‹ La vérité sur les Arnauld (volume 2)Chapitre 77 sur 99 · CHAP. TI, SECT, I. ART. I · texte numérisé non relu

CHAP. TI, SECT, I. ART. I

cependant parfois certaines vertus, et paribîs raidit les autres. Au milieu des persécutions [16ë4], Ténet-gle ^ s'exagéra et la faiblesse s'abattit. Angélique de Saint- Jean, la femme fortie de cette deuxième époque, mit Un peu d'ostentation à repousser le Formïilairt ^; deux de ses sœurs mirent un peu de précipitation à le signer ^. Mais il est des vertus qui tie connaissent jamais d'excès, et que développe surtout Forage : le dévouement et la charité. La tourmente les porta à leUrs dernières limites dans ces âmes en péril qui descendirent de leurs hauteurs, ou âe relevèrent de leurs chutes, pour se confondre en une indicible affection.

Il n'y eut pas jusqu'à l'impérieux et fougueux d'Andîlly qui ne se montrât plus attendri du retour qu'irrité de l'abandon de ses deux filles. « Que voulez-vous, di- (( sait-il un peu confus à madame de Sévigné en parlant ({ de l'une d'elles, le pauvre oison a signé ^? » Mais au

i Cr. Le Clerc, Viet édif. de P, H, t i, p. 314. et t m, p. S7i, te prooès-Tetiml dil 27 àdùt 186A; Lettre d*Aiigélhtiie de Salttl-Jëân k S'AndUly, du 40 juillet 1664, et Mém, de d^ÀndiUy, part, ii, p. 151 ; Relûffoé de ta captivité 4^ Angélique de Saint-Jean^ écrite pd¥ elle-même \ se» Inierrogatoires, dans VHist. des Per$éeui.^ m* tnter., p. 95 $ âÊém* âelaM, An» ffétique^ t. m, p. 5l4f etc. c La mère Angélique de Saint-Jean étolt etalétée a aussi qu'elles ne dévoient signer en aucune sorte ; et quand Taccom* « modement [de 4668] ftat fait, elle perslsloit tonjours dans sdn optiiion. c M. d'Aleth lui édrUit, M. Amauld, M. de Sacy ; tout cela inutilement, c M. Nicole eut ordre de faire un écrit pour la convaincre. Enfin elle se « rendit, il ne sait comment, en disant qu*elle n*étoit nallement conTaiiicue.B (Racine, Fragm, sur P. H., (Eut., t ti, p. 296.)

> Marie- Charlotte de Salnle-Gaireet MaHe- Angélique de Sainte-Théifse. Voir la relation quVlles-mémes ont écrite de leur chute: Relation de la cap- [\\ïié de six religieuses dans le Heeuetldes Actes, Lettres, etc., n" iv, p. 39 rt 150; et Mém. de la M. Angélique, t m, p. 523, 590 et 592: //i5f. dei Persécuta, p. 464, 474.

^ Lettres de Af'"« de Sévigné, 1. 1, p. 71.

SOO LES EEUGKUSES DE LA PAIOLLS ARNAULD.

premier repentir il leur pardonna, et il les confondit dans sa dernière bénédiction avec leur sœur Angélique [1674"'. Ces trois femmes, Luzancy leur frère, et Sacy leur cousin, se trouvèrent alors les seuls membres de œtte famille d'anachorètes que la mort eût épargnés dans h solitude *. L'une des trois sœurs suivit même de près son père ' ; et Taffection, jadis répartie entre dix-huh des leurs, se concentra parmi les quatre qui survivaient avec une égale intensité, modifiée cependant par certaines affinités de caractère. Ainsi l'inébranlable Angélique se reposait dans sa force [sur le courageux Sacy *, et dans ses faiblesses le prenait pour confident entre elle et Dieu ^ Luzancy, méfiant et timide, ne se sentait jamais mieux rassuré que près d'Angélique ^. La sœur Thérèse (c'était celle qui avait failli), se sentant si faible et si humiliée % s'attachait au plus faMe pour

1 Voir le CodiciU da 50 janvier 1669 ajouté par d'ADdiUy à son testiment; la lettre d^Angéliqne de Saint-Jean dam Gnilbeit, ÈÊém. kût,et ekron,^ 1. 1, ]i. 579, et dam les Mém. de ta Jf. AngiUqwt^ U m, p. 5S^ — Cr. Bewigne, But. de P. il., t. ii, p. 496.

