CHAP. V> SECT. I
téméraire énergie ; ses neveux à leur pusillanimité surent allier un entêtement opiniâtre et sournois. — Des trois in- Huences cependant, celle du père, qui fut la plus persistante, fut aussi celle qui domina le plus dans ces caractères métis ; aucun des deux pupilles ne prit le chemin de Port-Royal sur les traces de leur aïeul, ni celui de l'exil sur les traces de leur oncle. Ils moururent comme leur père, Jansénistes plus ou moins honteux, mais tou* jours courtisans.
SECTION I"
mCOLAS-SIMON^ DEUXIÈME MARQUIS DE POMPONNE.
Dans cette nouvelle génération, les affections de d* Andilly avaient coïncidé avec les droits de primogéniture ; elles reposaient de préférence sur Talné de ses petitsenfants, sans avoir cette fois pour les autres rien d'exclusif. Car soit que la fermeté du jugement eût décliné chez lui avec les années, soit plutôt qu'il se laissât entraîner à cette tendresse indulgente de tous les aïeux pour cette ps^ie d'eux-mêmes dans laquelle ils bravent de plus loin la mort, jamais il n'avait rêvé pour sa famille de plus dignes héritiers que ses petits-fils; mais parmi ses petits-fils aucun n'approchait de celui dont il devait diriger le plus longtemps l'éducation, a L'une des (( principales choses à quoi je m'occupe maintenant , « écrivait-il à sa fille Angélique, religieuse de Port-Royal, « c'est de tâcher de bien élever notie petit, dont îl n'y a «point d'espérance que Ton n'ait ?>ujet de concevoir, « tant il a plu à Dieu lui âwmer d'cs[>rit, de jugeitieiiU « de mémoire et de docilité. Adieu, ma très chère fille ;
2S3 LES PETITS-PtLS D'âRIfAUM» O'ANDItXY.
(c Je ne fltiimid point si je i»e eroyoid ^ » Mftlhëui^tisis^ ment le pronostie du vieill&td enthousiaste ftit loiA de se ré&liseir. Celui de ses petits-flls qu'il préférait ëh ftat le moins capable. Enfant, la tendresse vaniteuse de son aïeul lui avAit brSé des qualités ; adolescent, le crédit de sfM père lui valut des charges. Abandonné à lui-mètnè dans Tftge mar^ 11 ne sut hi prolonger Tillusion, ni soutenir sa fortuhei
ARTiaE i^.
Fortune empruntée du Marquis,
Nicolas-Simon était né dans le mois de mai 1Ô822, durant la première disgrâce de son père. A dix-neuf ans, pendant la seconde^ il entra comme lieutenant datis le régiment du roi [1681]'. —Dit-huit mois après [7 janvier 1683] , il y obtint une compagnie, à la tète de laquelle il figura au siège de Courtray [1688], et dans l'armée de Flandre, qui couvrit le siège dé Luxembourg [1681] ••
— La disgrâce de son père durait eucoré ; mais celui-el avait à la cour d'excellents amis et la chance d'un rappel. Dix-huit autres mois écoulés, le jeune capitaine ftit colonel d'un des régiments d'infknterie que le roi venait de former [A septembre 1684]. C'était celui d*Ëainault ^
— Il le commanda pendant huit années [1684-1692] avec
1 Le Cim, Vies iéif, éè P% il., t h ^* 360, Idtre da S8 jattvitir I6SS.
3 Cf. Uiire inéitite du 28 octobre iêHti et Œuvres du doct. ArnauUt t. I, p. 297, leUre cxixix, du 18 mai 1602. D'après cette dernière lettre il semble que Nicolaft-Simon 6àt né le 17 mai et qii*il a été bapUsé le iS.
^ Pitiard, ChrotiQl. hi$U milit,, U vm, p. 68.
* Jbid.
s Ibid,; Gazette de Praneeàu 9 septembre 168ii, p. 588; Mercure gâtant f septembre 16^*? p» Î8Î.
CIIAP. V, SÈct. i, ÀàT. h 22S
quelque distinction, surtout dans les guerres d'Italie, où soti parent le marquis de Feuquîères sut le mettre en relief lors de cette attaque de Saluées par laquelle s' engagea la bataille de Staffarde [17 août 169Ô] ^— Il obtint ensuite un nouveau brevet, celui d'un second régiment d'infanterie, du régiment d' Artois ^ [8 septembre 1692]* Son père venait alors de rentrer aux affaires. — Le 3Î mars 1698, il fut créé brigadier 5, et se trouva le 28 juillet suivant à la bataille de Nerwinde *, dont il fit une relation qui se trouvé parmi nos papiers. Vers la même époque, il écrivit un mémoire sur la situation des affeires d'Italie après la Marsaille [4 octobre 1 69S] , mémoire qui fait également partie de notre collection. — Mais soit que les occasions ne Se ftisseiit point offertes, soit qu'il n'eût point su les saisir, il n'illustra pas plus le grade de brigadier qu'il n'avait illustré celui de colonel. II se retira du service ^ aprèay avoir passé un peu plus de quinze années {1697], et sans en rapporter autre chose que des grades.
Depuis trois ans déjà il avait épousé Constance de Harville de Palaiseau [1694] ^ ; et depuis un an le marquis de Torcy, en épousant sa sœur, avait allié la fortune des Colbert à celle des Amauld ^ ; le 10 mars 1697 il fut
* DeQuincy, HisU miliU du régne de Louis XIV, t. ii, p. 296. — Cf. Eloge dé ViAhi de Pomponne^ par Dacier ; Mim, de l'acad, des Insdrtpt., L itvii, p. 254.
2 Pinard, Chronol, hist. mt7i7., t. viii, p. 69.
' Gazette du 4 avril 1693, p. 168. Dans cette promotion, les parents et les adiii de la ftmllte Amauld ne furent point oubliés. Le marquis de Feu* quièresi les marquis de Vins et de Bartillat furent créés lieutenants-généraux.
^ Pinard, Chronol, hist. milit,^X» viii, p» 69.
6 Voir plus haut, t. ii, p. 217, n. 5. — Cf. Œuvres du doct, Amauld, u m, p. 756, léttkv itxix, du 3 mars 1694.
7 Voir plus haut, t. ii, p. 425.
22/i ni PETITS-FILS D'ARNAULD D'ANDHXY.
^Dommé lieutenant du roi au gouvernement de l'Ile de France ^ Ses nouvelles fonctions et sa trente-cinquième année qu'il avait atteinte permettaient à son père de lui ouvrir enfin la carrière à laquelle il l'avait toujours destiné, celle de la diplomatie. Le moment d'ailleurs était choisi avec ce parfait sentiment de l'opportunité qui distinguait le marquis de Pomponne. C'était celui où s'élaborait entre tous les cabinets de l'Europe le démembrement de la monarchie espagnole. Un premier traité de partage avait été signé à La Haye le 11 octobre 1698. Mais le 6 février suivant le prince électoral de Bavière, auquel étaient dévolus les royaumes de la péninsule hispanique, expira avant d'avoir atteint sa huitième année. Le secrétaire d'état aux affaires étrangères fit désigner son fils aîné pour une mission extraordinaire ^ où il s'agissait d'aller complimenter au nom du roi l'électeur de Bavière, alors gouverneur des Pays-Bas espagnols. La tâche n'était pas si ardue qu'elle fût au dessus de la capacité de Nicolas-Simon. Aussi s'en acquittà-t-il avec convenance, comme le prouvent tous les documents relatifs à cette ambassade que renferme notre, dépôt. Parmi ces documents se rencontre d' ailleurs une lettre de son père qui atteste toute Ja sollicitude avec laquelle le marquis de Pomponnée et Toi*y, gendre et collègue de ce dernier, avaient préparé et surveillaient ce succèsde famille.
« A Versailles le 16 mars 1699. — J'avois receu, mon « filz, il y a deux jours, vôstre lettre du 16. Celle du 13 « me l'a esté [remise?] aujourd'huy. Monsieur de Torcy «et vostre frère [l'abbé de Pomponne] J' emportent à
1 Pinard, CHkoiu hist, milit, p. 69 ; Journal de Verdun, mai 1737, p. 400. 3 Pinard, t6iW., p. 69.
« Marly pour leur curiosité seulement,, car ce ne sera a qu'aprez avoir receu vostre lettre que le roy sera în- (( formé de ce que vous avez fait à BrusseHes. Sa Majesté « a esté seulement instruitte de vostre arrivée par la pre- « mière lettre que vous avez escritte à Monsieur de Torcy. « — J'ay veu avec plaisir le conte que vous nous rendez « de Taudiancé que vous avez eue de Monsieur l'électeur (( de Bavière. Nous apprendrons bientost celle que vous « aurez eu de Madame Télectrice. Vous ne devez pas « ménager quelques jours plus ou moins pour rendre « touttes les visites que vous avez receues, et pour prof- « fiter de l'honneur que Monsieur l'électeur vous a fait, « de vouloir que vous le suiviez à la chasse. Dans un « voiage tel que le vostre, il faut se presser de porter . « le compliment; celuy dont on est chargé en revenant « ne demande pas tant de diligence. Ainsy vous pouvez . ^ «prendre tout lé temps qui vous est nécessaire pour.> « vous acquitter de toutz vos devoirs. — Je ne doutte point . « que vous n'ayez prévenu ce que j'aurois peu vous •..a mander de ma respectueuse recognoissance de Thon- ' « neur que Son Altesse Electorale m'a fait de vous parler « de moy. Son envoie fait fort bieti sa cour icy. Le Roy « luy a encores parlé longtemps aujourd'huy à son dis- « ner. Sa Majesté l'avoit fait de mesme il y a quelques «jours à un autre'. »
i Voici la fin de ccUe leUre : « Il nV a rien icj de nouveau depuis vostre « départ, s; ce n^est le pauvre Racine que je crois mort à ceste heure ; on « n*en osiiéroit rien ce matin. — M. le conte d* Auvergne part pour son mac nage en Hollande. M"« sa fille est entrée dans les Carmélites. — Adieu, c mon fili ; nous avons icy vostre femme depuis vostre départ. Je voudrois « qu'elle y fust aussy contente de la fortune des as noirs que nous le c sommes de Vy avoir. Vostre mère vous embHss^ et est toujours pour son c rhame au mesme estât que vous Tavei laissée. » .
226 LES PBTITS<*9ILS D'ARliiDU) Xfj^JLLY.
Le nouveau diplomate, ainsi renseigné, prévenu, con* seillé, fit son compliment avec tout le succès possible. Malheureusement son père, qui avait si biçi) saisi Và* propos de son début, si bien proportionné le début h ^es forces, s* était fait illusion sur un seul point* Il avftit compté sans doute sur une de ces |opgévité$ dont l'exemple était fréquent dans $a famille ^ Il n'atteignit qu^ sa quatre-vingt-unième année, et )nQ\u*i|t m inoiç après la mission extraordinaire de son fils. Celui-ci n* avait alor$ que trente-sept ans [1662-1699] ; il devî^it en vivre le double [1662-1737] : mais la mort d§ son p^re coupa court à sa fortune. Depuis lors pas un emploi, pas une dignité, pas même une distinction ne vinrent compléter le brillant avenir que ^'Andilly avait espéré, que Pomponne avait ébauché pour Nicolas-Simon K ^t cependant son beau-frère, le marquis de Torcy, conserva le portefeuille des alTaires étrangères tout le temps que vécut Louis XIV ^ ; et son frère, l'abbé de Pomponne, fut luimême, comme nous le dirons bientôt, chargé d'une ambassade à Venise.
1 Michel, r^Ieul de celui dei Arnauld qui s^était établi à la cour, avait vécu cent quatre ans. (Jiiiém, de d*ÀndiUy^ purU i, p. 8.) D'AqdilIy avait vécu quatre-vingtHîinq ans, de 1589 à 1674 (et non pas quatre-vingt-neuf, comme le dit Dû Fossé, llffm., p. 851.-*- Cf. NécroUde P. P., p. 882; Guil|)ert, Mém. ehron.^ U V|, p. 29$}* Lo dpcteur Arn«iu|d v^ut quatre^ vingt-trois ans, de 1612 à 1694* (Nécrol, de P. R,^ p* 314, et toutes les Vies de cet homme célèbre.) L*évêque d* Angers vécut quatre-vingl-quinze ans, de 1597 à 1692 (Mém. de la M. Àngéliquej généal. p. xiii), etc.
2 « L'aSné des fils de M. de iPoniponne, épais, extraordinaire, avare, « obscur, quitta le service, devint apoplectique, et fut toute sa vie compté a pour rien. Jusque dans sa famille. » (Mém, de Saint-Simon, t. tv, p. 169.)
S A la mort de Louis XIV si Torcy se démit de sa charge de secrétaire d'état (Mém. de Saint-Simon, t. xxv, p. H5j, il conserva la direction des postes, la pension de ministre d'état, une place dans le conseil de régence et une grande influence. ( lifém, de Saint-Simon ^ ibid,^ p, Sd ; t. xxvi, p. 18; t, txxiii, p. 178, etc.)
ÇMàW. y, aiCT. h AIT. B. tw
ARTICLE II
L9 Marfjuh au naturel.
de n'était pas toutefois que le nouveau marquis de Pomponne omit rien de ce qu'il fallait pour réussir à la cour. Il fit même dans ce but beaucoup plus que n'eût fait son père, beaucoup plus surtout que n'eût fsdt son aïeul. Jusqu'alors l'esprit de tous deux avait semblé diriger sa conduite. D'Andilly eût été satisfait de son ambition ; sa prudence n'était autre que celle de Pomponne. Mais dans la seconde période d'une existence désormais sans guide, il inclina de préférence vers les traditions paternelles. Il le fit sans mesure, comme peut-être aussi sans calcid. Sa prudence devint lâche ; sa fortune n'en recueillit aucun profit.
Port-Royal-des^Champs succombait alors [1709] sous une dernière persécution. La violence en avait dispersé les derniers habitants et confisqué les biens ^ Il n'y restait plus que la population souterraine des morts et des bâtiments vides. Louis XIV avait secrètement résolu de disperser aussi les morts et d'anéantir les édifices. Il G0X|imença par ceux-ci*. Une bande de démolisseurs envahit et prôftina le pieux asile ^. Les cloîtres s'écrou-
^ Voir entre autres ouvrages Hist, abrég, de la dern, penéeui. de P. R. [par Tabbé Pinauld]; Mém. [de FouillouJ tur la destruction de P. R. ; Je V* Tolume du Nécrologe de Cerveau ries trois derniers de Gullbert, Mém, chron, ; les deux derniers de D. Glémencet, HUU de P. R., etc.
> Arrêt du conseil d'état, du 28 janvier 1710. (Guilbert, Mém. ehron,^ t fi, p. t62s Germa, Néerol,, t. t, p.*i7f t Pinauld, ffi$t, abrég., t. ir, p. M5*) , . > »'.
' GuOberf, Mém^ chron., t. n, p. 267*
lërent sur les tombes qu'on leur avait confiées ^ Les décombres recouvrirent de leurs débris ceux dès cimetières 2; et les amis de Port-Royal en conçurent un dernier espoir. Les ruines devaient protéger les morts ; le saint édifice, en se renversant sur leurs cendres, les abritait d'Un dernier rempart. Trois mille cadavres à peu près échapperaient sans doute ainsi à la profanation 5. Et puis parmi ces dépouilles il y en avait de royales ^ dont 1^ présence était une autre garantie pour les dépouilles illustres qui elles-mêmes protégeaient^ les sépultures vulgaires. Qui donc oserait rompre cette association de la mort? Louis XIV viendrait-il le premier violer le tombeau de la sœur du grand Gondé ou de la princesse de Conti? S'il ne donnait l'exemple, qui le donnerait ? Et cependant pour que l'œuvre de destruction atteignît son but elle devait être complète.
