‹ La vérité sur les BolchevikiChapitre 4 sur 4 · H8 LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

H8 LA VÉRITÉ

« dissolution des Soviets, des députés ouvriers des « Yaroslav, et de l'arrestation des membres de Soft viets appartenant aux mencheviki et aux socialis- « tes révolutionnaires. Ces mesures ont suivi les réé- « lections partielles des Soviets qui n'ont pas donné « un seul siège aux bolcheviki. »

Le 16 mai, les ouvriers de Sormovo, près de Nijni- Novgorod, à la majorité de 10.000 voix contre 50, ont adopté une motion blâmant la politique du gouvernement, et réclamant la convocation de la Constituante. Le 17 mai, la grève était déclarée. Le tout s'est terminé par des fusillades. Dans la Jizn du 24 mai, nous lisons :

« Les événements de Saratoff ont commencé. Le « 16 mai, les soldats de l'armée rouge se révoltèrent « contre les Soviets bolcheviki. Le 17, eurent lieu « les pourparlers; le 18, le combat recommença à « coups de fusils, de mitrailleuses et de canons. A « Louka, la ville a été déclarée en état de siège à la « suite de manifestations anti-bolchevistes. A Kos- « troma, les trois fabriques ont cessé de travailler « le 23 mai, et les ouvriers, réunis en meeting, ont « voté une motion antibolcheviste. A la même date, « on annonce que, dans tous les districts de Moloka, « les paysans ont supprimé les Soviets cantonnaux,

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<( on signale des insurrections, dans les gouverne- « m en t. s de Moscou, de Nijni-Novgorod, Tver, Kos- « troma et Smolensk. Des manifestations populaires « en plusieurs endroits, ont revêtu un caractère sauvage, et on est allé jusqu'à brûler les Soviets bolcheviki et leurs dirigeants comme cela eut lieu à Pavlovsk. Le journal Rodina, organe des coopératives, écrit :

i A Yekaterinbourg, l'Union des Invalides de Ve- « reh-Iset demanda des armes pour lutter contre les « tchéco-slovaqucs ; mais le Soviet ayant appris que, « sous ce prétexte, les ouvriers de cette usine voûte laient en réalité s'en servir contre les Soviets, re- « fusa en appelant des détachements de l'année « rouge. )>

Le 24 juillet 1918, l'organe officiel Izvestia publiait l'information suivante :

« Hier, dans les locaux de la Coopérative centrale « de l'approvisionnement, on a arrêté les personne a prenant part à la conférence convoquée par les « mencheviki pour lutter contre les autorités des Soi viets. Le but que se proposaient soi-disant les parte tis socialistes de droite était de réunir les délégués « de groupes ouvriers, afin de résoudre la question « vitale de l'approvisionnement. En réalité, ils vou-

« laient que le Congrès organisé par eux, se prononce çât contre les Soviets. Les nombreux documents « saisis seront examinés et ensuite publiés. Parmi les « personnes arrêtées se trouvent le leader de l'oppo- « sition, Abramovitch, et trois membres du bureau. »

Voici, par ailleurs, le résumé d'une protestation votée par 93 délégués ouvriers représentant 25 usines de Petrograd :

« Les chefs du nouveau Gouvernement nous ont « promis de soutenir nos intérêts. Pour ce Gouver- « nement, nos frères et nos fils versèrent leur sang. « Nous avons supporté la faim et les privations, le « manque de liberté, la suppression partielle de nos « droits.

« Quatre mois se sont passés et nous voyons que « notre idéal est souillé, et que pas une promesse « n'est réalisée. A notre moindre désir de vouloir « réélire ou de réorganiser le Soviet des ouvriers et « des paysans, nos réunions sont dispersées sous la « menace des fusils.

« Le Soviet des ouvriers et des paysans nous a pro- « mis une paix juste et équitable faite par le peuple, « et nous voyons que cette paix est une capitulation « honteuse devant le capitalisme allemand. On nous

« a donné une paix qui brise à jamais le mouve- « ment ouvrier.

<( On nous a promis du pain, et jamais famine plus « grande n'a sévi en Russie. On nous a donné une « guerre civile ruinant le pays.

