‹ La vérité sur les Cent-joursChapitre 11 sur 23 · VERSION ANGLAISE · texte numérisé non relu

VERSION ANGLAISE

Londres , le 29 juin.

Nous venons de recevoir le rapport officiel des opérations de l'armée prussienne du Bas-Rliiu dies 16, 17 et 18 juin, rédigé par Tordre du jour du feld-maréchal Blucher. C'est le 15 de ce mois que Napoléon, après avoir réuni, le 14, cinq corps de son armée et plusieurs corps de sa garde entre Maubeuge et Beaumont, a commencé les hostilités ; les points de concentration des quatre corps prussiens étaient Fleurus, Namur, Ciney et Hannut, ce qui permettait d'unir l'armée sur l'un de ses points en vingt-quatre heures.

Le 1 5, Napoléon s'avança jjar Thuin, sur les deux rives de la Sambre, contre Charleroi;le général Zeithen avait réuni le premier corps près de Fleurus, et eut ce jour une action très-vive avec l'ennemi, qui, après avoir pris Charleroi , marchait sur Fleurus. Le général 2eithen se maintint dans sa position près de cette ville.

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Le jfeld^maréchal Blucher ayant l'in^ntion de donner une grande bataille à l'ennemi aussitôt qu'il lui serait possible, dirigea les trois autres corps de l'armée prussienne sur Sqmbref, à 1^le }iiéiia et demie de Fleurud. Les deuxième et troisième corps sont arrivés le 15, le quatrième corps n'y parvint que le 16.

Lord Wellington rassembla son armée entre Âth et Nivelles, ce qui le mettait en état d'appuyer le feld* maréchal Blucher dans le cas où la bataille aurait eu lieu le 15.

Bataille de Lignjr (16 juin).

LWmée prussienne était postée sur les hauteurs entre Brie et Sombref, et autour de cette dernière place; elle occupait en grande force les villages de St-Amand ec de Ligny , situés sur le front. A ce mom^it il n'y avait encore que trois cprps de l'armée réunis ; le quatrième^ qui était stationné entre Liège et Hanyat, avait été retardé dans sa Biarche par plusieurs circonstances et n'avait pu rejoindre. Néanmoins, le {eld«*nMrécIial Blucher résolut de donne? bataille , lord Wellington ayant déjà mis en mouvement pour le soutenir une forte colonne de son armée , ainsi 4{ne ioute sa réserva 9tatioD»éedans lesenvironsdeBruxeUc», et le quatrième corps piusaien étant sur le point iTai^river*

La bataille commença à trtts heures après^ntidî ; l'en* nemi déploya 130,000 hommes, l'arfliée prussienne était forte de 60,000 ; le village de St-Anwnd fut le point qu'attaqua d'aboiid l'ennemi, qui s'en empara après une

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vigoureuse résistance ; il dirigea ensuite tous ses efforts sur lÂgny : c'est un grand Tiliage solidement bâti et situé sur un ruisseau du même nom; là, commença un combat qui peut être considéré comme un des plus acharnés dont l'histoire fasse mention. Des villages ont été pris et repris plusieurs fois; mais là, la bataille se donna pendant cinq heures dans le village même, et les mou«vemens an^nlessus et au-nleflsous eurent lieu sur un trèspetit espace de terrain.

De chaque cdté, des tmupes fraîches arrivaient con* ttnuisUement ; chaque armée avait derrière la partie du village qu'Mle -oocupait de grandes Masses d'infanterie qui entretenaient le eombat et étaient continuellement renouvelées par des renforts qu'elles recevaient de leurs derrières et dés hauteurs de droite et de gauche. En* vicon deux cents boucbes à feu tiraient de chaque côté sur le village , où le feu se manifesta plusieurs fois en diffîrens endroits. De temps en temps, l'engagement s'étendait sur toute la ligne , l'ennemi ayant engagé des Crou|>es avec le troisième corps; mais le fort du combat avait lieu à Ligny.. Les affaires semblaient prendre une tournure favoraUe pour les troupes prussiennes , une ^ailiedu village de SlrAniand ayant été repris par un liataillon que commanda^ le fdd-maréchal en per'^ sonne, avantage qui avait pennisde rq>rendre la hau-^ teur abandonnée après iaperte dé St-^Amand.

