‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 64 sur 99 · SECTION I · texte numérisé non relu

SECTION I

mcoLAs-snioii, rauxikuE mabquis oe pouponne.

Dans cette nouvelle génération, les affections de d' AndiUy avaient coïncidé avec les droits de primogéniture ; elles reposaient de pi*éférence sur Tainé de ses petitsenfants, sans avoir cette fois pour les autres rien d'ex- . clusif. Car soit que la fermeté du jugement eût décliné chez lui avec les années, soit plutôt qu'il se laissât / entraîner à cette tendresse indulgente de tous les aïeux .' pour cette partie d'eux-mêmes dans laquelle ils bravent de plus loin la mort, jamais il n'avait rêvé pour sa famille de plus dignes héritiers que ses petits-fils; mais parmi ses petits*fils aucun n'approchait de celui dont il devait diriger le plus longtemps l'éducation. « L'une des « principales choses à quoi je m'occupe maintenant , « écrivait-il à sa fille Angélique, religieuse de Port-Royal, « c'est de tâcher de bien élever notre petit, dont il n'y a « point d* espérance que Ton n'ait sujet de concevoir, (( tant il a plu à Dieu lui donner d'esprit, de jugement, u de mémoire et de docilité. Adieu, ma très chère fille ;

239 USS PETITS-nU d*ARIUII» tfARDOLT.

o je ne finîrob point ai je me aroyois^ « ment le pronosUc da vieîUard esthoiisiasle fut loin de se réaliser. Celui de tes petite-fils qu'il ptttèïwit mn fui le meias cepable. Enfeot, la tendresse vamieuse de eon aiéul lui avait créé des qualités; adolescent, le erédit de scMEi père lui valut des charges. Abandonné à Im-^mâBie dans l'âge màtf û ne sut ni prokMiger riUutttm, ni acm* tenir sa fortune.

ARTICLE !•'• Fortune emfnuntée du Marquis.

Nicolae-Sinon était né dans le mois de mat iê62^^ durant la première disgrâce de son père. A dix-neuf aiiâr, pendant la seconde, il mtra comme lisnlfliiant dsMle riment du roi [ld81] ^ — Dix4iuit mois aprte \.'7 janvier 1683], il y obtint une compagnie, à la tèle de laqudle il figura au siège de Courtray [1083], et dans Tannée de Flandre, qui couvrit le ûège de Luxembouig [1984] K

— La disgrâce de smi père durait encore; mais cehii-ci avait à la cour d'excellents amis et la chance d'un np^ pd. Dix*huit autres mois éooulés, le jeune cqpitûne fut colonel d'un des régiments d'infanterie que le roi VMait de former [à septembre 168â]. C'était celui d'Hûnault ^

— Il le commanda pendant huit années [168A-169S] avec

1 Le CIcrG, ViêêéHf. éê P, /!., 1. 1, p. 960, Mrs èi» janvier iSIS.

s Cf. Uitre inédite du 28 octobre 1663, et OEaurret du dact. ArnwU^ t. I, p. 997, lettre cixxix, da 18 mai 1663. D*aprts cette dernière lettre II semble que Nleolas-Sinoii eilDé le 17 mai et qu'il a été baptisé le IS.

' Plnarda CkronoL kiêU miliU, t na, p. 68.

^ Ibid.

> lèid.; Gattiit de France en 9 septembre I684f p* 688; Mercure falan9^ septembre I6ft4i P* t9X

CRAP. Vy UCT. I, ART. L Ui

quelque diatinctioD, surtout dans lea guerres d'Ualie, où son parent le marquis de Feuquières sut le mettre en relief lors de cette attaque de Saluées par laquelle s'engagea la bataille de Staffarde [17 août 1600] ^— Il obtint ensuite un nouveau brevet, celui d*un second régiment d'infanterie, du régiment d'Artois^ [8 septembre 1602]. Son père venait alors de rentrer aux affaires. — Le 81 mars 1008, il fut créé brigadier ', et se trouva le 28 juillet suivant à la bataille de Nerwinde *, dont il fit une relation qui se trouve parmi nos papiers. Vers la même époque, il écrivit un mémoire sur la situation des affaires d'Italie après la Marsaille [h octobre 1603], mémoire qui fait également partie de notre collection. «-Mais soit que les occasions ne se fussent point offertes, soit qu'il n'eflt point su les saisir, il n'illustra pas plus le grade de brigadier qu'il n'avait illustré celui de colonel. Il se retira du service ^ après y avoir passé un peu plus de quinze années [1607], et sans en rapporter autre cbose ^ue des grades.

