésité à le quitter. (Mém. de la M, Angélique, t. m, p. 588; Lettres de la M. Angélique, t..i, p. 338, 352^ 494; Le Clerc, Fie« édif,, t. ir, p. 409.)

2 Mém. de la M, Angélique, t lu, p« 532 ; Mém. de Fontaine^ t. 11, p. 499, etc.

3 Voir plus haut, t. 11, p. 59, n. i, et p. iSi ; Mém, de Fontaine, 1. 11, p. 501 ; Le Clerc, Fie* édif. de P. R., t. iv, p. 57, 70, 75, 98, etc ; Guilbert, Mém, ehron,, t. n, p. 559, etc.

4 « L^anion toute de g^âce qu'avoit M. de Luzanci, avec M. de Sacy et la « mère Angélique, montroit assez qu^il vivoit de la même vie que ces deux « personnes, qui étolent pour lui des sources très pures dont il avoit soin « de puiser ses lumières. » (Lettre de M. de Sainte-Marthe, Vie$ édif,, t. it, p. 4440

B Voir plus haut, 1. 11, p. 120, la lettre du 29 août 1671, et plus bas celle du 6 février 1670, êecU 11, art, n ; Le Clerc, Vies édif. de P, R., t. iv, p. 52, et surtout t. ji, p. 283 ; Guilb^t, Mém..hist,,L ii, p. 550,

6 Mém. de Fontaine, U n^ p. 501-529 ; Le Clerc, Vies éctif., U iv, p. 08.

^ Voir plus liant, U xi, p. 120, la situatioi^ d'esprit dans laquelle il était hors de Port-Royal.

I9i us BEUGIEOSES DE LA PAMUA AMACLD.

faillir ^ Il mourut le lendemain 2. Avant d'expirer il demanda d'être enseveli à Port-Royal '. Son hôte, le prudent Pomponne, craignait que cela ne déplût à la cour*; mais la femme la plus faible de la famille, la pauvre Thérèse, réclama pour son désert s, et d'autres femmes. Tune amie du grand Arnauld, l'autre d'Angélique, madame de Fontpertuis et mademoiselle de Vertus ^, enlevèrent et escortèrent au milieu des glaces d'une nuit de

i JIfém, de Fontaine, t. ii, p. 526 ; Eloge funèbre de M. de Sacy, Le Clerc, Vkê édif.^ t. I?, p. 46.

3 Méwu de Fontaine, L u, p« 525*

' Ibid,, p. 531. « n voulut laisser sou corps où son cœur avoit toujours « élé. » (Cf. p. 96.)

* N Ce que vous avei de lui, mes sœurs, [son corps] vous eût été rari « par une peur qui saisit un de ses avis que la gloire ^a siècle tient encore « captif, ou que du moins la prudence humaine rend timide, si un ange « [sans doute M"« de Vertus, Le Clerc, Vie$ édif. de P^ R^U iv, p. 95, « lettres du 7 et du 9 janvier 1684; peut-être M"* de Fontpertuis ; Guilbert, « Afem. ehron,^ t. n, p. 555] que Dieu retient prisonnier dans un corps usé, tt n*eùt percé rhorreur des ténèbres par sa lumière, et vaincu par son artt deur la violence du froid, des neiges et des glaçons, pour vous enrichir de ^ ce trésor. • (Eloge Ainèbre de M. de Sacy, Le Clerc, Vies idif. de. P R„ t. IV, p. 47.) «t Nous lui avons rendu les derniers et tristes devoirs à Pom- « ponne, et nous nous préparions à les lui aller rendre chez vous. Vous « auitïz appris les raisons qui nous en ont empêché, et je m^assure que « vous les aurez approuvées. Jl est de la prudence de ne se pas attirer de c nouvelles affaires lorsque Von en a déjà de fâcheuses à soutenir» » (LelU^ de M. de, Pomponne à la M. Angélique de Saint-Jean, du 9 janvier 1684. Le Clerc, iWrf., p. 98.)