s Cf. L'interrogatoire de la Bl. Angélique de Saint-Jean, HUt. ifet j^entu, p.96.

s Marie-GkarioUe de Sainte-Claire moomt le 9 septembre I67& a A«fe., Lettrée, Relat,, L ii, n* xii, p. 14*

4 Menu de Fontaine^ L ii, p. 623, 566. — Besoigne, JTitf . de P, IL, t. III, p. f 06.

B àUm. de la M. An^Hique^ L lu, p. 526, 565, 54i.— Jfêm. de LmmedcU 1 11, p. 469. — Mém. de Fontaine^ t u, p. 420. -— GdHbert, M^iii. cànm^ t II, p. 206, 267, 245, etc.

« Jliém, de Fontaine, t. ii, p. 5SS.

7 « Elle en resta humiliée le reste de ses jours, et jamais elle n^oobTiï c son péché et ne cessa de le pleurer. » Mém, de la M, Angéliqme^ t. iii^ p. 591. -* «r Prosternée devant Dieu dans ce dernier abaissement où une « créature criminelle puisse être, je demande très humbleoM^nt ponkMu.. à • tout p li'gij^' lie ce que je Tai scandalisée en signant le formufoire... • ( Rélrarralion d'Angélique de Sainle-Théitse, i4rfes. Lettrée, Helai.^ n« n, ^i li^ Vj p* 36.)

CHAP. n, 8ECT. h ART. ï, $ h 301

mieux s'approcher des forts ; son médiateur était Luzancy ^

Un second orage, qui de la cour s'étendit à la solitude [1679], vint les séparera C'était celui qui arrachait Pomponne à ses dignités ; il arracha Sacy et Luzancy à leur retraite. La terre de Pomponne servit de refuge commun au courtisan et aux anachorètes '• Mais tandis que le cœur de l'un aspirait à Versailles, celui des autres était à Port-Royal * ; et plus d'une fois sans doute ceuxci rompirent leur ban en secret^. Cependant, depuis cette } époque, Sacy ne fit plus que travailler avec excès ou languir ^ ; Luzancy s'agitait outre mesure ^. Tout à coup, le 3 janvier 168i, Sacy, après avoir réuni à son compa- \ gnon d'exil, pour les exhorter, quelques vieux serviteurs poursuivis comme eux par la persécution, se sentit dé-

^ Le Clerc, Vie» édif, de P, IL, t it, p. 71. — La sœur Thérèse avait elle-même porté dans le moode le nom de M"* de Luiancy. Elle avait loi^temps hésité à le quitter. (Mém* de la M, Angélique, t. m, p. 588 ; Lettres de la AL Angélique, t. i, p. 888, 852, liH i Le Clerc, Vie$ édif., t. ii, p. 409.)

2 Mém, de la M* Angélique, t ni, p. 582 ; Mém, de Fontaine^ U ii, p. 499, etc.

^ Voir plus haut, t. n, p. 59, n. 1, et p. 181 ; Mém, de Fontaine, t. ii, p. 501 ; Le Clerc, Vie» édif. de P. R., t. iv, p, 57, 70, 75, 98, etc ; Guilbert, Mém, ehron,, t. n, p. 559, etc.

4 « L'union toute de grâce qu*avoit M. de Luzand, avec M» de Sacy et la » mère Angélique, montroit assez quHI vivoit de la même vie que ces deui M personnes, qui étoient pour lui des sources très pures dont il avoit soin H de puiser ses lumières. » (Lettre de M, de Sainte-Marthe, Vie» édif.^ t. iv,

B Voir plus haut, t u, p. 120, la lettre du 29 août 1671, et plus bas celle du 6 février 1670, »ecf, ii, art, n ; Le Gerc, Vie» édif, de P, il., t. iv, p. 52, et surtout t. n, p. 283 ; Guilbert, Mém. hi»t., t ii, p. 550.

^ Mém. de Fontaine, U n. p. 501-529 ; Le Clerc, Vie» édif., t. iv, p. 68.

