I^ VÉRITÉ
bras menaçans contre le père d« la patrie, qui implorait leur concours ! Qui fut digue alors de ia France^ TEmperelir Ou la dmmhre?..
Qui de l'Empereur ou des députés représen*tait véritablement le peuple français ?
Nousentendîmesalôrsplusd'une voix parler de l'inviolabilité de la chambre , de sacrilëge, d'omnipotence législative. Osons aborder ces grandes questions. La chainbre élective est inviolable : oui sans doute ; comme la cham*bre des pairs est inviolable ; comme le chef de l'état est inviolable. Le droit d'inviolabilité des trois branches législatives* est ^1 ponr toutes les trois ; l'un de ces droits n'est pas plus sacré que l'autre , car ils dérivent du même principe, de la charte» expression de la souveraineté populaire. IViais si une chambre des pairs s'avisait (par exemple) de proclamer Henri Y, son inviolabilité la garantirait^lle d'unç insurrection légitime ?. . . Si un roi ', secrètement lié aux monarques absolus, détruis sait la charte par des ordonnances, faudrait41 respecter son inviolabilité?.... Eh I pourquoi donc l'inviolabilité de la diambre des députés devrait«elle lui garantir l'impunité de tousses attentats ? Si cette chambre, oubliant le man-
SUR LES CBMTrJOURS. g$
dat qu'elle a re^u du pèapiesouveraio, brise la charte au lieu de la défendre ; ^ «Ue .trahilb le prioce ^ élu p non par eUè,) mais.coiùine ^lle e( plu3 uniterselleioent qu'elle*, par la vota^^ tion du peuple français; si ien prësenoè. de l'ennemi ^ au Jieu de se serrer autour de son chef y elle court mendier la pitié des ennemis-; doit-elle rester inyiolable ?« . » . Mais cela esp par trop absurde, car dans ce cas oé serait unq chambre , et non le peuple , qui serait souverain. Renonçons , il en est bi^i temps y khù puissance fantastique de certains mots tion définis f et réduisons leur valeur à ce qui eslb vrai.
Un roi , une chambre des pairs , une châm-* bre des députés, sont inviolables, tant que ces pouvoirs restent dans les limites tracées par le pacte social qui les a créés ; mais dès qu'ils sortent de ces limites, ils cessent d'être inviolables y 6t l'insurrection devient contre eux le plus saint des devoirs^ Contre eux^ roi , pairs, ou députés j car le peuple seul est souverain , et nous ne sommes pas plus inféodés à une chambre, élective qu'aux deux autres pouvoirs ; -^ et lorsque l'ordre social a été troublé par un acte insurrectionnel qui a brisé
g6 LA véRlT£ '
une des trois inviolabilités politiques , te Juge de cet acte insurrectionnel , le ]nge unique et suprême , c'est le peuple ; s'il Tapprou ve par un vote universel et libre, l'acte insurrectionnel est légitime : il devient chose sacrée. Mais tant que le peuple n'a pas légitimé par ce vote précis un acte insurrectionnel quelconque , cet acte n'est qu'un fttit et non pas un droit. Je sais bien qu'un fait accompli sans la légalité fondamentale, ou avec uïie légalité incomplète , finit par obtenir du con-» sentement tacite un droit supplémentaire; > si des générations de rois se succèdent, la jouissance pacifique du trône peut remplacer à un certain point la votation des peuples ; mais c'est l'œuvre du temps; et nul n'est légitime lorsqu'il ne possède ni le droit de l'élection , ni le droit subsidiaire de la prescription. Ces principes sont trop incontestables pour que personne puisse les nier : on peut tout au plus se taire devant eux.
L'inviolabilité d'une chambre élective, d'une chambre des pairs, ou d'un roi , réduite ainsi dans ses justes limites , est la me* sure commune de droit politique applicable à toute révolution. D'apréè cette règle infailr-
S(^-LES GBNT-JOURS. 97
llble, tout le monde , en lisant notre histoire, peut donner à chacun de nos actes révolutionnaires le titre qu'il mérite.
Dès que l'inviolabilité d'un chef on d'un corps est définie/ les grands mots dé saer/légef à* omnipotence parlementaire^ cessent d'avoir une signification réelle : l'opinion publique seule est juge si une révolution est sacrilège ou sacrée; et quant à l'omnipotence ; le peuple souverain seul peut se l'attribuer ; une branche de la législature, par cela seul qu'elle n'est qu'une branche , ne peut prétendre à cette souveraineté exclusive.
