Mi LES PKTlTB«nLS D*AUIAULD D^ANDIUY
Cbarles-Henri n'en avait que cinq [1660-1674]. Celuinri en avait vingtrcioq lorsque mourut le grand Amauld [1694]. Il devait le remplacer dans l'Église, comme son frère devait continuer dans le monde la fortime de sâ famille. Pomponne^ en communiquant à tous deux sa prudence, transmettait plus particulièrement à l'aîné les traditions de son père, et soumettait plus volontiers le puîné à la direction de son oncle ; de sorte que chez le premier ce fut principalement l'aYnbition qui se combina avec la prudence pour produire les résultats que nous avons vus, et que che2 le second' s* opéra le bizarre amalgame d'une réserve pusillanime et d'une invincible opiniâtreté pour amener les résultats que nous verrons.
C'est à la correspondance imprimée du grand Arnauld qu'il faut demander les preuves de sasoUicltude pour \e jeune abbé dans lequel il voudrait se former uabëfitâer. Du fond de l'exil il surveille son éducation, se met eu correspondance avec l'abbé Ravecbet ' son précepteur.
1 Œuvres du docL Amauléf i. iv, p. S, lettre Kxnvn, do 29 avril 1694; p. 47, lettre mui, du A juin i694« et p» 53. — Cf. Eloge de Ctttbé dt Pomponne, por Dacier, 3iém, de Cacad, des Inêcripi.^ L xxtu, p. 256. — Par un ftingaller hasard, Pabbé RsTeehet, qu^aralt choisi M** de Konlpertois ceUe amie commuM de Pomponne et du grand Amauid (OSuvrtê et celui-ci, t. IV, p. 52, lettre mlv, du 18 juin 1694), pour élever l*héritier et tous deux, se Irouvait dans des conditions telles que le père et Toncle de son papille pouvaient les souhaiter. Instruit par le» Jésuites et portis&B fougueut de leurs doctrines dans sa jeunesse, il se montrait alors Ton de défenseurs les plus opiniâtres et les plus emportés du Jansénisme; plus tard même, Pabbé de Pomponne, son é!ève, mab non son émule en courage, coBUM nous le verrons bientét. Ait obligé en emi pHu poUiique qm eàrétien, dit le biographe janséniste de Ravecbet (Nécrol, deê appeUns, p. 50; loir cependant Joicrfiaf dt Dortannct t. ii, p. 565), d^enfenner chef soi ce dernier pour IVmpécher d'aller en Sorbonne, sous Louis XIV, prolester contre la bulle Unigenitui* Après la mort de Louis XIV^ Ravecbet fut élu Kyndic do a facu'tê de théologie, et accueillit en cette qualité le f^meui ;ippcl des quatre évoques (5 man 1717). Les quatre é\'éqoe$ furent eiUés, le
GHAP. V, SfiCT. Uf ART. h 235
trace Bon plan d'études et choisit jusqu'à ses lectures K ' Il les lui choisit agréables : u II vaut mieux, écrit-il à « Ravecbet, qu'il s'applique à étudier des choses qui lui . (( agréent, quoiqu'elles lui soient moins utiles, que de le « presser d'en étudier de plus importantes qui ne lui (( agréeroient pas, ce qui le pourroit dégoftter des études , (( et le jeter dans la fidnéantise *. » C'est d'après ce principe sans doute qu'au lieu de mettre Jansénius aux mains du jeune abbé il lui conseille les Provinciak$ ' ; mais ce ; ne saurmt être d'après le même motif qu'il lui déconseille la Sorbonne. — Il en avait un plus grave.
Pomponne, alors dans la disgrâce, et louvoyant entre ses opinions et les intérêts de son avenir, avait pris pour son deuxième fils un de ces demi-termes dans lesquels son habileté s'était tant de fois réfugiée. Il l'avait placé à l'Oratoire ^, mais en lui faisant suivre les cours de la Sorbonne. L'Oratoire était à demi Janséniste ^ la Sorbonne à demi Moliniste* Tout en poursuivant les Jésuites, celle-ci ne conférait ses grades théologiques qu'en faisant signer au récipiendaire une censure personnelle contre le grand Arnauld^, Au lieu de faire graduer en théologie
son petit-neveu, le docteur voulait qu^on le fit graduer
iioUire mis à la BàsUlleel le syAdtc expédié pour Saiiit-Brieux. En s'y rendant celui-ci mourut le 34 avril 1717 dans Tabbaye de Saint-Melaine de Rennes. (NéeroL dêê appelam, p. 46 ) NécroL de Cerveau, 1 1, p. S»t SuppUm, aux iiouv. eccUs.^ k mac» 1748t ^ 89; SuppL au NéeroL de P. Hi, p. 579; Journal de Verdun, de février à juillet 1717 ; Gazette dU V mai 4717, etc. 1 OBuvreê du doet, Arnauld, U iv, |i. 72» lettre mlxv, du 80 ju!1!et 1694*
3 Ikié., p. 69, lettre lar, du 18 juin 1894. » Jbid,, p. 7a.
4 Ibid,, t. lu, p. 855, lettre dccctii, du 5 juin 169 J.
^ Voir plus liaul, t i, p. 292. — Cf. Lanière, Vw d^Amautd, U it, p. 260, etc.