« C'est l'époque des pots de vin, des spéculations « honteuses, des accaparements.

« Nos Comités n'existent plus.

« En quittant Petrograd, le Soviet des ouvriers « nous laisse sans appui, sans secours, fermant les « usines, nous jetant à la rue sans argent, sans pain, « sans travail, sans moyens de défense, sans espoir « pour l'avenir.

« Le Soviet nous a promis la liberté de la presse et « des réunions et nous n'avons ni l'une ni l'autre.

« Nous vivons à une époque de guillotine, de fusil- « lades, d'espions qui sont en même temps des bour- « reaux.

« Et voilà pourquoi le sang coule, pourquoi la « Constituante a été dissoute.

« Voilà pourquoi tant d'hommes qui ont été dépor- « tés en Sibérie, pendus, emprisonnés, ont sacrifié « leur vie. »

Nous n'avons pas la prétention d'apporter ici la liste complète des attentats commis par les bolche-

viki contre la classe ouvrière et paysanne, il faudrait un volume. Ce volume existe d'ailleurs, il est adressé à l'Internationale socialiste, mais nous ne savons pas quand il pourra arriver à son adresse. Disons, pour terminer ce triste chapitre, que depuis, non-seulement les socialistes-révolutionnaires, mais encore le parti social-démocrate tout entier, Martoff en tête, ont été, par jugement solennel, déclarés ennemis du peuple.

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La Terreur

C'est ici que la simple énumération des faits., la lecture des documents seraient impuissantes à rendre l'horrible vérité des événements. Le génie évocateur d'un Augustin Thierry ou le génie animateur d'un Michelet arriveraient à peine à faire sentir ce qu'ont ressenti et éprouvé ceux qui ont vu. Il y a le cadre d'abord : un peupl e brisé par la défaite et par la trahison, des foules épuisées par la famine, décimées par le choléra ; toutes les forces de sauvagerie et de violence librement déchaînées et surexcitées par le pouvoir d'en haut ; l'immense désespoir de ceux qui comprennent ; le spectacle écœurant des janissaires sauvages errant dans les rues, en maîtres, au point de se constituer pour le moindre incident, juges et exécutants immédiats ; le passage des otages enchaînés et résignés que l'on conduit au dernier supplice ; le crépitement des fusillades, strident, sans relâche dans la nuit. Voilà ce que nous nous avouons impuissants à rendre dans toute, son horreur. A ceux qui ont leurs raisons de s'efTorcer à couvrir ou à at-

ténuer les crimes des bolchevik^ nous dédions ce souvenir :

Arrivant à Petrograd, et cherchant à rendre visite à trois de nos amis, nous avons frappé en vain à leurs portes. Deux étaient devenus fous, le troisième s'était ouvert la gorge avec un rasoir. Et voici qu'aujourd'hui on essaie de rendre responsable de la terreur l'intervention des Alliés qui, en fait, ne s'est jamais produite. Nous ne laisserons pas ériger en légende cette contre-vérité historique. Le bolchevisme a été en permanence un régime de terreur. Les massacres furent pour lui un système de gouvernement. Nous avons vu de nos propres yeux et sous nos fenêtres, lors de la Constituante, fusiller des manifestants ouvriers et pacifiques qui s'avançaient en chantant. Nous avons contemplé sur les pavés l'agonie des mourants. Des massacres, il y en a eu partout où le bolchevisme était le maître. Faut-il rappeler les atrocités de Sébastopol en mars 1918 et la décision des matelots exaspérés par les excitations des journaux bolcheviki, décision aux termes de laquelle devaient être égorgés tous les habitants des rues principales jusqu'aux enfants de cinq ans.