Cependant le eombat contânùait à Ligny avec la même farie , l'issue semblait dépendre de l'arrivée des tioupeâ uglaises ou de celle du 4* corps prusôen. En effet , l'arrivée de celle dtvisioa aurait donné au Md-maré-

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chai les moyens de faire immédiatement , avec son aile droite , une attaque dont on devait attendre un grand succès ; mais on apprit que la division anglaise destinée à nous appuyer était violemment attaquée par un corps de l'armée française , et qu'elle ne se nudntenait dans sa position qu'avec une extrême difficulté.

Aux Quatre-Bras , le 4* corps prussien n'avait pas paru , en sorte que nous fûmes forcés de soutenir seuls l'engagement avec un ennemi trè&«upérieur en nombre.

La soirée était déjà très-avancée ique le combat continuait à Ligny avec la même fumeur et les succès également balancés ; xk)us demandâmes , mais en vain , les secours qui nous étaient si nécessaires. Le danger dev&* nait d'heure en heure plus urgent ; toutes les divisions étaient engagées ou l'avaient été , et il n'y avait aucun corps qui pût nous appuyer. Tout^à^oup , une division d'infanterie ennemie qui à la faveur de la nuit avait tourné le village sans être remarquée et quelques régi— mens de cuirassiers qui avaient forcé le passage sur Tautre côté , prirent à revers le corps principal de nos troupes qui était posté derrière les maisons; cette sur-^ prise de la part de l'ennemi fut décisive , spécialement au moment où. notre cavalerie , postée aussi derrière, les maisons , avait été repoussée par celle de l'ennemi dans plusieurs attaques répétées.

Notre infanterie qui était derrière Ligny ne se laissa pas décourager, quoiqu'elle fut siirprise dans les ténèbresy circonstance qui accroît l'idée «du danger dans l'esprit des hommes , et quoiqu'elle eut l'idée qu'elle était entourée de tous côtés , elle se forma en masse , re»

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poussa chaudement toutes les attaques de la cavalerie , et se retira en bon ordre sur les hauteurs , d'où eUe continua son mouvement rétrograde sur Tilly.

L'irruption subite de la cavalerie ennemie obligeant notre artillerie à se retirer précipitamment , plusieurs pièces prirent des directions qui les conduisirent à des défilés où il y eut du désordre, et quinze tombèrent entre les mains de l'ennemi.

L'armée se reforma à la distance d'un quart de lieue du champ de bataille ; l'ennemi ne se hasarda point à la poursuivre. Le village de Brie resta en notre pouvoir pendant toute la nuit , ainsi que Sombref , où le général Thielmann avait combattu avec le troisième corps , et où il s'était retiré lentement à la chute du jour par Gembloux. Le quatrième corps , commandé par le général Bulow, y arriva enfin pendant la nuit ; le premier et le deuxième corps se mirent en marche le matin deiv rière le défilé de Mont-Saint-Guibert : notre perte en tués et blessés a été grande , mais l'ennemi ne nous fit point d'autres prisonniers que les blessés.

La bataille a été perdue, mais non notre honneur. Nos soldats ont combattu avec une bravoure qui a sur-*passé tout ce qu'on pouvait attendre. Leur courage de*meura inébranlable parce que chacun mit sa confiance dans sa propre force. Le feld-maréchal courut dans la journée de très-grands dangers ; une charge de cava-* lerie qu'il conduisait ne réussit point, et la cavalerie ennemie le poilrsuivit vigoureusement ; son cheval ayant été frappé d'un coup de mousquet, l'animal , au lieu de s'arrêter, irrité de sa blessure , se mit au galop et courut

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en furieux jusqu'à ce qu'il tomba mort ; le Xeld-maiéchai étourdi de sa chute resta engagé sous le corps de son cheval. Les cuirassiers ennemis poursuivant leur avantage avançaient -, notre denner cavalier avait déjà passé le fekl-maréchal , et il ne restait avec lui qu'un adjudant qui venait dé mettre pied à terre , résolu de partager son sort ; le danger était grand 9 mais la Pro vi— dence veillait sur nous ; l'ennemi continuant sa charge passa rapidement près du feld-maréchal sans le voir, uu moment après une $ecoj^de char^ de cavalerie repoussa l'ennemi qui repaasa avec la même rapidité sans remarquer davantage le feld^maréçb^ ; mais ce ne fut pas sans difficulté qu'on le retira de dçs^pps pon cheval mort; il s'éloigna sur le chey^l d'un dragon.

