‹ La vérité sur les BolchevikiChapitre 3 sur 4 · Î06 LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

Î06 LA VÉRITÉ

Contre toutes ces folies, le Parti socialiste révolutionnaire et le Parti social-démocrate (les memcheviki) — qui est en Russie le vrai représentant de la tendance marxiste, — ne cessèrent de protester mais en vain. Depuis, les bolcheviki ont essayé de raconter que la situation s'était singulièrement améliorée. Voici un document qui nous fixera là-dessus. C'est un radio envoyé le 12 décembre 1918 par le Commissaire bolchevik du Turkestan, Wotimseff. Le radio est envoyé à Moscou :

« La culture du coton dans le Turkestan a défini- « tivement échoué ; la cause en est à la famine qui « a régné l'année dernière et qui continue à sévir à « l'heure qu'il est ; encore maintenant, l'arrivée de « blé n'est aucunement garantie. La Russie va se « trouver aux prises avec une situation inextricable « par suite du manque de coton. On ne prévoit pas «- de semailles pour le printemps. La seule façon pour « nous de nous sortir de notre situation est de nous « faire parvenir de suite du blé des provinces qui « en produisent. Il nous faudrait pour commencer un «■ minimum d'un million de pouds et au mois d'avril « 10 millions. Si nous manquons de blé, nous ne pou- « vons pas semer de coton. Veuillez prendre des me- « sures en conséquence. Dans le cas contraire, étant

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« donnée la situation internationale, la population ci « l'armée de Russie manqueront de vêtements. »

Au milieu de tout cela, la corruption et la prévarication sévissent avec fureur. Il est très connu que l'on pouvait retirer de l'argent des Banques moyennant une commission qui, dans les derniers temps, était montée jusqu'à 20 0/0. Il ne se passe guère de jour où l'on n'arrête des fonctionnaires. Nous avons sous les. yeux un document du 8 juin 1918, où nous trouvons au hasard les informations suivantes :

c La Commission Extraordinaire pour la lutte conte tre le sabotage et la contre-révolution a fait arrêter « les individus suivants : D. K. Timoféiov, commis- « saire des formations sanitaires de Moscou ; N. Ae Trolanski, son adjoint ; D. V. K. Serguiev, secré- « taire de l'organisation, et G. G. Wosonberg, eolla- « borateur du Commissariat aux Affaires Etran^ « Les trois premiers sont accusés de dilapidation des i biens populaires confiés à leur administration. »

Fort souvent, on nommait une Commission de contrôle, mais peu de j S après, on arrêtait à son tour la Commission de contrôle. Ce qui s'est passé à I'erm est à ce sujet tout à fait typique. Le Commissaire du ravitaillement e . pour vol, on nomme un se-

cond commissaire qi i est encore arrêté pour vol

de temps après, le troisième commissaire est arrêté pour vol. Alors, le Soviet prend la décision suivante :

« Etant donné que tous les Commissaires ont volé, « volent ou voleront, nous demandons qu'on réta- « blisse dans ses fonctions le troisième Commissaire « arrêté, qui a au moins l'avantage de connaître son « métier. »

Trotsky déclarait un jour dans un meeting :

« C'est vraiment une chose inouïe que tous les ser- « viteurs du régime soient des ânes ou des fri- « pouilles. »

Nous nous contenterons d'ajouter que les régimes ont les serviteurs qu'ils méritent.

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L'Autocratie bolchevik

Voici un jugement de Gorky sur le régime bolchevik :

« Nous avons, dit-il remplacé l'autocratie des ca- « nailles par l'autocratie des sauvages. »

Nous pensons que Gorky faisait aux boicheviki tort au moins de moitié.

La Constitution sovietiste écarte du droit de vote tous ceux qui utilisent le travail d'autrui. Cette formule met hors de la vie politique des millions de petits cultivateurs qui emploient un, deux ou trois aides ; des millions de petits artisans : sabotiers, cordonniers, menuisiers, charpentiers, maîtres-ma aubergistes, etc. Tous les marchands sont dans la même situation ; nul commerçant, ni même les colporteurs n'ont le choit de vote, pas dayantag agents commerciaux : voyageurs ou représentants de commerce. Ce sont pourtant là des éléments résolument démocratiques. Si cependant les suffrages de

ceux qui votent étaient librement exprimés, ce serait

encore quelque chose ; nous verrons plus loin qu'il n'en est absolument rien.