Pour citer au hasard quelques exemples, les journaux du 18 mars annoncent qu'à Kouldoff les pay-

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sans d'un village voisin, d'accord avec les bolcheviki, ont organisé une nuit de la Saint-Barthélémy. On compte près de 500 tués, particulièrement parmi la population intellectuelle ; tous les magasins et les logements ont été pillés. C'est principalement la population juive qui a souffert. Des familles entières ont été massacrées, et, pendant trois jours, on n'a pas autorisé l'inhumation des corps. Le 23 mai. on télégraphie de Koursk que la ville de Korotcha a été livrée au massacre. Au commencement de mai, trente officiers, quatre prêtres et plus de 300 bourgeois ont été massacrés. Nous avons pris, au milieu de tant d'autres, ces événements qui sont bien antérieurs à toute intervention alliée.

Au Congrès des Soviets qui s'est tenu dans le courant de juillet avant toute intervention alliée. Sverdîofï, président du Comité central, terminait son rapport en disant :

« Nous avons l'intention d'inviter ies Soviets à ne a pas adoucir, mais au contraire, à augmenter encore « la terreur, quelque terrible qu'elle soit, quelle que « soit l'ampleur qu'elle preni:

Et les 20 août, alors que l'intervention alliée est devenue un fait, Lénine, dans une lettre adressée au peuple américain, écrit :

« A l'époque révolutionnaire, la lutte des classes a « toujours et partout pris la forme de la guerre ci- « vile, et la guerre civile est impossible sans les plus « affreuses destructions, sans la terreur la plus san- « gîante. Seuls, les onctueux curés, ecclésiastiques ou « laïques, — ces derniers dans la personne des so- « cialistes de parlement et de salon — sont capables « de ne pas voir, de ne pas comprendre, de ne pas « saisir cette nécessité. »

Ainsi, ce n'est donc pas sur l'intervention des Alliés que les bolcheviki eux-mêmes rejettent la responsabilité de la terreur, ils la déclarent une nécessité inévitable de leur régime. Ils tentent de la justifier en en faisant une conséquence du processus normal de leur révolution.

Trois événements ont marqué d'une façon particulière les étapes du terrorisme systématiquement organisé par le pouvoir central ; ce sont l'affaire Chastny, l'insurrection des socialistes révolutionnaires de gauche, l'attentat contre Lénine.

L'affaire Chastny est un des plus répugnants épisodes de l'histoire bolchevik. Mais ce qui le rend particulièrement odieux, c'est qu'il se mêle à cet assassinat comme une mascarade de légalité. L'amiral Chatsny, commandant pour le compte du régime bol-

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chevik la flotte de la Baltique, avait 20 ans de service dans la flotte, 4 ans de campagne contre les Allemands. C'est grâce à lui que 200 navires ont pu être évacues d'Helsingfors au moment de l'invasion allemande en Finlande ; c'est grâce à lui qu'a pu être sauvé ce qui reste de la flotte russe. Il avait donné assez de preuves de son esprit révolutionnaire pour être accepté par le régime bolchevik lui-même. Il est accusé de complot contre-révolutionnaire, et il comparait devant le tribunal. On chercherait en vain dans le compte-rendu du procès une seule preuve de sa culpabilité, lui-même apporte la dénégation la plus formelle ; il supplie qu'on ne le juge pas poulies opinions qu'il a cru pouvoir exprimer librement dans un pays libre. Mais il a contre lui un témoin, un seul, Trotsky, et ce témoin prononce le réquisitoire le plus violent et le plus haineux, à tel point que l'accusateur public ne trouve plus rien à ajouter. Chatsny avait cité dos témoins. Le tribunal décide qu'on en n'entendra pas un seul. Les témoins absents ont envoyé leur témoignage par écrit, le tribunal décide qu'on ne lira pas les lettres. L'accusateur public formule en ces termes les crimes dont il est coupable : insoumission aux ordres des autorités supérieures, infraction aux règlements et propagande des So-

viets. Après un simulacre de délibération, il est condamné à mort. Ceci se passait le 21 juin 1918. Et la moralité du procès, c'est l'accusateur public Krylenko qui l'a tirée lui-même en ces termes : « Ce n'est pas une exécution, c'est une fusillade. » L'arrêt doit être exécuté dans les 24 heures. Alors les socialistes révolutionnaires de gauche qui participent au Gouvernement s'insurgent contre l'arrêt du tribunal. Au nom du Parti tout entier, le Comité central s'adresse aux Commissaires du Peuple protestant contre le rétablissement officiel de la peine de mort. On répond à leur démarche en ordonnant l'exécution sur l'heure de Chastny. Le lendemain, les bolcheviki annoncent officiellement qu'il a été fusillé. Nous reviendrons sur cette dernière oartie du drame.