Elle le fut ; mais ce n'est pas Louis XIV qui en avait donné le signal. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris et confident du roi, avisa parmi les courtisans celui dont les antécédents et le caractère se prêteraient le mieux à cette démarche^. Il n'en trouva pas de plus propre que le marquis de Pomponne. — C'était sa famille qui avait créé Port-Royal; nul ne pouvait servir plus eificacement à le détruire. — Bientôt le marquis remit au cardinal-archevêque un placet dans lequelil demandait
1 Guilbert, Mém. chron.^ t. \i, p. 368 et 274*
2 Idé, ibid., p. 268.
8 Id., ibid., fi. 278.
4 NécroU de P. il., p. 159, 231, 65, 438.
6 [Enlever ces dépouilles illustres] « c'étoit les séparer de beaucoup « d'autres moins recomouiDdabieft aux yeux des hommes, que ron«xposoit fl par conséquent à une plus fecjle profanation. » (Guilbert, ibid,, p. 284*)
^ Guilbert, ibid., p. 280.
CHAP. V* SECT. I, ART. II. tl9
au r(H « de transporter soit à Saînt-Merry de Paris, où ^iSfit « la sépulture de ses ancêtres, soit à Pomponne, les corps « de ses parens qui avoiènt été ensevelis à Port-Royal, « afin que sa postérité perdît la mémoire qu'Hs avoient « été enterrés dans un lieu qui avait eu le malheur .de <( déplaire à Sa Majesté ^ » Dans sa vie de courtisan le cardinal de Noailles avait dû être témoin d'assez de lâchetés pour qu'elles le laissassent désormais impassible. Celle-cile fit sourire ^. — Le petit-fils de d* Andilly , le petitneveu du grand Arnauld demandant que leur postérité oubliât le nom de Port-Royal !— La Providence indignée fit plus. Pour mieux supprimer le souvenir, elle sup- , prima la postérité. ^
Louis XIV, de son côté, seconda autant qu'il était en
lui l'oubli dans lequel le marquis de Pomponne voulait
.plonger ses aïeux. Il leur interdit la sépulture de leur
famille à Paris, et relégua leurs cendres à Pomponne, où
il ne se trouvait pas même un caveau pour les recevoir *.
i 6uUbert, Mém. ehron^y t vi, p. 280 ; D. Clémencet, de HhU P. R., U x,
2 tt Cette flatterie fut jugée par le car^iilal un moyen excellent pour N réussir, et mérita même son rire. 1» (Guiibert, ibid., p. 280.)
s « Ce marquis [de Pomponne] racontoit a?ec complaîîiaiice ce tour de (I subUlité ou d'adresse, employé pour obtenir l'effet de sa demande. Sea « amis gémissoient sur cette basse flatterie ; et tout h coupt ou plu lot ouïe <f înois après, Dieii retira le jeune comte de Pomponne, Ttls mnû de ce moi- « quisf? et [dix-huit mou apt^] le chevalier de Pomponne. Il ne tes la (c d'autre postérité à ce marquis qu'une seule ûlh... » (GuîlberT^ ibid,, p. !Sf84. Cf. p. 283.) — n n'est ici questiod que de la branche des Arnauld d^AuTergne» transportée à Paris dans le fckième siècEe, Le tronc d'q|[k était sortie cette branche, les ArnauJil de Proven^^ subsistent encore ; et nous sommes heureux de compter vitt iiombre de nos anus l'un de leurs pkis dignes représentants, M. le cheyalier d'Arnàuld,^ intendant de la 13* division militaire.
4 ft Le roi ne fût que peu touché de Ja flatterie du marquis, et eut peine ce à accorder cette permission [le bon Guilbert s^y est laissé tromper; voir II. 16
2S0 LES PSTlT8-ntS D'ARIfAUlD D^ÀIÏDILLYI
On les déposa provisoirement sur des tréteaux, au' fond des cryptes de Palaiseau* ^
Cependant les tombes de Port-Rojal n^étaient plus inviolables. Après celles des Amauld, on ouvrit celles de madame de Lougueville et.de niadame de Gonti ^; puis, à quelques jours de distance, celles de Le Maistre^ de Sacy, de Racine et de tous ceux dont le nom rayonnait à travers les décombres ^. Puis vint le tour des morts vul^gaires, des solitaires inconnus, des religieuses sans nom, des humbles serviteurs de T abbaye [janvier 1712] ^ Alors ce fut un affreux assaut de profanations entre les fossoyeurs Ivres ^ et les chiens du canton ®. Ceux-là volaient leurs derniers linceuls aux cadavres que la
(I ce qu'il dil lui-même, ibid,, p. 299] dout la demande joiérita cependant « les louanges de sa majesté. Le transporta Saint-Merry fut rejette comme « ne pouvant se faire assez secrètement... Ne forte tumultus fieret in populo, f< Pomponne fut le lieu destiné pour ces sépultures, et la chapelle basse ou soU- « terraine des seigneurs de Palaiseau poui; celui du dépôt, en attendant la « construction d'un caveau dans Téglise de Pomponne. » (Guilbert, Mém, ckron,^ t. VI; p« 280.)— Sur la punition du roi et de ceux qui avaient participé à la.deMroctîon de Port-Boyàl^ voir Guilbert (ibid.,X. vn, p. 159, 164 ; Besoigne, Hist, de P. R., t. m, p. 222 ; D. Clémencet, HUU de P. R,, t x, p. 36 ; le Recueil in-i2, p» 535.)
1 Guilbert, ibid,, t. vi, ip. 284*
2 D. Qémencet, BUt. de P^ R., t. x, p. 17} l'abbé d'Eliemanre, Gémissem., etc., averties, du troisième gémm,^ p. 104 ; GiiHbert, ibîA., U VII, p. 106.
3 Guilbert, t6tVl.,U vu, p. 103.
A Guilbert, ibidi, t. vu, p. 133. — Cf. p. 84') et Pinauld, H\$U oMg. de la dernière perUcut, deP,R,,tUt p* 89i.
^ « Les ouvrim charge! de.rexécution n'étoient guères en état d'écbtiter « ni la nature ni la raison, étant presque abbratis par les excès de vin. » (L'abbé d'Ettemarfp, IIP Gémistem,, p. 106.) «Ces ouvriers buvoiODt, « rioient, chantiiient et se mocquoient de ces personnes qu'ils troavdent «ainsi en chair. » (-Relation du S février 1712, Le Clerc, Vie$ édif, de P. R„ t. IV, p. 69.)
6 L'abbé d'Ëtt^arre» UI« OémUsem.^ p. 105 ; Pinauld, Hkt, abréy.^ t. Il, p. 401 î Giuihert, ibid,, U vii, p. 87-9!.
CHiP. V, SËCT. 1, ÀKt. ti. • 231
tombe avait respectée ^ et rendaient là mort impudique^, ceux-ci se disputaient les lambeaux de chair à demi consumés ^ Les uns, à travers Un épouvantable ouragan qui déracinait les deimiérs àrbrieà plantés par d' Andilly*, hacbaieiii à coups de bêche les membres raidis qui ne se ployaient pas au tombereau commun ^ ;
^ « J'ai sçu que Ton avoit trouvé le corps du frère Lai^né si entier* que « rôuTrier qui le déterrolt défît le drap dans lequel il étoit enseVeli ; puîs^ « byaht tù que la chemisé étoit aussi très bonne, il dépouilla et laissa ntid « ce corps, et emporta ce linge pour son usage... Les dét^rireurs le l-econ- « notssant, malgré leur yvressè, s'écrièrent : « Ah I te voilà donc, Laisné... 1 1 (Cttilbert, Mém, chron,, t. m, p. 8d et 94*}
2 « ..... Us entendirent ces hommes dire les sotises les plus infinusi à (c l'occasion de membres nuds qu'ils trouvoient..... L'indécence étoit portée ff si loin 4u'un viel habitant de Magny, encore vivant en 1754, qui, étant k jeube dans le temps dé cette eihiimation avoit été forcé d'y travailler» <( déclaroit publiquement son horreur en disant que, s'il avoit Voulu, il atlroit « appris l'anatomie; expressions qui ne désignent que trop Ja situation où (c l'on lalssoit des corps de filles exhumés et sans linceuil, oti qui étôient à « demi pourris.» (Guilbert, ilrid,, p. 87 et 8d. — Cf. Le Clerb, Vîeê édif, de P.H.,t. iv,p. 59.)
* « Ce qu'il y avblt'de î^lus horrible, c^iest qu'il y kvôïl des ctiéns (Le « derc, Vies édîf., t. tr, p. 59 ; diôn ^kîèn^) datts Téglisé, jôiceupés & manger « les chairs qu| restaient encore à ces membres sépar^ des corps; et perci ^nne hé s^avisoit de les chasser... » (Guilbert, ibid., t vu, p. 87.}
4 «'C'étoit Te Jour de l'homme, mais nob é'elui du Sei^ebr. Vu ouragan « violent et (iirteux se fit sentir ce même jour par toute la France, et laissa (I en tous lieux des marques de son passage... Les ravages furept si grands « à Port-Royarl même, quoique [il fût situé] dans un fond, que tous les *( arbises fruitiers en furent an-achés. » (Guilbert, ibtd,, t. Vit, {p. 183.)
s « On les met dans un tombereau, er, afin d'épargner les Voilures, on « les charge tant qu'on ^t. Geqûi est cause qù^à éhà^ue cahot t1 tombe « dans le chemin quelquefois nne tête, un bras ou lin pied ; ce que les pas- « sans ramassent et enterrent sur le b6rd du chemin... » r Guilbert, ibîd,, U VII, p. 88.) a Les fossoyeurs hachoient )es cot))s... j[>our les faire tenir « dans des mannequins ou papiers... ^ sauf à laisser pendre ûh feras, une jambe ou une tête... » (IMd,, )p. 93.) « Les fôssoieurs ne prennent pas « seulement la peine de lever on corps entier ^uahd ils le trouvent, mais « ils le hachent à coups de bêché. » ( L*ab£é d*Eltemairre, III* Géinissm,, p. 105.) -
232 LES PETITS-riLS D'AR!fAUU> D*ANI»LLY.
les autres en recueillaient une affreuse curée d'entrailles ^
Nous avons dit que le marquis de Pomponne ne. recueillit rien de sa complaisance; et cependant il la porta jusqu'aux dernières limites. Tout le temps que vécut Louis XIV, les restes de sa famille demeurèrent sur leurs tréteaux, et le caveau qu'on lui avait penriis ne s'ouvrit point à Pomponne. Peut-être aussi craignait-il d'introduire dans sa maison de plaisance des ombres vengeresses; car, dix ans après la mort du destructeur de Port- Royal, ceux qui en avaient fait la gloire gisaient toujours au fond des cryptes, de Palaiseau^. Il fallut qu'un visiteur étranger, auquel le marquis de Pomponne en avait ménagé le spectacle, lui fît observer que ces illustres débris couraient le risqué d'être dispersés, ou même profanés, si une mutation remettait l'église de Palaiseau aux mains de quelque fauteur du Molinisme ^. L'auteur de cette réflexion était l'un des secrétaires d'état de Louis XV, Le Blanc, ministre de la guerre. L'ancien brigadier, à qui elle n'était pas venue sans doute depuis quinze ans, la trouva judicieuse. Elle ensevelissait à la fois ses remords et ses, hontes, et lui épargnait un caveau. Il n'en économisa pas moins sur les bières, qu'il
^ « M. Blondel aTance, dans «m suppléDHent manuscrit aa Nécrologe de (( Port-Roy a), que les ouvriendépouillèreiit le corps d*UD prêtre [inconnu], c( le trainèreot par les pieds le long de Téglise, juaqu^au inoi|ceatt où éloient (i les corps; que là, avec des pioches et autres ouUls, , ils 44l<i0' en pièces « ce corps que la mort ayait respecté, et^^ue des chiens Ip mangèrent les « entrailles. » (Guilbcrt, JCf^m. chron,, t. vu, p. 94.) ^
2 SuppL au NécroL de P. R., p. 208 ; Guilbert, ibid», U TfiP. 286.
3 Guilbert, ibid» — Cf. Journal de Dor$anne^ t. ly, p. 265. —Le curé de Palaiseau à cette époque était M. Aucler, qui mourut le 3 septembre 1748 (Guilbert, ibid*, p. 295, — Cf. ft NéeroL de Cerveau, U ix, p. 181 { la Vie de M, de Cayhts, évêQue d'Auxérre [par Dettey], t. ii, p. 87, etc.)
fit en simple bois, et sur les inscriptions qu'il y déposa en simple parchemin ^ ; mais du moins les corps ou les cœurs du grand Arnauld, de d'Andilly, delà Mère Angélique, de la Mère Agnès, ceux de Luzancy et de sa sœur AngéBque de Saint-Jean, ceux de la fille de Simon-Nicolas lui-même et de deux de ses sœurs eurent une sépulture 2. —-Ils eurent même une épitaphe, au bas de laquelle Fentralnement d'une conscience soulagée avait involontairement glissé un reproche et un aveu (feuis ce souhait suprême : Tandem requiescant, qu'ils reposent enfin ^ I — Enfin! comnàe ce piot doublement acéré -clouait au marbre la tyrannie et la servilité !
SECTION II
l'abbé de tomponne.
ARTICLE V
Éducation de l'abbé de Pomponne,
L'abbé Se Pomponne fut d^abord un peu moins et ensuite un peu plus servile que ne l'était son frère. Cependant une éduc^on commune, jBj^ssant sur des esprits de même tréi^pe, aur^ùt du modifier* unifof ipément les caractères/ Mais, nous l'avons dit, cette éducation soumise à trois influences ne les subit point toutes dans les mêmes proportions^ Dalà des nuances. Nicolas-Simon avait douze ans lorsque mcmrut d* Andilly [1662-1674] ;
1 GuilfaferU JUëm. ckron,t i.^iyp:^5. Cf. S.^imoti» il/em., t. iv, p. 109*
2 Suftpl, au NdctûL de P. R,, .p. 2ii.
' 6iiilbert^t6û/.j p. 294*
2H L£6 PETITS-FILS D'AMUAUIiD U'AllDIUY.
CharleshQeari a' en avait que cinq [1609-167ii[]. Celui-ci en avait vingt-cinq lorsque mourut le grand Amauld [iQ9i]. Il devait le remplacer dans TÉglise, comme son frère devait continuer dans le monde la fortune de sa famille. Pomponne, en communiquant k tous deux sa prudence, transmettait plus particulièrement k T^nëles traditions de son père, et soumettait plus volontiers le puîné à la direction de son onde ; de sorte que chez le premier ce fut principalement l'ambition qui se combina avec la prudelice pour produire les résultats que nous .avons vus, et que chez le second s'opéra le bizarre amalgame d'une réserve pusillanime et d'une invincible opiniâtreté pour amener les résultats que nous verrons.
