S. A. I. LE RRI.NCE NAPOLEON. LE PAYS APPRÉCIERA
• une voix. Qu’est-ce que vous entendez par le pays?
< m. le marquis de la rochejaquelein. En vérité, messieurs, il il est bien dur, après une révolution qui a failli coûter tant de sang, qui a failli nous ramener aux époques les plus funestes de notre histoire, quand tant d’hommes, partis des points differents, se sont réunis pour défendre, pour servir l’Empire sous le drapeau du suffrage universel, en vérité, il est bien dur de nous voir accuser dans celte enceinte d’être des conspirateurs et des conspirateurs le plus
honteux et les plus détestables. Vous nous avez dit que nons étions des Autrichiens!
« s. a. i. le prince napoleon. J'ai dit que vous défendiez la po-> litique de l’Autriche. J’ai été assez souvent interrompu pour que je tâche de rectifier les expressions que vous m’attribuez.
• h. le marquis de la rochejaquelein. Vous avez dit que les
cléricaux du dehors, ceux de l’Autriche, ceux du Sénat, se donnaient la main pour combattre les principes qui sont là base du gouvernement impérial. Comment donc ! Il y aurait ici, dans celte enceinte, •des alliés de l’Autriche! Mais en vérité, signalez-les ! J’admets que vous m’ayez signalé, sans le vouloir sans doute et par un effet de l’entraînement "de votre parole; mais je ne prends pas au sérieux de pareilles attaques. Elles ne m’atteignent pas. On n’imaginera jamais que j’aie la pensée de trahir mon pays et mes serments à l’Empereur. •
• s. a. i. le prince napoléon. Mais je n'ai pas dit un mot de cela.
• m. le marquis de la rochejaquelein. Vous avez dit que notre programme était la restauration du pape dans l’intégralité de ses droits; la contre-révolution en Italie et J’alliance avec l’Autriche. Après ce que- vous avez lu au Sénat de l’article inséré dans le Journal de Vérone.
« s. a. i. le prince napoléon. Vous n’êtes pas plus solidaire des passions exprimées par le journal de Vérone, que je ne suis solidaire des excès auxquels peut se laisser entraîner Garibaldi. D’ailleurs je n’ai pas accusé vos intentions.
■ m. le president. Monseigneur, 'je vous prierai de ne pas persister dans ces interruptions; elles allongent le débat sans profit; elles rendent même la discussion impossible.
• m. le comte de segur-d’aguesseau, s’adressant ft l’orateur. Ne rentrez pas dans les détails, monsieur de La Rochejaquelein.
■ plusieurs voix. La clôture! la clôture! (Bruit, interruption.)
• m. le général marqois de lawoestinb, s’adressant à l’orateur. Le Sénat prend pour lui les accusations dirigées contre vous.
« s. a. i. le prince napoleon. Mais je m’ai pas accusé !
• m. le duc de la forck, parlant au milieu du bruit, et s’adressant à M. de La Rochejaquelein. Mais, si vous répondez, il faudra que nous prenions tous la parole, car tous nous avons été accusés.
• Un grand nombre de voix. La clôture! la clôture!
« m. le president. La clôture étant demandée, je consulterais
immédiatement le Sénat, si M. Billault ne demandait pas à être entendu.
• m. le marquis de la rociièjaquelein. Je sens à la vivacité de mes impressions que je ne serais pas certain d’être maître de ma parole. Mais j’espère que demain il me sera permis... (Agitation.)
. m. le president. Le vœu du Sénat est d’entendre M. Billault. Le ministre a lai parole.
• m. le comte de segur-d 'aguEsseau. J’ai demandé la parole pour
un fait personnel. . ,
• m. le president. M. de Ségur renonce à la parole; il est temps de clore ce triste incident.
• h. le comte de segur-d’aguesseau. Ce n’est pas aux accusations générales que je désire répondre. (Bruit confus, interruption.)
• m. le president. O/i u ‘entend rien au milieu d’ùn tel tumulte. Vous voulez probablement demander la parole pour un fait personnel; mais pensez-vous qu’il soit nécessaire d’insister davantage?
< m. le comte de segur-d’aguesseau. Je demande la parole pour
un rappel au règlement. •
■ m. le president. Le règlement veut que les ministres aient la parole quand ils la demandent; je la donne à H. Billaul. Après ce qui vient de se passer, il est bon que le Sénat entende le lengage de la modération.
• De toutes part. — Très bien! très bien!