Le 17, dans la soirée 9 Tariigi^e prus^i^npie se concen* tra dans les environs de Wavrç ; Napoléon se mit en mouvement contre lord Wellington , sur l^i grande route qui conduit de Gharleroi à BnuçeUes ; une div;îsion an-glaise soutint le même jour un «oinbat très- vif près des Quatre-Bras. Lord Wellington prit position sur la route qui conduit à Bruxelles , ayant son aile droite dans la bruyère de la Leu , son çen^e près de Mppt-SaintJean , et son aile gauche appuyée à la Haie^'Sainte.

Lofid WeUiogtpn écrivit au £eld-maréçhal qu'il était ré^lu à acceptier la bataille dans cetjbe position , si le lisld^maréchal pouvait l'appuyer avec deux corps d*ar-* mée ; celui-ci offrit de faire marcher toute son armée , fit proposa même, dans le cas où Napoléon n'attaquerait pas., que les alliés allassent l'attaquer le lendemain avec toutes leurs forces,

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Cela peut serrït à prouyer combien peu la bataille du 16 avait désorganisé l'arlnée prussienne ou abattu son moraL

Ainsi fut terminée la journée du 17.

Au point du jour, l'armée prussienne commença à se mettre en mouvement ; les deuxième et quatrième corps marchèrent par Saint-Lambert, où ils devaient prendre une position couverte par la foret de Franchemont , afin de prendre Tennemi sur les derrières quand le moment paraîtrait favorable . Le premier corps devait agir par Olsain sur le flanc droit de l'ennemi. Le troisième corps devait suivre lentement pour porter des secours en cas de besoin. La bataille commença vers dix heures dumatin: l'armée anglaise occupait les hauteurs de Mont-Saint^ Jean; celle des Français était sur les hauteurs devant Planchemonts la première étaitde quatre-vingt mille hommes; l'ennemi en avait plus de cent trente mille ; en peu de temps la bataille devint générale tout le long de la ligne. Il parait que Napoléon avait le dessein de pousser l'aile gauche sur le centre , et par là d'effectuer la séparation de l'armée anglaise de celle de Prusse , qu'il croyait devoir se retirer sur Maëstricht. Dans ce dessein , il avait placé la plus grande partie de sa réserve dans le centre, contre son aile droite, et c'est sur ce point qu'il attaqua avec fureur : l'armée anglaise combattit avec un courage qu'il est impossible de surpasser. Les charges répétées de la vieille garde furent repoussées par l'intrépidité des régimens écossais , et à chaque charge la cavalerie française était renversée par la cavalerie anglaise ; mais la supériorité en nombre

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de rennemi était tn^ giande. Napoléon ramenait continneUement des niasses considéiaMes , et quelque fermeté que les troupes an^^aises missent pour se maintenir dans leurs ponûons , il n'était pas possible que tant d'efforts héroïques n'eussent un terme. H était quatre heures et d^nie: la difficulté extrême du passage par le défilé de Saint-Lambert avait conÂdérablement retardé la marche des troupes prussiennes , de sorte qu'il n'y avait que deux brigades du quatrième corps qm fussent arrivées à la position couverte qui leur avait été assignée.

Le moment décisif était arrivé , il n'y avait pas un instant à perdre ; les généraux ne le laissèrent pas échap-^ per. Ik résolurent de commencer l'attaque sur-I^-champ avec les troupes qu'ils avaient sous la. main. En conséquence, le général Bulow, avec deux brigades et un corps de cavalerie, s'avança rapidement sur le derrière de l'aile droite de l'ennemi ; l'ennemi ne perdit pas sa présence d'esprit; il tourna dans l'instant sa réserve contre nous y et de son côté commença un combat meurtrier. Le succès de ce combat demeura long-temps douteux , pendant que la bataille avec l'armée anglaise continuait avec la même violence.