• Voir OHwree du doet. Âmavld, t. xix, préf. hîst. et critique, p. xxxvii à Lxxiir ; la seconde moHié du t. xik, à dater de U p. 811, tt tout le L xx.
2&6 LES PETITS-FILS D'ARNACLD D'AHIMLLY.
en droit canon : « Il y profiteroit pour le moins autant, « écrivait-il à madame de Fontpertuis, et on le mettroit « par là hors de danger d'être pressé de faire jamais ce 0 qu*on avoue qu'il ne pourroit faire sans se déshonorer ; (( car si son père venoit à manquer» comme tout homme tt est mortelt estron assuré que sa mère, et ses parens de <( ce côté-là auroient la même fermeté? De plus, si Diea « lui faisoit la grâce de ne penser qu'à servir l'Église, a comme son état l'y oblige, il est quelquefois nécessaire « pour cela d'avoir des degrés. Or on n'en peut avoir en « théologie, sans passer par où on ne voit pas qu'il puisse n passer avec honneur. Il faut donc se mettre en état d'en K avoir en droit canonique. Et si on [le roijs'en étonnoit, « et qu'on en parlât au père, rien, ce me semble, ne serait I « plus honnête, et plus approuvé dans le monde, que d'en « dire la vraie raison. Car il est toujours demeuiè un « certain sentiment d'humanité qui fait que ceux même « qui ont peu d'attention à ce qui est juste ou injuste c( en soi, approuvent toujours qu'un honnête homme ait « égard à ce qui touche l'honneur ou le déshonneur de « sa famille. Peut-être même que ce lui seroit une ooca- (( sion de parler au patron [au roi] ; et en lui disant bon- « nement ce qui l'empêche de faire étudier son fils en « théologie, faire tomber le discours sur l'oncle et lui « donner envie de voir un petit livre [te Phaniasme du ti JansénUme]^^ qui explique bien des choses, dont c( peut-être Sa Majesté n'a jamais été bien informée. H c( pourroit aussi témoigner de la douleur de ce qu'étant « si avancé en âge, il peut tomber malade dans un pays « éloigné où ses plus proches seront privés d'avoir la
1 OÊiwrtê du doct* AmamUf t sxr*
CHAP. Y, 8EGT. n^ ART. L 257
f( consolation de lui dire le dermer adieu ; que tout ce (( qu'il souhaiteroit est qu'il plût à Sa Majesté de trouver « bon qu'il pût demeurer incognito avec deux ou trois (c de ses amis, où il pourrojt être vu de très peu de pertt sonnes, qui n'auroient garde d'en faire du bruit Je « crois bien que tout cela n'est qu'une vision ; mais m'é- « tant venu dans l'esprit en l'écrivant, j'ai laissé aller « ma plume ^ » Et nous aussi, nous avons laissé aller la nôtre à transcrire cette touchante vision de l'exOé ; plus touchante peut-être, si le fantôme du Jansénisme ne s'y agitait pas au premier plan, en reléguant au second les douces images de la famille : car, on le voit, à travers ses sollicitudes pour son petit-neveu, le grand Amauld poursuit obstinément le triomphe de ses idées, comme Pomponne la restauration de sa fortune à travers l'éducation de son fils. — Le pouvoir est le but que leur coup d'œil vise par dessus la tête de l'enfant.
Hais l'enfant grandira ; il lui faudra viser le pouvoir à son tour. Le grand Amauld ne demandé pas mieux qu'on l'y instruise. Il applaudit à un voyage de Rome qui doit y ûder. Il devance le voyageur de ses recommandations dans les abords du Vatican : a J'espère que « vous pourrez lui beaucoup servir, écrit-il à l'abbé du
c( Vaucel, son principal agent près du Saint-Siège
« en l'exhortant de bien employer le tems, pendant qu'il « est jeune; parceque c'est alors que l'on se peut rendre « capable des emplois où on peut être engagé par la « providence de Dieu^..» Et ailleurs : « Il peut y avoir u quelque chose de trop humain dans le désir qu'a le
t CÊiuvres du docù Amauld^ U ui, p. 58, lettre dckl, du 10 janvier 1688. 3 76ûf., t. ly, p. 60, teUre ms, du 8 Joillel 1694.