C'est à la correspondance imprimée du grand Arnauld qu'il faut demander les preuves dé sa sollicitude pour lé jeune abbé dans lequel îl voudrait 3e former un héritier. Du fond de l'exil il surveille son éducation, se met en correspondance avec l'abbé Ravechet ^ son précepteur,
1 Œuvres du docU Arnauld^ t iv, p. 3, teUre mxxTn, du 29 avril 1694 ; p. 47, leUrç mxlw, du 4 juin i694. et p. 52. — Cf. Eloge de {*abbé de Pomponne, par Dacier, Mém, de l'acad, des Inscript , t xxvii,'p. 256. — Par u.u singulier lia$ard, Vahhé Ravochet, qu^avait choisi M*« de Fontpertuis, ceUc amie commune dç Pomponne et du gr^nd Arnauld (Œuvres ^ celui-ci, t. IV, p. 52, lettre mlv, du 18 juin 1694), pour élever rhéritier de tous deux, se trouvait dans des conditions teHes que le père et Toncle de SOI) pupille pouvaient les sonliaiter. Instruit par les Jésuites et partisan fougueux do leurs doctrines dans sa jeunesse, il se monU*ait alors Tun des défenseurs les plus opiniâtres et les plus emportés du Jsinséqisme; plus tard même, Pabbé de Pomponne, son élève, mais non son éinule en courage, comme nous IjÇ verrous bientôt, fu| obligé en ami pki^ p>Utique que ckrér fien, dit le biographe janséniste de Ravechet (NécrôL des appelans, p. 50 ; voir cependant Journal de Dorsanne, t ii, p. 565), d^enfermer chez soi ce dernier pour IVmpécher d'aller en Sorbonne, sous Louis XIV, protester contre la bulle UnigenitMS^ Après la mort de Louis ^V^ Ravechet fut élu syndic de la facu'té de théologie, et accueillit en cette qualité le fameux appel dos quatre évéqiies (5 mars 1717). Les quatre évèques furent éxUés, le
trace son plan d'études et cboisit jusqu'il ses lectures K U \m lui cboisit agréables : « Il vaut mieux, écrit-il à (( Ravecbet, qu'il s'applique à étudier des choses qui lui « agréent, quoiqu'elles lui soient moins utiles, que de le (( presser d'en étudier de plus iniportantçs' qui ne lui (1. ji^^oient pas, ce qui le pourroit dégoûter des études « et le jeter dans la fainéantise ^. » C'est d'après ce principe sans doute ^u' au lieu de mettre Jansénius aux mains du jeune abbé il lui conseille ^es Promnciab^s ^ ; mais ce ne saurait être d'après le même motif qu'il lui déconseille la Sorbonne. — Il en avait un plus grave.
Pomponne, alors dans la disgrâce, et louvoyant entre ses opinions et les intérêts de sox^ avenir, avait pris pour son deuxième fils un de ces demi-termes dans lesquels son habileté s'était tant de fois réfugiée. Il l'avait placé à r Oratoire^, mais en lui faisant suivre les cours de la Sorbohne. L'Oratoire était à demi Janséniste ^ la Sorbonne à demiMoliniste. Tout en poursuivant les Jésuites, celle-ci ne conférait ses gradés tfaéologiques qu'en faisant signer au récipiendaire une censure personnelle contre le grand Aniauld^. Au lieu de faire gradua en théologie son petit-neveu, le docteur v^oulait qu'on le fit graduer
notaire mt9 à la Bastille et le syndic expédié pour Saint-Brieux. En s'y rendant t%lui>€i mourut le 2h ayril 1717 dans Pabbaye de Saint-Melaine de Rennes. (Nécvùi^ des ttffpelan$, p. 46 ; NéeroL (U Cerveau^ 1 1, p. 39s SvppUmi uux Noup, ecclés,, 4 mars 1749, p* 39 ; Suppl, au NécroL e^ P. ^.^ p. 579 ; Journal de VerdUn, de février à juillet 1717 ; Gazette du !•' mai 1717, etc.
^ OÊhtvrea du doct. Arnauld, t. iv, p. 73, lettre mlxv, du dO joiliet 1094.
2 Ibid,, p. $2, lettre in.Y, du 18 juin 1694*
» Ibid,, p. 72.
* B)id,, t. m, p. 556, lettre Dcccvn, du 5 >uîn 1691.
s Voii: pli4S l|Âu^ t. I, p. 292. — Cf. {.arrière, Vie 4* Arnauld, U ii, p. 260, etc.
<> Voii* Œuvres 4u docL Arjnauld^ t. xix, préf. liist. et critique, p. xxxvii à LXxxiT ; la seconde moitié dti t. xgL, ^ da)ef d« U I^ 3|1, «t lou^ le t. xx.
23ê LES PETITS*riLS D'ARNAULD D'ANDILLï.
en droit canon : « Il y profiteroit pour le moiXis autaîit, « écrivait-il à madame de Fontpertuis, et on le mettroit <( par là hors de danger d'être pressé de faire jamais ce « qu'on avoue qu'il ne pourroit faire sans se déshonorer ; (( car si son père venoit à manquer, comme tout homme a est mortel, est-on assuré que sa mère, et ses parens de « ce côté-là auroient la même fermeté? De plus, si Dieu « lui faisoit la grâce de ne penser qu'à servît l'Église, « comme son état l'y oblige, il est quelquefois nécessaire (c pour cela d'avoir des degrés. Or on n'en peut avoir en (( théologie, sans passer par où on ne voit pas qu'il puisse « passer avec honneur. Il faut donc se mettre en état d'en (( avoir en droit canonique. Et si on [le roi] s'en étonnoit, « et qu*on en parlât au père, rien, ce me semble, ne seroit a plus honnête, et plus approuvé dans le monde, que d'en « dire la vraie raison. Car il est toujours demeuré un « certain sentiment d'humanité qui fait que ceux même (( qui ont peu d'atten^on à ce qui est juste ou injuste « en soii approuvent toujours qu'un honnête hoinme ait « égard à ce qui touche f bonheur ou le déshonneur de « sa famille. Peut-être^même que ce lui seroit une occa- « sion de parler au patron [au roi] ; et en lui disant bonce nement ce qui l'empêche de faire étudier i^o» fds-^ « théologie, faire tomber le discours sur l'oncle et lui « donner envie de voir un petit livre [le Phantosvhe du a Jansénisme']^ ^ qui explique bien de^t choses, dont (( peut-être Sa Majè^ n'a jamais été bien informée. Il <t pourroit ausçii témoigner de la douleur de ce qu'étant « si avancé en â^, 41 {u^ut tomber tmUade daiis un pays (t éioigné où ses plus proches 'seront privés 3*àvoir la
1 GÊuores du doeU ArfMuldf U lxv«
GHAP. y, SEGT. U^ ART. h 237
((Consolation de lui dire le dernier adieu ; que tout ce (( qu'il souhaiteroit est qu'il plût à Sa Majesté de trouver « bon (ju'il pût demeurer incognito avec deux ou trois « de ses amis, où il pourroit être vu de très peu de per- (( sonnes, qui n'auroient garde d'en faire du bruit. Je « crois bien cjne tout cela n'est qu'une vision ; mais m'é- « tant venu dans l'esprit en l'écrivant,^ j'ai laissé aller (( ma plume ^ )> Et nous aussi, nous avons laissé aller la nôtre à transcrire cette touchante vision de l'exilé ; plus touchante peut-être, si le fantôme du Jansénisme ne s'y agitait pas au premier plan, en reléguant au second les douces images de la famille : car, on le voit, à travers ses sollicitudes pour son petit-neveu, le grand Amauld poursuit obstinément le trîcffàphe de ses idées, commrf Pomponne la restauration de sa fortune à travers Féduhcation de son fils. — Le pouvoh* est le but que leur coup d'oeil vise par dessus la tète de l'enfant. • •
Mais l'enfant grandira ; il lui faudra viser le pou^r à son tour. Le grand Amauld ne demande pas mieux qu'on l'y instruise. Il applaudit à un voyajge de Rome (jui doit y aider. Il devance le voyageur de ses recommandations dans les abords du Vatican : (( J'espère que « vousipoûrrçz; f^if beaucoup servir, écrit-il à' Tabbé du
(( Vaucel, son pi*i(»pal agent près du Samt-Siége
« eu'l^Sxbortant de bienempltfyer le tems, pendant qu'il ((cstjeine; parceque c'est alors que Ton se peut rendre (( capable des emplois où on peut être engagé par la « providence de Dieu 2... » Et ailleurs ; « Il peut y avoir (( quelcjne chose de trop humain dans le désir qu'a le-
1 OEuvreê du docU Amauld^ U lu, p. 56,1cUre E]C%4u ll^j(tiiVi^Fifii»S. 1 Jbid^i. IV, |!^ eo, leUre mx, du 8 juillet i6]»4. '^ •* *^ ^ ^
238 LES PKTlTS-nLS D'ARVAVID D ANDILLY.
« jeune abbé [de Pomponne] de s'instruire de Téiat de ki « cour de Rome, et de son gouvernement ecclésiastique a et civil. Hais.la.chose en soi est bonne <. . . »
ARTICLE IL L'abbé de Pomponne bénéficier et grand seigneur.
D'Andilly, qui de son côté trouvait la chose bonne en êoij et même avec ses accessoires, n'avait pas perdu de temps pour y songer. A peine Charles-Henri avait-il eu deux ans que son aïeul entretenait son père des bénéfices que Ton pourrait solliciter en sa faveur. « Ma femme j (( lui écrit Pomponne le 19 septembre 1671, me mande « qu'elle vous a rendu conte de mille choses qui ne se a peuvent escrire. Je ne souhaitteray point de bénéfices à « mes enfans qup je ne voie espérance qu'ilz se rendront « dignes de les posséder et d'en bien user. C'est touttes- « fois l'unique récompense que l'on remporte presque « aujourd'huy des services; mais je la croirois donnée <( plustost pour la iniine que pour le soustien de ma face mille, sy elle y passoit en des mains qui en fissent un « mauvais usage...» D'Àndilly, tout émerveillé de ces sentiments, note pieusement la lettre où ils se manifestent de l'initiale G, qui signifie: à garder'^ et comme cette lettre embrasse une foule de sujets*, afin que l'on
* Œuvres du doct, Arnauldy l. iv, p. 52, lettre mlv, du 18 juin i6&4* — Cf. t. m, p. 760, lettre ttxxT, du 28 mars 1694, et t. iv, p. 8, leUre mxxxvti, du 29 avril 1694 ; p. 43, lettre mil vu, du 28 mai 1694 ; p. 47, lettre mxlix, du 4 juin 1694 î p. 49, lettre mliii^ du 17 juin 1694 ; etc. ^ « Voici le resté- dft ceUe lettre : « Stokolm, ce 19 septembre 1671. — c L'extrême sâlisractiod que ma femme a remporté du voiçge quVeile venoit
CHAP. V, SECT. n, art; H. 239
jQye s'y trompe pas^ il la résume sûr le revers par ces 4eux mots : Touchant bénéfices. Mais son admiration faisait probablement les mêmes réserves que les scru-r pules de son fils ; car enfin celuirci ne voulait pas se priver de Tunique récompense de ses services y et lorsque l'enfant eut atteint sa quinzième année, le trouvant
« de faire à Pomponne a passé jusques à moy par le conte qu^elle m^en a « rendu. La plus grande a esté de tous avoir Dieu mercy retrouvé en une f parfaitte santé, et ensuitte de n'avoir pas seulement trouvé celle de mes « enfans fort bonne, mais de les avoir trouvé avec touttes les qualités qui c peuvent en rendre plus content à leur âge. C*est un avantage que j*at- « tribue principalement à Téducation quMlz reçoivent auprez de vous, et • c dont je vous rends encores de nouvelles grâces iCavoir bien voulu ne leur 6 pas osier [voir plus haut, t. ii, p. 119J. — Pour le reste de Pomponne, des avenues et des plans, ma, femme m*en fait un sy beau portrait qu'elle « augmenteroit encore Tenvie que je n*ay déjà que trop forte de les revoir. à Mais il ne faut touttesfois pas se la mettre trop dans la teste, par le c chagrin que Ton auroit sy Ton la voioit long-temps sans succez. Je suis « trez aise de la satbfactionque M. de Sacy a tesmoigné des estudes de mon « filz. Sy ceste malheureuse fièvre ne revient point cet hiver, j*espèré qull f regagnera le temps perdu. Voicy bientost le tour de Thoinon [plus tard « chevalier de Malte] à commencer à apprendre. Pour les deux petitz hol- « landois, dont je suis bien aise de vous voir content, ilz demeureront long- « temps inutiles. Ma femme me mande, etc.. Lolotte [plus tard religieuse c à Gif, à Malnoue et à Cbelles] a sans doutte proffité dans le voiage qu'elle c a fait en Hollande. Son esprit s'y est adoacy, et comme -elle a naturellef ment inclination pour lire et pour apprendre, elle s'y est instruitte de c mille choses. Je crains seulement pour elle l'air de rudesse et de peu « d'honnestelé où elle reste, et qu'il ne la rejette dans une crierie et des € desmesiés peu honnestes qui y sont naturels. Je luy ay fort dit de s'en ë préserver, et je crois qu'elle le tea. Elle a cognu une manière de vie « toutte opposée, r— J'apprens que le mariage que M. de La Vernelle pro- « posoit, pourroit bien ne se pas faire ; mais Ja difficulté semble venir des « p^rens qui l'en avoient chargé et qui changent peut-estre de pensée. Ainsy « cela n'Importe. — Je ne puis encores voir du jour quand je sortiray d'icy. 9 La longueur est fort naturelle en cette cour, et le roy et la reine qui sont « allés depuis huit jours ft une chasse fort esloignée de ceste ville n>n re- « viendront pas de quelques jours. — ^Je ne sçavois point l'accident de M. Ma- « riji. Je loy escris, et à M. de La Rochefoncault. » Au dos : « G. touchant e bénéfice. »
2&0 LES PETITS-FIU D'AftNAIOJ) D'ANDILLY.
sans doute suffisamment digne d'un bénéfice, il lui Ot conférer Tabbaye de Saint-Maixent, à Poitiers ^ qui valait quatorze mille livres de rentes [ 8 septembre 1684] 2.
Le nouvel abbé obtenait cette faveur en même temps qiae son frère, Nicolas-Simon, était créé colonel', deux ans après que son père eut été créé marquis *j au moment où les persécutions redoublaient contre le grand Arnauld, dont le roi voulait faire saisir la personne dans les Pays-Bas ^. Sans doute Pomponne n'avait pas eu as-
1 Gazette de France dii 30 septembre 1684t P- 668 ; GalU christ. j t. ii, col. 1263.
2 La clef du grand PouilU de France, U i, p. 47. » Voir plus haut, U ii, p. J2J, n. 5.
^ La Cheraaye Desbois, Dict. de noblesse^ t* Pomponne.
^ Œuvre» du doct. Arnauld^ U ii, p. 466, lett. ccccxci, du 9 octobre 1684; p. 469, lett. ccccxaii, du 13 octobre 1684 ; p. 483, letU gcgcxcvii, du 28 no-. Ycrobre 1084.— « On engagea M. de Pomponne à demander directement au a roi le retour de son oncle, et la permission de le recevoir chei lui. Cette « démarche n*aToit rien qui pût compromettre celui qui la feroit ; le roi ne « pouvoit pas désapprouTer que M. de Pomponne écoutant la voix du sang a réclamât la liberté d*un Vieillard privé dans un pays étranger des secours « que son âge et ses infirmités lui rendoient nécessaires. M. de Pomponne à a qui Ja chose fut proposée répondit qu'il sMntéressoit vivement à la situation a de son oncle; mais qu'il n'éloit pasù portée de foire une pareille démarche, a ni d'obtenir cequ*on désiroit qu'il demandât; que^lepuls sa retraite [du mi- « nisière en 1679] il n'avoit plu8*de comidération à la cour,.. » jL^rrlère, Vie d'Àrnautd, U ii, p. 208. CC p. 192-196 et p. 206-217.)— » Pour faire « voir que ce fut la seule mauvaise volonté des ennemis du ministre [ de « Pomponne] qui lui fit perdre sa chaige, il suffit de remarquer, qu'ayant « eu ordre du roi de l'aller trouv^guelques jours apiés^ comme il voulut témoigner à Sa Majesté qu'il étwt bien malheureux d'avMr enooiiru sa « disgrâce, quoique sa conscience ne lui put rien reprocher; ce prince « Tarrêla tout court à ces mots, et lui dit qu'il n'étoit pas vrai qu'il eût « encouru sa disgrâce, et qu'il le lui fcroil bien voir pat la manière dont U a agiroit.— En effet il le fit coucher sur l'état comme mmistre avec une pen-
« sion de vingt mille livres, et se souvint de ses cnfans » ( lUém. de Du
Fossé, p. 400.)
