‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 65 sur 99 · CHAP. V^ SECT. I, AET. IL · texte numérisé non relu

CHAP. V^ SECT. I, AET. IL

au roi « de transporter soit à Saint-Merry de Paris, où étoit ' <( la sépulture de ses ancêtres, soit à Pomponne, les corps (( de ses parens qui avoient été ensevelis à Port-Royal, « afin que sa postérité perdit la mémoire qu'ils avoient « été enterrés dans un lieu qui avait eu le malheur de « déplaire à Sa Majesté '. » Dans sa vie de courtisan le cardinal de Noailles avait dû être témoin d'assez de lâchetés pour qu'elles le laissassent désormais impassible. Celle-ci le fit sourire 2. — Le petit-fils de d' Andilly , le petitneveu du grand Amauld demandant que leur postérité : oubliât le nom de Fort-Royal I— La Providence indignée fit plus. Pour mieux supprimer le souvenir, elle supprima la postérité. ^

Louis XIV, de son côté, seconda autant qu'il était en } lui l'oubli dans lequel le marquis de Pomponne voulait plonger ses aïeux. 11 leur interdit la sépulture de leur famille à Paris, et relégua leurs cendres à Pomponne, où il ne se trouvait pas même un caveau pour les recevoir ♦•

* Gailbert, Méwu chroH.^ t vt, p. 280 ; D. Gtémencet, de Bist, P. A., t z, p. 19.

s « Cette flatteiie Ait jugée par le cardinal un moyen excellent pour ^ « réussir, et mérita même son rire. » (GuDbert, ibià., p. 280.)

^ « Ce marquis [de Pomponne] racontoit avec complaisance ce tour de « sobtililé on d^adresse, employé pour obtenir TelTet de sa demande. Ses « amis gémissoient sur ceUe basse flatterie ; et tout à coup, ou pluldt onie M mois après, Dieu retira le jeune comte de Pompoime, fik atné de ce mar- « quis, et [dli-hnit mois après] le cbcTalier de Pomponne. Il ne resia « d*anire postérité à ce marquis qu*ùne seule fille... » QGuilberr, ibid,, p. 284. et p. S83.) — Il n*est Ici question que de la branche des Arnanld d^Auverf ne, transportée à Paris dans le seizième siècîe. Le tronc d*où élait sortie cette branclie, les Arnauld de Pro?ence subsistent encore; et nous sommes heureux de compter au nombre de nos amis Tun de leurs plus dignes représentants, M. le olieralier d*Amauld, intendant de ta 13* division militaire.

^ « Le roi ne Alt que peu toudié de la flatterie du marquis, et eut peine i « à accorder cette permiwion [le bon Guilbert s*y est laissé tromper; Toir II. 16

230 LES P£TIT8-nLS D'ARNAULD D'ANDILLT.

On les déposa provisoirement sur des tréteaux, au fond des cryptes de Palaisean. ^

Cependant les tombes de Port-Royal n'étaient plos inviolables. Après celles d» Amauld, on ouvrit celles de madame de Longueville et de madame de Conti '; puis, à quelques jours de distance, celles de Le Maîstre, de Sacy, de Racine et de tous ceux dpnt le nom rayonnait à travers les décombres ^. Puis vint le tour des morts tu>gûres, des solitaires inconnus, des religieuses sans nom, des humbles serviteurs de Tabbaye [janvier 1712] ^ Alors ce fut un affreux assaut de profanations entre les fossoyeurs ivres ^ et les chiens du canton ^ Ceux-là volaient leurs derniers linceuls aux cadavres gue la

« ce qu'il dit lui-mèmei ibid., f, 299] dont k dentiide n6rita eependanl « les louanges de se majesté. Le transport à Saint-Merry talT^eUè coanne f» ne pouvant se Ailre aaseï iccrètement.» !9e forte homillvs (lerei in iMiymlo. ' «I Pomponne fut le lien destinépouroet tépuUuKes, et ladiapellebwie^ii m- «• terraiiie des seigneurs de Palaiseau pour celui do dépôt, en attendant la m construction d'an eaTeao dans Tégltse de Pomponne. » (Guilbert, Méwu cktoH,, t« n, p. 280.)— Sur la punition du roi et de ceux qui aTaient pait>dpé à la destruction de Port-Aojal, voir Goilbert (iM., U vn, p. ta», 164 ; Besoigne, IIUU de P. R., t. m, p. 222 ; D. Clèmencet, Hist. deP.iL,th p. 36 ; le Becueil in-i2, p. 535.)

1 Guilbert, ibid,, t n, p. 284*

3 D. aémencet, BisU (<e P. a, t. x, p. 47 1 Talibé d*Ettew««. Cimiuem,, etc., aTertiis. du troisième fémiiê,^ p. 104 ; Guiltettt ièil, U TU, p. 106.

s Guilbert, ibid,, t. vu, p. 108.

/ Guilbert, ibid., U vu, p. 133.— Cf. p. 84, et Pinauld, HUt. mbréf, éi ta dernière pereécut, de p. Rm, t. ii, p. 39i.

B « Les ouvriers cluirgei de l'exécution n'étoient goères en état d'éeeattr « ni la nature ni la raison, étant presque atibrutis par tes exoèa de via. ' (L*abbé d'Ettemarre, III' Gémiêâem,, p. 106.) n Ces ouvriers bavoical, « rioient, chantolent et se mocquoient de œs penonnes qu^ili troavoicBl « ainsi en chair. » (Relation du 2 février 17I2« Le Clerc, Fia» iéif. ée P. R., t. IV, p. 59.)