358 LES PETITb^riLB D'àHNAULD D ANDOXY.
tt jeune abbé [de Pomponne] de s'instruire de l'état de la « cour de Rome, et de son gouvernement ecclésiastique (( et civil. Mais la chose en soi est bonne ^.. »
ARTiaE U.
Vabbè de Pomponne bénéficier et grand seigneur.
D'Andilly, qui de son côté trouvait lu chose bonne en soh et même avec ses accessoires, n'avait pas perdu de temps pour y songer. A peine Charles-:Henri avait^il eu deux ans que son aïeul entretenait son père des bénéfices que Ton pourrait solliciter en sa faveur, « Ma femme^ « lui écrit Pomponne le 19 septembre 1671, me mande « qu'elle vous a rendu conte de mille choses q^ ne se « peuvent escrire. Je ne souhaitteray point de bénéfices à « mes enfans que je ne voie espérance qu'ilz se rendront « dignes de les posséder et d'en bien user. C'est touttes- « fois Tunique récompense que Ton remporte presque « aujourd'huy des services; mais je la croiroîs donnée « plustost pour la ruine que pour le spustlen de ma fa- « mille, sy elle y passoit en des mains qui en fissent un « mauvais usage...» D'Andîlly, tout émerveillé de ces sentiments, note pieusement la lettre où ils se manifestent de l'initiale G, qui signifie: à garder; et comme cette lettre embrasse une foule de sujets', afin que Ton
1 OEuvreê du doet, Âmauldf U iv, p. 52, IdUreiiLT, du 18 juin 1694. — Cf. t. m, p. 700, lettre MxxT, du 38 mars 1094, et t !▼, p. S, lctU« laxxvii, du 29 avril 1694; p. 4S« lettre mLVir, du 28 mai 1694; p. 47, lettre «nLix, du 4 juin 1694 ; p. 49, leUre mliii, du 17 juin 1694; etc.
' Voici le reste de celle lettre : « Slokolm, ce 19 septembre 1671. — c L'extrômc satisfaction que ma femme a remporté du Toiage qu^dle renoii
GHAP. V, SEGT. U^ ART. IL 239
ne s'y trompe pas, il la résume sur le revers par ces deux mots : Touchant bénéfices. Mais son admiration faisait probablement les mêmes réserves que les scrupules de son fils ; car enfin celui-ci ne voulait pas se priver de l'unique récompense de ses services^ et lorsque l'enfant eut atteint sa quinzième année, le trouvant
de faire à Pomponne a passé jusques à moy par le conte qu'elle m'en a rendu. La plus grande a esté de tous avoir Dieu mercy retrouvé en une parlHitte santé, et ensuitte de n^avoir pas seulement trouvé celle de mes enfiins fort bonne,^ mais de les avoir trouvé avec touttes les qualités qui peuvent en rendre plus content à leur âge. C'est un avantage que j'attribue principalement à l'éducation qu'ilz reçoivent aiiprez de vous, et dont Je vous retids encores de nouvelles grftces tPavoir bien voulu ne leur pas oêter [voir plus haut, t. ii, p. 119J.— Pour le reste de Pomponne, des avenues et des plans, ma femme m'en ftiit un sy beau portrait qu'elle augmenteroit encore l'envie que je n'ay déjà que trop forte de les revoir. Mais il ne fout touttesfois pas se la mettre trop dans la teste, par le chagrin que Ton auroit sy Ton la voioit long-temps sans sucoez. Je suis trez aise de la satisfaction que M. de Sacy a tesmoigné des estudes de mon filz. Sy ceste malhedreuse fièvre ne revient point cet hiver, j*espère qu'il regagnera le temps perdu. Voicy bientost le tour de Thoinon [plus tard chevalier de Malte] à commencer à apprendre. Pour les deux petîtz hollandois, dont je sois bien aise de vous voir content, ilz demeureront longtemps inutiles. Ma femme me mande, etc.. Lolotte [plus tard religieuse à Gif, à Malnoue et ft Ghelles] a sans doutte profiité dans le voiage qu'elle a fait en Hollande. Son esprit s'y est adoocy, et comme elle a naturellement inclination pour lire et pour apprendre, elle s'y est inslruitte de mille choses. Je crains seulement pour elle l'air de rudesse et de peu ' d'honnesteté où elje reste, et qu'il ne la rejette dans une crierie et des desmeslés peu honnestes qui y sont nalureb. Je luy ay fort dit de s'en préserver, et je crois qu'elle le fera. Elle a cognu une manière de vie toutte opposée. -— J'appreiis que le mariage que M. de La Vcrnelte proposoit, pourroit bien .ne se pas faire ; mais la difiiculté semble venir des' parens qui l'en avoient chargé et qui changent peut-estre de pensée. Ainsy cela n'importe. — Je ne puis encores voir du jour quand je sorliray d'icy. La longueur est fort naturelle en cette cour^ et le roy et la reine qui sont allés depuis huit jours à une chasse fort eslolgnée de ceste ville n'en reviendront pas de quelques jours. — Je ne sçavois point l'accident de M. Marin. Je loy cscris, et & M. de La Rochefoucault. • Au dos : < G. touchant bénéfice. »
2&0 U8 PEmS-FILS d'aimacid d'andilly.