Revenons à l'application. Dans les Cent- Jours , la chambre des députés étant sortie s
de ces limites , elle avait cessé d'être inviolable ; et l'Empereur avait le droit et peutêtre le devoir de la dissoudre. Dans les trois jours de i85o , le monarque étant évidemment sorti des limites de son pouvoir , il avait cessé d'être inviolable ; et les funestes ordonnances ont rendu l'insurrection légitime. Mais cette révolution n'est encore qu'un fait , parce qu'elle n'a pas reçu l^ indispensable baptême de la votatiàn universelle. Puisse cette votation (quels que soient la forme et le chef)
gS L4 veritë
consacrer un équilibre tel que tdut citoyen , dig[ne de ce nom, veuille et doive se réunir sous la bannière dé la patrie I
Ce n'est donc pas l'abdication de l'Empereur , mais la dissolution de la chambre que j'ai conseillée dans les Cent<^ Jours.
« La discuasion continua après que Lucien fut sor^ « de l'assemblée : la crainte d'une dissolution à main u armée était alors la seule idée qui l'occupait ; les in- « sensés ne voyaient pas Wellington et Blucher qui s*ap- « prochaient. La conduite de la chambre des pairs fut « aussi aveugle que celle de la chambre des représenf « tans. Luden s'y fit vain^meiit entendre 1 lespaipsaus9i m croyaient ou feignaient de croire , qu'il n'y avait « qu'un homme entre la paix et la France, m -
La division des esprits^ à cette époque, n'ati^ raît point d'excuse si l'on ne tenait pas compté de là force irrésistible que les circJonstances imposent AMx esprits les plus fermes , dans ces grandes circonstances qui bouleversent les empires. Mais en tenant compte de cette force des circonstances , l'égarement des chambres peut s'excuser en partie. Si les masses du
lOO LA VERITE
peuple et de rarmëe voyaient dans Napoléon leur sauveur , la partie éclairée de la nation y surtout dans Paris , devait nécessairement se fractionner en nuances diverses , parce que le passé ne perd pas tout-à-coup son influence sur le présent. Or les idées héréditaires ^ réveillées par la monarchie impériale, ne pouvaient pas rester étrangères aux monarques exilés ; et les affections de l'ancienne noblesse devaient se raviver en faveur des Bourbons. Les royalistes-constitutionnels /ayant vu retardée par l'empire là monarchie à l'anglaise 9 but constant et sacré de leurs efforts depuis un demi-siècle , ne supposaient pas à Napoléon le projet de remplir leurs TO^ix à la paix générale ; ils devaient donc entrevoir, désirer, rechercher une autre combinaison politique ; et l'image d'un Guillaume III (toute conspiration à part) devait naturellement s'offrir à leurs yeux. Les constitutionnels-républicains, fidèles, quoique en j>etit nombre , aux glorieux et nobles sou^ venirs du consulat, n'avaient jamais adhéré de conviction au plébiscite impérial ; et dèslors ils ne pouvaient pas sentir un grand dévouement pour l'acte additionnel des Gent^
SUR L£$ GBNT-IOURS. lOI
Jours. Les démocrates enfin { parti qui , loin d'être confondu avec les républicains-con« stitutionnelsy en fut toujours le plus puissant ennemi) y les démocrates , malgré leurs inten* lions louables' souvent, n'en poursuivaient pas moins une utopie impossible dans un grand état ; et par la force même de leur conviction ils devaient regarder l'acte additionnel comme la réorganisation du pouvoir absolu de l'Empire.
— Cette situation des partis politiques , léguée auxCent-Jours parle passé, n'expliquet-elle pas, ne justifie-t-elle pas en partie le triste aveuglement des chambres , qui , répudiant (comme en délire) tout souvenir glorieux, se laissèrent misérablement choir au rôle hideux des Grecs du Bas-Empire ! Avouons-le sincèrement : la concorde publique , indispensable à notre salut, ne pouvait pas être obtenue dans une pareille divergence d'opinions; il fallait donc ou les comprimer toutes sous une dictature momentanée: ou les réunir toutes en deux camps opposés, en abandonnant complètement les traditions impuissantes de la monarchie impériale, et en proclamant de
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nonvea» la graoïde cépoMique/ea face des rois coalisés.