Le pouvoir appartient en fait au Comité central exécutif des Soviets. Sur le fonctionnement de cet organe, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de donner l'opinion d'un des militants les plus connus du Parti social-démocrate, le citoyen Soukhanoff, qui, dans l'internationale, se place à la gauche de Zimmerwald :

« Quand les bolcheviki entreprirent le coup d'Etat « d'octobre sous la devise de « Tout le pouvoir aux « Soviets », personne ne douta du véritable sens po- « litique de cette devise. Elle ne pouvait signifier en « fait rien d'autre que : « Tout le pouvoir au Comité « Central des Bolcheviki ». C'est ce qui se produite sit naturellement. Depuis quatre mois, la Russie est « gouvernée par le Comité Central bolchevik ou, si « l'en veut, par la majorité de ce C. CL, dirigée par « Lénine.

« Le Comité Central bolchevik est, naturellement, « une institution complètement irresponsable, agis- « sant dans les coulisses du « mécanisme gouvernece mental ». Néanmoins, dans notre régime socialiste, « nous lui sommes redevables et de notre constituée tion des Soviets et de la politique des Soviets.

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« Dans l'institution responsable de cette constituée tion et de cette politique, au Conseil des Commis- « saires du Peuple, le Comité Central bolchevik a la t majorité absolue, gr ce à laquelle il régit le sort de « l'Etat et de la Révolution* A son gré, le Comité Cen- « tral bolchevik a créé la constitution de la Républi- « que des Soviets et, en particulier, les droits et de- « voirs du Conseil des Commissaires du Peuple il « viole cette constitution dans tous les cas où cela lui « convient.

« Il est vrai que le Comité Central exécutif est con- « sidéré comme l'organe suprême, siégeant en perce manence, du pouvoir des Soviets. Mais les mem- « bres du Comité Central exécutif, élus pour la forme « par les congrès, sont de fait nommés par le Comité « Central du parti, parmi les membres du Congrès et « hors de ceux-ci. Comment se réalise la représenta- « tion aux Congrès, nous le savons de reste. Et il est « clair pour chacun que, vu que les bolchevik domi- '( nent dans le Congrès, vu la discipline du parti, tout v< l'appareil du pouvoir des Soviets se transforme en « un instrument mécanique et muet dans les mains « des chefs du*Comité Central bolchevik. Le pouvoir « des « millions d'ouvriers, soldats et paysans « en réalité L'autocratie irresponsable île quelques

« personnes. Et, dans l'état actuel des choses, dans « les limites de la constitution des Soviets, personne « n'a ni ne peut avoir les moyens de lutter, je ne dis « pas avec la politique, mais même avec l'arbitraire « absolument primitif, absolument barbare, de ce « groupe irresponsable... »

En fait le véritable pouvoir ne tarda pas à tomber entre les mains du Comité pour la lutte contre la contre-révolution. Ce Comité possède des pouvoirs absolus et sans contrôle, c'est lui qui ordonne les perquisitions, les arrestations et les exécutions. Personne ne songe à lui demander des comptes. Voici, par exemple, le texte d'un décret publié par Ouritsky, le président de la Commission de Pétrograd.

1° La Commission ne fournira aucune explication. « au. sujet des .perquisitions ou des arrestations « qu'elle opérera, les personnes qui insisteraient « pour obtenir des explications, seraient arrêtées.

« 2° Au cours de l'enquête, personne ne sera au- « torisé à voir les détenus.

« 3° A la fin de l'enquête, une brève information

« sera donnée aux journaux sur chaque affaire et sur

« chaque personne arrêtée, à moins d'arrestation par

« erreur ou $>ar malentendu..

« 4° Les personnes reconnues coupables d'avoir

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« essayé de corrompre les collaborateurs ou les memi bres de la commission encourront les peines les <( plus sévères, et pourront même être fusillées.

« 5° Pour toute tentative d'attaque à main armée ou « de violence contre l'un des membres ou des collai borateurs de la Commission, les coupables seront « fusillés sur place.