Dq)uia trois ans déjà il avait épousé Constance de Harville de Palaiseau [160i] ^ ; et depuis un an te marquis de Torcy, en épousant sa sœur, avait allié la fortune des Colbert à celle dea Amauld ^ ; le 10 mars 1607 il fut

« DeQttlQcy, BUU milH. du régne de Louiê XIV, t. ii, p. 296. — Cf. Eloge de f aAM d0 Pomptmne% ptr Dacler ; Mim, de l'acad. dêa !nêeripi„ t xitii, p. 354.

2 Pinard, Chronol, hUt, milit.^ U yni, p. 69.

s OaMêiie du 4 anll 1699, p. 168. Dans eette promotion, les parenU et l6i amis de la AmUle Arnaold ne lurent point onbliéa. Le marquis de Feu« quîères, les marquis de Vins et de Bartillat furent créés lieutenants-généraux.

* Pinard, Chronol. hist, mlliL, t. tiii, p. 69.

» Voir plus haut, L 11, p. 217, n. 5. — Cf. Œuvres du doc(, Amauld, U f», ^ 7M, lettre mn, du a mars 1694. 7 Voir plus haut, 1. 11, p. 425.

22& UBS PETITS-*FIL8 D*AKNAULD D'ANDIULY.

nonuné lieutenant du roi au gouvernement de TÛe de France '. Ses nouvelles foncdons et sa trente-cinquième année qu'il avait atteinte permettaient à son père de loi ouvrir enfin la carrière à laquelle il l'avait toujours destiné, celle de la diplomatie. Le moment d'ailleurs éuit choisi avec ce parCût sentiment de l'opportunité qui distingusdt le marquis de Pomponne. C'était celui où s'élaborait entre tous les cabinets de l'Europe le démembrement de la monarchie espagnole. Un premier traité de partage avait été signé à La Haye le 11 octobre 1698. Mais le 6 février suivant le prince électoral de Bavière, auquel étaient dévolus les royaumes de la péninsule hispanique, expira avant d'avoir atteint sa liuitièBie année. Le secrétaire d'état aux afiaires étrangères fit désigner son fils ahdé pour une mission extraordinaire^ où il s'agissait d'aller complimenter au nom du to\ Y électeur de Bavière, alors gouverneur des Pays-Bas espagnols. La tâche n'était pas si ardue qu'elle fût au dessus de la capacité de Nicolas-Simon. Aussi s'en acquitta-t-il avec convenance, comme le prouvent tous les documents relatifs à cette ambassade que renferme notre dépôt. Parmi ces documents se rencontre d'aiUeurs une lettre de son père qui atteste toute la sollicitude avec laquelle le marquis de Pomponne et Torcy, gendre et collègue de ce dernier, avaient préparé et surveillaient ce succès de famille.

« A Versailles le 16 mars 1699. — J'avois receu, mon « filz, il y a deux jours, vostre lettre dû 10. Celle du iî « me l'a esté [remise?] aujourd'huy. Monsieur de Torcy «et vostre frère [l'abbé de Pomponne] l'emportent a