Ah ! sans doate , â, oomme le dit aiUeors Lamarqtie^ Napoléon , après son miraculeux reUmr^ eût ressuscité le consulat; si la Marseillaise, terreur des rois absolus , s'était élancée de sa vaste poitrine , conmie le cri d'Achille après les funérailles de Fatrocle; si sa Toix, en réponse à la malédiction lancée sur sa tête par le congrès des rois, leur eût dit ce qui était au fond de son cœur : a J'ai cru , en (c m'asseyant au milieu de vous , faire ce qu'il <c fallait pour réorganiser la France et l'Eu- « rope ébranlées; j'ai voulu concilier les trôa nés et les peuples; j'ai cru avoir reçu de « la Providence la mission de médiateur ence tre le passé et l'avenir.... Et vous, père de (I ma femme ! . . . . Et vous , Autocrate , à qui tt je rendis une armée captive!.... Et vous, a fils du grand Frédéric, qui reçûtes de moi ce votre monarchie, tout entière envahie!.... ce Vous tous, rois aveugles, vous blasphémez ce mon nom ! Vous me rejetez du sein de la ce société ! La mesure est au comble , et je vous ce rejette à mon tour loin de moi. L'empereur ce de France n'est plus! Le roi d'Italie n'est
SUR LES CBfiIT-40URS. lo3
u plu$ l Le consul seul resmadte et, vow ren- « voie vos malédiction».. il. Il ne s'agit plus cf d'une . guerre entre des dynasties^ mais c< d'une guerre à mort entre le pouvoir hé- « réditaire du vieux monde et le pouvoir a constitutionnel du nouveau. Le peuple u dont je redeviens le chef électif rompt à « jamais tout pacte avec les trônes de droit « divin ; vous avez proscrit le grand médiao. teur.^.. Malheur à vous! »....
Si telle avait été la réponse de Napoléon ^ dans vingts-quatre heures, au lieu de tant de partis en France , il n'y en aurait plus eu que deux, l'immense parti de la révolution et l'imperceptible parti de l'ancien régime. Un million de citoyens, dirigé par cent mille vétérans de l'Empire, eût couvert les bords du Rhin. Les peuples de l'Europe, un moment fanatisés contre nous , dans une querelle d'empereur à empereur, eussent réfléchi, Tarme au bras ! .... La libre Angleterre , où l'opinion publique n'est pas un vain mot, eût rougi de se faire^ le champion des rois absolus ! Bernadotte lui-même, ce fils de la république, u'eût pas marché contre elle.*.. Mais pourquoi nouségarer dans de pareilles suppositions ?. . . .
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La guerre ne ftit qu'entre des dynasties, l'ane nouvelle et seule, toutes les autres anciennes et unies*... Napoléon dut succomber.
u On a beaucoup reproché à l'Empereur de s'être M ainsi laissé dépouiller de son autorité sans rien faire u pour la conserver ; on ne reconnaît plus au mois de « juin Thomme qui , au mois de mars , conquit avec « neuf cents hommes un Vaste em|)ire. Mais que pou— <i vait-il faire 7 Dès le moment où il avait commis rin<u concevable faute d'abandonner son armée , ne s'était— « il pas mis à la disposition de ses ennemis 7 Aller re- K joindre ses soldats, dira<-t-on peut-être , revenir à leur u tête à Paris , non pour dissoudre l'assemblée , mais pour « faire arrêter et j uger sur-le-champ Fouché et les autres n conspirateurs. Qu'on réfléchisse à l'exaltation et à la « terreur qui gouvernait tour à tour l'assemblée, toute « détermination forte de la part de l'Empereur en eut « provoqué de plus fortes encore. Fouché ne s'était pas « démasqué ; il n'avait parlé que d'indépendance , que « de liberté; ses complices et ses nombreux partisans u l'auraient représenté comme un miartyr. L'Empereur « pouvait bien se mettre à la tête des faubourgs , susci^ « ter l'irrésistible insurrection des prolétaires, etdissou- « dre à leur tête une assemblée qui allait livrer la France « aux ennemis ; mais son orgueil impérial se révoltait « contre de tels auxiliaires,- il n'eût pas d'ailleurs su M agir directement sur eux. Car s'il s'était élevé, comme « César, à Taide de la faction populaire , il n'avafit m
SUR LE9 CBNTWOURS. Io5
« l'âme y ni les qualités qu'avait Marins, et qu'il faut « avoir pour diriger cette faction et pour la maîtriser « dans les momens de crise. »
Nous avons répondu aux reproches d'avoir quitté Tarmée après Waterloo. Est-il vrai que Torgueil impérial de Napoléon Ait ce qui l'empêcha d'accepter l'intervention des fédérés ? Lamarque méconnaît encore ici l'homme dont il parle; le ciel lui avait départi tous les moyens de remplir sa mission sur la terre :