• L*abbé d*Ettemarre, Ul« Gémiêeem.^ p. 105; Platiild, Bit. etêréf., t. Il, p. 401 ; Giulbert, ibid., U vii, p. 87-91,

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tombe avait respectésS et rendaient la mort impudique*; ceux-ci se disputaient les lambeaux de chair à demi consumés^. Les uns, à travers un épouvantable ouragan qui déracinait les derniers arbres plantés par d'Andilly^, hachaient à coups de bêche les membres rai-dis qui ne se ployaient pas au tombereau commun ^ ;

1 «r rai sço que Ton avoit trouvé le corps du frère Laisné ri entier, que m Toatrier qui le ééterrott défit le drap dans lequel II étoft enseveli ; pui$, ff ayant yii que la ckemiae MfAi waA UH bonnet U dépoollia et taisia nad « ce corps, et emporta ce linge pour son usage... Les déterreurs le recon- « noissant, malgi^ leur yYresse, s*écrièrent : «c Ah I te voilà donc, Laisné... I » (Gullbertt SÊém, ckram., t m, p. 89 et »4*)

2 m ...„ Ils entendirent cet hommes dire les sotises les plus Infâmes à M foccasion de membres nuds qu'ils trouvoient.... L'indécence étoit portée « si loin qu'un fiel habitant de Magny, encore Tlvant en 1754, qui, étant « jeune dans le temps de cette ohumallon avoit été forcé d'y travailler, ff déclaroit publiquement son horreur en disant que, s'il avoit voulu, 11 auroit (T appris Tanatomie ; eipressions qui ne désignent que trop la situation où « l'on laissait des corps de filles eihumés et sans lineenll, on qui étolent à « demi pourris. » (GuUbertt ibid., p. 87 et 89«— Cf. Le Glere, Fies ééif. 4ê P.iî., l.'iv,p. 59.)

s M Ce qu'il y avdt de plus horrible, c'est qnlt y avolt des chiens (Le | n Qerc» VUê ééif., t iv, p. 59 1 ai» 9k1m$) é»m rigllse, oconpèi I manger Il les chairs qui restoient encore à ces membres séparés des corps; et per* « sonne ne s*avlsoit de les chasser... » (Guilbert, Uid., t vii, p. 87.)

4 « G'étolt le jour de l'homme, mais non ceint du Seigneur. tJn ouragan \ m Tîolent et ftirieox se fit senUr ce même jour par toute la France, et lalsan « en tous lieux des marques de son passage... Les ravages firent si grands «t à Port-Royal même, quoique [il flit situé] dans un fond, que tous les - Il arbres fruiderf en furent arracMa. » (Gnilhert, tMC, t. vn, p. 118.)

& « On les met dans nn tombereau, et, afin d^rgner les voitures, on « les charge tant qu'on pont. Ge qni est cause qu'à chaque cahot II tombe ' « dans le chemin qnelqnefWs nna tête» nn bits ou on pied s ce que les pas- « sans ramassent et enterrent inr le bord dn cbeasin.*» » (Gnilbert, iHé., u VII, p. 88.) « Les fosBoyeon hachoient lea corps. •• pour les Ibire tenir «t dans des mannequins on paniers..., sauf I laisser pendre nn bras, une ft jambe on une tête... v {IHé», p. 91.) « Les Ibssoieurs ne prennent pas Il seulement la peine de lever nn ecrpa entier quand ib le trouvent, mais Il Ds le hacbent I coups de bêcha, t ( L'abbé d'Ettemarre, IIP Gémhtem., p. 105.)

les autres en recueillaient une afireuse curée d'entrailles K

y Nous avons dit que le marquis de Pomponne ne recueillit rien de sa complaisance ; et cependant il la porta jusqu'aux dernières limites. Tout le temps que Técut Louis XIV, les restes de sa famille demeurèrent sur leurs tréteaux, et le caveau qu'on lui avait permis ne s'ouvrit point à Pomponne. Peut-être aussi craignait-il d'introduire dans sa maison de plaisance des ombres vengeresses; car, dix ans après la mort du destructeur de Port- Royal, ceux qui en avûent fait la gloire gisaient toujours au fond des cryptes de Palaiseau ^. Il fallut qu'un visiteur étranger, auquel le marquis de Pomponne en avait ménagé le spectacle, lui ftt observer que ces iUustres débris courûent le risque d'être dispersés, ou même profanés, si une mutation remettait l'église de Palaiseau aux mains de quelque fauteur du Molinisme ^ L'auteur de cette réflexion était l'un des secrétaires d'état de Louis XV, Le Blanc, ministre de la guerre. Uanden brigadier, à qui elle n'était pas venue sans doute depuis quinze ans, la trouva judicieuse* Elle ensevelissait à la

^ fois ses remords et ses hontes, et lui épargnait un caveau. Il n'en économisa pas moins sur les bières, qu'il

^ « M. Blondel avance, dans son supplément manuscrU an Nécrolofe de K Port-Royal, qae les ouvrière dépouiU^ent le corps d'an prtire [incoonu], n le traînèrent par les pieds le long de Téglise, jnsqa*an monceau où éloieol ft les corps; que Ift, avec des pioches et autres outUs, ils mirent en pièces a ce corps que la mort avait respecté, et que des chiens lui mangèrent les « entrailles. » (GuilbCrt, Mém, ckron,, t. vii, p. 94*)

2 Suppi» au NécroL de P. IL, p. SOS ; GuUbert, xM., t vi, p. 966.

3 Guilberl, t6tV. ^Cf. Journal de Doreanne^ t. iv, p. 965. —Le coré de Palaiseau à cette époque était M. Auder, ipn mourut le 8 septembre 1746 (GaiU>crt, ibid., p. 295. — •€& le NécroL de Cerveau, t ii. p. 181 ; la Vie de M, o*e Caylui, évOque d*Auxerre [par Dettey], 1. ii, p^ 67, etc.)

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