‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 25 sur 99 · CHAP. U, SEGT. III9 ART. U · texte numérisé non relu

CHAP. U, SEGT. III9 ART. U

« Vostre Majesté se voulant informer de la vérité, m*au- (( roit trouvé tel qu'elle sçauroit désirer pour son service. « Au lieu que ne m' estant fié qu'en ma probité et en la ^ protection du roy, c'est le roy mesme qui m'abanft donne, et qui, au lieu de me maintenir, me ruyne. a Hais sy c'estoit à recommencer, je ferois encor la a mesme chose; car j'ayme mieux périr en ne m'atta* « chant qu'a;U roy, que de me maintenir par quelqu'au- « tre moyen que ce puisse estre; et Dieu veuille. Sire, « que mon exemple n'aprenne point à beaucoup d'autres « à ne fère pas de mesme '. — Aprez cela, le roy luy a ayant commandé de se retirer à son logis, et d'attendre « là de ses nouvelles qu'il lui feroit sçavoir le lendemain « à midy, M. le colonel respondit qu'il n'avoit point « d'autre logis qu'une chambre en celuy de Monsieur; u que s'il trouvoit bon 'qu'il y demeurast, il ne verroît

* t Sa Majesté... arrêta l*état des pensions, n'y ayant que M. de Scbom- « berg et moi avec elle dans son cabinet.... Mon plus grand plaisir étoit de « tirer de bonoes assignations poar le payement dos pensions de personnes « de mérite^ que je coniioi«sois très particulièrement, cl de ic:^ leur envoyer « par ia poste jusques chei eux, lorsqu'ils y pcmoient le moins... ; et je n'ai «jamais manqué, grâces à Dieu, de servir de môme mes amis dans toutes « les occasions qiie j'en ai pu rencontrer.... Je me promenai ft cbeval atec « M. de Schombcrg..., et lui dis de mcprrmcltrc de lui demander, com- « ment î! ne pcnsoit point davantage... ù s'acqui-rir des omis ? — Kt cora- « ment, me répondit-il, en poorrois-je faire, ne songeant, comme vous le « sayei, qu'à servir te roi, et ne voulant servir personne à ses dépens? — « .... Vous n'avez qu'à remarquer sur l'état des pensions qui sont '^ « bommes de tout le royaume qui ont te plus de mérite,,. En prenant soin «de les bien payer..., vous ne vous les acqnererei pas seulement pour « amis, mais vtras servirez très-utilement le Roi... .—M. de Schombcrg [dis- « gracié] se déchargea le cœur sur l'injustice du traitement qu'il rercvoit, « et finit en disant : Le seul regret qui me reste, est de n'avoir pas cru < M. d'Andilly lorsqu'il me conseilloit de me faire des amis. Mais j*éiois si « occupé de ma passion pour le service, que je ne pensois à autre chose. • (Mém, iCArn. (eAndilly, part, i, p, 159 et 165 ; part, 11, p. î.)

252 ROIJEKT ARMAULD D'ANDUXY.

({ point Monsieur. — Le roy respondit que non, et qu'il <( s'en fist marquer un à la ville. Et ainsy le roy se leva, « et s'en alla disner qu'il estoit deux heures, car sou (( discours avec^Monsieur avoit duré une heure et demye, (( et celluy avec M. le colonel une demye heure. M. le (( colonel demeura aprez cela assez longtemps chez la a reyne et dans le logis du roy,. où plusieurs personnes « de qualité luy parlèrent, dont M. d'Elbeuf fut le pre- « mier, et admirèrent tous son courage, ses parolles et « sa contenance. Quelque temps après, ayant sceu que « le roy alloit à la chasse, il s'en alla le trouver. Le roy « le voyant venir, vouloit esviter de le voir ; mais M. le (( colonel se hastant, l'aborda auparavant qu'il peust « monter à cheval, et luy dit tout hault qu'il le supplloit « très humblement de luy rendre justice. — Le roy luy « respondit qu'il demeurast à son logis, ainsy qu'il luy « avoit commandé, et que là il luy feroit sçavoir de ses « nouvelles. — M. le colonel, insistant par trois ou « quatre fois, et suppliant tousjours le roy de luy rendre « justice; enfin le roy se faschà, et luy dit en cholère : « Je veux que vous vous en alliez à vostre logis, et vous a le commande. — M. le colonel respondit : Puisque vous (( commandez, il fault obéir; mais un homme de bien ne « craint rien. — Lors le roy monta à cheval, et s'en alla, (( Et M. le colonel, en passant dans la cour pour s'en (( aller chez luy, rçncontra Monsieur qui s'en alloit chez (( la reyne-mère. Monsieur le voyant, de luy commanda « au cocher d'arrester le carrosse. Lors M. le colonel « venant à luy, luy dit : Monsieur, puisqu'il ne m'est « pas permis de vous parler, je vous supplie très huin- ({ blement de me permettre de vous toucher la main. « Monsieur, en se baissant tout bar., l'embrassa par plu-

CIJAP. U^ 8KCT. m, ART. H. 233

« sieurs fois, et luy dit avec très grande affection qu'il « s'asseurast qu'il ne Toublieroit jamais, et quelques (( autres mots semblables. Et aprez que M. le colonel se « fust retiré, il dit tout bault dans le carrosse où estoient « MM. d'Elbène, de Mansan, de MarcheviDe, et aussy je H croy M. d'Ouailly ' : Le diable m'emporte sy ces traisc( très ne me la payent ; je les cognois tous, un pour un. « — Monsieur estant chez la reyne-mère, luy parla avec (( très grande affection pour M. le colonel. »