« s. exc. m. billaut, ministre. — Messieurs, je comprends bien le désir du Sénat de fermer la discussion qui a lieu en ce moment. Mais, après ce qui a été dit, le gouvernement ne peut garder le silence ; il ne peut lui convenir que, sous une apparence ou sous une autre , la modération soit méconnue aux yeux du pays. (Approbation.)
< Oui , Je gouvernement est issu de la révolution ; mais il en est tout à la fois, le propagateur, le directeur et le modérateur. (Très bien! très bien!)....
Ici je suspends la relation de cette séance. Les interruptions si indécentes de la part des partisans de l’ultramontanisme et de la légitimité prouvent l’axiome d’un proverbe : « quand on pince la corde, elle rend un son. » Que le prince Nopoléon ait dit : • à
■ bas tes prêtres ! • , ou « les traîtres'. » , c’est tout un : les murmures et les cris qui ont eu lieu dans l’enceinte du sénat, démontrent que parmi ses membres se trouvent les uns et les autres, dont est venu le temps de se purifier au plus tôt possible.
Lisez ce que dit l’opinion publique en France de cet événement : « A la façon dont il malmène ses adversaires, on peut croire que le « prince Napoléon révolutionne la stratégie parlementaire. La
• brusquerie de son attaque, la franchise de sa parole déconcertent « l’ennemi et le mettent en déroute... Mais le fond du discours du « prince Napoléon plus que la forme mérite de l'attention.
« ... Révolution et contre-révolution ! Tels sont les deux termes
• du problème qui s’agite si tumultueusement aujourd'hui dans le > monde. Entre ces deux termes, le .prince Napoléon a pris son
• parti; il est révolutionnaire, il se reconnaît fils de 1789, et il
■ exprime hardiment cette idée qu’il n’y a de salut pour un gou- « vernement, pour une dynastie quelconque, que dans l’applica-
• tion des principes que notre grande et glorieuse Révolution a
• inaugurés. •
• C’est une franche déclaration et non la confusion du mot « traîtres avec celui de prêtres, qui a soulevé au Sénat des tempêtes. « Celte confusion a servi de prétexte aux colères de la contre- « révolution, et il y a dans ces colères un si vif et si profond en-
• seignemeôt, qu'il faut remercier l’orateur qui leur a donné l’oc- « casion d’éclater. En présence de ces tumultes, de ces fureurs, la
• France se recueille; elle réfléchit et elle juge...
• ... Ce que le peuple voulait alors, il le veut encore aujourd'hui; « il repousse ce qu’il repoussait. La France n’a point varié : elle « était et elle est restée révolutionnaire, non point dans le sens
• que nos adversaires attribuent à ce mot, mais révolutionnaire en
■ ce sens qu’elle poursuit dans tous les ordres de faits l’applica-
■ tion et les conséquences pratiques des principes de la Révolution. « Si aujourd’hui nous éprouvons un malaise profond, si les esprits
« sont troublés, si l’on porte un regard inquiet vers l’avenir, c’est « que plusieurs de ces conséquences sont» paralysées, c’est que le « gouvernement ne prend point un parti décisif entre des difficultés « contraires, c’est qu’il s’obstine à concilier ce qui est inconciliable, « c’est qu’en un mot, par un amour très-louable sans doute, mais « trop exagéré, de la conciliation, il n’amènera pas les réaction-
• naires dans la ligne glorieuse qui le conduisit à Magenta et à
■ Solferino...
« Or, ne nous dissimulons pas le nœud des difficultés qui nous « pressent. Les anciens partis, le haut clergé n’ont pas leur «quartier-général en France; ce quartier-général est à Rome, où
• il intrigue contre la Révolution française, protégée par le drapeau « de la France...
• ... Quand le prince Napoléon crie en plein Sénat le caveant
• consules ! nous avons bien le droit de ‘traduire son exclamation
• en langue vulgaire, et de crier aux dépositaires du pouvoir:
■ Sentinelles! prenez garde à vous!.» — (Du Siècle. — Louis Jourdan.) .
L’opinion publique honnête en France crie à la prévoyance !, Après tant de preuves de l’hostilité du parti clérico-légitimiste, le gouvernement de l’empereur Napoléon doit sortir de celte voie dans laquelle il a persisté jusqu’aujourd’hui, parce qu’une telle politique méconnaît les lois de l’origine révolutionnaire, d’où est issu le gouvernement impérial. Ce gouvernement proclamait de telles lois avec affectation et pourtant cherchait, en 'même temps, à se concilier le bon vouloir de ceux qui, de leur nature, ne peuvent jamais être ses amis .intimes.