l'épée du conquérant ne lui était pas plus familière que l'adresse du négociateur^ il savait persuader tout aussi bien que combattre ; se raidir contre une difficulté et la franchir d'un bond gigantesque , tout aussi bien que la tourner lentement et avec patience , pour atteindre le but dès qu'il lui paraissait glorieux (car il n'en eut jamais d'autres); il n'avait pas plus d'orgueil que de faiblesse ; et s'il l'avait cru utile , Napoléon se fût élancé au milieu des fédérés , et les faubourgs eussent retenti de son éloquence tribunitienne , tout aussi facilement pour lui que les camps retentissaient des phrases immortelles de ses bulletins^ plus puissantes sur les hommes et dès-lors plus éloquentes que les harangues
I06 LA véUTB
de Démostbènes et de Cicéron . Ce ne fut doDC point par oi^iieil qne Napoléon ne fit pas armer les fédérés i mais parce qu'il vit, dans cette efferTescence des masses prolétaires, un obstacle de plus à la concorde, ifui lui paraissait l'uni<}ue mojen de sauver la patrie. Et en efièt, l'armement des fédérés eût ouvert la lice sanglante de ta guerre civile. INfême en comptant sur la victoire, nous ne pouvions nous dissimuler qu'une victoire acquise à ce prix pouvait entraîner Napoléon hors de la route monarchique où il voyait toujours le salut de la France.
Napoléon n'eut jamais la prétention stupide de créer les événemens : s'en servir habilement fut tout son art; et s'il quitta les faisceaux, c'est qu'il crut la forme monarchique préférable pour les mœurs de la France et pour l'Europe. S'il s'était trompé dans cette opinion , il eût seulement fait la même foute que les vainqueurs de i85o. Lafayette pouvait rétablir le consulat.... pourquoi donc a-t-il préféré la monarchie?.... Certes on ne dira pas que ce fut par orgueil, car ce grand citoyen ne sacrifia jamais à l'amour du pouvoir; et cette inébranlable abnégation , depuis
Washington jusqu'à Napoléon , suffit et audelà pour couvrir du manteau de la gloire populaire toutes les erreurs d'application que pourrait offrir sa noble carrière. Lafayette en i85o, comme Napoléon aux Cent-Jours , préféra le sceptre aux faisceaux^ parce qu'il crut le sceptre plus utile à l'intérêt public. Mais en soumettant sou œuvre à la votation du peuple français (seul juge des révolutions qui le regardent), l'Empereur se conduisit en républicain.... et Lafayette, en né soumettant pas son œuvre à l'approbation du peuple, agit en usurpateur. Mais, loin de moi le désir de jeter la moindre ombre sur les intentions de l'ami de Washington ! Je les honorai toujours } et quelque funeste que m'ait paru souvent son influence, mon admiration pour son caractère ^'en fut jamais altérée.
« Dès que Lucien eut échoué dans les deux assem- « blées , l'abdication parut un acte indispensable à tous u les hommes d'Etat qui entouraient l'Empereur. Si «< nous ne craignions pas de donner trop d'importance « à un homme qui a tout notre mépris , nous rapporte- « rions ce qu^on nous a assuré ; nous dirions que Fouché, » égaranl toutes les affections , corrompant toutes les « ambitions y s'emparant de toutes les faiblesses, avait « versé le poison dans l'esprit et dans le cœur de tous
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« ceux q«i abordaient Napoléon» Lucien, crojrani ré- « gner sous le nom de. son neveu j pressa T abdication de « celui qui n'eût jamais consenti à partager le pouvoir. « Regnanlt de Sûnt-Jean d'Angély employa, pour déter- « miner Napoléon à ce grand sacrifice , une éloquence (< qu^il avait souvent prostituée pour couvrir les actes u de sa tyrannie. Josepli, qui espérait peut-être aussi la « régence $ ne voyait aucun moyen pour conserver la ' « couronne à son frère. On pressent l'opinion de ces « hommes vils qui , n'adorant que la fortune , s'étaient « courbés jusqu'à terre dans les jours de la prospérilé: « Tous êtes vaincu , lui dit un d'eux qu'on devinera « peut-être : il ne faut pas perdre un moment pour ra- « masser beaucoup d'argent et pour vous en aller. M Othon, Yitellius, Néron même , eurent des amis moins «t méprisables. Pourquoi ne pas lui présenter la pointe « d'une épée? pourquoi né pas lui dire. Il faut mourir « pour votre gloire^ il faut mourir pour la notre, il u faut mourir pour assurer la couronne à votre fils ? »
Encore une fausse manière de juger le héros.