CHAP. V, SKCT. n, ART. II. ^k\
sez de crédit pour obtenir quatre grâces à la fois ^ et le docteur avait assez de résignation pour voir comment on escomptait aux siens sa disgrâce. — La seule chose qu'il ne leur eût point pàrdonnée, c'eût été de s' écarter de ses principes. Us étaient, nous le savons^, d'une excessive rigueur en matière de bénéfices. Sa haute intégrité n'admettait point le cumul. Lorsque le jeune dignitaire eut atteint sa vingt-quatrième année, il obtint l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, en même temps que son frère aîné fut promu brigadier 5. Mais il se démit de celle de Saint-Maixent^. Le Mercure galant nous dit ce qu'il avait gagné au change : (( L'abbaye de Saint-Médard « de Soissons [qui vaut trente mille livres de rentes]^ « est une des plus belles abbayes de France, et qui n'a «jamais esté possédée que par des princes et des çardî- (( naux ou des évesques. Elle relève immédiatement du '( Saint-Siège, partage les droits épiscopaux avec l'éves- « que de Soissons, et donne droit de séance au chapitre « de la cathédrale. Mais ce qu'il y a de plus agréable « pour M. l'abbé de Pomponne, c'est que la jurisdiction « et les terres de cette abbaye joignent celles de M. son <( père à Pomponne. Ain^ elle ap|iro^e un si digne fils
^ Tout ce que fit Pompoitqe en faveur de son oncle, ce fut de s'inrormei^des projets hostiles du gouvernement contre la liberté de celnt-ei, et de lui indiquer les lieux d*où il pourrait le mieux s'en garantir. (Œuvres du docUArnmld, t. ii, p. i70, lettre du 12 novembre 1682.)
2 Voir ^s haut, t. i, p. 254, 278, et t. ii, p. 35.
5 Lalipmination de Tun est du 31 mars, celle de Tautre du i*' novembnM69^ (GaiSu de France du 7 novembre 1693, p. 578 ; voir plus haut, t. II, p. 223; €raU, christ, t. ix, col, 422 ; Mercure galant de novembre et décembre ^699, etc.)
4 ZXùf^e ^eVahhé de Pomponne, Mém* de Viteaài des Tnsêr^U, t. xxvii, p. 256. A ,
6 La clefdugrandPouillé de France, U n, p. 99.
242 LES PËTIT8-FILS D'ARNAULD D'AIfDILLY.
(( d'un père illustre; au lieu qu'auparavant il éstoit obligé (( de passer une bonne partie de sa vie dans le fond du « Poitou à Saint-Maixent^ dont il estoit abbé, et dont il « a remis l'abbaye, n'ayant jamais voulu posséder deux (( bénéfices à la fois, par un principe de piété qui est bé- « réditaire à cette illustre maison ^ » Le Mercure eût été plus exact, sans cesser d'être galant, s'il avait dit que ce principe de piété, que cette délicatesse de conscience étaient personnels au graiid Arnauld ; car après la mort de celui-ci et avant celle de Pomponne, l'abbé de Saint-Médard fut nommé aumônier du roi attaché au duc de Bourgogne, sans résigner cette fois son autre bénéfice [1698] 2.
La perte qu'il fit de son père Tannée suivante ne fut point fatale à sa fortune comme k celle de son aîné. « Après la mort du marquis de Pom*ponne, le marquis « de Torci, son gendre, étoit devenu ministre et secré- « taire d'état pour les affaires étrangères, La bienveil- (c lance du prince prévint la recommandation du minis- «tre; le roi lui ordonna d'ouvrir ses bureaux à son « beau-frère, et de le former aux négociations. Il des- « cendit même, en faveur de Tabbé de Pomponne, à des « soins de détail ; il daigna jeter les yeux sur son tra- <( vail... Le roi s'informoit de ses progrès ; U l'examina, « il l'interrogea lui-même, et, satisfait des lumières qif il « avoit acquises en ce genre d' étude j il le nomma k « l'ambassade de Venise ^* n ^ ^ —
^ Mercure galant, décembre 1693, p. 36.
2 Gazette de France du 30 août 4698, p. 4i8 ; Eloge de Tabbé de Pomponne, Afem» de Vacad, de» jMcript», t. xxtii, p. 256.
* Etoge de Vabbé de Pomponne, Mém, de Vacad. de» In»cript„ Uttnif p. 256 ; Journal de Verdun, décembre 1704i P. 867, mars 1705, p. 172 ;
CHAP.T> SECr. n, AKT. Di Î4t
Daeier, à qui nous empruntons ce fragment d'Un panégyrique de Tabbé de Pomponne, prétend que son héros s'acquitta de cette mission avec le plus grand succès ^ n paraît que Louis XIV lui dilt la vie dejdixneuf mille hommes, pour lesquels l'ambassadeur engagea sa fortune jusqu'à concurrence de quatre cent mille livres. Cependant la mission qu'il remplissait alors fut la setile dont ce prince le chargea ; mais en revanche, Il lé créa conseiller d'état d'église [23 novembre i7li]^
juillet 1705, p. 32; janvier 1707, p. 29; mai i7iO, p. 297 ; Gazette de France, 14 février 1704; 29 mai et 5 jui» 1705, itc — Après le paAégry*^ ric[ue, riiistoire : « Depuis le retour de Ôli.armont deTenîsé, le roi, m!écon-> « lent de cette république.... h'y àvoit eiiVâyë personne. Par force sbutt ples^... ils 8^ rÀccoUdmodërent avec le roi. L*àbbé de t>omponne viëld liÈstAt dans la cliarge d^au'mônier de quartier. Le roi s'êtoit expliqué « aTaot'&geusement sur lui, mais4iue son nom d'Amauld lui.répugdbil « trop dans répiscopat pour Yy faire jamais monter. Il fallut donc se « tourner ailleurs. î\ étoit beau-frèce de Tor^. Pomponne, son père, lui « avoit-Tait mettre le nez dans ses papiers avec Pagrément du roi, et il cona tlnnoil de même avec Torcy; it avoit déjà été à RoUne [on le voit, la li choie étatt bonne en sot] et en diverses cours d'Italie. Tout cela ensemble^ Hi Je fit choisir pour l'ambassade de Venise, et il remit sa place d'aumônier, d [Pfousia Jûi retrouverons dans la noté suivante.] (SSém, de Satnt^Sîmonf t. iriii, p. 59.) — Pomponne sortit de Venise sans successeur, ooiunae il y était entré sans prédécesseur immédiat. (Ct Saint-Simon, t. xiv, p. 282.)
1 Méfh. de Vdcad, des Inscript., t. xxvir, p. 257.
y Journal de Verdun, janvier 1712, p. 39 ; Gazet4e de France du 5 décembre 1711. -*-« L'abbé de Pomponne, revenu de son ambassade de n Venise et ~de ses négociatipns en Italie, vieillissoit tristement dans le se* R cohd Vdre; aumônier du roi. Cela étoit fâcheux à un fils et à un beau- « frèire de ministres, qui n'y étoient pas accoutumés, et qui croyoient, par <r lés mauvais exemples récents, les premières places de l'Eglise faites pour « eut. Torcy, tout timide qu'il étoit, ne le put digérer plus longtemps. Il « n'y avoit rien à reprendre aux mœurs ni à la conduite ;de son beau-frère; n mais le roi ne lui avoit pas caché son invincible répugnance à placer le «I nom d'Amauld dans un siège épiscopak Torcy se réduisit donc à la resc source que le chancelier avoit procurée à Tabbé BIgnon, sOn neveu, que « la dépravation de ses moeurs avoit exclu de l'^iseopat. La place de • conseiUer d'état d'église, qu'àvoit le feu archevêque de Reims^ n*étoit
2ftft LES PBJITS-FILS D'ARNADLD D'ANDULY. r
Ainsi le grand Arnauld avait eu raison en présageant que le droit canon profiterait au moins autant à son petit-neveu que la théologie ^ — Mieux valait le Conseil d'Étlit que Texil; L'abbé de Saint-Médard, Taumônier du roi, le con-
t pat remplie. Torcy fit encore parler le roi sur son l)eaii-frère, qui s^expli- « qua comme il ayoit déjà fait lorsque cette exclusion engagea Torcy d^em- « ployer Tabbé de Pomponne en Italie ; mais en même temps le roi en dit fe du bien et témoigna être thdké de l'empêchement dirimant. Là dessus t Torcy toarua court sur la place de conseiller dVlat et Tobtlnt sur-let champ. L'abbé de Pomponne s'y donna tout entien faute de mieux, et € en prit Toccasion de quitter sa placr d*au minier du roi, i (Mém. d€ Saint-Simon, t. XTin, p. 121.) Cette place conduisait d'ordinaire si infailliblement à l'épiscopat que le Journal de Verdun (décembre 1704* p. 387)» annonçant la nomination de l'abbé de I^omponne à Tamba^sade de Venise, le qualifie d^ammânier de sa majesté en aifend&ntune prélat ure» — n faut reconnaître d'ailleurs que F abbé n'eut rambUioa de ta prëlalure que jusqu'au moment où, par une ^utre f ok, il eut â;9siirË sa fortune, t Dans la suite, dit son panégjrriSte (Mé-ni, de Vacad, des înstripî,^ t. xxvn, « p. 255), lorsque M. le duc d'Orléatis^ régent du royaume* lui offrît fé* 1 Tèché de Rhodes [yacant le 25 février 1716, par la mort de Philippe de t Lésé de Luzignan, GaiL christ,, t i, col S33] il n'eut pas l'adresse de «concilier les ^devoirs de Tépiscopat avec le tendre attachement qui le lioit « à des parens qu'il chérissoit et dont il éloît chéri. Il s'avisa de balancer « d'un côté les règles de l'Église, et l'exemple de M. Tévèciue d'Angers, sou « grand-oncle, qui ayoit renoncé à sa patrie pour s'en faire une de sa viiie « épiscopale, et de l'autre la douce société de sa ramilJe ; ce dernier attrait « l'emporta, il refusa l'éTêché» »— Le panégyriste oublie de dire comment son héros concilia iies principes sur la résidence avec ses llti'es d'abbé de Saint-Médard et de conseiller d'état. H oublie encore de rappeler qu'après a?oir refusé en février 1716 une dignité ecclésiastique d'abord si ardemment souhaitée, l'abbé conseiller acquit dans le mob de septembre suivant une dignité mondaine, qui lui fit échanger quatre cent mille Ùvres contre le droit de porter un ruban.— Or. quelle conclusion tirer de ces faits, sinon que l'abbé de Pomponne n'avait de vocation que pour la fortune, et de scrupules que par res^ct humain?
^ Voir plus haut, t. ii, p. 330. Le docteur Arnauld était plus que personne à même d'en juger, lui iqui avait reçu jadis de Saint-Cyran un ctNase^ V>ut contraire à celui qu'il donnait pojir son neveu ; cari^ engagé dans IMtiide du droit, c'était Sahit-Cyraà qui l'ea avait dëtoHmé pour le faire é|u.(fier en théologie. (Wm, de Lapeetot, t, i, p. 320.)
CItAP. Vi SECT. n, ART. IL SAS
seiller d*état, s* était doucement habitué au cumul, et, ne se trouvant pas sans doute suffisamment pourvu, il acheta de Torcy, aon beau-frère, la charge de commandeurchancelier-garde-des-sceaux et surintendant des finances des ordres du roi. 11 la paya quati-e cent mille livres ^ — Cette fantaisie de dignité ne lui coûtait pas plus que Ta vie dedix-neuf mille hommes. — Aussi l'Académie, qui ne disposait alors d'aucun prix de bienfaisance, crut-elle devoir l'admettre gratuitement dans son sein. Il fut nommé académicien honoraire des inscriptions et belles-lettres sans avoir écrit une page 2. Heureux homme ! il obtenait comme complément de ses dignités un titre qui , aux yeux de la science, eût suffi à lès remplacer toutes. Il le mérita toutefois^ après l'avoir reçu^ en l'estimant à son véritable prix ; car il ne vit rien au dessus, et pour ne point descendre il enraya sagement sa fortune. Par tempérament, d'ailleurs, il n'était point enclin à en épuiser les chances. En vain celle-ci s'était fait comme un jeu ironique et provocateur d'approcher le dernier dfes Arnauld de toutes les gloires. Son favori n'avait jamais pris de la gloire que. les bénéfices assurés, sans courir 1^ moindre danger pour les augmenter.
Héritier d'un nom illiistre, il l'avait obscurément effacé derrière d'autres noms illustres, dans chacune des
^ « Torcy vendit quatre cent mille li?res sa charge de clianceliér de « Tordre, avec permission de continuer à le porter, à son beali-iirère4*4fl>bé K ^Pomponne, qui obtint en même temps un brevet de retenue de trois •« èéal raille livres dessus. » (Mém, de Saint-^Simon, t xxvi, p. 236. — Ct S'azette de France du 5 décembre i*JiQ; Journal de. Vet*dun de novembre 4716, p. 331.) .. * ^y< ♦.• ^,
^ l\ siégea pour la première fois le 23 avril i7k^. ^(Journal de Verdun, juin 1743, p. 466; Mém. de Vacad, de» Jnacript,, t. xxvii,p« 259.— Cf. t. xvf, p. 8. ' '
lî. 17
266 LES P£TITS-nlS D*AnNAliLJ> O'ANOILLY.
dignités qu^fl avait obtenues. — Cette abbaye de Saint- Maixent dont son adolescence avait été dotée, Richelieu el les deux frères du maréchal d'Humière^ ^ l'avaient possédée immédiatement avant lui; son successeur y devint archevêque de Tours 2. — Après avoir hérité de Richelieu, chose bizarre ! le petit-fils de d' Andilly hérita de Ifeusarin. Ses devanciers à Saint-Médard avaient été ce cardinal et son petit-neveu, Philippe de Savoie, le frère du cèlèlw-e prince Eugène'; son héritier y fut le cardinal de Remis *. — Celui-ci le remplaça également au conseil d*état % où Tavait précédé Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims ^. — Il succéda comme chancelier de Tordre au neveu du grand Colbert, qui fut, aussi bien que son oncle, vingt ans ministre ; il laissa cette dignité à Kelypeaux de Saint-Florentin, qui le fut un demi^siècle ^ — Enfin, lui qui n'avait rien écrit, il remplaça dans le savant fauteuil Tabbé Rignon ^, et y fut remplacé parle marquis de Paulmy^, tous deux membres de plusieurs académies , tous deux bibliophiles passionnés ; te premier v^ndaiit sa bibliothèque pour
« GaU, chrUtf l. ii/col. 1263. - ^ * * ^
^Ibid. V '
î» ïbià., l. ix, col. AÎÎ. ,
4 VEuropé ecclés, ou État du clergé en 1757, p. 24lr.
s Cf. Âlmanach royal, 1750, p. 133, et 1757, p. 1^.
^ Jonmal <fè Verdun, jainrter 174 S, p. 89.
'De 1725 à 1T75.
* Mém. de l'acad. de» Jnêcript,, t itTi, p. 8. i\ était aussi ttemlnc de racadëmîe des sciences (iMd,, p. 369) et de Tacadémie française (S^m, de i^acad, de» science», éloge de TaBbé Bfgnon, par Mairan, 1748, hisf., p. 188) ; enfln il était de Tacadémie de peinture et de sculpture. (IhUL, ^, 189. — Cf. Jùurnal (fe» savant», août 1745, p. 477.)
9 Mém. de Vaead. de» Inseriptt t. xxni, p. 5. îtf. de ^oia^ était également honoraire de Tacadémie des sciences.
tUAfé V, œCT. Il, ÀRt. îll. 44t
mieux conserver celle du roi^ le siecoif^d rendant la sienne digne d'un foi pour mieux la conser\ier^; tous deux auteurs féconds, celui-ci publiant tant)6t quarante TOtunies en trois àn$', tantôt soixante-cinq ^ moins dé huil^; celui-là enrichissant de ses travaux tous led re*" cueils énidits ^, et composant à la fois quatre panégyriques de S, Louis, pour en prononcer deux le même Jour devant deux de ses quatre académies^.