1 Piiiai-d, Ckvon, hist, miUt,p. 69 ; Journal de VcrdMnj nui 1787, p. 400* 3 Pioard, ibid,f p. 69.

CHAP. V^ SEGT. l, AET. L 225

(( Marly pour leur curiosité seulement, car ce ne sera (( qu'aprez avoir receu vostre lettre que le roy sera inc( fènné de ce que vous avez fait à Brusselles. Sa Majesté (c a esté seulement instruitte de vostre arrivée par la pre- (( miëre lettre que vous avez escritte à Monsieur de Torcy . « — J'ay veu avec plaisir le x:onte que vous nous rendez a de Taudiance que vous avez eue de Monsieur l'électeur c( de Bavière. Nous apprendrons bientost celle que vous (( aurez eu de Madame l'électrice. Vous ne devez pas (c ménager quelques jours plus ou moins pour rendre tt touttes les visites que vous avez receues, et pour prof- « fiter de l'honneur que Monsieur l'électeur vous a fait (( de vouloir que vous le suiviez à la chasse. Dans un <( voiage tel que le vostre, il faut se jn^sser de porter « le compliment ; celuy dont on est chargé en revenant K ne demande pas tant de diligence. Ainsy vous pouvez « prendre tout le temps qui vous est nécessaire pour « vous acquitter de toute vos devoirs. —Je ne doutte point a que vous n'ayez prévenu ce que j'am*ois peu vous a mander de ma respectueuse recognoissance de l'hon- (( neur que Son Altesse Electorale m'a fait de vous parler « de moy. Son envoie fait fort bien sa cour icy. Le Roy (( luy a encores parlé longtemps aujourd'huy à son dis- « ner. Sa Majesté l'avoit fait de mesme il y a quelques « jours à un autre '. »

1 Voici la fin de cette lettre : tll ii*y a rien icy de nonveàn depuis TOslre \ « départ* sy ce n^est le pauvre Raclue que je crois mort à oeste heure ; on « n*en espéroit rien ce matin. — M. le conte d*Au?eipie part pour son ma- « liage en Hollande. M"* sa fille est entrée dans les Carmélites. — Adieu, « mon fils { nous a?ons icy vostre femme depuis TosCre départ Je Toudrois c qu'elle y fùst aussy contente de la fortune des as noirs que nous le « sommes de Ty atoir. Vostre mère yoûs embrasse et est toujours pour son « rhume au mesme estât que tous Tavei laissée. »

326 LES PEUTS^^riLS D*ABIfâDU> m'àSNLLY.

Le nouveau dipkNiiate, ainsi renseigné, iMtrenu, oonseiUé, fit son compliment avec tout le succès possible* Malheureusement son père, qui avût si bien sûsi IV propos de son début, si bien proportimmé le débat à ses forces, s* était fait illusion sur un seul point II avait compté sans doute sur une de ces longévités dont rexraiple était fréquent dans sa famille ^ U n'atteignit que sa quatre-vingt*unième année, et mourut six mois après k mission extraordinaire de son fils. Celui-ci n'avait alors que trente-sept ans [1062-<1600] ; il devait en vivre k double [1662*1787] : mais la mort de son père coupa court à sa fortune. Depuis lors pas un emploi, pas unt dignité, pas même une distinction ne vinrent compléter le brillant avenir que d'AndUly avait espéré, que Pam-ponne avait ébauché pour Nicolaa^Smon*. Et cependant son beau-ftère, le marquis de Torcy, conserva \e portefeuille des affaires étrangères tout le temps que vécut Louis XIV M et son frère, l'abbé de Pomponne, fut luimême, comme nous le dirons bientôt, chargé d'une ambassade à Venise.

^ Michel, Taleut de celui des Arnauld qui s*é(ait étal>li ft la coar, araii vécu cent quatre ans. (Mim. 4t (tÂndiU$, part i, ^ 8.) D'AndiUy mvaà vécu qoaUreHriogt-cinq ans, de 1589 à 1674 (et non pas quatre-TÎiigt-Deiii^ comme le dit Du Fossé, Af^m., p. 351.^ Cf. NécroL de P. P., p. S8t; ' Gttilbcrt, Mém. ekrinu, t vt, p. 199). La dooteur Amauld réoal ^9knfiogt-trois ans, de 1613 à 1694. (NécroLàtP^ R», p. 814, ci imUcs les Fies de cet liomme célèbre.) L^évèque d^Augers vécut quatre-vÎQgt-qaiiue ans, de 1597 à I69S (Menu delaiL Angélique, généal. p. xiii), etc.

2 « L'alné des fils de M. de Pomponne, épais, extraordinaire, >▼»■ « olMcur, quitta le service, devint apoplectique, et fut toute sa vie cosaplé a pour rien, jusque dans sa famille. • {Mtru de Saint-Simon, t. iv, p. 169.)

s A la mort de Louis XIV si Torcy se démit de sa diaïf e de aecuéUJrc d^état (Mém. de Saint-Simon, t. xxv, p. 115J, il conserva la dlraoUan des postes, la pension de ministre d^état, une place dans le conseil de régepce et une grande influence. ( Mém, de Saint-Simon, ikid; p, §6 ; t« xzrt, p. 18; t xzxiii, p. 178, etc.)