* M. de Sacy était mort le h janvier 1684, vers six heures du soir (Guilbert, Mém chron,, t. ii, p. 552), et le 5, à huit heures du soir,' la sœur Thérèse écrit à Luzancy : n Ni vous ni personne ne nous dit sMl a fait « quelque testament, et s^il n^a pas ordonné ce quUl nous a tant promis que » nous serions les dépositirfî es de son carps et de son esprit. C^est même un « droit de famille, puisque la sépulture de la famille y est choisie il y a « longtemps. Je- ne doute 9^ que vous ne pensiez à cela, puisque votre « cœur y est aussi. » (Le Clerc, Vies édif. de P. /?., t. iv, p. 71 ; voir d'autres lettres de Thérèse, iWrf., p. 426, et HisU des Persécuta, p. 39.)

« Le Clerc, Vies édif.^ t. iv, p. 96, 100 ; Mém. de Fontaine, 1. 11, p. 533.

çm^. Hfh *cT. I, Àw- 1, s I- • §03

jaQvi^r ^ les saintes dépouilles qui embarrassaient Texil du courtisan. Luzapcy, éperdu de fièvre et de douleur, ne put les suivre ^. 4^ngélique les yeçut calme, impassible, et sans YPrser une larme. Autour d'elle étaient réunies ses. filles, ^ qui elle avait interdit les pleurs comme un outrage pour le bienheureux ^. \ Pomponne on avait jeté un linceul autour des restes mortels de celui-ci. Elle voulut qu'op ouvrît sa bière et qu'on le revêtît de ses ornements sacerdotaux ^. — Elle pyt ainsi le contempler une dernière fois ^ — Lorsque la tombe

^ « On mena ce corps [ à Porl- Royal ] au travers des glaces et des neiges

a les plus effiroyables du monde Nous fùmes>bien surpris lorsque nous

« trouvant sur les sept heures du malin à Téglise [de Saint-Jacques du « Haut-Pas, oî!^il avoit été déposé la veille, lorsqu'on Tavoit amené de Poma ponne], on nous dit qu'on Tavoit transporté pendant la nuit. Nous marie chômes avec bien de la douleur sur Içs traces du carrosse qui étoien^ a bien avant marquées sur la neige. » (Mém, de Fontaine, t. ii, p. 532. — Cf. Guîlbert, Mém, chron.y t. ii, p. 556.)

2 Le Clerc, ibid., t. iv, p. 98.

. 3 Mém, de la M. Angélique, t« in, p. 54i » Mém» de Fontaine, t. ii, p. 535. — (( Cette sage supérieure croyoit qu'il étoit indigne de celui à qui « on rendoit ces derniers honneurs, de le pleurer... >•

4 Mém^ de Fontaine, t. ii, p. 533.

5 a On le revêtit donc pour la dernière fois de ses habits sacerdotaux. (( On chanta les pseaumes ordinaires. On fit les aspersions et les encensea meus, -0 ensuite on ouvrit les portes du couveut pour nous le laisser « porter au lieu cfu'on lui avoit préparé 9u dedans pour sa sépulture, a Nous porlânoi^s ce corps au travers d'une longue haie de saintes religieuses « qui étoient\eiiues''-le recevoir à leur porte le cierge à la main. Leurs (( yeux, si mortifiés, si accoutumés à se fermer à tout le reste, ue purent, « tout mouillés de larmes qu'ils étoient, s'empêcher de s'arrêter sur ce a saint coq)s pendant qu'il passoit seulement au travers d'elles, afin de « démêler dans ces petits intervalles que nous leur ilonnions, les traits d^h « visage qu'elles ne dévoient plus voir. Elles lui témoignèrent toutes le pro- « fond l'êspect qu'elles avoient pour lui par les Inclinations que cliacunc (( faisoit lorsqu'il passoit devant elle; et lorsque enfin il fut au lieu, les « principales s'epipressèrent en l'accommodant pour le descendre dans la a fosse, de lui donner de saints baisers, pendant que tout lie chœur continuoit « le chant avec une gravité que je n'ai pu assez admirer depuis, toutes les « foiil que j'y ^i pep^. » (M4m* de Fontqine, t. ju, p. Ô35.;

30& £E8 REUGIEUSBS DE LA VAMIULE AUfAULD.

fut refermée, on la vit pendant quinze jours s'y répandre en prières. « G'étoit, dit l'auteur d'une relation de sa « vie ', c'étoit la brebis qui venoit demander instamment <( au pasteur de le suivre. » Le quinzième jour elle fut exaucée. Elle se releva du pavé où elle était prosternée avec une violente oppression 2, Le 29 janvier la rejoignit à son saint directeur ^.