Quoi qu'il en soit, dès ce moment-là, la Terreur rouge est à l'ordre du jour du régime bolchevik. Quelques semaines après, eût lieu l'événement qui marque une seconde étape de la Terreur : l'insurrection des socialistes révolutionnaires de gauche. Nous l'avons exposée tout au long ultérieurement, et nous I n'y reviendrons pas. L'attentat contre Lénine a marqué le point culminant de la Terreur bolchevik. Nous n'avons jamais considéré les attentats terroristes comme un bon moyen de lutte révolutionnaire, mais ,

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dus comprenons parfaitement qu'ils sont le produit ormal et spontané d'un régime autocratique où il guère d'autres possibilités de protestation Tective.

C'est la tyrannie de l'ancien régime qui avait susîté les attentats terroristes, le même régime sous un Litre nom devait avoir les mêmes effets. Ce sont les têmes hommes venus des mêmes horizons politiq ui se dressaient autrefois contre le tsarisme, qui se ressent encore contre le boîchevisme, et pour les îêmes raisons. Les boleheviki pourront les accuser 'être des contre-révolutionnaires, mais leur passé st là tout entier qui répond. C'est un socialiste réolutionnaire qui frappe Volodarsky, le dictateur de etrograd, c'est un socialiste révolutionnaire et un iif qui frappe Mirbaeh, le dictateur occulte. C'est n socialiste révolutionnaire et un juif qui frappe kiritsky, le chef de la Terreur bolchevik à Pctrorad. C'est une socialiste révolutionnaire et une juive [ui se dresse contre Lénine, revolver en main. Celle [ue les révolutionnaires ont connue sous le nom de )ora Caplan, et qui s'appelait en réalité Fannv Roïd, l tenté, à L'âge de dix-huit ans, d'abattre un foneionnaire du tsarisme. Elle l'a manqué comme elle nanqua Lénine, et l'ancien régime, moins féroce que

les bolcheviki, la condamna au bagne à perpétuité. Elle a passé onze ans dans le bagne le plus atroce de la Sibérie orientale. La Révolution la libère. Elle croit rentrer dans une Russie libre, elle va enfin voir réaliser l'idéal pour lequel elle a offert le sacrifice de sa vie. Hélas ! elle ne voit réaliser que le bolchevisme, et, à mesure que sous ses coups la patrie s'effondre dans la honte de Brest-Litovsk, que la liberté est supprimée, que l'horreur de la misère et de la famine s'étend, qu'un régime de massacres et de délation s'établit, elle devient plus sombre, plus farouche ; ce qu'elle a en face d'elle, ce n'est pas la République, c'est l'autocratie là plus sauvage et la plus sanglante. Alors, elle reprend ses armes d'il y a onze ans, et elle se dresse contre Lénine en criant : « Je veux abattre le bourreau de la Russie et du socialisme. »

Est-ce un attentat de parti ? Assurément non, il eut I été mieux organisé. Elle n'avait pas prévu sa fuite, elle n'avait prévu que son suicide, qu'on l'empêcha de consommer en lui arrachant ses cigarettes empoisonnées. On peut penser ce que l'on voudra du terrorisme et des terroristes, on peut si l'on veut les frapper ; mais il faut être bien abject pour tenter d'injurier et de salir des êtres qui, pour leur idéal, ont ap-

)orté leur vie sans réserve. Cette abjection, les bol- •heviki ne manquèrent pas de la consommer ; et tanlis que l'on procédait à la déification de Lénine n publiant sur les murs de Moscou cinq à six bulleins de santé par jour du malade, on y ajoutait des nanifestes dans lesquels on disait :

« La main criminelle du parti socialiste révoluc tionnaire, dirigée par les Anglo-Français, a osé tii rer sur le chef de la c classe ouvrière, s Et, en nème temps dans les Izvcstia, on accusait Fanny loïd d'avoir agi pour de l'argent.