U s'agissait si peu pour lui de son intérêt personnel et de celui de sa famille^ qu'il dicta d'abord son abdication sans parler de son fils ; et sur l'observation pressante que nous lui fîmes ^ Carnot et moi , de n'abdiquer au moins qu'en faveur de Napoléon II y afin d'écarter les Bourbons ^ il nous répondit : « Les
i( Bourbons ! . »> . eh bîçn ! eeux^-là du moim a ne seront pas sous la férule autrichienne, » Une telle pensée chez un tel homme n'a pas besoin 4e commentaires; il souriait de l'importance que nous attachions à ce qu'il nommât son fils. « Les ennemis sont là^ di- « saitril^ et les Bourbons avec eux; il faut (( repousser les premiers ou subir les seconds : « unis^ nous pourrions nous sauver encore ; « divisés^ vous n'avez plus de ressources que c( dans les Bourbons. Quant à moi , mon sort u ne regarde personne; je connais Tadver- <c site. »
Nous obtînmes cependant qu'il abdiquât pour son fils ; mais il le fit sans partager notre illusion , et comme une chose à peu près in*différente. Il descendit du trône parce que les chambres l'abandonnèrent : ce ne furent ni les intrigues de Fouché^ ni les instances de Regnault^ ni l'éloquence ou Tambitiop de Lucien avide du premier ministère , ni les conseils du prince Joseph convoitant aussi la régence^ qui déterminèrent Napoléon, Son unique motif lut son devoir ; son àme ne fut entraînée que par une considération d'un
IIO LA VÉRITÉ
ordre bien supérieur à toutes celles qu'on lui prête.
Il était près d'une heure lorsque Carnot , Davoust et Gau]aincourt portèrent à l'assem^ blée cet acte si désiré ; le voici :
DÉCLARATION AU PEUPLE FRANÇAIS (i).
« Français ! en commençant la guerre pour « soutenir l'indépendance nationale , je comp- (( tais sur la réunion de tous les efforts j^ de « toutes les volontés et sur le concours de « toutes les autorités nationales; j'étais fondé « à en espérer le succès , et j'avais bravé toutes « les déclarations des puissances contre moi.
« Les circonstances me paraissent changées.
« Je m'offre en sacrifice à la haine desenne-
(i) Cette déclaration fut portée, à uue heure, aux deux chambres ; savoir, à la chamhre des pairs par le comte Carnot , à la chambre des représentans par M. le duc d'Otranfe.
Les délibérations prises par les chambres sur cette communication , furent présentées dans raprès<-piidi à S. M. par des députations composées des membres du bureau de chacune des chambres.
> L'Empereui* répondit en ces termes à l'une et à l'autre de ces députations.
« M. le président, je vous remercie des sentimeus
SUR LES CfiNT-IOURS. III
« mis de la France. Puissent-ils être siQcères a dans, leurs déclarations^ et n'en avoir voulu a réellement qu'à ma personne ! Ma vie police tique est terminée ^ et je proclame mon fils, i< sous le titre de Napoléon II y Empereur des i< Français.
« Les ministres formeront provisoirement « le conseil du gouvernement (i). L'intérêt
« que vous m'exprimez. Je recommande à la chambre u de renforcer les armées , et de les mettre dans le meil- M leur état de défense : qui Veut la paix doit se préparer « à la guerre. Ne mettez pas cette grande nation à la « merci de l'étranger, de peur d'être déçu dans yos <( espérances. Dans quelque position que je me trouve, « je serai heureux si la France est libre et indépen— « dante. Si j'ai remis le droit qu'elle m'a donné à mon « fils , de mon vivant , ce grand sacrifice je ne l'ai fait (( que pour le bien de la nation et l'intérêt de mon fila, « que j'ai en conséquence proclamé empereur. »
( 1 ) Yoici la proclamation que la Commission du gouvernement a adressée aux Français après l'abdication.
Français ,
Dans l'e^ace de quelques jours , des succès glorieux et un revers affreux ont de nouveau agité vos destinées.
Un grand sacrifice a paru nécessaire à votre paix et à celle du monde : Napoléon a abdiqué le pouvoir impérial ; son abdication a été le terme de sa vie politique ; son fils est proclamé.