sans doute suffisamment digne d'un bénéfice, il lui fit conférer Tabbaye de Saint-Maixent, à Poitiers ', qui valwt quatorze mille livres de rentes [ 8 septembre 1684]*.
Le nouvel abbé obtenait cette faveur en même teinjK que son frère. Nicolas-Simon, ét^t créé coloneP, deux ans après que son père eut été créé marquis*, au moment où les persécutions redoublwent contre le grand Arnauld, dont le roi voulait faire sadsir la personne dans les Pays-Bas K Sans doute Pomponne n'av^t pas eu as-
i Gaxette d£ France du 80 sqitembre 4684, p. 6(W ; GalU chrUt., L ii,
col. 1268.
3 La elef du grand PouHU de France, L i, (»• 47. s Voir plus haut, U ii« p. S9Sf n« 5.
4 La Ghesnaye Desbois, DieU de nobiene^ V PwBçoime.
5 OEuvrte du doct. Arnauld, L ii, p. 466, lett ccccxci, du 9 octobre 15S4; p. 469, lett. ccccxau, du 13 octobre 1684 î p. 483. lett ccccxcrn, do 28 novembre 1684.— « On engagea M. de Pomiionne à demander (tiredement an « roi le retour de son onde, et la permission de le recevoir ches luL Celte 0 démarche n'avoit rien qui pût compromettre celui qui la feroit ; le roi ne 0 ponvoit pas désapprouver que M. de Pomponne écouunl la voU du saaf « réclamât la liberté d'un i^illard privé dans un pays étranger des secoan a que son ftge et ses inErmités lut reodoient nécessaires. M. de Pomponne à a qui la chose fut proposéeTépondit qu'il slntéressott vivement à la ntuatioa « de son onde; ma» qu'il n'éloit pas à portée de faire une pardUe démarche. « ni d'obtenir ce qu'on désiroit qu'il demandât; que depuis sa retraite [du mi- « nistère en i679] il u'avoit plue de contidéraiion à la cour^. a (Larrière, Vie d:' Arnauld, L ii, p. 208, Cf. p. 192-196 et p. 206-217.)— «Pour faif« « voir que ce fut la seule mauvaise volonté dés ennemis du ministre [ de « Pomponne] qui lui fit perdre sa charge, il suffit de remarquer, qu^yant 0 eu ordre du roi de l'aller trouver quelques jours après, comme il voulut « témoigner ft Sa Majesté qu'il étoit bien malheureux d'avoir encouru sa « disgrûce, quoique sa conscience ne lui pût rien reprocher; ce prince a l'arrêta tout court à ces mois, et lui dit qu'il n'étdt pas vrai qu'il eût « encouru sa di5grace, et qu'il le lui feroit bien voir par la manière dont il « agirait.— En effet il le fit coucher sur l'éUt comme ministre avec une peo-
« sion de vingt mille livres, et $e iouvini de »es enfans » ( Mim. de De
Fosiét p. 400.)
CHAP. Y^ SECT. n^ ART. IL 2iii
sez de crédit pour obtenir quatre grftces à la fois ^ et le | docteur avsdt assez de résignation pour Voir comment on escomptait aux siens sa disgrâce. — La seule chose qu'il ne leur eût point pardonnée, c'eût été de s'écarter de ses principes. Us étaient, nous le savons^, d'une excessive rigueur en matière de bénéfices. Sa haute intégrité n'ad* mettait point le cumul. Lorsque le jeune dignitaire eut atteint sa yingt-quatriëme année, il obtint l'abbaye de Saint-MédarddeSoissons, en même temps que son frère aîné fut promu brigadier'. Mais il se démit de celle de Saintr-Haixent\ Le Mercure galant nous dit ce qu'il avait gagné au change : a L'abbaye de Saint-Médard (( de Soissons [qui vaut trente mille livres de rentes]^ « est une des plus belles abbayes de France, et qui n'a (c jamais esté possédée que par des princes et des cardiu naux ou des évesques. Elle relève immédiatement du H Saint-Siège, partage les droits épiscopaux avec l'évesii que de Soissons, et donne droit de séance au chapitre (( de la cathédrale. Mais ce qu'il y a de plus agréable « pour M. l'abbé de Pomponne, c'est que la jurisdiction (( et les terres de cette abbaye joignent celles de M. son (( père à Pomponne. Ainsi elle approche un si digne fils
1 Toul ce que fit PompoDoe en fa?ettr de son onde, ce Ait de s*in- Ibrmer des projçls hosUles da gooTerncoient contre la liberté de celui-ci, eC de loi indiquer les lieux d*où il pourrait le mieux s*en garantir. (Œuvres du doci, Arnauld, t. n, p. 170, lettre du iS novembre 1G82.)