(( M« de La Roche- Abert, disant grâces aprez le disner « de Monsieur, et ne les prononceant pas bien, Monsieur c( luy dit : Comment, M. de La Roche ? hé I vous donnez « doncdugalimathiasà Dieu aussy bien qu'aux hommes? a — Un grand de la cour luy disant qu'il falloil chanter « liberté, il respondit avec un visage irrité : Et pourquoy « liberté? ay-je esté dans les fers? ay-je esté esclave? tt Je veux bien que l'on sache que sy j'ay eu quelque « contraincte, ce n'a esté qu'autant que je l'ay voulu, « et qu'elle m'a esté utile »

« Mardy 21 may [1624]. Monsieur trouvant le roy « chez la reyne-mère, luy dit : Monsieur, comme mon (( roy vous pouvez fère tout ce qu'il vous plaist, et par «conséquent m'oster M. le colonel; mais comme mon (( frère^ vous ne pouvez refuser la très humble supplica- « tion que je vous fais de me le rendre, puisqu'il est très

1 ■ M. d^Oaailly, capilalne des gardes de Monsieur.... » (Mim, iCArn. d^AndUly, part ii, p. 56.) — • Le roi commanda à M. de Marcbeville, qui < étoit sons gouTemeur, de se retirer... et mit en sa place M. Depréaux, qui i avoit en riionnear d*estre son sous gouTemeur... U fût assez maltrattté, « aussi bien que toutes les vieilles gens qui furent laissez auprès de luy. <t C*estoient MM. d*£ll)ène, d^Ouailly, de Mansan. Son Allcsse les nommoit • barbons, et prennoit un plaisir singulier à les Taire enrager. > (Afn^m. fCun favori du due d^OrUanê, p. 10,)

2U ROBERT ARMAULD D'AMDUXT.

« homme de bien. — Le roy s' excusant, et Monsieur in- « sistant tousjours ; enfin le roy, se voyant pressé, luy « dit qu'il le luy rendroit dans trois mois. — L' après « disner, M. Tarchevesque de Tours vint porter com- « mandement à M. le colonel, de la part du roy, de « partir le jour mesme pour aller en sa charge de lieua tenant-général en Normandye. M. le colonel respondit « qu'il estoit très humble et très obéissant subject et ser- (( viteur du roy, mais qu'il le supplioit très humblement « de l'excuser s'il ne pouvoit exécuter ce commande- « ment. Que, quant au premier point, son équipage « n' estoit point sy prest, ny luy sy préparé à sortir de (f la cour, qu'il peust s'en aller le jour mesme. Que, « pour le regard du second, il n' estoit point sy lasche 0 que de vouloir, aprez le traictement qu'il avoit receu, « aller, comme banny de la cour, se faire monstrer au a doigt dans une province où il avoit tousjours vescu tt avec autant d'honneur, de créance et d'estime, qu'ayt «jamais faict aucun autre en pareille charge. Mais que a sy son service dans la cour estoit désagréable au roy, (( encor qu'il ne deust rien moins attendre de luy, aprez « l'avoir sy dignement et sy fidellement servy, ii se rea tireroit à Paris, qui estoit la demeure commune à tous (( les François, et particulUèrement à ceux de sa quaUtè ; « qu'il n' avoit point d'autre maison, H. le mareschal « d'Omano n'ayant pas laissé six pieds de terre pour se (( faire enterrer. — M« de Tours ayant raporté cela au « roy, Sa Majesté dit qu'elle vouloit donc bien qu'il s'en u allast à Paris. »

« Mécredy 22 may. M. le colonel vient avec un carce rosse de relais de Compiègne à Paris. »

(( Samedi 25 maù M. le colonel estant à table, et mes-

CHAP. Il, S£(rJ. 111, AR'l. u. 235

u dames la marquise de MonUord ^ de Mazargues et de (( Verderonne, MM. de Mazargues, de Sessenaye, d'Aif( guebonne et d' Andilly souppaat avec luy» le aieur Gatt leteau, premier vallet de chambre du roy, sans avoir a parlé à qui que ce fust, entre dans la salle, et s'adres- « sant à M. le colonel, luy demande (aprez luy avoir fait « excuses de ce qu'il estoit venu durant son souper) Cl s'il luy pourroit dire un mot de la part du roy. En fc mesme temps M. le colonel se lève et s'en va avec luy « à quatre pas de la table, et lors le sieur Galeteau luy a dit : Monsieur, le roy m'a commandé de vous venir « trouver, pour vous dire qu'il est extrômemrat offencé (( de l'impudence (ou insolence) que vous avez commise ^ d'envpyer un gentilhomme vers Monsieur, lequel l'a « entretenu fort longtemps; qu'il vous commande de tt partir dans deux ou trois ^ours au plus tard, avec voz tt frères ^, vostre femme et vostre sœur, pour vous en tt aller auPont-Sainct-Ësprit; et quesy vous y maacquez, tt il vous sçaura bien fë^e obéir, et vous fore eo^oistre « qu'il est vosttQ maistre, — M. le polonel respondit aur tt dit sieur Galeteau : Monsieur, avez tout dit? —Et

