‹ La vérité sur les ArnauldChapitre 9 sur 28 · CHAPITRE V. Ht · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. Ht

douze rejetons du premier degré avaient été presque tous hérétiques, mais d'une hérésie peu tenace, surtout chez les hommes qui avaient leur fortune à faire. Parmi ceuxci le célèbre avocat ennemi des Jésuites avait été doué d'une intelligence supérieure ; les autres, quoique remarquables, étaient loin d'en approcher. — La seconde génération celle qui compte vingt enfants, se glorifie à la fois du grand Arnauld, de l'évêque d'Angers et de d'Àndilly ; les femmes, Angélique, Agnès, Madame Le Maistre, y égalent les hommes, si elles ne les surpassent; l'opposition en changeant de terrain s'accroît en énergie, et de calviniste assez facile elle se fait janséniste indomptable. — Mais des quinze enfants de la troisième génération, deux à peine sont dignes de la seconde : Pomponne l et Angélique de Saint-Jean ; Angélique surtout, car c'est chez les femmes de cette lignée que persistent plus longtemps l'esprit et la vigueur. Pomponne a de l'esprit sans éclat, de l'opiniâtreté sans énergie. Trois de ses frères sont sortis tous déformés des mains rudes et impérieuses qui les ont emprisonnés dès leur enfance, le premier dans un manteau d'abbé, le second dans une livrée de page, le dernier dans une cellule d'ermite ; affublant du surplis celui qui voulait un mousquet, d'une cornette celui dont la vocation était la solitude, et con-

1 L'esprit observateur de Nicole ne s'y était pas trompé. Le 1G juin 1692 il écrivait au grand Arnauld : « [Votre famille] a maintenant un de ses « rejetions [Pomponne] dans le plus grand poste du monde. Mais nonobstant « tous ces avantages temporels, je ne le comparerai jamais à la première « ligne de sa famille, et je ne l'estime que par plusieurs endroits par les- «' quels il leur ressemble. J'ai bien peur qu'il ne soit trop vrai de dire « de la génération qui suivra celle-ci : œtas parentum pejor avis, tulit nos « ncqu'wres, mox daturos progeniem vitiosiorcm.,, » (Lettres de Nicole, L ni, dans ses Œuvres, t. vin bis, p. 205.)

220 LES PETITS- FILS D'ARNAULD D'aNDILLY.

damnant à la solitude celui qui voulait du monde. — Après ceux-ci, il n'y a plus qu'une génération de courtisans d'une capacité bien inférieure à celle de Pomponne, d'une vigueur au dessous de celle de Luzancy. Les femmes même y sont obscures ou incapables1. — Il nous reste à étudier plus particulièrement cette génération.

Des cinq fils du marquis de Pomponne, deux seulement parcoururent leur carrière dans toute son étendue; Nicolas-Simon, deuxième marquis de Pomponne, et Charles-Henri, ordinairement désigné sous le nom d'abbé de Pomponne. Par un heureux concours de circonstances, ces derniers héritiers du nom d'Arnauld devaient non seulement recueillir la meilleure fortune de leur famille, mais en recevoir les plus hauts enseignements. Fils d'un père qui mourut au pouvoir, leur éducation fut dirigée, surveillée, influencée par les trois hommes les plus illustres de cette race illustre; d'Andilly, Pomponne et le grand docteur. Mais la race, ainsi que nous venons de le dire, allait s' épuisant au moral comme au physique. Les trois grands instituteurs ne trouvèrent que de médiocres élèves. — Ne pouvant transmettre à ceux-ci les qualités éminentes de l'esprit, chacun d'eux laissa dans ces jeunes cœurs l'empreinte de son caractère. Seulement la triple empreinte, s'y gravant à la fois, se déforma. Les défauts s'y exagérèrent, les qualités s'y amoindrirent. D'Andilly avait eu l'ambition du pouvoir ; ses petits-fils eurent celle des honneurs. Pomponne était prudent ; ses fils furent pusillanimes. Le grand Arnauld était plein d'une

1 Elles y sont toutefois encore plus courageuses que les hommes. (Cf. Mcm. de Saint-Simon, t. xxxv, p. o, et ce que nous dirons plus tard du second marquis et de l'abbé de Pomponne.)

téméraire énergie ; ses neveux à leur pusillanimité surent allier un entêtement opiniâtre et sournois. — Des trois influences cependant, celle du père, qui fut la plus persistante, fut aussi celle qui domina le plus dans ces caractères métis ; aucun des deux pupilles ne prit le chemin de Port-Royal sur les traces de leur aïeul, ni celui de l'exil sur les traces de leur oncle. Ils moururent comme leur père, Jansénistes plus ou moins honteux, mais toujours courtisans.

SECTION Ire.

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