Nous avons vu quel cas le bolchevisme faisait de la liberté de la presse, il va de soi que la liberté de réunion n'est pas mieux traitée. Quant à la liberté d'opinion, elle est régie par le décret suivant :

« Quiconque parlera contre le régime des Soviets, <c sera 'immédiatement déféré au tribun-al révolutionnaire. »

En réalité, un garde ronge armé cPuw revolver suffit amplement à la repression de ces sortes de délits. L'autorité des Soviets a d'ailleurs à peu près disparu : « Ce ne sont plus, disait wn manifeste du parti social-démocrate, que des chambres d'enregistrement. ». Et dans un manifeste adressé, à- la classe ou- \ rière de Msocou, le parti social-dénLocrate disait :

« Le Soviet doit redevenir pour nous mi centre in- « dépendant de l'autorité gouvernementale qui « groupe les ouvriers djMH la defejisc de Unis intél rets prolétaires. Dans ce but le Soviet doit rétablir

« l'autonomie municpale, fixer de nouvelles élec- « tions et transmettre à la municipalité toutes les af- « faires concernant la municipalité. »

De puis, les Soviets se sont vu retirer jusqu'à leur droit d'élire leur président, et Kameneff, président du Soviet de Moscou, a été purement et simplement nommé par un décret du pouvoir central. Voici d'ailleurs comment Soukhanov, dont nous avons déjà parlé, juge dans le Vperiod le régime qui gouverne la Russie :

« En fait, le groupe Lénine s'attribue des droits ar- « bitraires illimités, des droits tels que n'en a jamais « eu la clique courtisane dans aucune des monar- « chies existantes. Le Gouvernement de Lénine « édicté sans aucune sanction préalable, les lois d'ex- « ception les plus diverses renversant tout ce qui « restait debout des libertés civiques, consacrant les « exécutions en masses, introduisant la peine de « mort sans jugement, etc..

« Le Gouvernement de Lénine, suivant son bon vou- « loir, envoie des ultimatum aux puissasces étran- « gères et signe des traités de paix à n'importe quelce les conditions. Le Gouvernement de Lénine publie « de sa propre autorité des lois au contenu le plus « fantastique, qui seraient capables de bouleverser le

« monde entier, si elles avaient la moindre chance de « ne pas rester seulement sur le papier.

« Le Gouvernement de Lénine s'est emparé des « presses à imprimer et dispose, sans rendre de « comptes à personne, des caisses de l'Etat, dépen- « sant les ressources nationales comme les siennes « propres.

« Dans le domaine du droit budgétaire, nous som- « mes revenus aux temps qui ont précédé le règne « de Pierre le Grand, où l'on n'établissait pas de « budget du tout, cù il n'existait aucun contrôle et « où la caisse du tsar se confondait avec celle de « l'Etat... La « Constitution » des despotes asiati- « ques est réalisée pratiquement et intégralement « par le pouvoir actuel des Soviets.... »

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Ouvriers et paysans contre les bolcheviki

Il ne faudrait pas croire que les ouvriers et les pa}'sans acceptent sans protester un pareil régime. Le moyen légal qu'ils auraient, pour faire entendre leurs voix, serait d'envoyer aux Soviets des représentants non bolcheviki. Mais, les élections ne sont pas libres, elles se font sous le contrôle des gardes rouges armés de fusils chargés. Le plus souvent, on dit aux ouvriers :

« Que ceux qui sont pour les bolcheviki passent à « gauche, que les autres passent à droite. ».

D'autres fois on leur dit :

« Que ceux qui sont contre nous se lèvent ».

Quand on craint que l'intimidation ne suffise pas, on fait les élections en secret. Quelques instants avant le vote, on avertit les amis sûrs qu'il va y avoir élection. C'est ainsi qu'on a pu voir des délégués aux Soviets élus par 150 voix, par des usines où il y a plusieurs milliers d'ouvriers. On publie bien d'ailleurs les résultats des élections, mais nous

SUR LBS BOIXHEVIKI HT

n'avons jamais vu, pour notre part, publier le nombre des votants et le nombre des voix obtenues. Au hasard des informations quotidiennes, voici ce que nous lisons le 14 mars 1918 :

« Aujourd'hui a eu lieu, à l'usine chimique de Tenteler, un meeting au cours duquel de nombreux "PS ont critiqué avec véhémence la politique du Conseil du Commissaire du Peuple. Ordre fut donné aux participants de se disperser. Les ouvriers ayant refusé de se soumettre à cet ordre, les gardes routes ont fait usage de leurs armes. Il y a des tués et des blessés. »

Le 2 avril 1018, une réunion de 1500 cheminots du réseau de Pensa, Moscou, Kasan, a voté une motion exigeant :

1" Convocation immédiate de la Constituante ;

2° Rétablissement de tous les organes dissous de l'autonomie du Zemtsvo.

3° Cessation de la guerre civile.

4° Rétablissement de la liberté de parole et de presse, de l'inviolabilité de la personne et du domicile.

La motion bolchevik n'a réuni que 15 voix.

Le 17 avril :

« Il y a quelques jours a paru la nouvelle de la

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