CHAF« Vj 0BGT. t^ ART. 11. 127

ARTICLE II

Le Morquis au naturel.

Ce n'était pas toutefois que le nouveau marquis de Pomponne omit rien de ce qu'il fallait ppur réussir à la cour. Il fit même dans ce but beaucoup plus que n*eût fait âon père, beaucoup plus surtout que n'eût fait son aïeul. Jusqu'alors Tesprît de tous deux avait semblé diriger sa conduite. IV Andilly eût été satisfait de son ambition ; sa prudence n'était autre que celle de Pomponne. Mais dans la seconde période d'une existence désormais sans guide, il inclina de préférence vers les traditions paternelles. Il le fit sans mesure, comme peut-ètte aussi sans calcul. Sa prudence devint lâche; sa fortune n'en recueillit aucun profit.

Port-Royal-des-Ghamps succombât alors [170d] sous une dernière persécution. La violence en avait dispersé les derniers habitants et confisqué les biens '. Il n'y restait plus que la population souterraine des morts et des bâtiments vides. Louis XIV avait secrètement résolu de disperser aussi les morts et d'anéantir les édifices. Il commença par ceux-ci*. Une bande de démolisseurs envahit et profana le pieux asile '. Les cloîtres s'écrou-

^ Voir entre autres ouvra^ HUt, aMg, de la dern» persécui, de P. /I. [par Tabbé Pinauld]; Oém. [de Fouttloii] tur la destruction de P. A. ; le V* Tolume da Néerologe de Cerveau ; les trois derniers de Guilbert, Mém, chron. ; les dein derniers de D. Clémencet» HUt, de P, IL, etc.

> Arrêt du conseil d'état» du 33 janvier 1710. (Guilbert, Mém. ekran,^ U ti| p. 363; Cerveau, NéeroL, t t, p. 173; Pinauld, Hi$U abrég., t. n, p. 885.)

S Guilbert, Mém. ciavn., t. ti, p. 107.

228 LES FETITS-PaS D*ARNAtLD O'ANDILLY.

\ lërent sur les tombes qu'on leur avait confiées i. Les déi combres recouvrirent de leurs débris ceux des cimetières^; et les amis de Port-Royal en conçurent un dernier espmr. Les ruines devaient protéger les morts: le saint édifice, en se renversant sur leurs cendres, les ( abritait d'un dernier rempart. Trois mille cadavres à peu près échapperaient sans doute ainsi à la profanation '. Et puis parmi ces dépouilles il y en avait de royales ^ dont la présence était une autre garantie pour les dépouilles illustres qui elles-mêmes protégeaient^ les sépultures vulgaires. Qui donc oserait rompre cette as- \ sociation de la mort 7 Louis XIV viendrait-il le premier ') violer le tombeau de la sœur du grand Condé ou de la princesse de Conti? S'il ne donnait ïexemple, qui Je donnerait? Et cependant pour que V œuvre de destruction-atteignit son but elle devait être complète. ^ Elle le fut ; mais ce n'est pas Louis XIV qui en avait donné le signal. Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris et confident du roi, avisa parmi les courtisans celui dont les antécédents et le caractèrc se prêteraient le mieux à cette démarche^. Il n'en trouva pas de plus « propre que le marquis de Pomponne. — C'était sa famille qui avait créé Port-Royal ; nul ne pouvait servir plus efficacement à le détruire. — Bientôt le marquis remit au cardinal- archevêque un placet dans lequel il demandait

* Goilbert, Aiém. cAron,, U vi, p. Si8 et 374. ' I(L, ibid., p. 208.

» M, ibid., p. 278.

* NécroL de P, II., p. 159, 231, 65, W.

B [EnlcTcr ces dépouilles illustres] « c'éioit les séparer de beaucoup " d'autres moins recommaudables aux yeux des hommes» que Ton expoioit « par conséquent à une plus facile pro&nation. n (Guilberl» ibid^, p. 2S40

< Gttilbert. i6i<t,p. 280,

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