Que vienne quelque crise, comme celles de 1815 ou 1850, et la majorité du Sénat suivra les traditions de ces époques... Et néanmoins les sénateurs de 1 862 étaient pour la plupart, jusqu’au 22 février, des serviteurs très-dociles du gouvernement napoléonique.
D’où vient, que cet humble Sénat, quoique recruté parmi les partisans de la légitimité et de l’église, c’est-à-dire, parmi les gens dont l’airibition n’a servi eu rien la grandeur de la politique actuelle de la France , que ce Sénat, si richement par elle doté , commence à faire goûter au gouvernement impérial les fruits
amers, que lui-même a semés, voulant compter sur une alliance avec les ennemis les plus acharnés de tout progrès, de tout mouvement honnête et libéral, — d’où vient donc, cette opposition inattendue?...
D’où?... De la situation actuelle de l’Europe, qui se divise en deux camps... Le tour de maître Gonin est joué à l’Eglise : elle, enhardie, a montré ses griffes, supposant intimider son adversaire la Révolution... Le bubicon est passé par celle-ci; les légitimistes et les ultramontains n’étant que d'inhabiles intrigants, se sont démasqués de trop bonne heure; — tant mieux : aujourd’hui tout le monde sait qui sont les amis de nos amis... Avis à qui de droit!!!
Le second discours
de S. A. I. le prince Napoléon-Jérôme.
La séance du Sénat français du 1er mars a été presque toute consacrée au second discours dfa prince Napoléon. Le premier, appelant les passions, soulevait des orages; le second a réduit au silénce tous les ennemis du gouvernement de Napoléon III, tous les adversaires du progrès, c’est-à-dire, tous les courtisans de la cour romaine, qui cependant forment l’immense majorité du Sénat.
Ce n’est pas par écrits philosophiques que l’illustre orateur démontre la raison et la nécessité de trancher la question romaine ; mais par la citation des faits et des notes, qui regardent l’histoire des papes. Ce discours, de même que les précédents, appuie - mes propositions : j’ai cru inévitable de le donner in extenso du Moniteur.
• Messieurs les sénateurs, je ne veux pas plus que les éloquents orateurs auxquels je réponds passionner le débat; mais je tâcherai d’être aussi net et aussi précis que leurs conclusions m’ont paru l’être peu.
• Les prémisses de M. Bonjean m’avaient satisfait : l'histoire des inconvénients dû pouvoir temporel à Rome s’est trouvée, je n’ai pas. besoin de le dire au Sénat, tout à fait dans mon opinion.
• J’ai approuvé surtout cette ingénieuse comparaison oü il nous montrait la papauté sous l’image d’une balance' dont un plateau porterait le temporel et l’autre le spirituel, et il relevait, en catholique convaincu, cette règle enseignée par l’histoire que tout ce
que le pouvoir temporel gagnait, l’influence tlu spirituel le perdait eu raison inverse.
« Mais, après cette vaste et savante leçon d’histoire, à quelle conclusion arrive-t-il ? C’est que le pape doit régner à Rome sans gouverner. Celle solution n’est pas sérieuse et elle n’est pas nouvelle; il y a deux ans qu’elle a été examinée; c’est une des transformations du vicarial abâtardi et amoindri.
•Celte idée a pu germer dans le cerveau des hommes d’Etat; mais quand il a fallu la formuler en traité, la plume est tombée des mains des diplomates; elle n’a pu produire aucun résultat sérieux lorsqu’il s’est agi d'en appliquer le principe, de faire la part à chacun, de donner le gouvernement de fait au roi d’Italie, au pape les apparences du pouvoir. M011J il n’y a pas là les éléments d’une solution sérieuse.
• Et, du reste, cette solution n’esl-elle pas déjà tombée devant le refus de la cour de Rome de l’examiner. Ne tombe-t-elle pas d’ellemême encore devant le refus absolu dans le présent, dans l’avenir, et pour toutes les éventualités, que la cour de Rome oppose à toute modification de son pouvoir temporel ?
« La logique est inexorable ; on est toujours obligé d’y revenir ; cette solution ne pourrait être appliquée qu’à une condition, c’est que les deux partis consentissent à l’accepter; devant le refus de la cour de Rome, que reste-t-il à faire? Ce que je vais développer devant vous : le retrait des troupes françaises de Rome.