1 f Montlaur, c*étoit le nom que prenoU M"* d*Oniaiu> a?Bpt que le t colonel fftt maréchal de France. 1(11(^111. tCAm, (P Andilly, fi^ri, ii, p. 30.)

t « If . de Moisofuei, M» d^Omane^ giand mallre de la garde-robe de « Moodeur, et M» de Satnl^-Croîs, ftère« de M. le ^lariçhal d'Oman^ ...t « (Mém. tTAm, d'Andilly, part, ii, p. 53«} M« le cardinal de Richelieu, « qui n'avoll pria confiance que par moi à M. le colonel, ne poufant ignorer « une chose aqsai publique qu'éioit celle pie «m chaogemenl entera moi, « et par suite de cdui de Monsieur [à dater de juin 1925], le considéra dès a lors plutôt comme son ennemi que comme son ami... Rien n*étant capable « de m*empêcher de servir de tout mon ponroir M. le colonel^ je continuai, ff aTOC la même ardeur qu'a?ant, de 8oUidl«r M* k catdinal touchant la m charge de maréchal de France, et Ten pressai de telle sorte, qu'enfin il « me donna parole qu'il le seroit dans trois jours.. ». Cette parole fut suivie « de IVflTet te 9 janvier A6S0. > UM., p» 44.)

•i3G ttOBtRT ARNAILD D'ANOaLY.

<( ledit sieur Galeteau répliquant qu'ouy, M. le colonel « reprit la parolle, et dit : Monsieur, je vous supplie de « dire au roy que pour luy tesmoigner qu'il n'a point en « son royaume un plus respectueux et un plus fidelle <( subject et serviteur que moy , je reçois maintenant avec (( le mesme honneur et avec la mesme révérence les <( commandemens et les outrages que vous m'apportez <i de sa part Je n'ay pas seullement pensé à envoyer un « gentilhomme vers Monsieur; et mon frère de Mazar- « gués y en ayant envoyé un nommé Vitrol pour avoir « soing en son absence de ce qu'il fault à l'escurye de (( Monsieur, ainsy qu'il avoit tousjours accoustumë, et (( mesme donner ordre au payement de la despense des a chevaux ; s'il se trouve que je l'aye chargé d'aucunes f( lettres, ny d'une seule parolle, je ne dis pas seuUe- « ment à Monsieur, mais à qui que ce soit, ny que j'aye « mesme parlé à luy, je veux perdre l'honneur ; et n'y « eu jamais une plus fausse calumnie que celle que l'on « m'a imposée en cela auprez du roy. Quant au com- (( mandement que vous m'apportez d'aller au Sainct- « Esprit, ceste mesme raison m'empesche de le pouvoir (( exécuter ; et supplie très humblement Sa Majesté de « considérer sur ce subject, que sy lorsqu'en sa présence « je la servois sy utilement dans la cour auprez de Mon- « sieur, qu'elle m'en tesmoignoit toutte la satisfaction (( que je pouvois souhaitter, mes ennemis ont eu le pouce voir de luy rendre ma fidellité suspecte; que sy quand « elle me commanda de m'esloigner de Monsieur, elle « me dit qu'elle vouloit que je demeurasse dans la cour « comme un homme de ma condition et de ma qualité, <i et qui l'avois très bien servie ; que sy aussytost que je a l'eus perdue de veue, elle me fit commander dès le

CHAP. 11^ SECT. m, ART. Jl. 2S7

« lendemain de m'en aller en Normandye, et puis au lieu (( de cela à Paris, où je n*ay pas plustost esté, que le pouce voir et la liberté que mes ennemis ont de calumnier « augmentant par mon esloignement, ilz ont sur la plus « grande fausseté du monde porté le roy à m' envoyer <c dire par vous des outrages ; il n'y a point de crimes « dont ilz ne s'efforceassent de me fère croire coupable c( par Sa Majesté lorsque je sersd en l'une dôs extrémitez a de son royaume et dans des places dont l'assiette leur « donneroit mille subjectz de me calumnier. On luy diroit « que je caballerois avec les Huguenots, avec Savoye, (I avec Espagne ; et sy je n'estois point chrestien, je croy « que Ton luy diroit mesme que je traicterois avec le « Turc. C'est pourquoy je supplie très humblement u Sa Majesté d'avoir agréable que, pour conserver nu)n u mon honneur et ma fidellité non seullement inviolables « comme ilz le seront tousjours, mais exemptz de soub-- (( çons que les artifices de mes ennemis en pourroient (( donner à Sa Majesté, je ne bouge de Paris, affin qu'au (( moindre mescontentement que le roy aura de moy, il (( me puisse fère arrester, et sy je suis coupable, me fère « punir sans envoyer quérir ma teste sy loing ; et que (( ma présence et mon visage donnent de la retenue à la (( meschanceté de mes ennemis. Que sy mon séjour dans « Paris est désagréable au roy, je demeureray en tel a village proche qu'il lui plaira, et ne verray que les per- <( sonnes qu'il m'ordonnera. Mais sy tout cela ne suffit, (c je sçay un expédient qui luy ostera tous les soubçons « que l'on luy pourroit donner de moy, et fermera pour « l'advenir la bouche à mes ennemis ; qui est de me « mettre dans la Bastille. (4ar ainsy estant soubs la clef a du roy, aucune de mes actions ne luy sçauroit donner