ARTTCLEm.
Vaèté de Pmniponne éditeur non resp^nsabtf.
Il faut le dire cependant, si Tabbé de' Ponjponne n'é-^ crivit pas, il imprima. Il se fit l'éditeur des Mémoires de sa famille ^ ; mais en cela même il ne s* écarta point de sa ligne de conduite, et produisit dans le monde littéraire les oeuvres des siens^ comme il produisait leur nom dans les dignités, à i^n^v^ incognito. Cette fojis encore c'était de la prudence, non plus émue d'ambition, n[iais réconfortée d'opiniâtreté; car si l'astre 4u courtisan, sans trop s'écarter de la ligne intem^édlaire tracée par Pomf)onne, avait quçlque peu dévié du cercle où J'eût enfermé le gr^nd Amauld, pour s'élever jusqu'à celui qu'avait tenté de décrire la fortune de d'Andilly, dan^a vie littéraire le docile abbé inclina plus particu-
^ Mim, de Vacaii, des InscripU^ t. iiri» p. ^749 et Catah des Ihres hn'-' primis de ik M^th. du roi.JpMèlo|r ^ 1 1, Méte. àM., p. Lti.
2 Menu de l'aead, des Inscript», t XLvii, p/S85,
S BiHioth. des Romans, I775^f778.
4 Mélangés d^une grande biblUfthéifUe, 177^ à 1787,
B Cf. Qaérard, France littéraire et tes recueils qae nobs veâoAs ie citer, ' • Mém. die fatad, deà sciences, 17/i3, ïiîsl., p. 1S7*
^ Voir V Appendice, xkOfte Q.
Hërement sa course du point où Teût maintenue d*Andîlly vers celui auquel l'eût ramenée de préférence le célèbre docteur. Ainsi pendant les vingt-deux dernières années de son existence [173i-1756], sans prendre d'autre précaution que celle de rester dans l'ombre, il produisit au jour, sans discontinuer, la plupart des documents où les siens avaient consigné les services rendus par eux, soit à l'état, soit au Jansénisme; et, satisfait d'atteindre son but avec moins d'éclat que de succès, il servit sans trop se compromettre sa cause et sa famille. Ce fut d'abord à d'Andilly qu'il vint en aide. Depuis trente ans, Le Vassor, Bayle, Bernard, Desmaizeaux avaient porté à la réputation de ce dernier les plus rudes atteintes que renouvelaient incessamment les éditions de Bayle, où elles étaient consignées ^ En vain celui-ci avait adressé dès le principe une espèce de défi à la famille de d'Aildilly et à ses partisans. « Vous n'ignorez pas,* écri- « vait-il en I70i à Desmaizeaux, que la famille Amauld « a des amis qui ont la plume bien forte, soit pour atta- « quer, soit pour défendre ; je crois qu'ils ne se tairont (( point. ^ » Pendant trente années la famille Amauld, représentée par le marquis et' par l'àbbé de Pomponne, et les fortes plumes dont elle disposait avaient gardé le silencjB. Deux Jansénistes le rompirent enfin. Bougerel et Goujet reçurent communication des Mémoires de d'Andilly et en publièrent, l'un des fragments ^, Pautre le texte*, celui-là joignant aui fragments un plaidoyer, celui-ci au texte une préface, poi^r aider l'w'eiîrdes Pom-
1 Voir plus haut, 1. 1, VÀppendiee, note C.
2 Œuvres de Bayle, t. it, p. 8^6.
s Biblioth, raison, des ouvrages de» savants, L v, p. S50,.et t. ¥i, p, 74. A Mém, de messire Bobert Amauld d'Andilly, 1734.
ponne à se défendre lui-même. Ils obtinrent une rétractation du dernier survivant de ses accusateurs ^ qui depuis n'en réimprima pas moins Taccusation sans y rien changer 2. — La rétractation de Desmaizeaux est de 1780. Dès 1731, il publia le quatrième volume des Œuvres de Bayle sans correction.
Après d'Andilly, ce fut son frère Févêque d'Angers % et après celui-ci ce fut La Boderie*, beau-père de d'Andilly, que F abbé de Pomponne mit en lumière. Burtin ^ imprima pour lui \d^ Négociations de l'un et les Ambassades de Tautre. Ces derniers ouvrages ne touchaient à aucune question dangereuse, et cette fois l'éditeur responsable désigna dans sa préface l'éditeur véritable^.— Il n'en fut pas de même des Mémoires de l'abbé Antoine Amauld, dont la morafe relâchée se bigarre si grotesquement de Jansénisme ^ Le frontispice de ces Mémoires annonce qu'ils sont imprimés à Amsterdam ; les éditeurs en datent la préface de Leipsick. Us furent imprimés à Paris*, et les éditeurs sont demeurés inconnus^ — Jusqu'ici le griand Arnauld eût avoué sans doute son élève,
1 Biblioth, raison», f. v, p. 356, ii.
2 Œuvra de Btufic, h n, |K 846-«50.
5 SégocîatiQjis à la four de Rome et €ii différentes cours d'Italie de A/!msire Henri Àrfiauldt akté de Smnt-i^kotas, dcpnh évêque d* Angers, 1748.
A Amimnndes de M. de La Boderie en Ângietet-rej tous le régne d'Henri IV et la minorité de Louis XUl, 1750. l
6 Bmiùth. hht. du P. Leton§, I, ïii, h* 30382 et 80801. • Négoeiatt ja-K, pt î; Ambuâ^., pri^f.» p. T.
7 Voir pins h^irt, t. Ht p. 8.
« BiHiQih, kisi, du P* Lefongt t. ii, n" 2^07 L — Le grand AniBuld s'était trôuTé dans le même cas pour Timpresslon de son Phanlosme du Jansé^ nisme. (Voir «ses explications à ce sujet, Œuvres, t. ii, p. 743, lettre du 31 janvier ifièj^^
9 M. Noël (Btogr, univ,, t. ii, p. 510 ) indique cependant P. Pingre comme éditeur. .
tSi) L1Î8 P]&'41T»:nL3 D*4W4DU) I^'AlilHLLY.
lui d^Qt les productions Utt&rsdres sont presque toutes anonymes ^ et qui pendant qu^ante années s'était résigné à une existence pseudonyme pour mieux servir ses *<doctrines et son parti.
Mais nous doutons qu'il eût pardonné à son successeur certaines démarches politiques auxquelles Pomponne lui-même n'eût peut-être point applaudi. — Ainsi le Gidlicanisme de Bossuet avait été se résoudre en Jansénisme chez son neveu Tévôque de Troyes'. Celui-ci, qui n'avait de son oncle ni le génie ni la souplesse, suscitait aveuglénoent au pouvoir les plus graves embarras dans un diocèse qu'il gérait depuis un quart de siècle [1716-1712]. Le cardinal de Fleury, alors ministre tout puissant, n^y pouvait cependant rien par la violence. Il apprit que M. de Gbasot, premier président du parlement de Metz et neveu de l'évêque de Troyes, était devenu le donataire de celui-ci^. Les affaires du donateur étaient en assez mauvais état, et on pouvait surtout inquiéter son héritier sur les réparations qu'il faudrait faire un jour à l'évèché. M. de Chasot prit le parti de négocier la démission de celui dont il devait
^ Voir rex(ilicaUon qu'en éonne Fontaine (Mém,^ t. ih p. 100). Cette explication toutefois ne nous scinble p^$ »uQlsautef au mohis en ce qui cpDcerne les pseudonynkeSt Le pseudonyuic C5t un mensoiige, et si à h rigueur on conçoit que le Jansénisn»} àii Iwuk versé L'Égll^ pluiot que de signer un FonnulMre qui d'après ses udeptos cautcnaît une fausseté, ùu n'en est que plus disposé à se montrer i ig^ourey^ ei^ver^ ces eapilulalkins de conscience qui substituent le nom mensonger de MoniaUe à celui de Pascal ou le nom de VVendi«)çk» docteur de l'Uttlversité de SaUibourg» à ^i^i do Nicole. — Quand on n^a pas le eoiimge de ses ûplnioii^, ne peul-on du moins conserver celui de Tanonyme ? (Cf. Œuvres du docU Ârnmld, t. II, p. 74> et t. III, p. 48.)
2 NonveiL ecdèà,^ de 1728 à 4743 ffas$im,
3 Ibid., du 22 avril 1742, p; 63.
CHAP. V, SECT. U, ART* lU. 25f
bientôt recueillir la fortune. U commença par le séquestrer dans la maison de ' campagne épiscopale pour le séparer du clergé janséniste qui Tenvironnait à la ville *.Pûî3, comme M surprit des lettres glissées en secret jusque dans le lit de çon oncle, il détermina celui-ci à le suivre dans la capitale. « Arrivé à Paris, disent les Nou-- « vettes ecclésiastiques^ U y ftit pour ainsi dire gardé à « vue, jusques là qu'il n'étoît permis à qui que ce soit de « le voir qu'en présence de M. ou de Madame de Chasot, « et que les lettres mêmes de ses grands vicaires ne pou- « voient pénétrer jusqu'à lui. M. l'abbé de Pomponne eut K sur. cela une préférence dont on ne sera pas surpris <( lorsqu'on saura que cet abbé fut choisi pour faire gcrû- (( ter au prélat le projet de la démission. Quelque habile « que fût le négociateur, tout le monde convient qu'dl (c n'est redevable du succès de sa négociation qu'au « poids de l'âge et au nombre des infirmités, avoués puce bliquement par la personne avec qui il avoit à traiter. « {Les auteurs jansénistes des Nouvelles soulignent dans (( ce passage les mots que nous y soulignons nous-même, « pour en faire pénétrer plus facilement l'intention îro- « nique.] La démission étant faîte, M. l'abbé [de Pom- « ponne] la remit à M, de Chasot, comme tin bon moyen, « lui dit-il, de faire sa cour à M. le cardinal ?. car pour lui, « il paroît qu'il ù'a pas voulu en avoir.le mérite. » Cette fois les journalistes ont oublié de souligner la' phrase -où ils semblent croire au désintéressement du dernier des Arnauld, arrachant de l'épiscopàt le dernier des Bossuet, dans l'intéi-èt de la cour et au détriment du Jansénisme. -■'**•• >
* NôuvcU, ecclés. du 22 avril 1742, p. 64.
252 LES P£TIT8-nL6 D'AlINAtLD D*ANDILLY.
ARTICLS IV.
Vabbé de Pomponne défenseur du grand Amauld.
Après avoir trahi les doctrines des siens, il ne restait à l'abbé de Pomponne qu'à transiger sur leur honneur. Sur ce point toutefois, nous l'avons déjà fait pressentir, il se montra un peu moins spontanément servite c(ue son frère aine. Il fit précéder d'un combat assez vif ses capitulations de conscience. Les conjonctures, il est vrai^ se prêtaient mieux à une saillie de piété don^estique. LouisXV n'avait point hérité du despotisme de Louis XIV. Il n'en avait point conservé les antipathies religieuses. Le cardinal de Fleury, qui seul aurait pu les lui inspirer, était mort un an après avoir obtenu la démission du neveu de Bossuet [29 janvier 1743]. L'esprit parlementaire était loin d'être dans toute la magistrature ce qu'il était chez M. de Ghasot; et, dans le public, lès sévices exercés à la fin du dernier règne avaient changé la sympathie en adhésion pour, les persécutés, les répugnances en irritation contre les persécuteur^. C'était surtout à dater de la destniction de Port-Royâl que les Jésuites, à qui on l'attribuait*, étaient devenus odieux.
L^un d'eux cependant, le P. Pichon, avait choisi cet instant pour renouveler une attaqué contre la mémoire du grand Amauld. Il l'avait fait dànaun livré intitulé :
1 La plupart des adteura jsnsénifltes aceuiaolC les JMMirid*avoir amené pal» l-intf rmédiaire des re1ig[cus(*8 de Poi4mUiyai de ^rislaj|fit«j»erjtofi des religieuses de Port-Royal^des-Chainps. Mais les roicut instruits s*appii' (fueiit à prouver quêta dfitiruçiîon de Port%b5lif ùiébfé eut lieu non seulement sans leur participation, mais malgré leurs efforts (Guilbert, Mém, ckrott,, t. VI, p. 257, 269 ; t). Clémencet, HUt, de P. il., t. x, p. 4)t «ic«
CHAP. V, aSCT. U, ART. IV. 253
U Esprit de Jésus-Christ et de l'Église sur la friçuenie communion ^ Ce livre contenait la critique et tentait la réfutation de celui qu'un siècle auparavant le docteur avait publié sur le même sujet ^. Mais la polémique d% Jésuite n'était ni suffisamment modérée ni complètement orthodoxe. Ainsi d'un côté il indiquait la communion fréquente et même journalière comme un moyen suffisant pour conduire au salut à travers une vie oisive, sensuelle et impénitente ^; et de l'autre il avançait que le docteur Arnauld s'était fait cbassef de France, et qu'il était mort excommunié avec la réputation d'un chef de parti révolté contre toutes les puissances ecclésiastiques et séculières *. Lorsque le livre parut, il obtint cependant dès l'abord les plushauD^s approbations ^ Parmi les évèques français, celui de Marse^le, Bebsùnce, fut un des premiers à se prononcer en sa faveur K — Belzunce au dix-huitième siècle, comme S. Vincent de Paul au dix^ septième, devait incliner vers l'indulgence ; ni Y\m ni l'autre n'avait de sympathies pour le Jansénisme ^ — Les archevêques de Besançon ^ d'Aix ^ et de Sens^o accordèrent également leurs éloges au livre du Jésuite.
i ImAtoié K.Pari^chez H. L. Guérin, 1745.
2 I^ tafreqnéttte communion^ ayril 1043.
5 L'ejpnrîte /.-a, p. 3^4 cM^^ AiWrf., p.240. »
6 Voir V Appendice, noie R. '* ' v .
^ IbiiLf 6 QOTembre 1746, p. 7«
7 hdTCOS, Défense de feu M. Vincent, passim; Vollaîre, Skr(e tk Louis XK chap^Wvi; M^. de Saint-Simon, U xin, p. 8 ; t, ictivirii p* 194 ; Mém, de^la àf. Angélique, L u, p. 827, 865. Wtk^ m
« Appendice, note R, 17 décembre 1745. * WPM^^
9 Voir, ibid., début du mandement du !•' juillH 1747. ^ '^
^^ Jbid.t 22 décembre 1746. — L'archevêque de S^ris élaît hini^éclûa Gergy, de rAcadémic française.
Kk LES PETlTS-flIÂ D*AMAtJI.D H^AKBILLY.
Geltti de Sens touteMs ne le fit qu^avec une singulière hésitation. Le 32 décembre ft7id il avait écrit au R Pir ekVi qu'il trouvait son livre plein de piété ^ Le 24 mai Rivant il le prie de ne point faire imprima sa lettre du 82 décembre, a non pas, lui dit-il, que je n'estime beau^ « coup votre livre ; mais je crains de me donner pour fc approbateur K » L'archevêque de Sens avait pour cek d-Moellentes raisons; car, dans le temps même où il exprimait cette crainte, il écrivait sur le livre du P'. Pichon des remarques pleines de blâme qu'il distribuait manus- «rites à quelques évèques, qu'il fit imprimer en juifi 1717 ^ et qui toutefois ne furent publiées qu'en 17i8^. Or voici la clef des tergiversations du prélat. — Il avait au nombre de ses suffragants le doyen des évéques français et le dernier de ceux qui s'étaient portés comme appelants de la trop célèbre bulle Vnigenitu$ ^, Gabriel de Gaylus, qui occupait depuis quarante-deux ans le siège d'Auxerre [1704-^746]. Gaylus, à qui sa mère avait transmis le sang de Fabert, cet ami douteux des Ar-
' 1 It parait qall se plaignit depuis des falsifications qn^ànralt subies cette lettre. (NouvelL eeeU», du 4 juin 4748, p. 9S, $ ?ii.)