3 Voir plus haut, 1 1, p. 954» 278, et t. ii, p. 85.
s La nomination de Tun est du 81 man, celle de Tautre du i*' novembre 1693. (Gaxeiie de France du 7 novembre 1698, p. 578 ; voir plus haut, L II, p. 228 ; GalL ekriêU, U ix, coL 422 ; Mercure galant de novembre et décembre 1698, etc.)
4 Eloge de Pabbé de Pomponne, Mim. de Caead, de» ïneerifU, t. xxvii, p. 255.
^ LaeUfdu grand PouilU de France, U ii, p. 99.
2&a I£S P1STITS-FII.S D'Aftl9àUI.D D'AHDILLY.
« d'un père illustre; au lieu qu'auparavant il estoit obligé (( de passer une bonne partie de sa vie dans le fond du « Poitou à Saint-Maixent^ dont il estoit abbé, et dont il u a remis labbaye, n'ayant jamais voulu posséder dem « bénéfices k la fois, par un principe de piété qui est bèu réditaire à cette illustre maison ^ » Le Mercure ràt été plus exact, sans cesser d'être gâtants s'il avait dit que ce principe de piété, que cette délicatesse de conscience étaient personnels au grand Arnauld ; car après la mort de celui-ci et avant celle de Pomponne, l'abbé de Saint-Médard fut nommé aumônier du roi attaché au duc de Bourgogne, sans résigner cette fois son autre bénéfice [1698] 2.
La perte qu'il fit de son père l'année suivante ne fat point fatale à sa fortune comme à celle de son afné. (c Après la mort du marquis de Pomponne. \e marqms « de Torci, son gendre, étoit devenu ministre et secréa taire d'état pour les affaires étrangères. La bienveil- (( lance du prince prévint la recommandation du minis- «tre; le roi lui ordonna d'ouvrir ses bureaux à son f( beau-frère, et de le former aux négociations. Il d^- (( cendit même, en faveur de l'abbé de Pomponne, à des (( soins de détail ; il daigna jeter les yeux sur son trace vail... Le roi s'informoit de ses progrès ; il l'examina, « il l'interrogea lui-même, et, satisfait des lumières qu*il « avoit acquises en ce genre d'étude, il le nomma à « l'ambassade de Venise ^, »
1 Mercure galant, décembre 1098, ]k 36.
3 Gazette de France du 30 août 1698, p. 418 ; Eloge de Tabbé de I ponne, Biém» de Vacad* de* Imcript., t. uvii, p. 156.
3 Etoge de Vahbi de Pomponne, Mim, de Vacad, deê Jnstript,^ txxm, p. S56 ; Journal de Verdun, déoembre i704f ]>• 387, mars i705, p. 17} ;
CBhP.y, SBCT. n^ AAT. U« 3^9
Dacier, à qui nous empruntons ce fragment d'un pa* négyrique de l'abbé de Pomponne, prétend que son héros s'acquitta de cette mission avec le plus grand succès ^ Il parait que Louis XIV lui dut la vie de dixneuf mille hommes, pour lesquels l'ambassadeur engagea sa fortune jusqu'à concurrence de quatre cent mille livres. Cependant la mission qu'il remplissait alors fut la seule dont ce prince le chargea.; mais en revanche, il le créa conseiller d'état d'église [28 novembre 1711]^.