318 ROBERT ARTfAliLD D*ANDfIXT.

« d'umbn^, et je recevray avec joye ceste probation (?) , n en atteDdant que le temps faisant cognoidtre à Sa Maie jesté ma sincérité et la fidellité de mes services, elle « me juge digne non seuUement d'estre mis en liberté, « mais d'avoir meilleure part que jamais en l'honneur a de ses bonnes grftces. — Galeteau respondit qu'il ne ta se pouvoit charger de fère ceste response au roy, pour « ce qu'il ne retoumeroit de quatre ou cinq jours à la « cour. A quoi M. le colonel réplicquant que c'estoit « chose bien rude et bien extraordinaire de luy apporter « un commandement, et ne se voulloir pas charger delà (I responce; et Galeteau insistant à s'en descharger, et (I disant qu'il le mandast au roy par quelqu'autre ; M. le Il colonel dit qu'il chercheroit donc quelqu'un qui luy « voulust rendre cest office. Et se retournant vers ma- « dame la marquise de Montlord et madame de Mazar- « gués, dit à Galeteau t Quel traictement est cecy de « vouloir envoyer de ceste sorte à cent cinquante lieues « d'icy ceste pauvre femme languissante (parlant de maie dame de Mazargues acouchée depuis peu, et qui avoit (( esté fort malade depuis); et ceste autre qui depuis dix « ans n'a point porté de santé (parlant de madame la « marquise) ? — A cela Galeteau respondit : Monsieur, « ceste excuse est fort bonne; et sera bon, s'il vous plaist, « de la faire dire au roy. — A quoy M. le colonel répara tit : Nullement, Monsieur, je ne dis point par excuse ; « car j'ayme beaucoup mieux payer de ma teste, que de « la maladie de mia femme. — Aprez Galeteau vînt à « M. de Mazargues, et luy dit qu'il avoit faict entendre à « M. le colonel la volonté du roy sur son subject. — Gâte leteau estant party, M. le colonel et madame la mar- « quise sa femme envoyèrent supplier M. le marescbal

CHAP. Of 6BCT. m, ART. II. fSf

« de Créquy de les venir voir, et estant venu à l'heure « mesme, le supplièrent d'aller trouver le roy pour luy « représenter les raisons de M. le colonel dont Galeteau « n'avoit pas voulu se charger. Ce que M. de Créquy leur (I ayant promis, il partit le lendemain, Jour de la Pente- « coste, et le lendemain lundy à trois heures aprez midy, « au retour de la chasse du roy, parla à Sa Majesté ; laff quelle luy respondit qu'elle ne vouloit rien esoouter de (( la part de M. le colond, jusques à ce qu'il fust dans le « Sainct-Esprit.

« Dudit jour 26. M. de Marcbeville, doub£-gouverc( neur de Monsieur, part de la cour ayant eu son congé, « pour ce que l'on le croyoît amy de M. le colonel. M. de 0 Mongenoust, aumosnier ordinaire de Monsieur, fut 0 aussy osté, et M. Passart mis en sa place. MM. de Piele- « grin et DeljAiin, ordinaires, furent aussy ostez, avec « permission de ttrer rëcompence d'une des deux charges, « et de la partager entr'eux. Ordonné que M. de Valsin « se desferoit aussy de la sienne. Garrillon, chirurgien, (c aussy osté. n

<( Entre te mardy [21 fMy], et le samedy [26]. Mon- « sieur, parmy plusieurs quy estoîent à Fentour de luy, « ayant aperçu M. d'Aiguebonne, l'appella et luy de- « manda s'il feroit ce qu'il luy commanderoitT M. d'Aï- « guebonne luy ayant respondu qu'ouy, et qu'il s'en (c tiendroit fort honoré. Monsieur luy commanda d'aller « tmuver M. de La Viéville, et de luy dire qu'il luy avoit a mancqué de foy et de parolle touchant M. le colonel ; « mais qu'il s'asseurast que s'il ne le réparoît, il ne l'ou- « blieroît jamais, et qu'il n'auroit pas tant de peyne « à fère le bien qu'il en avoit eu à fère le mal. — « M. d'Aiguebonne ayant dit cela % M. d^ La Vîévflle, il

260 nOBERT ARNAULD D'ANDILLY.

« demeura fort surpris, et respondit en termes géné- « raulx avec de grands respects vers M. le colonel, qu'il « rhonoroit, qu'il Testimoit autant que seigneur de c( France, et n'avoit jamais pensé à luy rendre de mau- « vais offices auprez du roy ; que c'estoit chose qui estoit (( venue du pur mouvement de Sa Majesté, et que s'il « pouvoit servir M. le colonel, il le feroit tousjoui*s pour « sa propre considération, et encor beaucoup davantage « puisque c'estoit chose qui agréoit à Monsieur. — « M. d'Aiguebonne luy ayant réplicqué que cela n'estoit « pas respondre à ce que Monsieur luy mandoit, qu'il « luy avqit mancqué de parolle, et désiroit qu'il réparast « le mal qu'il avoit faict, M. de La Viéville respondit en « homme fort embarrassé. — Quelque temps aprez, M. de (( Joyeuse, neveu de M. de La Viéville, vint trouver « M. d'Aiguebonne, et luy dire que M. de La Viéville se- « roit bien malheureux sy Monsieur avoit mauvaise satis- « faction de luy, et qu'il feroit tousjours tout ce qui « seroit en son pouvoir pour le servir. »