'7 Voir plus haut, U ii, p. 120, la situation d'esprit dans laquelle il était hors de Port-Royal*

S02 LES REUGIEUSES DE LA FAMILLE ARNÂCLO.

faillir'. Il mourut îe lendemain 2. Avant d' expirer il demanda d'être enseveli à Port-Royal \ Son hôte, le prudent Pomponne, craignait que cela ne déplût à la cour *; mais la femme la plus faible de la famille, la pau\Te Thérèse, réclama pour son désert 5, et d'autres femmes, l'une amie du grand Arnauld, l'autre d'Angélique, madame de Fontpertuis et mademoiselle de Vertus ®, enlevèrent et escortèrent au milieu des glaces d'une nuit de

1 Menu de Fontaine, t u, p. 529; Eloge funëbre deM. deSscy, Le aoc, VUs édif.y L i¥, p. 46.

2 Mém, de Fontaine, \» ii, p. 525.

< Md., p. 531. « tl Toulut laisser son ooips où son eœiir aroit toofoiin o été. » (Cr. p. 96.)

* « Ce que vous avez de lui, mes soeurs, [son corps] vous eût été rari « par une peur qui sakit un de ses amis que la gloire du sîède tient encore « captif, ou que du mdns la prudence humaine rené timide, si un ange « [sans doute M^'* de Vertus, Le Qerc, Viee édif. de P, R.,t. it, p. 95, (c lettres du 7 et du 9 janvier i684 ; peut-être M** de Fontpertuis ; Guilberl, «c Mém, chron^f t. ii, p. 555] que Dieu retient prisonnier dans un corps osé» ft n'eût percé l'Iiorreur des ténèbres par sa lumière, et Taincu par soo ar- • deur la violence du froid, des neiges et des glaçons, pour tous enridiir de <t ce trésor. » (Eloge funèbre de M. de Sacy, Le Clerc, Vies édif. de, P IL^ U IV, p. 47.) « Nous lui avons rendu les derniers et tristes devoirs à Pomn ponne, et nous nous préparions à les lui aller rendre chez vous. Voas " aurez appris les raisons qui nous en ont empêché, et je m^asaure que « vous les aurez approuvées. Il est de la prudence de ne se pas attirer de « nouvelles affaires lorsque Von en a déjà de fâcheuses d soutenir» » (Lettre de M. de Pom|)oune à la M. Angélique de Saint-Jean, du 9 janvier 1684. Le Gerc, ibid., p. 98.)

B M. de Sacy était mort le 4 janvier i684, vers six heures du soir (Goilbert, Mém chron,, t. ii, p. 552), et k 5, à huit heures du soir, la $«ur Thérèse écrit h. Luzancy : n Ni vous ni personne ne nous dît s*il a fait « quelque testament, et s'il n'a pas ordonné ce qu'il nous a tant promis que «• nous serions les dépositaires de son corps et de son esprit. C'est même un (I droit de fomille, puisque la sépulture de la famille y est clioisie il y a n longtemps. Je ne doute pas que vous ne pensiez à cela, puisque votif « cœur y est aussi. « (Le Clerc, Vies édif, de P, R,,V iv, p. 71 ; voir d'antres lettres dc'Théri'sr, ibid., p. 426, et Hist. des Persécuta, p. 39.)

^ Le Clerc, Vies édif,, t. iv, p. 96, 100 ; Mém» de Fontaine, t. u, p. 53d.

cbAP. % éECT. I, ARt. t, S î. 3b3

janvîet* les saîntes dépouilles qui embarrassaient T exil du courtisan. Luzancy, éperdu de fièvre et de douleur, ne put les suivre *. Angélique les reçut calme, impassible, et sans vferser une larme. Autour d'elle étaient réunies ses filles, à qui elle avait interdit les pleurs comme uil outtage pour le bienheureux '. A iPomponne on avait jeté un linceul autour des restes mottels dé celui-ci. Elle voulut djp^on ouvrit sa bière et qu'on le revêtit de ses ornements sacerdotaux *. — Elle put ainsi le contempler une dernière fois ^. — Lorsque la tombe

1 a On mena ce corps [ à Port- Royal ] an travers des glaces et des neiges

a les plus effroyables du monde Nous fClmes bien surpris lorsque nous

a trouvant sur les sept heures du maifn à TégUse [de Saiiit-Jacques du a Haut-Pas, où 11 avoit été déposé la veille, lorsqu'on l^avolt amené de Pom- « ponoe], on nous dit qu*on Ta voit transporté pendant la nuit. Nous mara châmes avec bien de la douleur suir les traces dii carrosse qui étoicnt « bien avant marquées sur la neige. » (Mém» de Fontaine, L ii, p. 59S. — Cf. Guilbert, Mém, chron,^ L ii, p. 556.)

