U8 IEU6IEU8ES DE UL PAIOIXE ARNAULD
« lant pour moy que le reproche que vous me faites sur (( mon doute prétendu [à l'égard de l'aptitude de la noutt veUe abbesse pour ses fonctions]. Je dis prétendu, car « la vérité est que je n'ay nullement douté. Et si je vous (( ay pressé de parler, ce n'a pas tant esté pour apprendre « vos sentimens que je ne puis ignorer touchant nostre (( mère abbesse, que pour avoir lieu de vous marquer les <( miens un peu plus particulièrement que je n'avois fait (( d'abord. Je voulois donc, mon très cher père, que vous <( ne fussiez pas content que je vous eusse dit en général « que notre mère Angélique est bonne, et qu'elle se fait « beaucoup aimer. J'avois envie que vous me deman- « dassiez comment elle a ainsy gagné le cœur de tant de u personnes en si peu de temps. Si vous m'aviez înter^ « rogée là-dessus, je vous aurois répondu que c'est par (( sa charité, par son humilité, par sa douceur, par sa (( sagesse plus divine qu'humaine, par son zèle tout plein « d'onction, par la bonté dont elle tempère sa gravité « (ce qui s'éprouve encore mieux dans le particulier « qu'en public) , par l'application qu elle a à nostre « avancement, par la manière respectueuse dont elle (( traitte les âmes qui luy sont soumises, ce qui la fait « respecter elle-mesme comme si c'estoit un ange que « Dieu nous eust envoie pour nous gouverner ; et enfin « par toutes les vertus et les plus grands talents qu'on (( puisse souhaiter dans une supérieure de religion. « Voilà, mon très cher père, ce qui rend notre mère « Angélique aimable et vénérable à toutes celles qui ont « des yeux pour voir et des oreilles pour entendre; et « je dois croire que comme il a plu à Dieu de me faire « cette miséricorde, il l'a faite, aussy aux autres; j'en (( voy des marques qui m'édifient beaucojjp, surtout un
{( renouvellement d'ardeur pour les observances, un ac- « croissement de charité les' unes envers les autres et de « piété envers Dieu, et une plus grande attention que « jamais au silence. Nostre mère Angélique nous parle « souvent de nos devoirs, et elle n'y manque point dans (( tous les chapitres qu'elle tient ^. Plust à Dieu, mon « cher père, que vous la pussiez entendre ! Vous y auriez (( de la complaisance, je ne dis pas pour la beauté de ses « discours; ce n'est pas ce que l'on y doit chercher : mais « c'est poui: la manière utile et solide dont elle nous « exhorte. Il est visible que Dieu fait revivre en elle l'es-
« prit de la mère Angélique et de la mère Agnès »
Mais ces éloges de la nièce, adressés à l'oncle par une religieuse subordonnée à Tune, dévouée à l'autre, sont peut-être suspects d'exagération. « Ne vous en dîs-je « point trop ? continue la correspondante du grand Arec nauld. Non, pour vous qui assurément ne vous en- « nuyez pas de m* entendre sur cette matière, mais poiu: a moy qui me répand peut-estre plus qu'il ne faut dans « cette occasion, quoyque dans la vérité je n'aye eu en « vue (comme je vous ay dit dans une autre lettre) que « de contribuer par ce récit que je vous fais des vertus « de nostre mère Angélique, à effacer les fausses impres- « sions que je sçay qu'on en avoit prises. Tout le monde c< sçait que la mère Angélique Arnauld, vostre nièce, est « tine personne de grand ei^rit et <ie grande capacité. <( Mais il y a des gens qui ne croient pas qu'elle soit en- « core plus humble qu'habile; et que s'il a paru en elle « quelque hauteur ^ ou quelque chose d'un peu trop sec
t Les' instructions qu'elle y fit sont imprimées. (Cf. Métn. de la Af. Ange' li§uet t. m, p. 531, 551, et NécroL de P, R„ p« 54.) 2 Cf. HiêU des Penécut:, p. 331, 396.