(c Jeudy 30 may [1Ô2A]. M. de Bonœuil apporte de « Compiëgne à M. le colonel un chappellet de la part de (( la reyne-mère. La chose est que quelques jours aupa* « ravant, la reyne-mère donnant quelques chappelletz « qu'elle avoit apportez de Liesse, Monsieur luy dit dece vaut toutte la cour : Ma maistresse, j'ay une faveur à « vous demander, mais je vous supplie très humblement « de ne me la point refuser. — La reyne luy.dit : Je n'ay « garde, mon filz ; qu'est-ce ? — Ma maistresse, c'est que « vous envoyiez, s'il vous plaist, un de ces chappelletz à <( M. le colonel, affin que tout ce monde cognoisse que « vous n'estes pas contre luy. Le roy ayant sceu cela, il « fut agité sy on envoyeroit le chappellet, et à ce que

CHAP. U, SKCT. m, ART. jr. 241

c( quelques uns dieut, résolu que non ; mais néantmoins il (( vint, et M. de Bonœuil se trouvant mal quand il arriva, « l'envoya par une de ses filles. Et le lendemain dès trois c( heures du matin fut remandé pour aller à la cour, à « cause des ambassadeurs qui arrivoient, ce qui fut cause a que M. le colonel luy escrivit :

« Monsieur,

« Je commence à croire qu'une mauvaise fortune peult u estre acompagnée de bonhœur, puisqu'il a pieu à la « reyne-mère du roy me tant obliger que m'envoyer le i( chapelet que vous avez pris la peyne de me faire rendre « de sa part. Geste faveur m'est sy sensible, qu'il n'y a « point de remerçiemens capables de tesmoigner avec « quel respect je la reçois. Msâs sy les occasions seconu doient mes désirs, j'oserois espérer de fëre voir à Sa « Majesté, par mes très humbles et très fidelles services, (c que l'honneur de ses commandemens me sera tous- « jours plus cher que ma vye, laquelle je tiendrois trop c( heureusement employée sy je pouvois, en la perdant, « donner à Sa Majesté une aussy grande marque de ma « recognoissance, que j'en reçois une de sa bonté. Vous « m'obligerez extrêmement de l'en assurer, et de croire « que nul ne sera jamais plus que moy »

u Lundy ijuin [1624]. A onze heures du matin, un « exempt des gardes de la compagnie de M. de Tresmes, (( nommé Boislouez, vient faire commandement de la part (( du roy, à M. le colonel, de partir dans vingt-quatre « heures avec ses frères, sa femme et sa sœur, pour u aller au Sainct-Esprit. M. le colonel fit response : Que «quant à ses frères, ilz avoient desjà obéy. (M. de « Mazargues estoit party en poste le lundy matin, et I. 16

242 ROBERT ARNA1XD D'ANDILLY.

« M. (rOrnano le lendemain.) Que iK)ur luy, il ne le pouu voit, à cause des niesmes raisons qu'il avoit représen- « tées au sieur Galeteau, et qu'il répéta lors ; mais qu'il « révéroit tellement l'authorité du roy, que voyant le (c baston qui en portoit la marque, il estoit prest de le « suivre à la Bastille, ou en tel autre lieu que Sa Majesté « auroit agréable, affin de luy faire cognoistre qu'il ne a vouloit avoir autre protection qu'en sa justice et en « son innocence. Ce que l'exempt luy promit d'aller race porter au roy. Mais M. le colonel ayant apris qu'il « avoit seullement escript à la cour par un archer qu'il « avoit emmené avec luy, et qu'il n'estoit bougé de « Paris, M. le colonel escrivit le soir mesme au roy, et « luy envoya la lettre par le com[missai]re (?) Le Berche ; (( lequel le lendemain sur les dix heures donna la lettre « au roy, comme il sortoit de sa chambre, luy disant que « c'estoit une lettre que M. le colonel d'Omano luy avoit « donné charge de luy présenter. Le roy la prit, voulut « rompre la soye, et lûy dit qu'aprez la messe il la verce roit, et qu'il le vînt retrouver ; et en mesme temps « commanda à Boulanger d'aller quérir le marquis de « La Viéville. »

« Copie de la lettre de M. le colonel au roy ^

« Sire, « Lorsque la calumnîe et le crédit de mes ennemis ont « eu le pouvoir de me fère commander par Vostre Ma- (c jesté de quicter la charge dont vous m'aviez honoré

* « Je fis imprimer celle lettre dont j'ai encore quelques eiemplaîres...» (Mém, d*Ârn, d*AndiUy, pari, ii, p. \2.) «M. de La Vieuville proposa au « roi de m'envoyer aussi à la Dastillc, comme étant, à ce qu'il disoît, couse a de la résislancc de M. le colonel, et ayant sans doute fait la lettre qu'il « avoil écrite h S. M. » (Ibid,, p. iH.)