^ \owV Appendice, note ^
» Ibid.
4 C^est ce que nous apprend. une nol8 manuscrite de Tabbé Delan dans la table u" 36 (Appendice, note R), él une autre note mise à la suite de la Jetlre de Beliunce q^i se trouve dans le n* 5. — En effet la lettre du 4 décembre 1747 ( Ibid., n*> 44) prouve qu'à cette époque rarcherèque de Sens n*avait pas encore distribué ses remarques imprimées en juin 1747.— IRàHti ime «Ole manuscrite qui suit la lettre de Beliunce (n« 5) nods apprend ^ celte lettre récemment écrite avait été coramuûiqaée à M. Delan- le 15 février 1748. Or» dans cette l^ltre^'l^elzunce remercie l^tielievéque de Sens de ses remarqués imprimées. C'est donc vers Janvier 1748 qu'avaient été distribuées ces remarques, c'est à dire après l*éclit fait par Tévéque d'Auxerre, le ai7 décembre 1747.
5 Detley, Vie de Caylus, évêque d'Auxerre, t. ii, p. 187-d32.
ems. \, «scT. ii> AKi. Pu 255
I nftuld ^ avait reçu de soa aïeul un courage iudoiupté,
\ Çt des Arnauld leurs doctrines et leur opiniâtreté. En
I vaiu sa famille s'était-elle alliée à madame de Mainte-
, uon ^ ; ses inspirations lui venaient des Pays-Bas bien
plus que de la cour. Sur cette terre étrangère, le grand Arnauld avait laissé des exilés et des amis : Quesnel, contre les doctrines de qui était dirigée la bulle, et les successeurs de Neercassel, qui avaient fini par faire insurger rÉglise d'Utrecht contre Rome. Quesnel et les évêques schismatiques de la Hollande avaient toutes les sympathies de Caylus ^ Son prudent métropolitain avait toute son aversion, car c'était celui-ci qui avait été choisi par le cardinal Dubois pour faire accepter la bulle à l'épiscopat français K Le métropolitain y avait réussi, et depuis lors son suffragant observait toutes ses démarches, scrutait chacune de ses paroles, et ne perdait nulle occasion de lui ménager quelque désagrément ^ On conçoit donc quelles étaient les perjdexUéi et les hésitations du malheureux archevêque dans les circonstances difficiles.
Celle où l'eût placé une af^plrobsilion entière du P. Pichon eût été plus dangereuse ^encore qu'U ne le soup^ connut' Une correspondance active s'était établie au sujet du livre de ce Jésuite entre l'abbé de Pomponne et l'évêquè d'Auxerre®. Les sympathies et le zèle de celui-ci
' * Dettey, Vie de Caylus, évêque d'Auxerre, U i, p. 3.
2 «.H parla à la cour [comme aumônier du roi] avec la distinction que « lui procuroit la faveur de M'^e de Maintenon, dont le comte de Ga>lus « son frèi-e venoit d^ôpouser la nièce, M"* de Valois, » [qui dans les lettres ajouta un si grand lustre au nom de Caylus]. (Jbid*, p. 7.)
' NouvelL ecclés. du 26 juin et du 14 août 1766, p. 105 e^34.
4 Voltaire, Hist du parUm., chap. lxii.
<> Dettey, Vie de Caylus, passim.
^ Celte CQrmpondaoce était en 1823 la propriété de M. de Monmcrqué (Biogv, utiîv,, L xxxv, p. 809, col. 2) ; mais elle a été oompriso -dans une
256 LES PETITS-FILS D'AKNâULD D'âNDILLY.
étaient secrètement attisés par le dernier héritier des Arnauld, qui cette fois, dans l'intérêt de leur mémoire, avait choisi un prélat pour en faire l'éditeur de son indignation anonyme. Le 27 décembre 1747 cette indignation éclata tout à coup dans un long mandement de Caylus. Les erreurs et la polémique du P. Pichon y étaient vivement signalées à l'animadversion générale ^ Cette sortie vigoureuse eut un grand succès auprès du public, et le corps épiscopal lui-même s'en émut. Belzunce et l'archevêque de Besançon rétractèrent leurs éloges avec franchise et loyauté \ L* archevêque d'Aix avait déjà rétracté les siens % et ce fut niors que celui de Sens publia les remarques critiques qu'il avait fait imprimer dès le mois de juin précédent *, Celte fois son suffragant lui applaudit, et l'on put croire que la bonne harmonie allait se rétablir entre les deux antagonistes ^ et dans tout l'épiscopat français "^. En moins de sl\ mois dixhuit prélats, messeigneurs de Montpellier, de Tours, de Soissons, de Carcassonne, de Paris, de Lyon, du Mans, de Nantes, de Toulon, de La Rochelle, de^Lodève, de Rouen, d'Amiens \ de Toul, de Beauvais, d'Évreux, de Strasbourg, de Saint-Pons^, s'étaient rencontrés avec ceux
leDte id'autographes faite en 1837. (Voir le catalogue de cette vente.) Malheureusement, après d^actives reckqrches,^ nous n*avons pu trouTék- eo quelles mains elle est passée.
^ Voir VAppendice, note R. — Cf. Supplém, aux Nouv, ecelés. du 8aYrill748,p. 57.
2 Voir VAppendice, note R, 28 févrief et 22 avril 1748. «/6W.,1" juillet 1747.
4 Voir plus haut, t. ji, p. 2H, n. 4.
5 Deltey, Vie de Caylus, t. ii, p. 247, 305, 307 et 812.
6 Ibid,, p. 247.
^ Cf. Supplém. aux NouvelL ecclés», du SO août 1748, p. 135, 8 Voir VAppendice, note R, passim.
CHAP. V, SB«T. Il, AOT. IV.
que nous avons déjà indiqués dans un concert de réprobation contre les doctrines erronées qui avaient échappé à Texamen trop rapide des premiers^ approbateurs.
Le P. Pichon n'avait pas attendu que tous ces blâmes Teussent atteint pour reconnaître sa faute. Avant qu'un mois se fût écoulé depuis la violente attaque partie d' Auxérre, il avait adressé de Strasbourg, où il se trouvait, la lettre suivante à l'archevêque de Paris:
(( Monseigneur, recevez avec bonté un auteur qui a le « chagrin d'avoir publié un livre qui ne fait que trop de
« bruit. C'est dans votre diocèse que ce livre a été
« imprimé ; il est juste, Monseigneur, que ce soit devant « votre grandeur que j'en fasse le premier désaveu pute blic. Peu de temps après que ce livre eut paru, mes « supérieurs le désapprouvèrent, en arrêtèrent le débit, « et ordonnèrent qu'on le corrigeât. Plusieurs grands « prélats, plusieurs sçavants théologiens firent sur cet « ouvrage de sages et de judicieuses observations. Dieu « m'a fait la grâce d'avoir la docilité qui convient à mon « état. Je déférai, comme je le devoîs, aux lumières de « tant de personnes respectables ; et comme on conve- « noit que pour remédier au mal il étoit à propos de « faire unç seconde édition de mon ouvrage qui recti- (( fiât ou fît dîsparoltre tout ce qu'il y a de condam- « nable dans la première, ce travail fut aussitôt entre- « pris. Vous sçavez vous-même, Monseigneur, que dès « la fin du mois d'août 1747 cette seconde édition étoit (( prête de ma part ; que, revue par des yeux éclairés, et (( retouchée par des mains habiles, on m'assuroit qu elle « pouvoit être désormais utile aux fidèles qui la liroient « dans un esprit de religion, et que ce n'est que quel- « quès difficultés que je n'avois pu prévoir, qui en
258 LES PEltrS-tltS D'AimAULD D'AUblLUT.
« ont empêché Fimpression. Dans la crainte néanmoins « qu'on ne me soupçonne d'y avoir mis obstacle, et dç « tenir encore à des maximes répréhensibles, je déclare « ici à votre grandeur (et la supplie de né point laisser « îgttorer cette déclaration), que je désavoue le livré « intitulé L'Esprit de Jésm-Chrisî et de VÉglm sur ta « fréqttefitt Communion, imprime à Paris chez Guérin (( en 1745, que je rétracte cet ouvrage, et que je le con- « damne de tout mon cœur. J'ai l'honneur » etc. Stras- « bourg, ce 24janvier 1748*. n
Cette lettre, on le voit, ne contenait strictement que la rétractation des erreurs théologiques du P. Pichon. Le regret d'avoir attaqué la mémoire du grand Arnauld ne s'y laissait point entrevoir, même par alhisîon. Il en avait été et il devait en être de môme du blâme des évoques. Celui d'Auxerre fut le seul qui comprit dans le sien les attaques dirigées contre le célèbre docteur** La tournure que prenait cette affaire était donc plus favorable à l'orthodoxie que satisfaisante pour Tabbé de Pomponne. Aussi en écrivant le 23 janvier 1748 à M. de Caylus pour lui témoigner sa reconnaissance, 11 lui dit que s'il savait à quel tribunal s'adresser pour en avoir justice, il y porterait ses plaintes; u mais, ajout^- « t-il, qui est-ce qui m* écoutera? et qui s'exposera à la fiî- « reur d'un corps atissi terrible que celui des Jésuites^?» Le conseiller-clerc jugeait sans doute de la magistratui:ô selon son propre courage, et des Jésuites d'après ses terreurs. C'était donc avec bonne foi qu'il évoquait dans cette malencontreuse prosopopée des jugea aùX-
« Voir' à celle date dans V Appendice, noie R.
î /^iV/., 27 décembre 1747, p; «66, S xtiT. " * '
5 Dedey, Vie de Caylus, U n, p. 241. '^
c»AP. ij met. n, art. iv. n^
quels^ it ne oroyait pas. Mais voici que tout à coup Tévêque cT Auxerre lui faisait appar^tre une ombre formidable à laquelle il ne songeait plus. « Prenez, lui disait- « il, la même voye que prit feu M. de Troyes pour là « mémoire du grand Bossuet, son oncle... ^ N'a-t-il pas « obtenu du parlement de Paris ce qu'il demandoit^?» Feu M. dé Troyes? qui donc l'avait &it descendre tout vivant dans la tombe? Celui qui l'y avait précipité le remplacerait^!!? En l'imitant saurait-il expi^ sa faulef ou bien après avoir rendu impuissant le nom de Bossuet, laisserait-il celui d' Amauld infâme ?
Toutes ces questions surgisisaient à la fois du fatal billet quiavait répondu aux imprudentes démonstrations dé Pomponne. Pour celui-ci il n'y avait plus d'attermoiement possible. Il fallait agir outlemeurer deshonoré. Aussi tui, qui le 23 janvier ne savait où trouver des juges, le 29 dii même mois il dresse une requête au pariement, délivre pour la poursuivre une procuration pardevant notaire, et détermine ^ belle-sœur, veuve de Nicolas-Simon, à le fortifier de son. adhésion^. La requête d'ailleurs ne s'appuysût pas seulement de cette, adhésion f^inine; elle s'abritait aussi derrière les manifestations déjà connues de Tépiscopat français contré le livre du P. Picbon'. ËUelfut k^emise à M. le substitut (teCrayillé, qui éii fit immédiatement son rapport au prdaeurètir général* Celui-ci avant de donner ses con-
^ Delley, Fitf de Caylus, U ii, p. 241.
2 Voir V Appendice, note R, 29 janvier 1748. -^ Comment se fidt-il que la yeave de Nicolas-Simon, née Constance de Hanriille, adiière seule à un acte destiné à ▼«iger le nom d*Ârnauld, tandis que madame de Torcy, fille du premier marquis de PompoDne,'8é tient à Téca/t ? -
* /frW., 29 janTier 1748, p. 3»
260 LES PBTrrS-PILS d'arnauio d'andilly.
closions, crut devoir en communiquer au premier président de Haupeou et au chancelier d'Aguesseau ^
L'affaire était grave, car la cour ne jugeait pas des dispositions de la magistrature comme en avait jugé l'abbé de Pomponne. Il «vait même fallu que celui-ci fût en proie à une singulière hallucination pour s*y méprendre. Depuis trente années les parlements n'avaient pas laissé échapper une seule occasion de protester contre Fétat d'asservissement dans lequel les avait tenus Louis XIV. L'opposition, après s'y être montrée financière sous Law^, avait saisi le prétexte de la bulle Uni" genitm pour revêtir une forme janséniste^, et c'était sous cette forme qu'elle s'était plus particulièrement envenimée. Les convulsions de Saint-Médard, les mandements des évèques ^ propos du diacre Paris, les folies miraculeuses du conseiller Montgeron, la canonisation de ]S. Vincent de Paul, l'administration des sacrements sur billet de confession, tout servait de prétexte à une insurrection parlementaire. Le barreau se taisait ; les magistrats descendaient de leurs sièges. Tantôt l'exil les décimait, tantôt il les frappadt en masse. La Bastille n'y pouvait suffire*. Que n'eût pas. fait jadis le grand Arnauld s'il lui eût été donné d'assister à une semblable mêlée? et que fût41 advenu, alors même, si tout à coup son nom y eût retenti ? La cour le savait bien. Aussi il faut lire l'acte notarié dans lequel l'abbé de Pomponne a fait consigner tous les détails de sa conduite, afin que la postérité ne pût e© ignorer. ^
* Voir Y Appendice, pote R.
2 Voltaire, Hi$U du parlem\^ chap. lx.
* /Wrf., chap. LUI. .
^ Ilnd,^ chap. lxiv.-lxt.