Soit ! Acceptons la thèse des bolcheviki ; on est n face d'un complot russo-anglo-français, l'attentat . été commis pour de l'argent. Jamais on ne trouera une occasion aussi sensationnelle d'en appeler mbliquement au peuple russe. Que l'on dresse un ribunal, que les séances soient publiques., que l'on iccumule les preuves et que l'on confonde les cou- >ables. Eh bien, non, ce n'est pas cela. Trois jours iprès l'attentat, on trouve dans les Izvcstia trois lignes dans un petit coin, où il est dit : • Hier soir, •\anny Hoïd a été fusillée ». Où est le tribunal qui l'a ondamnéc ? Il n'y en a pas. Où est celui qui a donné 'ordre de l'exécution ? On ne le connaît pas. Où a- -ellc été exécutée ? On l'ignore. Où est-elle enter;

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On le cache. Eh bien, la vérité qu'il faut avoir le courage de dire, n'est-elle pas plus atroce, n'est-ce pas que Fanny Roïd n'a pas été fusillée, qu'elle est morte sous les tenailles du bourreau ? Les bolchevik! n'emploient-ils pas la torture, toutes les fois qu'il s'agit de complots, pour arracher des aveux et obtemr les noms des complices ? La fin, selon eux, justifie les moyens. Pour éclairer cette tragédie, revenons a l'affaire Chastny. Nous avons laissé le drame au moment précis où on ordonnait l'exécution de l'amiral. La stupeur fut grande lorsque l'on apprit le lendemain que, contrairement à tous les usages, il avait été exécuté sans témoin, sans prêtre, sans même que son avocat fût averti. Plus grande fut l'inquiétude lorsque, la famille réclamant le corps, on le lui refusa, plus troublante l'impression lorsque, sollicités de dire par la veuve de Chastny où il avait été enterré, les bolchevik! refusèrent de le dire. Que redoutaient-ils donc que l'on découvrît en regardant le corps du supplicié ? Peut-être ne voulaient-ils pas faire mourir Fanny Roïd aussi vite. Mais n'était-elle pas physiquement épuisée et ne préféra-t-elle pas mourir plutôt que de dénoncer ses amis. Ceux qui l'ont connue témoigneront qu'elle avait le cœur hé-

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roique et l'âme noble (1) Veut-on une réponse à la question terrible que nous posons et nous attendons que l'on explique les faits autrement que nous ? le meurtrier d'Ouristsky à Petrograd (dont toute la famille, y compris son vieux père qui ignorait jusqu'à l'attentat de son fils, a été égorgée par principe) était soumis régulièrement à la torture dans la forteresse de Pierre et Paul. A la date où nous écrivons ces lignes (26 décembre 1918) il vit peut-être encore. Qu'on le fasse sortir et qu'il parle, en attendant le moment où, à la chute des bolcheviki, les murs des prisons se mettront à hurler d'eux-mêmes.

L'attentat contre Lénine marqua le point culminant de la terreur rouge. Les bolcheviki furent pris de peur et d'effroi. Ils se virent entourés d'ennemis, et ils pensèrent : Tuons tout, peut-être que parmi les morts sera notre exécuteur de demain. » Alors on se mit à arrêter au hasard, on se mit à fusiller au hasard. On ignorait jusqu'au nom des gens que l'on arrêtait. Et, si quelqu'un est pris par hasard dans une perquisition, on ne l'en fusille pas moins. C'est au

(1) Lénine est considéré à juste titre, croyons-nous, comme personnellement étranger à ces horreurs. Chez Lénine l'homme est souvent en contradiction avec le théoricien.

hasard que l'on choisit les victimes sur les listes d'otages. On exécute avec des fusils, avec des revolvers, et quand les victimes sont trop nombreuses, on opère avec des mitrailleuses. La terreur et la mort sont partout, nul ne sait pourquoi les morts sont morts (1). C'est par milliers que l'on compte les victimes à Moscou et à Pétrograd. Mais, par ordre, la Terreur s'étend à travers la Russie., et les journaux bolcheviki exposent triomphalement chaque jour à leurs lecteurs, d'innombrables récits des massacres organisés. On organise des processions de l'armée rouge, qui se promène avec des pancartes sur les-