2 Le Clerc, ibid., t. iv, p. 98.

S Mém, de la M. Angélique, t. itt, p. 541 ; Mém. de Fontaine, t ii, p. 535. — « Cette sage supérieure eroyolt qu'il éloit indigne de celui à qui a on rendoit ces derniers honneurs, de le pleurer... u

4 Menu de Fontaine, t. ii, p. 533.

(^ a On le revêtit donc pour la dernière fois de ses habits sacerdotaux.

a On chanta les pseaumes ordinaires. On fit les aspersions et les cncense-

a meus, et ensuite on ouvrit les portes du couvent pour nous le laisser

a porter au lien qu^on lui avoit préparé au dedans pour sa sépulture.

a Nous portâmes ce corps au travers d'une longue haie de saintes religieuses

a qui étoicnt venues le recevoir à leur porte le cierge à la main. Leurs

a yeux, si mortifiés, si accoutumés à se fermer à tout le reste, ne purent,

« tout mouillés de larmes qu'ils étoient, s'empêcher de s'arrêter sûr ce

« saint corps pendant qu'il passoit seulement au travers d'elles, afin de

a démêler dans ces petits intervalles que nous leur donnion.s les Iraib d'un

« xisage qu'elles neilevoicnt plus voir. Elles lui témoigni-rcnt toutes le pro-

tt fond respect qu'elles avoient pour lui par les inclinations que chacune

« Tuisoit lorsqu'il passoit devant elle; et lorsque enfin il fut au lieu, les

« principales »'ipmitres5Î.Tenl en l'accommodant pour le descendre dans la

a fosse, de lui donner de saints baisers, pendant que tout le chœur continuoit

(( le chant avec une gravité que je n'ai pu assez admirer depuis, toutes les

a ibis que j'y ai pensé. » (Mém, de Fontaine, t ii, p. 535.;

304 CES BEUCmnSES DB LA. PAULIX ABlfAULD.

fut refennée, on la vit pendant quinze jours s'y répandre en prières. « C'étoit, dit l'auteur d'une relation de sa a vie S c'étoit la brebis qui venoit demander instamment (( au pasteur de le suivre. » Le quinzième jour elle fm exaucée. Elle se releva du pavé où elle était prosternée avec une violente oppression 2. Le 29 janvier la rejoignit à son s£dnt directeur ^.

La fatale nouvelle s'était glissée jusqu'au chevet de Luzancy comme l'un des rêves de sa fièvre, a Sa sœor, (( la mère Angélique de Saint-Jean, dit Fontaine *, d'an (c mot de lettre avoit la force de dissiper tous ses en- (( nuis... n se promettoit [depuis la mort de Sacy], en tt déchargeant souvent son cœur dans le sien par ses « lettres, ne lui étant pas permis de le faire de vive voîjf a qu'elle pourroit calmer au moins de tems en tems « sa douleur. .. Mais quand comme un coup de tonnerre c{ la nouvelle lui vint de son agonie, il fut tellement saisi « qu'étant immobile il ne voyoit plus rien, il n'entendoit « rien ; et étant tout consterné, il fit promtement seller « son cheval, afin d'aller recueillir ses derniers soupirs. c( Combien souhaitta-t-il de fois de rendre l'âme avec elle, M et de joindre ses funérailles à celles d'une sœur à qui c( la grâce l' avoit lié depuis si longtems par un nœud « incomparablement plus fort que celui de la nature! « Tout lui déplut en ce monde après cette mort ; tout lui « devint insupportable. Il ne pouvoit plus souffrir la rie. « Le feu de l'ardent amour qu'il avoit toujours eu pour

1 Mém, de la M. Angélique, U ni, p. 54i, d*après Fontaine, Ménut (• n« p. 537.

3 ndalion d*uDe religieuse de Porl-Ro>a1, dans les Menu de U M. Angélique, t III, p. 560.

« NéeroL de P. A, p. 57.