5 Appendice, note R, 29 janvier 4748, p. 5.
CHAP. V, SKCT. n, ART. IV. 261
(( M. )6 chancelier, dans la crainte que dims les cir- « constances présentes il ne s'élevât de nouvelles dis- « putes à l'occasion de cette affaire, engagea mondit « sieur comparant [l'abbé de Pomponne] à demander « justice au roy en personne, et à retirer en conséquence « sa requête des mains de M. le procureur général, se (( chargeant de rendre compte au roy de ses justes « plaintes^ afin que Sa Majesté ordonnât une satisfaction « proportionnée à l'insulte faite à lui et à sa famille par « les excès. dans lesquels le P. Pichon étoit tombé dans « son livre, en y parlant de M. Àmauld son grand-oncle. « — Au nom du roy, la soumission de mondit sieur comr( parant a été entière et sans réserve ; il a répondu que « sa confiance en son souverain étoit sans bornes, qu'il a se jettoit aux pieds de Sa Majesté, et qu'il entendroit « avec respect ce qu'il lui plairoit d'ordonner ; qu'il se (( reposoit entièrement sur le zèle de M. le chancelier, son supérieur,, des moyens qu'il croiroit convenables (( pour procurer h la mémoire dudit Antoine Arnauld et (( à sa famille outragée la réparation qui leur étoit due. »
La réparation en effet ne s'était point fait attendre. Dès le 13 février l'abbé de Pomponne l'avait obtenue proportionnée à la crainte dont cette affaire avait frappé la cour. (( monsieur, lui écrivait le chancelier au nom du a roi ^ j'ai eu l'honneur de rendre compte à Sa Majesté « des plaintes que vous avez porté contre plusieurs çfti- « droits du livre du P. Pichôo, et elle m'ordonne de « vous écrire que vous avez eu raison de lui demanfler « justice des excès dans lesquels il est tombé en parlant « de M. Arnaud, votre grand-oncle ; mais que le P. Pi-
1 Appendice^ note R., 29 janvier, 1748, p. 6.
262 LES PKTITS-FiLST D'ARNAULD D*AlfBILLY.
« chon ayant lui-même condamné son livre, et le père « provincial des Jésuites, accompagné du P. Pérusseau^, « m' ayant déclaré que l'auteur vous assureroit par écrit,- « si vous le voulez, qu'il désavouoit et rétractoit quet « ques faits personnels et injurieux qu'il avoit avance M au sujet de M. Arnaud, dont il avoit reconnu depuis k « fausseté ; que d'ailleurs en combattant ses sentimens, « son intention n' avoit jamais été d'oifenser une famille « qu'il respecte, et encore moins une personne de votre « caractère et de votre dignité j Sa Majesté croit que (( vous avez lieu d'être content; et d'autant plus que la c( révocation du privilège accordé pour l'impression du « livre 2, et l'ordre que le roi m'a donné de retrancha c< du nombre des censeurs royaux celui qui l'a approuvé, « achèveront de vous procurer la satisfaction la plus « désirable pour vous, puisque c'est à Sa Majesté même « que vous en serez redevable. Vous ne doutez pas de la (( grande attention que j'aurai, suivant l'Intention du a roi, à empêcher qu'on n'imprime plus de livres qui (( contiennent des excès semblables. Vous savez à quel « point je suis, Monsieur, votre très affectionné serviteur. « D' Aguesseau. — Versailles, 18 février 1748. »
Cette lettre était un véritsdble triomphe pour l'abbé de Pomponne. Mais, ou il lui était iiiterdàt d'en révéler la teneur, et alors son triomphe était illusoire; ou il pouvait la rendre publique, et alors il se montra fidèle à ses habitudes de succès incognito en renfermant son triomphe dans son enveloppe, et en le déposant tout scellé le 17 février 1748 chez le notaire qui avait dressé sa pro-
^ Syhain Pérusseau, confesseur du dauphin, fils de Louis XV. 2 Appendice^ note R. 1 5 février 1748*
Xttâ'p. % SfiCT. '&, AftT. IV. ^63
curation i^t enregistré sa requête. L'enveloppe pbHaît cette suëcription : (C Lettre secreîl'e et très impot-taitte fc « JM,. Fabbé de Pomponne, doyen du conseil, chanceliier « deè ordres du roi, à Paris ^ » Lettre secrète ! Icteâ thotsj et les précautions prises à propos de cette lôttt^ par àbi heureux possesseur^ semblent démotitrèr qu'on aVait ï)Kmitivement fait du silence die celui-ci la clause de là réparation, Mais sans doiite les démarches des Jéàuitfes, là réyocation d'un censeur royal et le retrait d'utl privilège de iibrairie n'avaient pu s'accomplir sans provoquer les commentaires du public. Nécessairement la (curiosité* excitée venait s'enquérir près de l'abbé de Ijoniponiie j et ce dernier, réduit à la nécessité de subit, s'il se tâisaiti la flétrissure qu'il ne méritait plus, et d'eilboùrir; s'il parlait, la disgrâce de la cour, devait solliciter de celle-ci la permission de rompre, au moins pour ses amis^ le mystérieux cachet.
C'est ce qiii nous semble réi^ulter d'une lettre éfcrlte par l'abbé lui-même [entre le 17 Tévrief et le 2 mars 1748 2(] à raî)be8Se de Maubuissbn s, lettre qui d'ailleurs offre le seul échantillon que nous ayons pu reici[>uvitr du styii» de l'honorable acadéinicien. «Mon affaire en a question, écrit-il^ est heureusement terminée à ma « grande satisfaction par les bontés et la justice du roi. « 1« Sa Majesté a fait chasser M. de Marscilly et déplacer « réprobateur du livrg^*, et lui a retiré sa pension,
4 Appendice, note h* il février 1748<.p. 2 et 7. . 2 Dans cette lettre Tabbé^-^ Mb^onne parle du paqaet déposé chez le notaire le 17 février, et dit' qu'il n'était pas encore ouvert. Il le fut le 2 mars suivant. . • - •
8 Voir le GalL chrîit,, t. vu, col. 938.
^ M. de Marciliy et l'approbateur du livre nous semblent la même pcrsonnCf Le procès- verbal, dressé sous les yeux et ix la demande de Pabbé de
26& .LES peuts-fils d'ârnauld d'andilly.
« punition exemplaire en pareille occasion, et qui fait « grand bruit dans Paris. 2* Elle a fait supprimer par tt un arrêt du conseil le privilège accordé pour ce méchant livre. 3* Elle a ordonné à monseigneur le chana celier de m'écrire de sa part une grande et longue a dépèche qui porte en substance que Sa Majesté, ayant « sçu les plaintes que j'ai portées à ses pieds après avoir « retiré par ses ordres ma plainte portée au parlement, « ma satisfaction devoit être entière puisque le P« Picbon « s'étoit rétracté de la totalité de son livre, et que mon- « seigneur l'archevêque de Paris Tavoit condamné; « qu'elle s'étoit fait instruire et avoit eu un écrit des u Jésuites ' par lequel ils désavouoient les faussetés, les « termes injurieux et tous les excès où s'étoit porté le « P. Pichon, leur confrère, promettant qu'à l'avenir il ne paroltroit aucune chose semblable contre M. Arec nauld, mon grand-oncle, auquel il porteroit honneur et à toute ma. famille, à ma personne et à ma dignité. « Cette dépêche est signée de M. le chancelier, de la part « du roi. A moi permis d'en faire tel usagç qu'il me con- « viendra et d'en distribuer dans toutes les branches de « ma famille^; Sa Majesté entendant p^ tout ce qui est dit ci-dessus qu'il n'arrive rien de semblable contre la
Pomponne, porte, p. 5 : c Sa Majesté a orclonné à M. le chancelier de4;ayer t du catalogue des censeurs royaux M. d^iM^^^lJ» docteur de Sorbaftne, c approbateur du livre du P. Pichon. »
1 Ceci est faux ; voir la lettre du chanceli^
2 On ne trouve rien de semblable .dans, la lettre du chancelier. D^ailleurs s^U a été permis à Tabbé de Pomponne de fidire de cette lettre tel usage qui lui conviendrait, à quoi bon cette permission spéciale (Cen distribuer dans toutes les branches de sa famille? Enfin si cette permission, quelque restreinte qu^elle soit, a été accordée dès le principe, pourquoi enfermer sous enveloppe cachetée cette-^ef^re secrète?
CHAP. V, SECT. n. ART. IV. 265
« personne de^. Arnauld et contre sa famille. Je vous « envoyerai la copie de cette dépêche quand elle sera « retirée de chez le notaire où elle est en dépôt. Cette (( satisfaction, qui me vient de la part du roi, m'est plus « honorable que si les révérends pères Jésuites des trois « maisons étoîent venus, comme je m'en étois contenté, (( me faire satisfaction chez moi. [Nous sommes persuadé (( que les Jésuites aussi préféraient cette solution, et que « sur ce point du moins ils se trouvaient d'accord avec « la famille Arnauld.] Ils n'avoient qu'à nier le fait, et «je n'en aurois. eu aucune preuve. Au lieu que cette ({ lettre de M. le chancelier est une pièce authentique « qui sera conservée dans toutes les branches de ma fâ- « mille. Les cardinaux Rohan et Tencin, et M. de Mirece poix ^ ont fait le diable à quatre. Mais Sa Majesté, « malgré toute leur sollicitatio^, a bien voulu me donner « des marques de sa justice et de sa bienveillance. »
Il ne manquait plus à cette bienveillance que de Ja rendre publique, et sans doute Pomponne obtint la permission de le faire; car le 2 mars 1748 ^ il se transporta chez son notaire, puis, en présence de celui-ci et d'un de ses collègues, il retira, la précieuse lettre de sa trop discrète enveloppe et -fit consigner le tout dans un ample procès-verbal. DèslOfsfson secret put s'échapper de l'étude où il ravaîl^fouî. teâ plumes des clercs valaient bien pour QeJâ les roseaux mythologiques, et bientôt le secret prit scfâi essor* tes copies de la lettre se multiplièrent. C'étaJ^jà i^ qu'il paraît la seule publicité que la cour eût permiier Mais soit que Pomponne la trouvât
1 Jean-Baptiste de Champflour.
2 Voir V Appendice, nûteH, àeettedate.
%M LES PElîTS-flLS P'ARKAULD D'àIDU^LY.
insuffisante, soit qu'elle parût telle à des amis du grand Arnauld qui n'avaient rien à ménager avec la faveur, un jttur la lettre parut imprimée sous ce titre : Le triomphe ^ if. ArnayJ4 ^ Grand fut l'émoi. Les auteurs même des NouveUes ecclésiastiquess ces organes violents du système janséniste, qui depuis deux ans poursuivaient à ûjUtrance le livre du P. Pichon^, blàmërerit une semblable déiparche. (c II parolt, disaient-ils, un imprimé de huit (( pages m^uartb, auquel, par une affectation généralea ment désavouée, Y éditeur inconnu a donné ridicule- H ment pour titre : Triomphe de M. Arnauld ^. » Ou nous nous trompons fort, ou Y éditeur n'était pas aussi imonnu de^ ft)Uiculaires jansénistes que ceux-ci Tavançaient. Au moment où leur parti se trouvait eii>j)utte à tant d'ennemis, ils.ae se seraient pas joints atix agresseurs s'ils avaient craint d'atteindre un ami caché. Dans leur langage amer, n'y aurait-il pas le ressentiment d'une trahison et comme un arrière souvenir de la démission à propos de laquelle ils aiguisaient naguère leur ironie^? Ge qui nous le ferait penser, c'est que les copies manuscrites répandues par l'abbé de Pomponne paraissent n'avoir reproduit que la lettre du chancelier et l'acte de dépôt; à cela dû moins se borne le ôontenu du seul exemplaire que nous en ayons pu découvrir^; tandis que l'imprimé contient, outre ces pièces, la procuration, l'adhésion et la requête qui dès lors ont dû sortii: direc-
1 Appendice, note R.^ sous le n* 17 bis* s NouvelL ecelés,, de 1745 à i74S, pasaim»
s Ibid,, n*" du 30 avril 174S, p. 72. — - CC Supplém. aux Nouv. eeeiés., du h juin 1748, p. 89.
4 Voir plus haut, t. ii, p. 251.
6 C'est le no 17 du recueil de Tabib^ DelaQ, Appçndkçtm^ B«
GHAP. V^ SBGT. U, ART. IV. 267
tement de Pétude où les avait déposées Pomponne, dont elles intéressaient Tamour-propre sans rien ajouter au triomphe du dcpteur AmaiM. Cette hypothèse d'ailleurs serait assez conforine aux habitudes anonymes.de l'abbé. ]V|ais en tout cas celui-ci, effrayé comme d'ordinaire d'un succès qui côtoyait un péril, renia Tœuvre, qui, si elle n'était pas la sienne, était celle d'un ami.
Alors intervint l'arrêt suivant ' : « Le roy ayant été a informé qu'on répandoit dans le public un écrit inti* « tulé :. Le triomphe de M. ArnaiMs Sa Majesté auroit a Reconnu, par le compte qui lui en a été rendu, qu'on y avoit eu là témérité de publier des faits qui s'étoient « passez sous ses yeux, et même une lettre écrite par « son ordre au sieur abbé de Pomponne, doyen de son « conseil et chancelier de ses ordres ; ce qui auroit en- « gagé cet al)bé à porter ses plaintes (iu rcQi d'une mt- (( pression faite à son insçUj q\û l'affemoit persannçUe^ (( ment y autant qu'elle étoit contraire |tu respect qui est (( dû à Sa Majesté, et dont lY la suppUoit de ne laisser suéh (( ^û^^rai^uiir^^û^.Qued'ailleurstetitremêmequ'ona « donpé à cet écrit suiBroit seul pour faire voh: manife^- (( tement qu'op avoit cherché à abuser d'une lettre qui « n'avoit poi^r objet que la rétractation de quelques faits <( injurieux à la personne du feu sieiXr Arnaud, sans qu'il « fût question de ses sentimens, l'auteur qui se rétrac- (( toit ayant se^li^ment déclaré sur ce point, qu'en les (( combattant, son intention n'avqit jamais été d'offenser « lafamUe ni la personne du sieur akké de Pomponne; « et que cependant on avoit voulu présenter au public « cette rétractatioin comn^e une justification solemnelle
1 Appendice, note R., n<» 18.
268 LES PETlT8-nLS D'AUUULD D'ANDE.LY.
a des sentimens du feu sieur Arnauld, malgré la censure « toujours subsistante qu'ils avoient éprouvée de la part udela Faculté de théologie de Paris^ en sorte qu'il étoit « visible que ceux qui ont fait imprimer cet écrit n'a- « voient eu en vue que de troubler de nouveau la paix de tt rÉglise. A quoi étant nécessaire de pourvoir, Sa Manjestét étant en son conseil, a ordonné et ordonne que « récrit qui a pour titre : Le triomphe de M. Arnauld^ tt imprimé sans privilège ni permission^ sera et demeu- « rera supprimé. Enjoint à tous ceux qui en ont des tt exemplaires de les remettre incessamment au greffe du « conseil pour y être supprimez. Fait, Sa Majesté, très « expresses inhibition et défenses à tous imprimeurs, « libraires, colporteurs ou autres... d'en imprimer, ven- « dre, débiter ou autrement distribuer, à peine de punition exemplaire. Enjoint au sieur Berryer, maître des « requêtes, lieutenant-général de police dans la ville et tt banlieue de Paris, de tenir la main à l'exécution du «présent arrêt, lequel sera /i/, pid?lié et affiché partout « où besoin sera. Fait au conseil d'état du roy. Sa Maiijesté y étant, tenu à Versailles, le 27 avril 1748. « Signé: Phelypeaux. » — « Cet arrêt, disent les auteurs « des Nouvelles ecclésiastiques ^, diminue, non le trioni- « phe de M. Arnauld, qui, au jugement des personnes «instruites et impartiales, a toujours triomphé et triôm- « phera toujours, mais la satisfaction dont M. l'abbé de « Pomponne s' étoit flatté.; car il résulte évidemment du « préambule de l'arrêt, que ce qu'oj|rû»f«jîpour le satis- « faire n'a eu pour objet tout au pW ^p^^* rétractation « de quelques faits injurieux à la p^sotme du grand Ar-
1 N° du 4 juin 1748, p. 90, S "•
CHAP. V, SECT. n. ART. IV, 269
« nauld, et que fout s'est réduit de la part du P. Pichon à « déclarer que son intention n*avoit jamais été d offenser
« lA FAMILLE NI LA PERSONNE DU SIEUR ABBÉ DE POMPONNE. A
« l'égard des sentimens de M. Arnauld, il n'est nullement
« .question de les justifier ; et comme si l'on vouloit même
« donner au P. Pichon gain de cause sur ce point, l'on rap-
« pelle la censure toujours subsistante (dit-on) , de la Fa-
« cult§ de théologie contre ce célèbre docteur; censure
« qui n' a rien de commun avec le sujet du livre du Jésuite ;
« censure aujourd'hui si décriée parmi tous les gens ins-
« truits'; censure (pour le dire ici en passant), sur laquelle
« il est aisé de se mettre au fait f)àr la lecture de la troi-^
« sième Lettre provinciale ^; et dont on peut voir auâjsl
« une relation succincte, marsiôxacte, dans Y Abrégé de
« t histoire de Port-Boyal^ par' feu M. Racine; censure
« enfin qui, n*ayant aucun trait àïa matière du livre du
« P. Pichon, ne fait pas que le livre de la Fréquente
« communion de M. Amauld âoit digne (comme ce Jé-
« suite le dit) , de toutes les censures de l'Eglise et de
« toute C horreur des Chrétiens. On a fait entendre au roi
« (selon la dernière phrase du préambule de cet arrêt) ,
« que : « ceux qui ont fait imprimer l'acte de dépôt fait
« par M. de Pomponne, n'avoient eu en vue que de trou-
« bler DE NOUVEAU la paix de l'Église. Cet exposé fait voir
« combien on en impose'àu roi sur le véritable état de
« l'Église, et sur ceux qui y causent réellement le trouBle
« Çu la paix.' Et quelle autrç vue auroient pu avoir ceux
« qui ont fait imprimer cet acte, sinon de rendre àw
« moindia foible et très foible réparation faite à Af.Ar-
« hauld aussi publique que le livfe abominable* où il -est
i Cf. Supplém, aux Nouy. eeclés,, du 29 octobre 1748, p. 175.