Votre constitution nouvelle , qui n'avait encore que
lis LA TttlTB
H que je poirte à Inoo fik tt'engagfe à inviter If les chambres à oi^niser sans tléliu la ré^ H genoe par une loi.
u Unisse2*voQS tous pour le salut puM&c et <i pour ra^ter'une nation indéfieiidalite ! »
Le 22 juin.
« Signé, Napoléon. »
de bons jHÎncipeg « va recevoir tous ses développemens, et ses principes mém6s vont être épurés et agrandis.
Il n'existe ^lus de, pouvoir jaloux l'un de l'autre^ l'e^aoé est libre au patriotisme ëclaité de vos iteprésentanSy et Icis pairs sentent^ pensent et votent comme vos mandataires.
Aiptès vingt-cinq années d^ tcfmpêtes politiques^ voici le moment où tout c^ qui a été corçû de sage y de sublibie sur ks instituons sociales ^ peut être pelfeo» tioimé encore dans les vâtres.
Que la laisoa et le génie parlent , et de quelque côté que se fasse entendre leur voix , elle sera écoutée.
Des plénipotentiaires sont partis pour traiter au nom de la nation , et négocier avec les puissances de l'Eu* rope cette paix qu'elles ont promise à une condition qui ^6M aujo^hsd'h^i remplie.
Lie monde eùtier ta être àttett«îf «bmme V<ms à leuir réponse s leur i^jponse fera conâ^ttrè ^î la justice et les promesses sont quelque chose sur la teiTè.
Français I soyez unis ; ralliez^vous tous daAs dès cir^ constances si graves.
Que les discordes civiles s'apaisent; que leS dissen-
SUR LES CI&NT-IOURS. Il5
Voilà cette abdkation ni avidement MlBndue par les chambres reppésentatives : les évé* nemens ont nis à leor place les chambres et l'Empereur.
L'abdioatîoD me parat alors fanèste, et j'employai toas mes faibles efforts à Tempe* cher; je pensai , je dis alors tout ce que pensent et disent encore bien des Français ; elle me pai*ut^ à moi aussi , un acte de fsûblesse.
timens mêmes se taisent en œ moment où. Tont se discuter les grands intérêts des nations.
Sôyeï unis du nord de la France aux Pyrénées , de la Yeaadée à Marseille.
Quel qu'ait été. son parti , quels que soient se$ dogmes politique^ , quel homme né sur le sol de la France pourrait ne pas se ranger sous le drapeau national pour défendre rifid^endance de la pattie !
On peut détruire en partie des armées ; mais inexpérience de tous les siècles et de tous les peuples le prouve, on ne détruit pas , on ne soumet pas surtout' une nation intrépide qui combat pour la jasttc» el poiU* la iilbetté.
L'Empereur s'est offert en sacrifice em -abdiquant.
Les membres du gouvernement se dévouent en ac* ceptant les rênes de l'État.
Signé , Ife duc dX)TRANTE.
Pour copie conforme :
Le Secrétaire adjoint au ministre secrétaire-d'état ,
Signé , T. %RLi£R.
n4 LA. VÉRITÉ
Aujourd'hui^ qu'avec plus de calme , mes pensées ont mieux et longpuement étudié rhomme et l'acte ^ j 'ai bien changé d'opinion ; et c'est ce qui me reste à développer ici.
La même parole peut, embrs»ser des significations bien diverses; et l'application déplacée d'une idée^ que cette parole embrasse, égare bien souvent le jugement des contemporains et de l'histoire. G'^t ainsi que le mot de principe monarchique ^ appliqué à Napoléon, doit signifier toute autre chose que le même mot appliqué à Ferdinand VII. Le premier avait des devoirs diamétralement opposés aux devoirs du second. Si l'on veut juger l'abdication de l'Empereur avec le principe bourbonnien du droit divin, cette abdication paraîtra une faiblesse, comme nous le pensions dans les Cent-Jours ; mais la conséquence sera inverse si ce même mot monarchique est appliqué à une idée différente. Or, le principe de la monarchie du droit divin repose sur la puissance absolue, inaliénable, imprescriptible du monarque , sur le droit exclusif de sa famille à l'hérédité de ce pouvoir. Il résulte de ce principe que le pouvoir doit être transmis par le père aux enfans ; que celui qui le
SUR LES CENT-JOURS. 1 lO
possède aujourd'hui ne peut pas, même en le voulant , en dépouiller ses héritiers ; le fidéicommis politique leur est confié pendant leur vie comme un dépôt qu'ils n^ peuvent violer sans commettre la plus grande lâcheté. Leur droit leur impose le devoir de ne pas laisser périr ce dépôt sacré ^ et de le transmettre intact ; l'accomplissement de ce devoir devient l'honneur de cette espèce de monarchie : aussi les législateurs l'ont^ils sagement rattachée au sanctuaire ! ils l'ont élevée audessus de la terre pour la soustraire aux vicissitudes de la terre , et le monarque s'est appelé l'oint du Seigneur.