4 Mém. de Fontaine, U ii, p. 538. >-Ct Goilbert, Uém. i;Ar.«t.ii,p. 574*

GHAP. YI5 SECT. I, ART. h S !• ^05

<c ces deux personnes se rallumant plus que jamais dans c( son cœur, fit d'étranges ravages dans son corps ; et ce leur absence lui causa un si grand renouvellement u d'ardeur, que sa chair eut peine à en souffrir Timpé- <c tuosité. Elle se rendit ; elle tomba. Tous ses sens furent c( éteints ; et étant déjà mort par avance avec son cher (( cousin, et ensuite avec sa chère sœur, il ne pensa plus « qu'à consommer sa mort par celle de son corps. Ainsi a tout possédé de ces pensées, il partit de Port-Royal, (c et revint à Paris, chez M. de Pomponne son frère. Dès <( qu'il y fut arrivé, il se mit au lit ; [et il mourut douze (( jours après sa sœur, le 10 février 168i] ^.. »

Quelques jours auparavant la sœur Thérèse avait écrit au défunt ^, à propos de la mort d'Angélique : u Je ne suis a encore capable ni de penser, ni de parler; et je trouve « ma force à adorer Dieu dans le silence... Le présent et « l'avenir sont quelque chose où l'on se perd ; mais pertt dons-nous en Dieu, et abandonnons-nous à sa provi- (( dence ; c'est l'unique moyen de n'en être pas aban- « donné... Je serai plus humblement que jamais toute a à vous, n'ayant plus que vous d'une parfaite contt fiance... » Et voua que soudain ce dernier appui lui avait manqué et qu'elle restait seule, elle, pauvre fille tout humiliée et toute meurtrie de ses chutes, tout abîmée sous sa faiblesse, seule héritière dans Port-Royal de ce grand nom d'Arnauld \ Elle espérait bien sans doute

1 M»- Poulain de Nogent (Nouv. HuU ahr. de P. R,, t. iv, p. 84.) — « H c semble que Dieu avonla unir dans le ciel ceux quirétoient si étroitement « sur la terre. «fObttv. du doet. Arnauld, t. ii, p. 40S, lettre du 15 fér. 1 084.)

3 Le aerc, VU» idif., t. nr, p. 70, lettre du 5 janvier 1684.

s « Elle a passé quarante-cin^ ans dans le dtiltre, et a été [dans Port* « Royal] la dernière religieuse du nom d*ÂnuniUL » (Mém. de ta M. Angilipie, U m, p. 591.)

306 LIES f E^G^U^^ m U FAI^tLE AflNAriJ).

en mourir ; mî^is sans dQUte aussi elle p' osait le demar,der à Dieu ^ car elle n'avait pas encore assez expié sâ faute à son gré, La divine miséricorde dut en jugrr de même ; elle la pui\it encore de seize ans de vie. — U dernière année de ce dix-septième siècle, dont la première avait ouvert le cloître à la grapde Angélique, V ferma pour sa famille sur la tombe résignée de rhuniMe Thérèse 2,

S II. Agnès I*appai et le Tieii des deux générations.

Entre ces deux générations d'héroïnes et de saintes, * prolonge comme une transition lumineuse la vîe de Catherine-Agnès de Saînt-Paul. Sœur puînée de la première. Angélique, tante de la seconde, elle passa dans le cloître soixante ans près de Tune [1599-1661^ , qaaTau\je arj> près de l'autre [1680-1671]. Celle-ci lui survécut trei^ années seulement [1671-1684]. Celle-là ne la devança que de douze à Port-Royal [1599-1611] 5. Moins 'urpètueuse que son aînée, moins absolue que sa nièce, a\isH grande, aussi ferme, aussi pure que toutes deux, elV: réalisa à la fois l'idéal de la sagesse humaine et de la vertu chrétienne. Son courage plus prudent, ses affections plus mesurées, ses sentiments mieux surveilK^. ses élans mieux contenus semblaient la détacher dà-

^ « Diea loi fit la grâce d'offrir en cette occasion dans ton cœnr le "^ « crifice de louanges, en le soumettant à sa volonté divine. » f Alan. d£ U AL Angélique, t m, p. 591.)

2 Elle mourut le 8 janvier 1700. (Supptém. au PiécroL deP. R., p. S^*: ) ce C*étoit une bonne fille et qn cœur sincère, m disent ses examinateurs \^ de rinterrogatoire de i66i. (Hi»ù(ks PersécuU, p. iiO, et rinterrogatoii'* de madame de Saint-Ange, iMU, p. 123k)

^ Mém, delà M, Angélique^ p^ssim. On sait que U Mère Agnès fut abbesse deSaint-Gyr avant d'entrer à Port-Royal.