La fatale nouvelle s'était glissée jusqu'au chevet de Luzancy comme l'un des rêves de sa fièvre. « Sa sœur, « la mère Angélique de Saint-Jean, dit Fontaine *, d'un « mot de lettre avoit la force de dissiper tous ses en- « nuis... Il se promettoit [depuis la mort de Sacy], en « déchargeant souvent son cœur dans le sien par ses « lettres, ne lui étant pas permis de le faire de vive voix^ a qu'elle pourroit calmer au moins de tems en tems « sa douleur... Mais quand comme un coup de tonnerre « la nouvelle lui vint de son agonie, il fut tellement saisi « qu'étant immobile il ne voyoit plus rien, il n'entendoit « rien ; et étant tout consterné, il fit promtement seller « son cheval, afm d'aller recueillir ses derniers soupirs. « Combien souhaitta-t-il de fois de rendre l'âme avec elle, (( et de joindre ses funérailles à celles d'une soeijr à qui « la grâce Tavoit lié depuis si longtems par un nœud « incomparablement plus fort que celui de la nature ! « Tout lui déplut en ce monde après cette mort ; tout lui « devint insupportable. Il ne pouvoit plus soufirir la vie. « Le feu de Tardent amour qu'il avoit toujours eu pour

* Mém» de la M, Angélique, t. ni, p. 541, d'après Fontaine, Mém^f t ii, p. 537.

2 Relation d'une pelîgîeuse de Port-Royal, dans les Mém. de la M. Angélique, t. iiir p. 560.

5 Nécrol. de P. R,, p. 57.

4 Mém. de Fontaine, U ii, p. 588. —Ci; Gailbert, Mém. cAr., t.ti,ii. 574.

CaiAP. VI^ flIGT. l, ART. h $ I. 305

(( ees deux personnes se rallumant plus que jamais dans .« son cœur, fit d'étranges ravages dans son corps ; et (( leur absence lui causa un si grand renouvellement i( d'ardeur, que sa chair eut peine à en souffrir l'impé- « tuosité. Elle se rendit ; elle tomba. Tous ses sens furent « éteints ; et étant déjà mort par avance avec son cher <( eousin, et ensuite avec sa chère sœur, il ne pensa plus « qu'à consommer sa mort par celle de son corps. Ainsi « tout possédé de ces pensées, il partit de Port-Royal, « et revint à Paris, chez M. de Pomponne son frère. Dès « qu'il y fut arrivé, il se mit au lit ; [et il mourut douze (( jours après sa sœur,^le 10 février 1684] ^.'. »

Quelques jours auparavant la sœur Thérèse avait écrit au défunt 2, à propos de la mort d'Angélique : «Je ne suis « encore capable ni de penser, ni de parler; et je trouve « ma force à adorer Dieu dans le silence... Le présent et « l'avenir sont quelque chose où l'on se perd ; mais perce dons-nous en Dieu, et abandonnons-nous à sa provi- « dence ; c'est l'unique moyen de n'en être pas aban- « donné... Je serai plus humblement que jamais toute « à vous, n'ayant plus que vous d'une parfaite con- « fiance... » Et voilà que soudain ce dernier appui lui avait manqué et qu'elle restait seule, elle, pauvre fille tout humiliée et toute meurtrie de ses chutes, tout abîmée sous sa faiblesse, seule héritière dans Port-Royal de ce grand nom d'Arnauld K Elle espérait bien sans doute

1 M»« Poulain de NogenL (Nouv, Hist, abr, deP, R,, t. iv, p. 34.) — « H « semble que Di<tu a voulu unir dans le ciel ceux qulTétoient si étroitement « sur la iem.>*(Œuv, du doct, Arnauld, t. ii, p. 402, lettre du 15 fév. 1 G8/|. )

2 Le Clerc, Vies édif,, t. iv, p. 70, lettre du 5 janvier 1684.

3 « Elle a passé quarante-cinq ans dans le cloître, et a été [dans Port- « Royallla dernière religieuse du nom d* Arnauld. » (Mém, de la M. Angélique,t^ m, p. 591.)

