‹ La vérité sur les Cent-joursChapitre 15 sur 23 · DU PRINCE DE TALLEYRAND · texte numérisé non relu

DU PRINCE DE TALLEYRAND

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DE LORD GASTLEREAGH,

Le mioistère du roi a reçu la note que sw. excellence milord de Castlereagh lui a fait l'honneur de lui adresser, touchant les objets d'art qui appartiennent à la France. Sa majesté, à qui cette note a été soumise, lui a donné Tordre d'y faire la réponse s^iyante :

Les protestations faites par son excellence n'étaient pas nécessaires an roi pour qu'il fut persuadé du désintéressement que le prince régent a porté dans la demande qu'il a cru deyoïr ordonner à ses ministres de faire au gouvernement français.. Sa majesté se plait même & rer connaître dans les motifs qui ont dicté eette démarche les sentimens de bienveillance dont son altesse royale

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s'est toujours montrée aminée à son égard. Mais les raisons desquelles ces motifs sont tirés ne lui ont paru reposer que sur des suppositions inexactes ou sur des erreurs.

En effet , son excellence semble croire que les deux guerres de 1814 et de 1815 sont de même nature, et que la seconde doit, comme l'a fait la première, être terminée par un traité de paix. Mais ces deux guerres sont de nature très-différente. La première était Téritablement faite à la nation française, parce qu^elle était faite à un homme qui était son chef reconnu par toute l'Europe, au nom de qui tout était administré , à qui tout était soumis , qui disposait enfin de toutes les ressources de la France et qui en disposait légalement. La guerre étant faite à la nation, un traité de paix était nécessaire. En 1815, au contraire, ce même homme, à quil'Europe a fait la guerre , n'était reconnu p^ aucune puissance comme chef de la France. S'il disposait en partie des mêmes instrumens, il n'en disposait pas légalement, et la soumission était loin d'être complète. C'est à lui seul et à la faction qui l'a rappelé , et non à la nation , que, d'après ses propres déclarations, l'Europe a fait la guerre. La guerre s^est donc trouvée terminée et Tétat de paix rétabli par le fait seul du renversement de l'usurpateur, la dispersion de ses adhérens et la punition de leurs chefs. On ne voit donc pas comment la g\ierre de 1815 pourrait être un motif valable pour changer l'état des choses étabU par la paix de 1814.

Son excellence milord vicomte de Gastlereagh a , d'un autre côté , posé en fait que des objets d'art ne peuvent

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point s'acquérir par la conquête. Le ministère du roi est bien loin de vouloir faire l'apologie d'aucune sorte de conquête s plut à Dieu que le nom ni la chose n'eussent jamais existé I Mais enfin , puisque c'est pour les nations une manière d'acquérir , admise par les usages de tous les peuples et de tous les temps , le ministère du roi n'hésite pas à dire avec conviction que la conquête d'objets inanimés, dont le seul usage est de procurer une jouissance physique , ou, si l'on veut, intellectuelle , est ïÂen moins odieuse que celles piar lesquelles des peu«ples sont séparés de la société dont ib sont membres , soumis à de nouvelles, lois , à des coutumes qui ne sont pas les leurs, réunis à des peuples dont souvent leurs dispositions naturelles les éloignent, et perdent jusqu'au nom qu'ils avaient toujours porté.

Il y a à faire , relativement aux objets d'art qui ont été successivement apportés en France , une distincti(m que l'on parait n'avoir pas faite. Parmi les pays auxquels la France a renoncé en 1814, plusieurs appartenaient très-légitimement à elle ou au chef qu'elle avait eu , parce qu'ils leur avaient été cédés. Elle a donc pu disposer des objets d'art qui s'y trouvaient lorsqu'elle a renoncé à ces pays ; elle les a restitués tels qu'ils étaient au moment de la restitution , et l'on ne voit point d'après quel droit leurs possesseurs actuels viendraient aujourd'hui réclamer des choses qui n'ont pas été comprises dans l'abandon que la France en a fait.

Enfin, d'autres objets d'art appartiennent encore à la France à un titre qui n'est pas moins légitime : ils lui

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a^ypartiennent en vettu de la oession qui lui en a été faite par des traités solennels.

Quant aux considérations morales développées dams lanotedeson excellence milordritomte de Gastlereagh, son excellence a tonte, raison de croire que le roi too» drait pouvoir y céder^ et qu'il s'empresserait de reUituer tout ce qui a été enlevé et conduit en France pexidant le cours de la révolution , s'il pouvait ne suivre que son propre penchant. Mais son éxceUenee se trompe si elle crcMt que le roi soit aujourd'hui plus qu'en 1814 en po^ sition de le faire ^ et le ministère ne craint pas. d'affirmer que si, comme il n'en doute pad , toute cession- dé l'an-^ cien territoire , dabs le cas où le roi y consentirsût , lui serait iqiputée à crime, celle des objets d'art i»e le serait pas moins , et serait pèut^^êtfo jueme ptns fOTtehient res^ sentie 9 comme blessant plus vivem)$nt l'aDipur-piopre national. .

.Le prince de Talleyrand, président du conseil des ministres, al'honneur, etc., etc.

Signé, I'alleyrawd.

Paris, le 19st0ptembre 181Ô.

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