Vers les six heures du soir, nous reçûmes la nouvelle que le général Thielmann, avec le troisième corps, était attaqué près de Wavre par un corps très-considérable de l'ennemi , et que déjà l'on se disputait la possession de la ville. Le feld-maréchal ne fut pas cependant beaucoup inquiet de cette nouvelle. C'était sur le Ueu où il était, et non pas ailleurs, que l'affaire devait se

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décider. On ne pouvait obtenir la victoire que par un combat soutenu continuellement avec la même opiniâtreté , et par de nouvelles troupes , et si on pouvait l'emporter sur le lieu où Ton était , tout revers du côté de Wavre était de peu de conséquence : c'est pourquoi les colonnes continuèrent leur mouvement ; il était sept heures , et l'issue de la bataille était encore incertaine. Tout le quatrième corps et une partie du deuxième , sous le général Pwich , avaient été successivement engagés. Les troupes françaises combattaient avec toute la fureur du désespoir ; cependant on pouvait apercevoir quelque incertitude dans leurs mouvemens , et on observa que quelques pièces de canon se retiraient. Dans ce moment, les premières colonnes du corps du général Zeithen ar* rivèrent sur les points d'attaque, près du village de Smouhen, sur le flanc gauche de l'ennemi ; elles chargèrent sur-le-champ. Ce moment décida la défaite de l'ennemi ; son aile droite fut rompue en trois endroits, et il abandonna ses positions. Nos troupes se précipitèrent alors au pas de charge , et attaquèrent l'ennemi de tous les côtés , pendant que toute la ligne anglaise s'avançait. Les circonstances étaient extrêmement favorables à l'attaque par l'armée prussienne : le terrain s'élevait en amphithéâtre , de manière que notre artillerie pouvait ouvrir librement son feu du sommet de plusieurs hauteurs qui s'élevaient graduellement l'une au-dessus de l'autre, et entre lesquelles les troupes descendues dans les plaines se formaient en brigades et dans le plus grand ordre, tandis que de nouvelles troupes se développaient continuellement, au sortir de la forêt, sur les hauteurs

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de derrière. L'ennemi cependant comerrait encove des moyens de retraite jusqu'à ce qu'on eut emporté» s^rcs plusieurs attaques sanglantes, le village de Planchenet^ qui était sur ses derrières défendu par sa garde. I>ès ce moment-^là , la retraite devint une déroule qui s'étendit bientôt à toute l'armée française.

Il était neuf heures et demie; le feld-maréçhal a^ sembla tous les officiers supérieurs et donna ordre d'envoyer à la poursuite de l'ennemi jusqu'au dernicfr cava«-> lier. L'avant*garde de l'armée accéléra sa marche. L'armée française» poursuivie sans relâche, était toilt-^fait désorganisée. La chaussée présentait l'image d'un immense naufrage; elle était couverte d'une immense quantité de canons , de caissons ^ de chariots » de bagages , d'armes et de débris de toute espèce. Ceux de Tennemi qui voulaient se reposer , ne s'attendant pas à être poursuivis si vivement, furent poussés successivement de plus de neuf bivouacs ; ceux qui voulaient se maintenir dans les villages , ou prenaient la fuite au premier son d'un tambour ou d'une trompette , ou , se retirant dans les maisons, étaient taillés en pièces. Le clair de lune favorisait beaucoup la poursuite de l'ennemi qui n'était qu'une chasse continuelle ^ soit dans les champs , soit dans les maisons.

L'ennemi s'était retranché à Genappe avec du canon et des chariots renversés ; nous fumes exposés en y entrant à un feu très-vif de mousqueterie , auquel nous répondîmes par quelques coups de canon suivb d'un houra , et bientôt après , la Ville fut à nous.

Ce fut lày qu'entre autres équipages, on prit la voiture

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de Napoléon ; il venait de la quitter pour monter à cheval, et avec tant de précipitation, qu'il y avait oublié son épée et son chapeau. Les affaires continuèrent ainsi jusqu'à la pointe du jour. Environ 40,000 hommes dans le plus grand désordre , ce fut tout ce que l'ennemi put sauver dans sa retraite par Gharleroi : 27 pièces de canon furent tput ce qu'il emmena de sa nombreuse ar-> tillerie ; nous n'avons pas de détaib exacts de la perte de Tennemi ; il suffît de savoir que les deux tiers de l'armée ont été tués , blessés ou faits prisonniers. Parmi ces derni^^, S9i^t .1^8 générau:^ Mouton, Dubesme et Gompan. Nous avons en notre possession environ 300 canons et plus de 500 caissons. Cette bataille a été nommée laiMfilUiJélliance, du- nom d'une ferme où se tenait Napoléon pendant la bataille , et où, après. U victoire , le feld-^maréchal Kucher a rencontré- le duc de.Wdlington. ...

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