CHAP. n, SECT. in, ART. IL 24^

(( auprès de Monseigneur vostre frère, et mesme vostre (( présence, j'ay incontinent obéy. Mais quand leur vîott lence les a portez jusques à arracher de vostre bouche « des paroUes de cholère contre mon innocence, et un « commandement de me retirer au Pont Sainct-Esprît, « que je ne pouvois exécuter sans me confesser coupa- «ble, j'ay très humblement supplié Vostre Majesté, « ainsy que je fais encores, de m'en vouloir dispenser; et « de considérer, s'il luy plaist, que sy dans vostre cour, « et depuis n'en estant qu'à vingt lieues, on a bien peu « vous desguiser sy malicieusement la vérité de mes « actions, il n'y a point d'accusation que je ne deusse « craindre lorsque je serois comme relégué en l'une des « extrémitez de vostre royaume. Sire, bien que mes an- « cestres ayent eu le bonheur de se rendi-e assez recom- «mendables à la France par leurs services, j'atribue « toutesfois principallement à leur inviolable fidellité le « grand nombre d'honneurs et de charges importantes a qu'ilz ont receus des roys vos prédécesseurs, sçaehant c( qu'ilz n'ont jamais eu tant de soin de leur fortooe ny a de leur vye, comme de se garentir non seullemeot de 0 blasme, mais du moindre soubçon. Geste mesme pasci sion envers mon roy m'estant héréditaire, et ne trouf( vaut rien de difficile pour en rendre preuve à Vostre « Majesté, j'ay mieux aymé, affin d'oster tout subject à « mes ennemis de continuer leurs calumnies^ me résoudre « à perdre ma liberté dans une prison, que me retirer en (c des places dont l'asssiette leur foumiroit des prétextes « de donner continuellement des deffiences de moy à Vos- (( tre Majesté. Ainsy je ne résiste à leurs persécutions que « par les respectz et la souffrance, qui sont les seulles « armes dont je ïne sers contre eux, puisqu'il/ se ser-

2iiU ROBERT ARNAl^LD D'ANDILLY.

« vent de voslre authorité, que je révère mille fois plus « en effect qu'ils ne le font en apparence. J'espère de ((vostre bonté, Sire, que malgré leurs artifices vous (( aurez maintenant agréable qu'en abandonnant tout le « reste, je conserve au moins mon honneur, qm m'est « incomparablement plus cher que ma vye^ et attens de « vostre justice qu'^aprez que vous aui*ez recognu la sin- « cérité de mes intentions et la fidellité de mes services, f( Vostre Majesté me redonnera bientost la place qu'on (c m'a voulu fëre perdre en l'honneur de ses bonnes « grâces, lesquelles je m'efforceray tousjours de mériter (( par les plus passionnez debvoirs que vous puisse rendre, a Vostre très humble, très obéissant et très fideUe « subject et serviteur.

« D'Ormano.

« De Paris, ce S Juin 1624« »

(( Le roy, au retour de la messe, ayant esté chez la 0 reyne-mère, où le marquis de La Viéville se trouva, dit « au sortir de là au com[issai]re Le Berche, qui luy de- <( manda s'il luy avoit pieu de voir la lettre de M. le a colonel? qu'il l' avoit veue. Et Le Berche luy demandant « s'il luy plaisoit de luy rendre response? le roy dit que (( non, et qu'il lui dist seullement qu'il vouloit obéis- « sance. Et Le Berche lui ayant demandé s'il luy avoit (( pieu de considérer les raisons de M. le colonel? il res- « pondit : J'ay tout veu; dictes-luy seullement que je veux «obéissance. Et incontinent (?) aprez,*ayant rencontré « Le Berche,^il luy dit les mesmes choses, et luy corn- « manda de s'en aller. »

« Le mardi h juin [1624]. Ledit exempt revint à trois « heures asprès midy trouver M. le colonel, et luy dit que

CIIAP. 11, S£CI. m, ART. H. 265

c( les vingt-quatre heures estant passées, il venoit sçavoîr « s'il n'avoit point changé de résolution. — M. le colonel « respondit que non, d'autant que sa fidélité et son hon- (f neur Fobligeoient à préférer une prison exempte de 0 tous soubçons, à la liberté qu'il auroit ailleurs subjecte a aux calumnies de ses ennemis. — Ce que ledit exempt « luy dit qu'il feroit entendre au roy ; et néantmoins fit « comme la première fois. — M. le mydlord Des Hayes, a comte de Garlie; ambassadeur extraordinsûre d'Angle- 0 terre touchant le mariage, arrive à Gompiègne fort « acompagné; et eut audience le lendemain, en laquelle « il mit le genoul en terre devant Madame, mais non « devant les reynes. »

« Mécredi 5 [juin 1624]. M. Tarchevesque de Toure « vient trouver M. le colonel sur les dix heures ou dix « heures et demie du matin, luy dit qu'ayant appris à « Gompiègne le jour précédent les refus qu'il avoit faictz « d'obéir au commandement du roy, d'aller au Sainct- « Esprit, et en estant très affligé, comme son amy, à « cause de l'extresme faulte qu'il faisoit en cela, il estoit c( monté en carrosse à l'heure mesme, sans en parler à a personne (M. de Tours recogneu depuis qu'il avoit a parlé au roy auparavant que de venir, et est aisé de c( juger par ses discours que le roy l'avoit envoyé) ; et le « venoit trouver pour le conjurer de changer de résolutt tion. Sur cela estant entrez dans le cabinet de M. le « colonel, ils y demeurèrent environ trois quartz d'heures; (( et là, M. de Tours ayant dit à M. le colonel tout « ce qu'il se peust imaginer pour luy persuader d'aller « au Sainct-Esprit, tant s'en fault qu'il y peust rien gau- « gner, qu'au contraire il trouva qu'il s'affermissoit tousce jours de plus en plus.— Après, M. de Tour-i estant allé

