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w fortement ; et le roy luy ayant dit par plusieurs fois « qu'il désiroit qu'il approuvast sa résolution, il responu dit tousjours que comme roy il pouvoit tout, mais qu'il « n'y consentiroit jamais. Et sur ce que le roy luy dit (( avec instance qu'il l'en prioit; il respondit : Monsieur, « je ne le. puis faire pour vostre prière ; et dit ensuîtte tt que c'estoit le M. dé La Vîéville qui avoit rendu un « mauvais office à M. le colonel, et que ledit marquis tt estoit un meschant et un traistre, ayant voulu avoir u avec luy des intelligences que le roy ne sceust pas, « dont il cotta les temps et les lieux. Aprez cela, Mon- « sieur ayant quicté le roy sort de la chambre en pleu- « rant ; et jurant tout hault que les traistres la luy payece roient, entre dans la chambre de la reyne régnante « [Anne d'Autriche] qui disnoit, sans la saluer, sa cho- «lère ayant empesché qu'il ne prist garde à elle; et (( estant arrivé dans la sienne, dit à son chirurgien or- « dinaire nommé Berthelot (ennemy juré de M. le cote lonel, à cause qu'ayant picqué deux fois Monsieur à u sa grande maladie à Moissac sans le pouvoir sègner, « M. le colonel ne voulut plus depuis qu'il sègnat Monte sieur) : Comment, coquin, estes-vous sy impudent que « de vous présenter devant moy aprez avoir trahy M. le « colonel? Sortez d'icy ; ne vous présentez jamais devant « moy. Je vous fais grande grâce de ne vous point fère « assommer à coups de baston. — Quelque temps aprez «M. de La Roche-Habert, son premier ausmosnier, se Ci voulant mesler de le consoler. Monsieur luy dit : Comte ment pensez-vous que je sois sy mal adverty que je ne te sache pas qu'il y a plus de quatre mois que vous « trahissez M. le colonel? Retirez-vous d'icy, et ne vous « présentez plus devant rtoy. Comme on luy eust aporté I. ' 15
226 ROBERT ARNArLD D'ANHILLY.
u son disner, il ne mangea que trois ou quatre mor- « ceaux, et puis se lit desservir, et après disner ayant « demandé son carrosse pour aller chez la reyne sa mère, a M. de Mansan voulant dire quelque chose pour l'en (( destoumer, il le rabroua fort.
« Lorsque Monsieur sortit d'auprez du roy, comme il (( est dit cy-dessus, M. le colonel le voulant suivre, le « roy Tappella et luy dit, en présence de la reyne-mère ; tt Colonel, je suis très content de voz services, et feray a pour vous aux occasions. Mais je ne désire plus que « mon frère ay t de gouverneur. — M. le colonel responf( dit : Sire, je loue Dieu de la résolution que vostre Mail jesté a prise de ne vouloir plus de gouverneur auprez a de Monsieur, et suis obligé de vous tesmoigner que a pourveu qu'il veuille prendre le soin de se conduire, a comme j'estime qu'il fera, j'estime en ma conscience 0 qu'il en est fort capable. U ne me reste maintenant a qu'à sçavoir de Vostre Majesté, comme il luy plaist que u je vive auprez d'elle et auprez de Monsieur. — Le roy « respondit : Je veulx que vous demeuriez tousjours dans « la cour et auprez de moy comme un homme de vostre « condition et de vostre qualité, et pour lequel je veux « fère aux occasions. — M. le colonel respondit : Vostre « Majesté me faict beaucoup d'honneur de tesmoigner c satisfaction de mes services, et de vouloir que je me « tienne souvent près d'elle ; mais je la supplie très hum- « blement de me dire comme il luy plaist que je vive a auprez de Monsieur dans les charges que j'ay en sa « maison. — Le roy : Je ne veux plus que vous voyiez u du tout mon frère. — M. te colonel : Comment, Sire, « vous ne voulez plus que je voye Monsieur? Ce n'est « donc pas son gouverneur que vous luy ostez, mais c'est
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« le colonel que vous ostez d'auprez de Monsieur, et que « vous en ostez avec honte et avec infamie. Les fidelles « services que mes prédécesseurs ont renduz à la France, « et les miens, Sire, n'ont point mérité un tel traicte- (( ment, et je n'avois garde de l'attendre ensuitte de tant (( de tesmoignages que Vostre Majesté m'a renduz d'es- « tre contente de moy, et des promesses qu'elle m'a sy (( souvent faictes de me garder tousjours Une oreille t( lorsque Ton me rendroit de mauvais offices àuprez « d'elle. Maintenant je me voy condamné sans estre ouy, « et ruiné sans avt)îr moyen de me deffendre. Sy j'ay (( bien faict, Sire, Vostre Majesté ne doibt nullement me « traicter de la sorte ; et sy j'ay mal faict, il est raison- « nable que ma teste en responde, et que vous me faciez « fère mon procez. C'est la plus grande grâce que je tt vous demande, et de m' envoyer pour cest effect à la « Bastille. Car aussy bien sy vous ne m'y envoyez, je m'y « en iray '. — Le roy respondit : Voulez-vous que mon « frère ayt de la barbe jusques ^ la ceinture, et qu'il ayt « encor un gouverneur? — M. te colonel : Sire, j'ay (ï desjà dit à Vostre Majesté que tant s'en fault que j'es- « time qu'il doibve tousjours avoir un gouverneur, je
