CHAP. VI, SECT. III^ ART. IL
« une response à madame Tabbesse, où vous me fassiés (( rhonneur de luy tesmoigner que ce qu'elle a fait en « ma faveur vous oblige ; car je crois qu'on vous aura (( dit qu'avant qu'elle fût tombée en Testât où elle est « présentement, elle a escrit au roy pour luy demander « son agrément pour moy à la coadjutorie ^ Vous dé- (( meslerés qu'elle veut vous en parler, et de celle de « Malnoue qu'on luy a dit qui venoit d'estre accordée, « La joye où elle est du retour du prince de Loraine 2, « luy fait dire Son Altesse [en parlant du roi] pour Sa « Majesté ; mais surtout j'ay pris de là occasion de vous (( faire rire un moment, puisque c'est le seul endroit par « où je puisse sans indiscrétion vous escrire une lettre si (( longue qui n'a d'autre but que de vous assurer d'une (( chose dont vous este convaincu ; c'est de mon respect (( et de l'honneur que j'ay d'estre.... M. de Feuquière, « chanoinesse de Sainte-Marie. — Faites-moi la grâce, « Monseigneur, de m'addresser vostre réponce pour (( Madame Tabbesse, parceque ces domestiques pren-* <( nent quelquefois la liberté d'ouvrir ses lettres, et il (( n'y a que sa femme de chambre qui sache l'intention « qu'elle a eu pour moy. » — ^Sur t enveloppe : 9 octobre 1697.]
C'était, on le voit, à deux jours de distance que Pomponne recevait la double communication des abbesses de Charenton et de Sainte-Marie [9-11 octobre 1697] ; et très probablement les deux personnes dont il s'était
a maison. J^ajme fort voitre niVce. Je crois qne »oh aUeMse [te roi Louis XIV] « ne TOUS refusera pas, [et qu^au contraire il tous accordera], comme à « madame de Malnoue. »
1 CeUe lettre et le mémoire qui raccompagne font encore partie de notre dépôL
3 Lêopold, qui rccouira ses états par le traité de Risvickt
ft58 LES RBUGIBDSES DE LA FAItnXB ARNACLD.
entretenu ayec le P. de Mesgrigny étaient sa fille et cette nièce, comme la qualifie madame de Floranyille ^ qui n'était en réalité que son arrière-cousine ', mais qui appartenait à Tune des branches de ces Feuquière dont la famille Amauld avait été jadis Tobligée, et dont elle était devenue la reconnaissante protectrice. — L'abJiesse de Sainte-Marie se trouvsdt évidemment en enfance, et ce n* était pas seulement sa dignité, c'était la discipline que laissaient péricliter autour d'elle ses infirmités. Les chanoinesses qu'elle dirigeait avaient secoué la règle, et prétendaient se séculariser '• Leur titre même de cAonoinetseê était nn mensonge ; et poiv l'acquérir il leur a?ait fidln attenter au tombeau de leurs devancières, oà elles avaient Wt effacer le titre de bénédictines *. — Décidément les religieuses de la famille Amauld se laissaient ramener dans le cloître au point d'où les avait tirées la réforme des Angélique et des Agnès.
Etait-ce à cause de cela que Pomponne, bonteax de eontribuer à détruire jusque dans sa famille l'œuvre de ses tantes, et pour échapper à une complidtè d*intrigues avec la femme de chambre de Madame de Floranville,
^ Voir plus haut, t. ii , p« S56, n. S.
S La preuve te Miaa quartier! de noblesse eiîgéa pour TadoiiaBiou de Madclelne-Diaiie de Feuquière à Sainte-Marie de MeU se trouve Bibliotié* que royale, eahinet deM ftfret, dossier des Feuqnlère. Diane était iHle de Louis» comte de Feuquière, maréchal-de-eamp conuBandaiK lu dtadele de Verdun, et petite-fille de Henri, comte de Pas, gouvemeur de Tool, cheralier de la cour du pariement de Metz, cousin issu de gennain du marquis de Pomponne, et marié le 4 janvier 4668. (Ibid.)-- Cf. Handiquer deBlanoonrt, Mobittairede Picardie, p. 410.— Voir cependant, sur le degié de eonfianee que mérite ce dernier auteur, Catalogwê des tieree imj^rimés de la bibUotkéque du roi, théolog., 1. 1, Mém. hist, p. xtn.)
• sut géfÊér,d9Meit,pn les Bénédictins, t in, p. S96 ; Don Betuicr, Heeueil kisU, ehranoL et topog. dee archevéchU, etc*9 p« iOM. 4 Aise. gMr. é9Mets, et Dp Beeuaieri ibkU
CHAP. TI5 8BGT. III, ÂHT. m. SS9
hésitait, devant les propositions de M/ de Mesgrigny, entre sa fille et son alliée ? Nous ne savons ; mais Tune de celles-ci se refusa sans doute à un éloignement, et Vautre à un déplacement; ou bien Louis XIV craignit d'inoculer au loin soit le Jansénisme, soit le scandale '; car Madame de Mesgrigny étant morte deux mois après sa lettre, le 26 décembre 1697, Marie*Louise de Beauvergçr-Mongon fut désignée le 29 mars 1698 comme abbesse de Gharenton^; et ce fut une chanoinesse du nom de Mécbatin ' qui remplaça Madame de Floranville.
— Nous ne savons ce que devint Madame de Feuquiëre.
— Charlotte demeura simple religieuse à Malnoue.
ARTICLE m.
Charlotte sous Cinspiration de ses frères.
Dix-huit mois après, la mort frappa son père. — Il ne lui resta que ses frères pour appuis et pour guides. Sa
1 Nous aTons déjà tu plus hant, t. ii, p. 243, n. S, et p. 248, n. 2, ses scrapules à cet égard À propos de Tabbé de Pomponne, mais seulement lorsqu'il s'agissait de Fépiscopat ; car le Jansénisme ne l'avait pas empêché de conférer au loin Tabbaye de Saint-Maixent au fils de Pomponne, ni de le rapprocher en lui donnant Tabba^e de Saint-Médard. Nous pensons donc que Charlotte craignit de s'éloigner de sa famille, ou que sa fbmille craignit de l'éloigner. La première hypothèse est plus conforme aux cir* constances connues de la vie de Charlotte, qui, fille et belle-sœur de deux ministres puissants dont l'un survécut à Louis XIV, vécut et mourut simple religieuse dans le voisinage des siens. La seconde est moins plausible, car elle suppose que Pomponne aurait préféré l'afTection des siens à leur avancement, et qu'après lui ses fils auraient voulu retenir près d'eux une sœur qu'ils laissaient devenir aveugle dans son couvent, comme nous le verrons tout à l'heure, pour ne point avoir à soigner chei eux en même temps deux malades.
2 GalL ekriêt., L ii, p. 178.
s HUt, de Metz, et Dom Beaumer, he, eit»