240 ROBERT ARNÂULD D*ANDILLy.

a parler à madame la marquise de Montlord, et M. le <( colonel entendre la messe qui se dit chez luy, comme f( le prestre avoit quasy achevé, l'exempt entra avec « quatre archers ayant leurs casacques et leurs carabines « et pistoUetz. M. le colonel, qui prioit Dieu fort attenti- « vement dans la chapelle, n'apercevant rien de cela, tt M. de Chaudebonne le luy fut dire ; et aussytost M, le a colonel se leva, sortit de la chapelle, et vint à l'exempt, « qui luy dit qu'il luy avoit desjà faict divers commandeci uiens de la part du roy de se retirer au Sainct-Esprît; (( que maintenant il luy en apportoit un, dernier et abisolu , (( ou bien un autre qui estoit de le suivre à la Bastille.— a M. le colonel, avec un visage non seullement constant, (( mais guay, respondit : Que quant au premier des deux (( commandemens qu'il luy apportoit, il ne le pouvoit (( exécuter, pour les raisons qu'il avoit desjà tant de fois a représentées, et mesmes escriptes au roy ; mais que (( pour le second, il y obéissoit de tout son cœur. Et en « disant cela, alla embrasser l'exempt, puis luy dit, en « se retournant vers l'autel : Je vous jure sur mon salut, « devant Dieu que voilà, que je n'ay jamais receu noua velle avec davantage de joye. Maintenant je ne crains K plus les calumnies de mes ennemis ; je suis en la proc( tection du roy, auquel, malgré tous leurs artifices, je u tesmoigneray ma fidellité aux despens de ma liberté. « — Et comme l'exempt le pressoit de vouloir aller au « Sainct-Esprit, il luy respondit en haussant sa voix : Je c( remetz de très bon cœur ma fortune et ma vye entre (( les mains du roy : il en peult disposer absolument. « Mais quant à mon honneur, il n'y a homme vivant « soubz le ciel qui y ayt puissance. — Et l'exempt luy « représentant ensuitte qu'il luy seroit beaucoup plus

CHAP. U, SISGT. lUy ART. lU 2kl

« advantâgeux d'aller au Sainct-Esprit ; il luy rebondit « qu'il estoit le seul gentilhomme de France qui ne se a pouvoit passer des bonnes grâces du roy ; que les aua très jpouvoient vivre chez eux, sans le roy, de ce que a Dieu leur avoit donné de bien. Que quant à luy, pouci vaut jurer avec vérité que M. le marescbal d'Omano u ne luy ayant laissé vaillant au monde que once cents n livres de rente, il luy estoit impossible, outre la pasce sion naturelle qu'il avoit au service du roy, de se pasce ser de ses bonnes grâces. Que ses ennemis les luy vou- (( loient fère perdre en l'esloignant de luy, pour luy « rendre aprez ses actions suspectes ; mais qu'il lès vou- « loit conserver malgré eux, en remettant entre ses mains H sa vye et sa liberté dans un lieu où ilz n'auroient plus « Tadvantage de le pouvoir calumnier. — Àprez cela, « l'exempt l'ayant pressé et repressé par plusieurs fois « de choisir plustost le Pont-Sainct-Esprit que la Bastille, « et voyant qu'il ne le pouvoit fère changer de résoUu* a tion, il luy dit : Monsieur, quand vous plaira-t-il donc « d'aller à la BastiUe ? — Il respondit : Présentement ; et « pour vous monstrer que vous ne me surprenez point, « mon petit pacquet est tout prest sur la table de mon « cabinet; car il y a trois jours que j'attendais cecy (( avec impatience. Et en mesme temps commanda que (I l'on mit les chevaux à son carrosse. Mais quelqu'un u qui se trouva là ayant dit à l'exempt qu'il vaudroit « mieux n'aller qu' aprez disner, à cause qu'il estoit plus a de midy, et que l'on alloit porter la viande, il dit à « M. le colonel qu'il valloît mieux qu'il disnast avant que <( de partir. — M. le colonel respondit que cela estant « indifferend , il le vouloit bien. Et incontinent il fut « trouver madame la marquise, et luy dire qu elle ne se

« devoit point affliger, puisqu'il avoît ce qu'il avoit dé- « sîré. Elle se comporta en cela avec un très graud et courage '. Puis il vint disner, et en disnant beut à « Texempt à la santé du roy, et le pria de luy dire que {{ s'il luy bailloit la BastiUe pour punition de n'avoir pas « exécuté le commandement d'aller au Sainct-Esprit, il « la recevoit de bon cœur pour telle, sçachant que le roy « est le maistre et qu'il pouvoit fère ce qu'il luy plaîst. « Que sy au contraire il la luy bailloit pour protection 0 contre les calumnies de ses ennemis, il la recevoit « comme une très grande grâce, et espéroit d'avoir un (( jour plus de part que jamais aux bonnes grâces de Sa « Majesté, à laquelle il le supplioit aussy de dire que « soit qu'il demeiu-ast dix heures, ou dix jours, ou dix « mois, ou dix ans dans la Bastille, il la supplioit très « humblement de croire qu'il seroit aussy prest au sortir « de là, d'aller sacrifier sa vye pour son service, que sy « elle luy donnoit maintenant la charge de Connestable. « — Il dit aussy à l'exempt en disnant, qu'il luy douce noit sa foy et sa paroUe, que quand on laisseroit les « portes de la Bastille ouvertes, il n'en sortiroit jamais « que le roy ne l'en tirast, et qu'il désavouoit pour « ses amis tous ceux qui parleroient pour sa liberté, ne