1 (c Lorsque M. de La VieuTille entreprit de ruiner M. le colonel, il éloit «r ftidle déjuger que sHI étoh une fois éloigné, il ne reviendroit jamais à « la cour avec coiisidératioQ, parceque Toti nettroit auprès de MMsIcar « des personnes qui n'oublieroient rien peur tâcher de le lui foire oublier... « Ces raisons me firent dire à M. le colonel que je ne yoyois point de « diUérencé entre cet ëloignement et la ruine entière de sa fortune ; mais « qu'étant indubitable que le refus d'obéir seroit suivi d'une prison, c'éloit « à lui de se sonder lai-méme, pour voir s'il s'y pourroit résoudre. Comme « il avoit un très grand cœur, il n'eut poihit de peine 6 prendre ce parti ; « et madame sa femme.» • qui avoit de l'esprit, du courtge et plus d'am- « bition que je n'en ai jamais vue en aucune feînmé, y consentit aussi. » (Mémn d^Am, d^AndiUy^ part, ii, p. 43.)
« loue la résolution que Voslre Majesté a prise qu'il n'en c( ayt plus. Mais il n'est pas juste que Vostre Majesté me (( tire avec honte de ceste charge, ainsy qu'elle veult « fère maintenant, en me deffendant l'honneur de voir « Monsieur. — Le roy : Je feray pour vous aux occasions. « — M. le cotonel : Sire, Vostre Majesté en me traictant « de la sorte, ne sçauroit rien fère pour moy, puisqu'en « m'ostant ainsy l'honneur, quand elle me voudroit donce ner un million d'or je le refuserois. On vous a faict « croire, Sire, que j'estois homme attaché à mes inthéc( rests. J'espère de vous fère congnoistre le contrsôre ; et (( Vostre Majesté a desjà eu assez subject de le congnois- « tre, en ce que m'ayant esté retranché depuis quinze <( mois plus de cinquante mille livres par an, tant sur « mes pentions que sur l'entretenement des gens de (( guerre de ma nation, et des places accordées à mes « pères par les roys, vos prédécesseurs, en récompence « de leurs services et du sang qu'ilz ont respandu pour « la France, je n'ay pas seullement pensé à ouvrir la bou- « che pour m'en plaindre à Vostre Majesté, encor que « tout autre que moy n'eust pas mancqué de le faire. J'ay (( mieux ay mé demeurer dans le respect et dans le silence, « que d'importuner tant soit peu Vostre Majesté en ce « qui regarde la commodité de ses affaires. — Le roy : Je « n'ay pas entendu que l'on vous retranchas! seullement « le tiers de cela. — M. le colonel : Sire, on m'a autant « retranché que je vous dis, et sy je n'ay pas voulu vous « en rompre la teste ; encor que M. le mareschal d'Or- « nano ne m' ayt laissé autre bien au monde que les bien- « faicts de Vostre Majesté. Mais je mesprise fort tout cela, <( pourveu que l'honneur me reste, lequel m'est mille <( fois plus cher que ma vye ; et la senlle récompence qui
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« me pourroit contenter maintenant seroit d'aller mourir « à la teste d'une armée pour le service de Vostre Ma- « jesté, sy elle en avoit quelqu'une en campagne. — Et lors « se tournant vers la reyne-mère, il luy dit : Madame, il « n'est pas possible que tant de mauvais offices qui m'ont (( esté renduz auprez du roy ne soient venuz jusques aux a oreilles de Vostre Majesté; mais je croy avoir servy sy « fidellement, sy utilement, et j'ose dire si glorieusement « auprez de Monsieur, que je supplie très humblement a Vostre Majesté de me dire, en présence du roy, comme a elle en est satisfaicte. — La reyne respondit : Monsieur « le colonel, je ne puis dire autre chose, sinon que vous « avez très bien nourry mon filz d'Anjou, et que j'en « suis fort contente '• — Aprez, M. le colonel adressant « sa parolle au roy, luy dit : Sire, il fault avouer que mes « ennemis ont eu un grand pouvoir sur l'esprit de Vostre « Majesté, puisqu'ensuitte des asseurances qu'elle m'a « tant de fois confirmées de sa bonne volonté, il[s] l'ont (( porté à me traicter plus mal qu'homme de son royaume. « — Leroy : Qui sont vos ennemis? — M. le colonel : « IIz ne sont pas loîng d'icy, Sire ; le voilà à ce coing. — 0 Le roy : Et qui? — M. le colonel : La Viéville, Sire.— (( Le roy : Estes-vous son ennemy ? — M, le colonel : « Non, Sire; mais il est le mien. — Leroy : Et pourquoy ?