97Q LES PB7ITS-FILS D'àUIUID h'AXNUM.
^91 indignement calomnié?» Voilà ce que pensait le parti janséniste de la réparation obtenue par l'abbé de Pomponne,
Voici comment ^es chefs agissaient quand ils étaient aqimés de T esprit du grand Arnauld. — Lorsque Tévêque d' Auxerre avait if^ le petit-neyeu de son héros battre en retraite devant up seul Jésuite, renfermant son dédain en lui-même, il s'était précipité seul contre tous les Jei^uites à la fois ; et pour attaquer le corps sur lequel d'après la logique constante du parti il voulait faire tomber le blâme mérité par un de ses membres, il avait choiâ le premier prétexte qui s'était offert, un mandement suf l'usage des œufs durant le carême de l'année 1750 ^ Dans ce mandement, il se posait cette question : « D'où vient « donc que nos disputes ne fiàissent point?» Et il répondait: « Cela vient surtout d'une société d'hommes « dans l'Église qui ne voudroient les voir finies que par (( l'établissement paisible des nouveautés profanes et des « erreurs pçmicieuses qu'ils ont introduites et qu'ils en- (( seignent ; et par la proscription d'une doctrine toujours « révérée dans l'Église, et de vérités très importantes « appuyées sur le fondement inébranlable de l'Écriture (( et de la traditil:ui... Avec de tels hommes, et à de telles « conditions, il est impossible d'avoir une paix solide et a durable ; parceque la paix véritable ne peut être fondée « qBe sur la vérité K » *
Cette attaque ne pouvait rester sans réponse. Le chef et l'antagoniste de M. Caylus, qui avait hésité à soutenir un Jésuite seul, descendit p^k vaillamment dan» la lice
* C'est le n» 37 du recueil de M. Delan, Appendice, note R.
pour les soutenir tous. ï^p métropolitain écrit au suffragant : « C'est une ^^ure que vous nou^ faites à nous tous « que r invective viplente'^w^ vous faites [ceci est le style « d'up piembre de T Académie française], contre une soie çiété quj» sous nos ordres, rend des services utiles aux in peuples qui nous sont confiés... Par ce seul trait vous fc faites du Saint-Siège et de tous les évoques du pionde ^ des prévaricateurs pu par indolence, ou par malice gnité...')) Aces reproches assez vifs succèdept bientôt, sous la plume toujours un peu hésitante du prélat, de tendres prières. Jl ne croit pas, lui, que la paix soit incompatible avec Texistence de la Société de Jésus, et il dit à son subordonné : «To^t supérieur que noi|s sommes, « prosterné à vos genoux, nous vous la demandons cette « paix au nom de Jésus-Christ, notre père et notre juge ; « notre père en ce jour pour réunir à la famille Tenfant « qui s'en est égaré, et bientôt peut-être notre juge ^ I »
« Relevez-vous, Monseigneur, lui répond l'évèque (( d[Auxerre, car je ne dois pas laissera mes genoux mon « métropolitain et mon supérieur ; une posture si humi- « liante ne vous convient pas...* 'H vous étoit réservé de « fouler aux pieds toutes les bienséances, ^ fne calomnier, (( de fil' outrager, sans que j'y aye donné lieu et de vous « prosterner à mes genoux pour me comparer à l'enfant « prodigue... Quand vous parlez ainsi; on croit entendre, « non UH archevêque qui écrit à l'ancien de sa pro- « vince et du royaume, mais un Jésuite en colère qui se « lâche s sous un nom respectable, pour exhi^ler sa bile^.n
Ce langage à coup sûr est plus grossier qu'il n'est.
* DeUe^r, Vie de Caytus, t. u, p. 319.
» Jbid.
272 LBB PETITS-FILS D'ARNAULD D'ANDUXT.
apostolique ; mais dans sa brutale véhémence n'appartient-il point à Técole qui démontrait géométriquement la manière de dire des injures ' plutôt qu'à celle où Ton suppliait le roi d'anéantir Port-Royal dans le souvenir de la famille Arnauld, et de ne laisser subsister pour celle-ci aucun vestige de son dernier triomphe ? — Triomphe éphémère qui du huis-clos était passé sans transition sous les fourches eaudines ! Triomphe flétrissant qui avait amené un vieillard septuagénaire à voir renouveler, par le conseil dont il était doyen, et consigner dans un arrêt, en présence du roi, cette censure presque oubliée de la Sorbonne contre son grand-oncle, à laquelle dans sa jeunesse il avait dû éviter de souscrire pour échapper au déshonneur-. — Et cependant cette épreuve n'était ni la dernière ni la plus humiliante de celles que la fortune réseiTait à son triste courage.
Tout le temps qu'avait vécu son frère aîné, c'était à celui-ci que l'abbé de Pomponne avait laissé le soin d'oublier pendant quinze ans dans un caveau les restes exhumés de" leur famille, puis de les enfouir entre quelques planches, avec des inscriptions de parcheminé Maintenant que ce frère était mort, c'était à l'abbé luimême qu'il eût surtout appartenu de prendre quelques maures plus efficaces pour la conservation de cet illustre dépôt. « On avoit pensé dès 1725, dit Guilbert avec son
^ Voir plus haut, t. ir, p. 16 J, n. 2. — ^L^évèque d^Auxerre notait pas d*aîlleurs le seul prélat janséniste chez qui les démonstrations du grand Arnauld eussent produit la conviction, et entraîné la pratique. L'évéque de Montpellier ne flarlait jamais des ennemis du Jansénisme autrement qu'en les désignant comme de puants Molinistes. (Collet, Lettres critiq, sur difér* points d'hist,, p. 3.)
^ Voir plus haut, t. ii, p. 235.
3 Voir plus haut, t. n, p. 232.
GHAP. y^ SEGT. n^ ART. IT. 273
« exactitude janséniste ^ que cette bière de chêne et « ces étiquettes de parchemin ne pourroient résister à « rhumidité d'une chapelle souterraine, surtout étant K enfermées dans la terre ou le sable. Il fallut se con- « tenter alors de ce que M. de Pomponne voulut faire, « sauf à réparer un jour ce qu'on voyoit être mal fait. » Dans cette prévision, on avait pris et soigneusement conservé le plan de la bière et de la place qu'y occupait chacune des précieuses dépouilles ^.
Vingt-trois ans s'étaient écoulés [1 725-1748], La veuve du marquis de Pomponne, Constance de Harville, existait encore ', mais elle était âgée de soixante-seize ans ; sa fille unique, Constance-Emilie, qui avait dû porter la terre de Palaiseau au marquis de Gamache, était morte [19 mars 1745] *, et le curé de Palaiseau, si favorable aux idées jansénistes, était atteint d'une maladie mortelle ^ Les conjonctures prévues jadis par le ministre Le Blanc ^ étaient sur le point de se rencontrer, et personne n'y avait pourvu. Cependant, dit Guilbert ^ « quel- « gués personnes de piété étoient toujours inquiètes sur u cet article, et pressoient pour qu'on mît ce précieux « dépôt plus sûrement. » Mais on avait attendu sans doute jusqu'au dernier moment que la famille Arnauld, près de qui devaient avoir lieu ces instances, prît T initiative. Vaine attente ! «Cette translation, poursuit Guil-
^ Mém. chronoL, U vi, p. 295,
2 Jbid., p. 296. "*
5 Elle ne mourut que le 4 juillet 1756. (Journal de Verdun^ aoftt 1756, p. 458.)
A Journal de Verdun, mai 1745, p. 399.
B Guilbert, Mém, cAron.,.L ti, p. 295.
6 Voir plus haut, t./li^. 232.
' Mém. chronoU, ibidi
27ft LES PEtlTS-HtS b'AKWULb Ô'AJîfauXY.
« bert ', cotistituoit en frais ; peu de personnes eussent « voulu faire les dépenses convenables. Un gentilhomme « vivement animé de l'esprit de religion [qui n'avait « probablement ni bénéfices dé trente mille livres de « rente, ni fantaisie de quati^ cent mille livres] , sans « s'embarrasser de cet obstacle, ne pehsa qu'à l'exécu- « tion d'un projet [trop] longtemps différé.... tout étant « disposé, il procéda avec recueillement et respect, mais « sans aucune autre cérémonie, à cette œiivre de piété. » Le samedi 20 juillet 17à8, après qu'un sarcophage de pierre eut été mystérieusement descendu dans les cryptes de Palaiseau, après que le bedeau et quatre prêtres s'y furent réunis, le gentilhomme y entra suivi de quelques ouvriers ', et les portes durent se refermer. L'iln des assistants tenait une plume pour dresser procès-verbal de ce qui allait s'accomplir '.
Ce procès-verbal dont Guilbert avait eu communication, mais dont il n'avait publié le texte qu'en y supprimant par prudence les noms du gentilhomme jusqu'à cette heure inconnu et de ses pieux complices, nous l'avons retrouvé, sur l'indicatioB de notre collègue, M. le comte de L'Escalopier, entre les ni^ins si riches et si libérales d^ M. Feuillet de Conchôs, qui a bien voulu nous le communiquer. En Voici la copie : - ^ « Aujourd'hui est comparu pardevànt les conseillers « du roy, notaires à Paris, soussignés, messire Gabriel- « Etienne Rioultde Curzay*, chevallier, seigneur de
* Mém, chron,, t. vi, p. 295,
» Jbid,, p. 297.
^ La Chesna^e Desbois, Dict. de la noblesse, et le K Anseime, Généai.^ ▼• Cuna}r,
etfAP. Ti SECT. lî, ART. IV. 8?5
« Curzay, Forzon, Boismétais, La Roche et autres lietix, « demeurant à Paris, rue des Fossés-de-FEstrapade, pa- « roisse Saint-Etierine-du-Mont ; lequel a apporté à De- «langlard, notaire, Tun des soussignés, Toriginal en « parchemin d'un procès-verbal en forme de certiffitat <( du changement de la caisse où étoient renfermées <( différentes reliques en Téglise de Palaiseau, en datte « du 20 juillet 17A8, contrôlé à Paris par Lacroix, le 19 « avril dernier; requérant ledit Delanglard de le garde» ce au rang de ses minuttes, pour lui en délivrer les ex- « péditions nécessaires, dont acte après qu'il a été dudit t( sieur de Curzay signé et paraffé en présence des no^ (( taires soussignés. Fait et passé à Paris, es études, Tatt « 1749, le 2 may. Et a signé la minutte des présentes, t( demeuré^ audit maître Delanglard.
« Ensuit la teneur dudit certificat.
« Nous soussignés certifiions à qui il appartiendra que « le samedi vingtième juillet 1748, par respect pour les k saintes reliques de Port-Royal enfermées dans, là cha- « pelle basse de l'église de Palaiseau, et pour la coiiser- « vatîon d'icelles ; lesdites reliques, ayant été tirées de, la « caisse et grande boëte de bois presqu' entièrement « pourie où elles étoient déposées, ont été remises dans lé « Inême ordre, et en observant les mêmes numéros, dans « des boëtes de plomb chargées chacune d'une étiquette \{ de cuivre sur laqjielle a été gravée la' même inscription « que portoit la prépédente étiquette de parchemin * ; le ix tout renfermé dans une grande auge de pierre enfoncée « en terf e au même lieu et en la même place où étoit
1 « Les'^tiquiltt^ de parchemin âojieiitisi gâtées par rhumidité qu'on n'en c put lire ftn'utte deitle. » (Gilbert, JHem. chrôhoL, t. vi, p. 296.)
376 LES l^ETT»-r|LS D'ARNAULD D*ANDILLY.
(( cy*devant la susdite caisse de bois ; après qfxoi ladite « auge a été couverte d'une dalle de pierre pardessus « laquelle a été remis Tancien carreau de ladite chapelle « au même état où il étoit auparavant. En foy de quoi (( nous avons signé le présent acte, et fait double. — a Signé Dumont, prêtre chanoine dePalaiseau ; De Guer* « ville, chapelain de Palaiseau ; N. Levasseur, chanoine « et chapelain de Palaiseau ; Blacourt, ancien domesti- • que de M. Tabbé Lambert, prieur de Palaiseau ; Pierre- « Alexandre Danjan, architecte, comme ayant conduit « le susdit ouvrage ; François Leclair, masson, qui a fait a ledit ouvrage; Etienne Plet, bedeau de ladite paroisse; « Bance, prêtre doyen des chanoines, et vicaire.
« A côté est écrit : Controllé à Paris le 19 avril 1749. (( Reçu 12 s. Signé Lacroix. Au dos est encore écrit.* « Signé et paraffé au désir de Tacte de dépôt passé dece vaut les notaires soussignés cejourd'huy 2 may 1749, « Signé Rioult de Curzay.
« Est l'original des présentes demeuré annexé à la « minute de l'acte de dépôt dont expédition est cy-dessus « et de l'autre part, le tout demeuré audit maître De- « langlard, notaire^ — En marge : Scelé ledit jour, xvi s. <( — Signé Duchêne (?), Deïanglard. »
Ainsi, un pauvre gentilhomme que la découverte de son nom laisse tout aussi inconnu que le silence de Guilbert, quelques prêtres ignorés comme lui, un architecte, un maçon, un ancien valet et le bedeau de la paroisse, voilà le dernier cortège de ces noms qui ontému le siècle de Louis XIV et dont les héritiers resplendissent à la cour de Louis XV I C'est pour ceux-là seulement à qui elles ne sont rien que les dépouilles de la famille Arnauld deviennent de saintes reliques. A moins que derrière ces
personnages obscurs on ne soupçonne quelque bras plus puissant qui les fait agir; un courtisan qui, pour en finir avec d*incommodes aïeux, vient, fidèle à ses habitudes, sceller leur dernière tombe incognito, sous la responsabilité du pauvre gentilhomme? Mais, si cela est, que pensier du courage, et, si cela n*est pas, que penser du cœur de l'abbé de Pomponne? — Pour T avoir été moins spontanément, ne fmit-il point par être plus honteusement servile que son frère?
Celui-ci n'avait plongé dans l'oubli que des cendres ; celui-là n'avait ravivé la mémoire des siens que pour la laisser plus profondément flétrir. L'un s'était laissé remontrer son devoir par un ministre, puis il l'avait accompli sinon tout entier, du moins en personne ; l'autre s'était laissé devancer ou représenter par un bedeau. — Le premier, après tout, n'était pas théologien ; le Jansénisme n'était dans sa vie que ce qu'y avait été son ambassade, un accident dû à ses antécédents de famille. En le défendant il eût encore accompli une mission extraordinaire. Et puis sa carrière était entravée, et lorsqu'il cherchait à en tourner les obstacles il. avait deux fils presque adolescents dont il ne prévoyait pas^la mort prochaine ^ — Mais l'abbé de Pomponne , qu'avait-il donc 'à redouter? lui le dernier des siens I lui au comble des honneurs ! lui prêt à descendre dansla tombe I — Docteur en droit comme son bisaïeul Antoine, conseiller d'état comme l'avait été d'Andilly, son aïeul, ambassadeur comme l'avait été son père le marquis de Pomponne, prélat plus riche, sinon de même ordre, que l'évêque d'Angers, prêtre ainsi que le grand Arnauld, commandeur
» Vqir plus huât, t. ii, p. 217, n. 6, et p. 229, n.'3.