CHAP. VI, SECT. I, A^T. I, ^ H. îiÇll

vantage de la terre. « Elle portoit déjà gravée dans son « âmé une image de T éternité, écrit sa nièce Angélique^ ; c( car elle ne regardoit jamais que le moment présent, <( ayant aussi peu d'inquiétude sur Tavenir qu'elle fai- « soit peu de réflexion sur le passé. »

Ces saintes femmes sont seules dignes de se louer entre elles, et c'est encore à la seconde Angélique ^ qu'il faut demander par quel éclat divers brillaient les vertus de ses deux tantes : « Il sembloit que Dieu, dans les « dons qu'il leur avoit départis, les eût partagés diffé- « remment afin que leur conduite pût être utile à toutes « sortes de personnes. Dans la mère Angélique il paroisce soit une charité ardente, vigourepse et tendre, qui (( savoit s'abbaisser et s'élever à propos, qui se faisoit « craindre et se faisoit aimer, qui avoit le secret de tout « renverser par sa force et de tout relever par 9a bonté. « Dans la nière Agnès, au contraire, on voyoit upe éga- « lité toujours uniforme, une sagesse toujours Ja même, « une gravité accompagnée de douceur, qui inspiroit la (( confiance et le respect, et qui instruisoit autant par « son silence que par ses paroles. Il ne falloit que son « exemple pour régler unç communauté..., »

a Rien n'est plus consolant pour moy, écrit à son tour « au grand Amauld, dans une lettre inédite, l'une des « religieuses de Port-Royal ^ après l'élection de la se- <{ conde Angélique pour abbesse ; rien n'est plus conso-

1 Mém, de la M, Angélique^ t. ni, p. S68.

3 IbiéU^'p. 307. — Cf. la lettre de Le Maistre, dam le Recueil in-13, p. 206.

3 Sœur Jeanne de Sainte-Domitile Personne, morte le 19 avril i694. (Cf. Supplém, au NéeroL de P. R,, p. 567 ; GuUbert, Mém, ckron., U xir, p. 200 ; Œuvres du doct, Amauld, U ii, p. 450, lettre cccclxxxiv, du i*' septembre 1684, et t. it, p. 145, lettre ix, du 15 novembre 1682 ; inlerrogatito, dans XMiMt. deê Per^éeut., p. 170 et 457.)

308 LES REUGIEUSES DE LA PAMILEf ARNAULD.

« lant pour moy que le reproche que vous me faites sur « mon doute prétendu [à l'égard de Faptitude de la nonu velle abbesse pour ses fonctions]. Je dis prétendu, car (( la vérité est que je n'ay nullement douté. Et si je vous n ay pressé de parler, ce n'a pas tant esté pour apprendre « vos sentimens que je ne puis ignorer touchant nostre u mère abbesse, que pour avoir lieu de vous marquer les « miens un peu plus particulièrement que je n*avois fait « d'abord. Je voulois donc, mon très cher père, que vous « ne fussiez pas content que je vous eusse dit en général « que notre mère Angélique est bonne, et qu'elle se fait (( beaucoup aimer. J'avois envie que vous me deman- « dassiez comment elle a ainsy gagné le cœur de tant de tt personnes en si peu de temps. Si vous m'aviez intertt rogée là-dessus, je vous aurois répondu que c*est par « sa charité, par son humilité, par sa douceur, par sa (( sagesse plus divine qu'humaine, par son zèle tout plein (( d'onction, par la bonté dont elle tempère sa gravité « (ce qui s'éprouve encore mieux dans le particulier «qu'en public), par l'application qu'elle a à nostre « avancement, par la manière respectueuse dont elle '.( traitte les âmes qui luy sont soumises, ce qui la fait « respecter elle-mesme comme si c'estoit un ange que « Dieu nous eust envoie pour nous gouverner ; et enfin « par toutes les vertus et les plus grands talents qu'on (( puisse souhaiter dans une supérieure de religion. « Voilà, mon très cher père, ce qui rend notre mère « Angélique aimable et vénérable à toutes celles qui ont (( des yeux pour voir et des oreilles pour entendre; et <( je dois croire que comme il a plu à Dieu.de me faire a cette miséricorde, il l'a faite aussy aux autres ; j'en t( voy des marques qui m'édifient beaucoup, surtout un

Page 1