Un trône fondé sur cette base s'écroule-t-il par une de ces révolutions dont rien ne peut affranchir le monde? le monarque abattu conserve son droit tout entier; il ne peut pas être dépouillé du grand sacerdoce; son titre lui appartient sous le chaume comme sur le trône; partout où il est, son sceptre est avec lui ; dans l'exil, son front royal doit se relever avec encore plus de fierté que dans les jours de sa puissance; au-dessus des outrages de la diplomatie mondaine, il leur oppose la force morale de son préjugé; il transmet sa
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puissaiace avec ^son sang, avec llumneur de ^ famille ; il ne peut abdiquer ce qui ne lui appartient pas plus qu'à ses héritiers : abdi* quer est donc pour lui âynonyoïe de trahir ; en se laissant aller à un pareil acte , il déshonore son nom ; il rompt d'une main sacrilège le lien qui attachait à Fautel le trône de sa race; et il ne peut y avoir pour lui d'excuses, quand même il s'agirait de sauver ses jours; car pourquoi le chef serait-il exempt de son devoir, quand Iç soldat ne peut pas déserter sans crime ? En appliquant ce principe mo«aarchique aux événemens de nos jours, nous affirmerons, sans crainte de nous tromper, que l'abdication de Ferdinand Vil à Bayonne fut une lâcheté ; que celle de son vieux père fut un non-sens; car, par égoisme ou par erreur, ils dbposaient l'un et l'autre du bien d'autrui. Nous affirmerons également que Louis XVIII , dans son exil sur cette noble terre, hospitalière à tous les proscrits, refusant au premier consul de renoncer à son droit sur la France, et confiant à l'avenir la restauration du droit divin qu'il croyait reposer sur sa tête , Louis XVIII , en se conduisant ainsi , se montra digne de remonter au
trône de ses pères ; et le héros dont il repoussa Toffre ne fut pas celui qui sut le moins apprécier son noble refus (i).
( I ) Uure de Louis XFIII à Napoléon.
Depuis long-temps , gënéral , vous devez savoir que mon estime vous est acquise ; si vous doutiez que je fusse susceptible de reconnaissance, marquez votre place, fixez le sort de vos amis. Quant à mes principes, je suis Français, clément par caractère ; je le serai encore par raison.
Non, le vainqueur de Lodi, de Gastiglione, d'Arcole, le conquérant de l'Italie et de l'Egypte, ne peut pas préférer à la gloire une vaine célébrité. Cependant vous perdez un temps précieux. Nous pouvons assurer Ja gloire de la France. Je dis nous , parce qu^ j'ai besoin de Bonaparte pour cela, et qu'il ne le pourrait sans moi.
Général, l'Europe vous observe, la gloire vous attend, et je suis impatient de rendre la paix à mon peuple.
Louis.
Réponse de Bonaparte à Louis XF'IIL
J'ai reçu , Monsieur , votre lettre ; je vous remercie des choses honnêtes que vous m'y dites.
Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France, il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres.
Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France, l'histoire vous en tiendra compte.
Je ne suis pas insensible aux malheurs de votre famille ; j'apprendrai avec plaisir et contribuierais volontiers à assurer la tranquillité de votre retraite.
Bonaparte.
Il8 LA VÉUTE
Si nous voulons appliquer ce principe monarchique aux abdications de Fontainebleau et des Cent-Jours, de quel nom les flétrirons-
nous? Quelle étrange alliance de mots ne
nous offrira pas la conséquence mal appliquée d'un principe vrai? Cette alliance de mots Napoléon et faiblesse y déjà si étrange dans le moment même du péril commun qui bouleversait toutes les têtes ^ pourquoi devient-elle impossible à concevoir aujourd'hui? Parce qu'elle serait une fausse application du principe qui y signifiant le droit divin pour les Bourbons^ signifiait autre chose pour Napoléon; il ne s'agit plus d'une royauté qui plane au-dessus des nuages^ mais d'une royauté largement assise sur les votes de quatre millions de citoyens; le principe^ en gardant son nom^ a changé son essence; et le devoir qu'il impose , et le nouvel honneur monarchique qu'il a créé ^ sont parfaitement l'opposé de l'honneur et du principe bourbouniens.