1 Marie de Médicis était-elle encore sous rimpression des avanies que lui avait fait subir le colonel cône, créature de Luyoes, peu de mois avant que odui-d eût fait nommer son favori gouverneur du duc d*Anjoa (1619)? « rai omb de dire que les émissaires deLuynes l^isotcnt de grandes menaces ■ à la reine-mère, pour l'obliger de se sonmeUre & la loi que ce Civorl vou- « loit lui donner. Cette princesse fut un jour extraordinairement pressée « par le colonel d'Omono....; et il échappa & celui-ci de la menacer de la c main, en la touchant, et de lui dire que si elle entreprcnoit de faire la • moindre chose à Luynes, elle deviendroit plus sèche que du bols, en lui « montrant le buse qu*elle tcnoit. •(^Alem. du comie de Brknnc, 1 1, p. 93.)
230 KOUëRX ARNALLD O'AfUDILLY.
« — M* te colonel: Pour ce que c'est uu infâme et un « lasche, Sire, et que je suis fort homme de bien. — Le a roy : Parlez bas. — M. le coloml : Au contraire. Sire, « j'eslëye ma voix affin qu'il l'entende; car je ne crains tt pas comme luy que l'on sache ce que je dis. Je vous « supplie très humblement de l'appeller. Sire, et je luy tt maintiendray devant vous, et Fespée à la main, sy a Vostre Majesté me faict la faveur de me le permettre, « que c'est un traistre et un meschant qui a voulu gana gner Monsieur, et avoir des intelligences avec luy que a Vostre Majesté ne sceust point ^ -^Le roy n'ayant pas a voulu appeller M. de La Yiéville, M. le colonel luy dit c( ensuitte : Sire, l'on m'avoit toujours bien prédit que je « périrois puisque je ne m'attachois qu'au roy. Sy j'eusse a voulu prendre d'autres appuis, je n'en aurois pasmanc- (( que, et subsisterois maintenant. — Le roy : Comment? « qui est-ce qui eust eu le pouvoir de vous maintenir a contre moy? — M^ le colonel : Personne ne m'auroit <( maintenu contre vous, Sire; mais sy d'un costé on (( m'avoit rendu de mauvais offices auprez de Vostre Ma- « jesté, on m'en auroit rendu de bons de l'autre ; et
1 II parait que ce qai était un crime pour La VieuTille u*en était pas un aux yeux de Robert, lorsqn*U 8*agissait du cardinal de Richelieu : .... t La « reme-mère, MoBsieur, M. le cardinal de Richelieu et M. le colond
■ d'Ornane.... convinrent pour s'assurer les uns des autres, de me rendre
■ dépositaire des promessa qu'ils se firent de vivre en bonne intelligence,
■ mais ielU que quand le roi i'auroit Mçue, H auroit dû en être très «af û*
• fait. (Mém. d'Àrn, (CAndiUy, part, ii, p. 26.) Alors pourquoi se cacher ? Pourquoi ce profond mystère?— ■ M. de Chaudebonne.... extrêmement
■ mon ami.... ne pouvoit voir sans peine qu'il n*eût pas toute la confiance
■ de M. le colonel, et grande part à celle de Monsieur ; à quoi ni M. le co- « loncl ni moi ne pouvions remédier, à cause de Cinviolable secret entre « la reine-mère, Monsieur, M. le cardinal, M. le colonel et moi, auquel nous
• étions engagés, et dont nous ne pouvions nous dispenser, • [ibib., part, ii, p. 31.)