(1) L'organe du grand capitalisme textile anglais ; le « Manchester Guardian »> s'appuyant sur des déclarations de M. Litvinnov envoyé en Rassie par les bolcheviki, pour organiser la reprise des affaires a prétendu que le nombre des victimes de la Terreur n'était guère plus que de 400 personnes. Nous ne songeons pas à contester, étant donnée la situation intérieure de la Russie, qu'elle ne soit un marché excellent ouvert aux tissus de Manchester. Et que les actionnaires du « Manchester Guardian » ne soient disposés à liquider au besoin la Russie et le peuple Russe, contre une forte commande de cotonnade, c'est leur affaire.

Mais, qu'ils prétendent par dessus le marché imposer au monde des contre-vérités aussi monstrueuses, c'est un excès de cynisme mercantile, contre lequel il convient de protester.

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quelles on lit : « Pour une goutte de sang d'un des nôtres, nous ferons tomber 10.000 tètes de nos ennemis. »

Trotsky, dans une heure de rage, s'écriait : « Oui, « nous tomberons, mais en tombant nous ferons cla- « quer la porte si fort, que le monde tremblera d'é- « pouvante (1).» Le monde, quand il en connaîtra, ne frisonnera que de dégoût.

Mais depuis quand la Terreur a-t-elle fait partie du programme socialiste ? Est-ce que toujours, le socialisme n'a pas déclaré : « Les hommes sont « irresponsables. Ils sont conditionnés par le mice lieu dans lequel ils évoluent. C'est aux choses que « le socialisme s'attaquera, ce n'est pas aux perce sonnes. » Et lorsque les bolcheviki instituaient la Terreur contre les personnes, c'était le plus terrible aveu de leur banqueroute et de leur impuissance à organiser les choses. Comme ils n'avaient pas réussi à être grands dans le bien, ils cherchèrent à être

(1) Depuis Trotsky a décidé que les femmes et les enfants de ceux qui quitteraient la Russie soviétiste pour rejoindre la Sibérie ou le Nord seraient fusillés à leur place. Est-il possible d'être plus abject dans l'horrible ?

Il se publie d'ailleurs en ce moment à Moscou, un nouveau journal que les camelots annoncent en ces ternies : Demandez la liste complète des fusillés de la semaine !

grands dans l'horrible. Le malheur a voulu que les innombrables émigrés hokheviki aient profité de leurs loisirs à l'étranger pour lire l'Histoire de la Révolution Française, et c'est sans doute les Hébertistes qui leur sei le plus haut idéal à réa-

liser. — Les conventionnels avaient été grands dans la Terreur — . Ils reprirent à leur compte cette méthode bourgeoise de la Révolution, sans comprendre que la véritable grandeur, ce n'était pas d'imiter, mais d'innover, et d'apporter au monde des formules nouvelles pour ouvrir les routes par où les hommes cheminent vers l'avenir.

Tout hurlant et barbouillés de sang, ils se croyaient sublimes, ils ne voyaient pas qu'ils n'étaient que des sauvages atteints de délire sanglant.

SUIS LES BOLCHF.VIIU HO

Conclusion

Nous avons montre ce qu'était le bolchevisme. Non seulement, il n'a rien de commun avec la Démocratie et avec le Socialisme dont il n'est qu'une hideuse caricature, mais encore nous l'avons vu glisser jusqu'à l'Autocratie démente et sançtente.

Si ce phénomène s'était produit dans la période qui a précédé la guerre, nous n'aurions guère eu qu'à le contempler avec horreur, en attendant avec tristesse qu'il eût donné le produit logique et véritable de son évolution : la réaction.

Mais il y a eu la Guerre et, i ojourd'kui, il y a la Paix, et dans la Paix, il y a le problème russe.

De la Paix doit sortir la des Nations.