juillet 1705, p, 82 ; janvier 1707, p, 99 1 mai 4710, p. 987 ; Gauttt de France, 14 témer 1704; 28 mai et 5 juin 1705, etc. — Aprèi le panégy* rique, Phistoire; « Depuis le retour de Channont de Venise, le roi, méooiia tent de cette république.... nV avoit euToyé personne. Par force aoua plesies... ils se raccommodèrent avec le roi. L'alibé de Pomponne vieilli lissait dans la charte d'aumônier de quartier. Le roi s'ètoit exf^lqné « avantageusement sur lui* mais que son nom d'Amauld lui répugnoit a trop dans Tépiscopat pour Vy foire jamais monter. l\ follut donc se a tourner ailleurs. l\ étoit beau-frère de Torej. Pomponne, son père, lui « avoit fait mettre le nei dans ses papiers avec I*agrément du roi, et il eon* « tînuoit de même avec Torcy i il avait é^é été à Borne [on le voit, la « ckoee était bonne en «oi] et en diverses cours d'Italie. Tout cela ensemble
• le fit choisir pour Tambaïude de Venise, et il remit sa place d*àumônlef. > [Nous la lui retrouverons dans la note suivante.] (Mim. de Saint^imon^ t. viu, p. 59«) — Pomponne sortit de Venise sans successeur, comme 11 y était entré sans prédécesseur immédiat. (Gf. Saint-Simon, U uv, p. 982.)
i Mim. de Vaead. dèê Jnêtript., t. xxvii, p. 987.
3 Journal de Verdun, janvier 1712, p. 89 ; Gatette de France du 8 décembre 1711. -^ • L'abbé de Pomponne, revenu de son ambassade de « Venise et de ses n^fodations en Italie, vieillissoit tristement dans le se- « oond ordre, aumônier du roi. Cela étoit fUckenx à nn fils et à un beau- « frère de minisires, qui n*y étolent pas accoutumés, et qui croyoient, par
• les mauvais exemples récents, les premières places de TEglise Ailtes pour n eux. Torcy,^oii^ timide qt^iL étoit, ne le put diféier pins longtemps. Il a n*y avoit rien à reprendre aux mœurs ni à la conduite de son beau-frère; n mais le roi ne lui avoit pas caché son invincible répugnance à placer le « nom d'Arnauld dans un siège épiscopal. Torcy se réduisit donc à la resc source que le ohanceUer avoit procurée à l'altbé Bignon, son neveu, qne
• la dépravation de ses mœurs avoit exclu de l'épiseopat. La place de ■ cooseilier d'état d'église, qa*avoit le feu archevêque de Reims, n'étolt
Thk US pnns-ms d'auacia d*ahimix.t.
Ainsi le grand Arnanld aTait ea raiaon en présageai ' que le droit canon profiterai an moins autaot à soz petit-nereu que la théologie K — Mieux valait le Co/dskl d'État que FexiL L'aU)é de Saint-Médard^ ranmônier du roi, le con-
t p» lOBpiie. ToR7 ft CMOT futer le rai MT MB 1
• ploicrrabbé et Pm^omboi Italie; i « éi kie» d iteoifM Hn Aché et Vm « ToR7 towM eowt sar li pbce ée < « chMy. L^abèé ée P>Mf niiaf t'y éi « CB prit rmfioa * fvtlcr a pfaee Scnf-^iMMi, u xfm, pu iSl.) Ccne ] ftilliMfft à répiscapttt fM le Jomnud et Vtrémm (àteem^tn 1704,
*YcwM, le salifie r^aM^âcr 4e M a«>air a «Mniib^ «M jRT^^ —n bot Rconoillre raillent fM rakbè ■'M raÉMûn 4e la I
« Daw la suie, 4U tas paaégyiÎBte f Jkat. db rflodL 4a laacrtpt., t. nvn^
• p. Ib5\ k»nt M. le 4w dDriCaH, rigcHt da niyMMe. I«i oUi IV « f«cké de Rkedit [facut le S5 ftfricr i71«, par la Bort ée PyKppe dr « Laé ée Laugnaa, G«ll. cftmf., 1 1, eaL S3S] 3 a'eat pat fa^oK * t eoDciiicr les éeroin ée répinopat avec le leaére attackeaKat qaî le fioi! « à éet pareoi fait diériMiit et éMit 3 était cWtL U t'avln ée halwxr « ë^aa cAlé Ict riflct ée TÉgliie» et rcmaple ée IL r«««4ae é^Aaccn^ w « Craaé-«ode, qai a\«l reaoaiii à ta patrie poar t*ca bire aae ée a vile « épîtcapale, cl ée l'eatre la éoace aodélé ée a I
• rcBiporta, tt icfaa Véfèd^ a— Le | toa héros oMKlUa act priaeipet tar la rénéeMC avec aet iHiei é*AU et Saiat-Médard et ée coaseiller d*élaL U oablie cacore ée rappeler ^^^ aTair rHbsé en lérrier 1716 aae éigailé eodéBastiqae d'abacé ri aiéo»aeal foakaiiée, Tabbé coatriOcr aeqall daat le atait de septcaitee m- ▼aat aae digaHé BMiadaiaeft qai lai it édaascr qaatre ceat aille llim centre le droit de porter aa rabaa.— Or qaelleooBdasioa linr deea fais» siaoa que Tabbé de PoaipoaBe n*aTalt de Tocalioa qae poar k fHtaae, cl de sciapales qae par respect baaaia?