L'ancien trône était une propriété quasi-t
divine le nouveau est une magistrature
populaire , fondée non sur l'intérêt d'une famille ^ mais sur l'intérêt unique des fonda-
leurs: si les circonstances . changent demain l'intérêt y la volonté ^ le caprice même des millions de citoyens qui ont voté ^ ou des générations qui les suivent , le roi^ Fempereur, le magistrat suprême (qu'importe le nom ?) perd tous ses droits^ parce que la base de son trône ^ le consentement du peuple souverain, s'est écroulée. Ce trône fut élevé pour le bien public, et pour le bien public il tombe; sa chute détruit tous les droits du passé ; le roi populaire déchu a tout une autre grandeur que celle d'entretenir le prestige du droit divin : sa grandeur est de déposer sans regrets, avec le pouvoir du trône, tous les oripeaux du trône ; de faire des vœux dans l'exil pour sa patrie , au lieu de lancer de loin sur elle les brandons de la discorde; et lorsque les ténèbres de l'exil cessent , la grandeur du prince populaire déchu consiste à rentrer en simple citoyen, content, et soumis aux lois de son pays. Une telle grandeur n'est et ne doit pas être celle des Bourbons; mais c'est celle de ce consul plébéien quittant les faisceaux pour reprendre la charrue; c'est celle de ce dictateur patricien descendant de son tribunal pour aller se confondre dans les rangs des
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simirfes sénatears. — Eh! poiin|om donc notre siècle de lumières, si ficond en héros guerriers et en mart3^ politiques , ne produirait-il plus de œs âmes |dus hautes que le pouvoir? Pourquoi Tc^funion ne les accueill^^it-elle pas avec le même onthousîasme que dans les anciens temps? Cessons de n'admirer que Faequisition et la oonsenration du trône; et gardons quelque parodie de gloire à Tabdication*— et au refus.
Comment jugerons-nous maintenant les deux abdications du chef de la France ? ITestil pas évident qu'en les condamnant, comme nous le fîmes aux Cent-Jours , nous raisonnions comme s'il se fât agi d'un monarque
de droit divin? N'est-il pas évident que
lorsque, pour décider la proclamation de Napoléon II , je m'écriais aux triimnes nationales (i) : L Empereur est mort!.». vi^fEm*
(i) Le prince Lacien s'exprimait ainsi à la séance permanente de la chambre des pairs , le 22 juin :
« 11 ^aglt d'éviter la gnerre civile , de savoir si la « France est ane nation indépendante y une nation libre»
• L^ Empereur est mort , wVe V Empereur! V Empereur « a abdiqué , vive F Empereur I II ne peut y avoir d'ac-
• ûon réelle entre l'Empereur qui meurt ou qui ab-
pereuv ï V Empereur abdique iwe VEmpe'^
reur! je ne parlais plus moi-nlêine que le langage de la vieille France? — Ce qui était honorable^ chevaleresque, royal pour Louis XVIII, eût été cruel, infâme , sacri« lége pour Napoléon ; il devait abdiquer le trône par le même sentiment qui le lui fit àtv cepter ; il eût été coupable si , pour défendre
M dique et son successeur. Telle est la maxime sur la- M quelle repose uae monarchie constitutionnelle. Toute M interruption est anarchie.
. «.Je demande qu'en conformité de l'acte constîtu- « tionnel, qui vient d'èti'e sanctionné pour la seconde M fois par le vœu de la chambre des pairs et de celle « des représentans , la chambre des pairs , qui a jurëfi- « (délité à l'Empereur et aux constitutions qui naguère, n dans le Ghamp^e-Mai , à la face de la France et de « l'Europe entière , les a proclamés ; la chambre des « pairs , sans délibération , par un mouvement spontané « et unanime , déclare, devant le peuple français et les « étrangers , qu'elle reconnaît Napoléon II comme em- « pereur des Français. J'en donne le premier l'exemple « et lui jure fidélité : si une minorité factieuse voulait M attenter à la dynastie et à la constitution , ce n'est pas u dans la chan^bre des pairs que l'on trouverait des u traîtres, ce n'est pas dans la chambre des pairs, qui a M donné l'exemple du dévouement , que les factieux u trouveraient un appui. *> Voyez à la fin du volume, aux documens hiâloriques ,