Peut-on réaliser la Société iions s;ms la Bas-

il peut-on faire entrer 'es bolehcviki dans la Société des Natioi

Si l'on déclare exclus de îa Société des Nations les 180 millions de russes, le problème est résolu.

Mais comme le monde n'est pas devenu totalement insensé, personne ne songera à cette solution.

Tout le monde désirera donc l'entrée de la Russie dans le monde nouveau. Seulement il faudra pour cela qu'elle en remplisse les conditions. La première, c'est d'être une nation libre, une nation ayant librement déterminé son gouvernement.

Or, le peuple russe n'a pas eu cette liberté. Ce qui règne à Kief en la personne de PHetman, comme ce qui règne à Moscou en la personne des dictateurs bolcheviki, ce sont des Autocrates appuyés sur la force des baïonnettes et également détestés de l'immense majorité des peuples qu'ils oppriment.

Le devoir de la Société des Nations est d'exiger que le peuple russe soit mis en mesure de déterminer son propre gouvernement.

On dira que c'est là nous mêler des affaires intérieures de la Russie et que nous n'en avons pas le droit.

Nous pensons que cette formule de non-intervention dans les affaires intérieures d'un pays est devenue surannée avec la Société des Nations ; car cette dernière comporte un Statut qui doit être nationalement observé par chacune des parties contractantes sous le contrôle des autres, et ce contrôle dé-

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truit la vieille formule de non-immixtion dans les affaires intérieures.

Lorsqu'on décidera la limitation des armements, par exemple, on créera un contrôle sur le budget de chaque nation, comme sur les lois militaires.

Lorsqu'on créera une législation internationale du Travail, on en exigera l'application dans chaque pays.

Ne sont-ce pas là autant d'immixtions dans les affaires intérieures ?

Et plus la Société des Nations deviendra étroite, plus cette interdépendance se manifestera.

Une chose en tous cas est claire : La Société des Nations ne pourrait tolérer dans son sein des gouvernements qui seraient en. contradiction avec loi principes sur lesquelles elle repose.

Contre cette intervention, les Bolcheviki, qui semblent décidés à continuer leur expérience jusqu'à la mort du dernier des russes, s'élèveront naturellement. Ils essaieront de créer une confusion entre l'in tervention militaire dirigée contre l'Allemagne — et à laquelle L'armistice a enlevé son sens — et cette intervention politique et morale nettement dirigée contrt* eux. Mais c'est un jeu dont personne ne sera dope

Abandonner la Russie à son effroyable sort, ce serait un crime contre l'Humanité.

Que l'on y prenne garde ; à la terreur rouge , il y a une doublure : la terreur blanche 1

Le monde n'a-t-il pas vu assez d'horreurs ?

Nous devons désirer, dans l'intérêt de l'Humanité, que le peuple russe redevienne le grand peuple qu'il doit être. Nous Français, nous lui avons des obligations particulières. Nous ne pouvons pas oublier, par exemple, que s'il a manqué des réserves à l'armée allemande lors de la première bataille de la Marne, c'est grâce à l'héroïque sacrifice des armées russes en Prusse orientale.

On a dit : L'armée russe nous a trahis : Ce n'est pas vrai. Ceux qui ont fui, ceux que la révolution a débandés, ce n'était pas l'armée russe, c'étaient des hommes qui n'auraient jamais dû être soldats, qui n'avaient jamais été préparés, et qu'on avait appelés pour boucher les trous. Mais l'armée russe, la véritable armée russe n'a pas fui, elle est morte !

Elle est morte, tout entière décimée par la mitraille allemande, elle est morte stoïquement, résignée, jetée au carnage par l'incurie et la trahison de l'ancien régime qui l'envoyait au combat sans la couvrir par une artillerie lourde qui n'existait pas,

même la faire procéder d'une préparation d'artillerie de campagne, faute de munitions î

Souvenons-nous toujours de cela dans nos jugements sur le peuple russe î

Et ce nous est une raison de plus de l'aider à dégager les forces vives, les forces de jeunesse et d'avenir qui sont en lui.

Quand il sera libéré et sauvé, il apporter, monde des valet; ; nouvelles.

IMPRIMERIE I. RIRACHOVSKI

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