^ Voir plos baul, L n, pu 230. Le docteor Araaald était plat qae pentaae à Biteie d*eB jaser, loi qai avait reço jadb de SaiBl-CyraB aa coateli toat coatraire à celai qa^ doaoait poar toa aerca ; car, eagagé daas riétode éa droit, c*éUit Saial-Cyraa qai Pea avait détooroé poar le fiùre étaler ea Ibéotogie. (Mém. ée Un€€loi, U i, p. 320.)
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seiller d*état, s'était doucement habitué au cumul, et, ne se trouvant pas sans doute suflisamment pourvu, il acheta de Torcy, son beau-frère, la charge de commandeurchancelier-garde-des-sceaux et surintendant des finances des ordres du roi. Il la paya quatre ceqt mille livres', — Cette fantaisie de dignité ne lui coûtait pas plus que la vie de dix-neuf mille hommes. -^ Aussi F Académie, qui ne disposait alors d* aucun prix de bienfaisance, crut-elle devoir l'admettre gratuitement dans son sein. Il fut nommé académicien honoraire des inscriptions et belles-lettres sans avoir écrit une page ^. Heureux homme! il obtenait comme complément de ses dignités un titre qui, aux yeux de la science, eût suffi à les remplacer toutes. Il le mérita toutefois, après l'avoir reçu, en Testimant à son véritable prix ; car il ne vit rien au dessus, et pour ne point descendre il enraya sagement sa fortune. Par tempérament, d'ailleurs, il n'était point enclin à en épuiser les chances. En vain celle-ci s'était fait comme un jeu ironique et provocateur d'approcher le dernier des Arnauld de toutes les gloires. Son favori n'avait jamais pris de la gloire que les bénéfices assurés, sans courir le mqindre danger pour les augmenter.
Héritier d'un nom illustre, il l'avait obscurément effacé denîère d'autres noms illustres, dans chacune des
1 « Torcy Tendit quatre cent mille rivres sa charge de chancelier de «< Tordre, avec permission de continuer à le porter, à son beau-frère Tabbé «• de Pomponne, qui obtint en même temps un breret de retenue de trob * cent roîlH* livres dessus. >* (Mém. de Saint-Simon, L xxvi, p. 336.— -Gt Gazette de France du 5 décembre 1716; Journal dt Veréun de novembre 1716, p. S3l.)
2 II siégea pour la première fois le 23 avril 1743. (Journal de Verdun^ juin 17A3, p. 466; Mém^ de Vacad, dtê Inâcript,^ t. xxvu, p. 259t— Cf. t. XVI, p. 8.
24$ USS PETITS-FILS D'ARNAIXD O'ARMLLT.
dignités qu U avai^ obtenues. — Cette abbaye de Sadut- Mauent dont son adolescence avait été dotée, Richelieu et les deux frères du inarécbal d'Humiëres ' Tavaien: possédée iipuiédiatement avant lui; son successeur \ devint archevêque de Tours ^. — Après avoir hérité d« j^ichelieu, chose bizarre I le petit-fils de d* Andilly hérita de Mazarin. Ses devanciers à Saint-Médard avaient éié ce c^dinal et son petit-neveu, Philippe de Savoie, le frère du célèbre prince Eugène^; son héritier y fut le cardinal de ternis ^. — Celui-ci le remplaça égalemeai au conseil d'état % où l'avait précédé Charles-Maurice Le Tellier, archevêque de Reims ^. — Il succéda comme chancelier de l'ordre a^ neveu du grand Colbert, qui fut, aussi bien que son oncle, vingt ans ministre ; il laissa cette diçnité à Phelypeaux ^e Saint-FlorenUn, qui le fut m?i demi-siècle ^ — Enfin, lui qui navalXTien ècnX, îl remplaça dana 1? savant fauteuil Fah^ Bignon*, et y fut remplacé parle marquis de If^ulnay^, tous deux membres de pl.usiçviiçs ac^^mies, tous deux bibliophiles passiopnés ; Iç p;cepier vendant sa bibliothèque pour
1 GatL chrUi,, U ii, col. ^263.
4 L'Europe eceléê. ou État du cUrfé en 1757, p. 241.
B Cr. Àlmanack royal, 1756, p. 1S8, et 1757, p. iS5.
* Journal de Verduuj HDTiçr i71S, p. 39.