306 LES ËEUGlEtSËd DE tk tArilLtE ÂIlNATJLD.

en mourir } mais sans dotltfe àttssi elle îi' osait te deihâuder à Dieu ', car elle n'avait paâ encore assez expié sa faute à son gré. La dltine miâéricorde dut en juger de même ; elle la punit encore dé seize ans de tie. — La dernière année dé ce dil-séptièiH^ àifecle, dont là première avait ouvert le fcloltre à là grande Angélique, le ferma pour sa fathille isur la tombe résignée de F humble Thérèse 2.

S II. Agnès rappni elt le lien des deux générations.

Entre ces deux générations d'héroïnes et de saintes, se prolonge comme une transition lumineuse la vie de Catherine-Agnès de Saint-Paul. Sœur puînée de la première Angélique, tante de la seconde, elle passa dans le cloître soixante ans près de Tune [1599-1661] , quarante an».^^ près de Vautre [1630-1671]. Celle-ci lui survécut treiz^^ années seulement [1671-1684]. Celle-là ne la devanç-^ que de douze à Port-Royal [1599-1611] ^. Moins imp&^ tueuse que son aînée, moins absolue que sa nièce, auss/ grande, aussi ferme, aussi pure que toutes deux réalisa à la fois l'idéal de la sagesse humaine et vertu chrétienne. Soi> courage plus prudent, ses tions plus mesurées, ses sentiments mieux surveillés, ses élans mieux contenus semblaient la détacher da-

, auss/ X, elle I t de 7a / 1 affec- / rftillfis.

^ « Dieu lui fit la grâce d'offrir en cette occasion dans son cœur le sa- « crifice de louanges, en le soumettant à sa volonté divine. » (Menu de la M. Angélique, t. nr, p. 591.)

2 Elle mourut le 8 janvier 1700. (Supptém. au NécroL de P. i?., p. 298,) « C'étoit jinie bonne fille ei lin cœur sincère, » disent ses examînatétirs lors dôllnterrogatoire de 1661. (Hist.des PérsécuU, p. 110, et rinteirogatoire de madame de Saint-Ânge, %b\d,y p. 123.)

s Mém, de la M. Angélique, piassim. On sdîC* ifiie la SfèreÂghèS fut abbesse de Saint-Cyr avant d'entrer à Port-Royal.

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vantage de la terre. « Elle portoit déjà gravée dans Son « âme une image de l'éternité, écrit sa nièce Angélique ' ; « car elle né regardoit jamais que le moment présent, « ayant aussi peu d'inqmétude sur Tavenir qu'elle fai- « soit peu de réflexion sur le passé. »

Ces saintes femmes sont seules dignes de se louer entre elles, et c'est «encore à la seconde Angélique ^ qu'il faut demander par quel éclat divers brillaient les vertus de ses deux tantes : « Il sembloit que Dieu, dans les « dons qu'il leur avoit départis, les eût partagés diffé- « remment afin que leur conduite pût être utile à toutes « sortes de personnes. Dans la mère Angélique il paroisn soit une charité ardente, vigoureuse et tendre, qui « savoit s'abbaisser et s'élever à propos , qui se faisoit « craindre et se faisoit aimer, qui avoit le secret de tout (( renverser par sa force et de tout relever par sa bonté. « Dans la mère Agnès, au contraire, on voyoit une éga- « lité toujours uniforme, une sagesse toujours la même, a une gravité accompagnée de douceur, qui inspiroit la « confiance et le respect, et qui instruisoit autant par « son silence que par ses paroles. Il ne falloit que Son « exemple pour régler une communauté.... »

« Rien n'est plus consolant pour moy, écrit à son tour (( au grand Arnauld, dans une lettre inédite, l'une des \< xdigieuses de Port-Royal 3, après l'élection de la êea conde Angélique pour abbesse; rien n'est plus conso-

1 Mém. delà M, Angélique^ t. m, p. 268.

* 2 ibid, ^ p. 207.*— Cf. ]a lettre de Le Maistre, dans le Recueil in-1 2, p. 206.

3 Sœur Jeanne de Sâinte-Domitîle Personne, morte le 19 avril 1894. (Cf. Suppléfn. auNéeroL de P. il., p. 567î Guîlbert, Mém, chron,, t. «if, p» 200 $ Œuvres du doct^ Arnauld, U n, p. 450f lettre cGGCtxxxiT, Ôk V septembre ldd4^?.et t. iv, p. <&45, lettre îx, du 15 novembre 1682 ; interrogatoire, dans ViÊêt, des ikrsécut,, p. 170 et 457.)

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