^ « Elle ayoit de Tesprit, du coarage, et plus d^ambition que je n^en ai « jamais vue en aucune femme. » (BÊém, d*Arn, d^Andilly, part, ii, p. 12 et 30.) — Et puis madame d'Ornano se rappelait peut-être que le fameux Corse Sampiétro, aïeul paternel du colonel, avait étranglé sa femme parceque celles! avait voulu demander la grâce de son mari, dont la tète était raise& prix. On pourrait le penser d*après ce passage des Mémoire» d'un favori du duc d'Orléans (p. Si), où le stoïcisme de la marquise n*apparaU point aussi détermibé que dans les Mémoires de Robert : t M. le colonel ne fut • èmeu ny des larmes de ses amis, ny des plaintes de sa sœur et de ses > nièces, ny mesme de sa pauvre femme. On n*a jamais vcu une créature « si désolée; elle s*évanouit deux fois lorsqu^on luy arracha son niary d'en- « trc tes bras... »

CIIAP. U, S£CT. m^ ART. IL Ih^J

« la voulant attendre que du roy seul, et de la cognois- (( sance que le temps luydonneroit de sa fidellité. Après, (( il se mit à parler en riant de diverses choses, et l'exempt u rayant encor fort pressé aprez disner d'aller plustost « au Sainct-Esprit qu'à la Bastille, et luy ayant mesme (( dit qu'il luy donnoit encor vingt-quatre heures pour y « penser, M. le colonel respondit qu'il ne falloit pas dif- <( férer davantage, et qu'il luy tardoit desjà d'y estre. Et « ainsy disant adieu à madame la marquise, il s'en alla <( acompagné seuUement d'un des siens nonuné Cler* (c mont, et fit mettre l'exempt à la portière auprez de luy <( avec un visage et une constance audelà de toutes pa- <i rolles. M* de Chaudebonne se mit dans le carrosse « et l'acompagna jusques à la Bastille, à la porte de « laquelle, et encor après qu'il fut dedans, l'exempt le « pressa de rechef avec grande instance d'en sortir pour <f aller au SainctrEsprit, et luy dit qu'il luy donnoit encor « vingt-quatre heures pour y penser, ce qu'il refusa. In-^ « continent aprez M. de Luxembourg le vint voir, et le « lendemain , jour de la Feste-Dieu, comme il estoit « prest de se confesser pour communier, M. de Luxem- (( bourg estant revenu, le pria de ne le pas fëre jusques « à ce qu'il eust eu ordre de la cour ; ce qui fascha M. le (( colonel. Et depuis ayant eu ordre de la cour de le res* a serrer, et ne laisser parler personne à luy, il le mit « dans la chambre de M. le prince, et ne le laissa plus <( promener sur les tours. Mais M. de Luxembourg esc( tant incontment aprez allé à la cour, il en rapporta « ordre de luy laisser entendre la messe tous les jours, « de le laisser confesser et communier quand il vou- « droit, de le laisser promener deux fois le jour, et de (( luy bailler encor un page et un lacquais. »

:250 ROBKRT A1NA13LD O'ANMLLY.

0 Le siear de Boislouet, exempt susdit, estant retourné a le soir mesme à Compiëgne, le M. de La Viéville luy fit « dire qu'il y avoit mille livres à gangner pour luy 8*11 le « vouloit voir avant que voir le roy. Mais il n'en voulut « rien fëre et alla trouver M. du Hallier, duquel il avoit « receu le commandement, lequel le mena chez Sa Ma- « jeaté ; et bien que le roy fust couché, il entra, tira son Il rideau, et luy présenta Boislouet sans avoir voulu au- « paravant sçavoir de luy ce qui s*estoit passé. Boislouet fc conta tout au roy en fort homme de bien ; et quand il « luy dit les injures de Galeteau, le roy tesmoigna grand fi mescontentement, et se mordit le doigt, h

Cette longue citation, nous ne l'avons pas choisie. Elle nous était indiquée par les Mémoires de d'Andilly luimême; et si nous n'en avons rien retranché, c'est que nous voulons que l'on puisse juger sur un extradt assez étendu, et non d'après nos appréciations, la valeur d'un Journal dont on entretient pour la première fois le public. — Il ne nous reste plus qu'àrappeler combien peu, dans les mémoires contemporains, autres que ceux de d' Andilly, il se trouve de renseignements au sujet de l'arrestation dont celui-ci rapporte les circonstances avec tant de détails ^— Passons maintenant aux frères de cet illustre solitiùre.

i Voir Mém. ito dn€ ifOrUanê, p. i9-U; Mém. é^wi fiwori iu émc (tOrlénnê, p. 18-22 j Mém. de PontU^ 1. 1, p. 808. Pontis, par une singulière dUtracHon, confond l'arrestation d*Omano, en 1624, avec celle de ce même ponoinace en i6S6» bien que lui-mèmo aH |rt part à la seconde ; Mém. de Hich^HcH (édiUon PeUlot), U n, p. 324; Mercvre françoU, u x, p, 470 et 678 I Vittorio SM, MtmorU recondite^ t. vi, p. 609, etc.

CHAP. Ul, 8£<:T. I. :25i

ssa^saiB

Page 1