' ne 4725 à 4775.
s MénL de Va^ai, da In*cript,j u xyu p* &• H ^H aussi i racadëmie des sciences (ilnd^, p. S09) et de racadémie française (Éiém. de Vacad. det science$, éloge de TaliM Bi^ooi par Mairan, 4743* hîtf., p. 488} ; enfin 11 était de Tacadémie de peinture et de seulptuie. (Ihid», jff 489^ -^ Cr. Journal des êapanU, août 1749f p. 477.)
' Mfinu de Vacad. de^ Jnecript^^ U UTU, p. 5. Itf* de Jfwlmj él^& également honoraire de Tacadémie des sciences.
GiUK Y, «07. II, AIT. HL Vk7
miwx conflerYer eeUe du roi ^ )e second reiHlapl ta sueime digue d'un vi pour mieux là conserver^; tousi deux auteurs féconds, cehû-ci puUiant tantôt quarante yoluDoes en trois ans', taDtftt soixa«te^i|Mi w m>iiisde huit ^ ; celui-là ^uricbiasaat de ses travaux tous les re- 1 eueUs érudits % et composant i^ la fois guaire. panégyriques de S. Louis, pour en prononeer deux le même jour devant deux de ses quatre académies^.
AflTlGU UL
L'abbé de Pomponne étUifur non vesponsaHe,
Il faut le dire cependant, si Tabbé de Pomponne n'écrivit pas, il imprima. II se fit Féditeur des Mémoires de sa famille ^ ; mais en cela même il ne s'écarta point de sa ligne de conduite, et produisit dans le monde littéraire les œuvres des siens, comme il produisait leur nom dans les dignités, à peu près incognito. Cette fois encore c'était de la prudence, non plus émue d'ambition, mais réconfortée d'opiniâtreté ; car si l'astre du courtisan, sans trop s'écarter de la ligne intermédiaire tracée par Pomponne, avait (joelque peu dévié du cercle où l'eût enfermé le grand Amauld, pour s'élever jusqu'^à celui qu'avait tenté de décrire la fortune de d'Andilly, dans sa vie littéraire le docile abbé inclina plus particu-
t Mim. 4k fm:aé. de9 imripi^.^ I. tvf, ^ tni, et CaUtk de» thrreê fwtprimé» dt (aMMîpfA» da^ r^t^thMoi., V K MMu Usk., f^ lw»
3 Mém, de l'aead, de» Inteript,, t xltu, p. 385. S Biblioth, det Romans, 1775-1778.
4 Mélanges (Ttcne grande biMMéqme, «77» à 1787.
> et Quérard, France Uttéraire et k»raeaiM»qMiMM»f6MiMi49 citer. • Màm. de taead, des^ielmm, I7i|8, Urt», ^ 487. 7 Voir V Appendice^ aete Q^
248 LES PBTITS'PILS D'AKNAULD D'aNDHXT.
liërement sa course du point où Teût maintenue d*Aiidilly vers celui auquel l'eût ramenée de préférence le célèbre docteur. Ainsi pendant les vingt-deux dernières années de son existence [17SA-17Ô6], sans prendre d'autre précaution que celle de rester dans l'ombre, il produisit au jour, sans discontinuer, la plupart des documents où les siens avaient consigné les services rendus par eux, soit à l'état, soit au Jansénisme ; et, satisfait d'atteindre son but avec moins d'éclat que de succès, il servit sans trop se compromettre sa cause et sa famille. Ce fut d'abord à d'Andilly qu'il vint en aide. Depuis trente ans, Le Vassor, Bayle, Bernard, Desroaizeaux avaient porté à la réputation de ce dernier les plus rudes atteintes que renouvelaient incessamment les éditions de Bayle, où elles étaient consignées ^ En vain celui-ci avait adressé dès le principe une espèce de défi k\a tamiWe de d'Andilly et à ses partisans. « Vous n'ignorez pas, écri- « vait-il en 170A à Desmaizeaux, que la famille Amauld a a des amis qui ont la plume bien forte, soit pour attac( quer, soit pour défendre ; je crois qu'ils ne se tairont i( point. ^ )> Pendant trente années la famille Amauld, représratée par le marquis et par l'abbé de Pomponne, et les fortes plumes dont elle disposait avaient gardé le silence. Deux Jansénistes le rompirent enfin. Bougerei et Goujet reçurent communication des Mémoires de d'Andilly et en publièrent, l'un des fragments ^, l'autre le texte ^, celui->là joignant aux fragments un plaidoyer, celui-ci au texte une préface, pour aider l'aïeul des Pom-
1 Voir plus haut, 1. 1, VÀppeudiee, note C
S OEupreê de BayU, L nr, p. 84li»
s Bibiiotk, raison* dm ouvrages des savants, U Tf p. 356, et I. n, p. 71.
4 Mém, de mesure Robert ÀmauUl d^AndiUy, 4734.