• On a reproché à ma solution d’être l’expression d’une opinion • radicale. J’accepte en ce sens, et je vais expliquer pourquoi, l’espèce de blâme qu’on y a attaché à celte tribune.
• Maintenant, messieurs, vis à vis de M. de La Guéronnièrei je me trouve plus à mon aise : au milieu de phrases éloquentes contenant des éloges à tous, à l’Italie et à la papauté, à Pie IX et au roi Victor Emmanuel, au comte de Cavour aussi bien qu’au cardinal Antonelli, étonnés sans doute de se trouver réunis dans cette guirlande de fleurs dont l’orateur les a entoures, comment conclut M. de La Guéronnière?
• Il vient vous dire : 11 n’y a rien à faire qu’à rester dans le statu quo et à attendre.
• Ce n’est pas une solution, cela, c’est une déclaration d’impuissance cachée sous des phrases bien arrondies, pompeuses, mais sans aucune idée au fond. (Sourires.) .
« On conseille au gouvernement d’attendre ! Attendre quoi ? Attendre que les esprits se soient aigris davantage, que l’agitation
soit plus grande en Italie, qu’elle soit plus grande aussi en Franc et dans toute l’Europe? C’est au nom de la pais qu'on donne a gouvernement ces conseils, qui ne sont pas bons, et que je l’adjui instamment de ne pas suivre.
« Ce qu’il faut, c’est rendre le calme aux esprits, et pour cela faut résoudre la question romaine. Cette question romaine a fa assez de mal ; if- faut qu’elle ait un terme. Si la France, par l’oi gane de l’Empereur, prend une décision nette, l'émotion cessera
Je ne vois pas, en effet, que ce soit une agitation réelle qi i excite le pays; le part; (j’emploie le mot sous lequel on le désigne , le parti clérical se sert du prétexte de la religion pour agiter lt i esprits. Si je voulais citer les paroles de quelques évêques 1 on poui ■ rait bien y voir aussi quelques brandons de discorde; mais, je 1 ï répète, cette agitation n’est .pas profonde; elle n’est qu’à lt surface.
• Si l’Empereur mettait en application la solution que nous de-
mandons, la paix serait rétablie dans les esprits, et ce serait le plus grand service à rendre à la France et à l’Europe entière. L’ag • talion factice que je signale tomberait, quand elle n’aurait plus d’objet • ,
• Il est un nom que j’ai entendu prononcer hier avec regret et que je ne prononcerai pas ; d’ailleurs le projet d’adresse (qui parle de beaucoup de choses), n’en parle pas; j’imiterai sa réserve, et je me bornerai à dire, sans engager en rien l’avenir, que le nom de Venise ne doit pas être aujourd’hui prononcé.
• C’est sans découragement , quoique avec un certain regret ,
que j’ai abordé la tribune; un an s’est écoulé depuis l’époque où cette "question a déjà été traitée devant, le Sénat, et j’espérais, je l’avoue, que l’année ne se passerait pas sans qu’il intervint une solution. ,
• Il n’en a rien été; nous sommes encore au même point. En reprenant la discussion, il est inutile de remonter au-delà de l’année dernière, je me bornerai à rappeler les faits de l’année qui vient de s’écouler.
• Dans l’année 1 861 un illustre homme d’Etat meurt: aussitôt, et je ne saurais trop l’en approuver, le gouvernement de l’Empereur reconnaît le royaume d’Italie dans ses circonscriptions actuelles, comprenant toute la Péninsule , sauf Rome et Venise.
« Il ne voulait pas en effet laisser aux ennemis de l’Italie le temps de profiter de cet événement fatal; et à ce sujet je ne dirai qu’on mot d'un passage du discours de M. le général Gemeau; il
faut respecter la parole de l’Empereur, dit l’onorable général, car la parole de l’Empereur est toujours chose grave; et, à côté de cette déclaration , il a plaidé je ne sais quel remaniement de l’Italie.
« Je ne comprends pas ces rcmaniemens; l’Italie n’est pas un morceau de caoutchouc que l’on étende ou resserre suivant les circonstances; quand on a reconnu l’Italie , on l’a reconnue avec sa nouvelle circonscription, c’est-à-dire toute la Péninsule... excepté Home et Venise.
• Du reste, Messieurs, nos convictions réciproques sont faites; je n’ai pas la prétention de changer les vôtres ; mais vous n’avez pas non plus, je présume, la pensée de modifier les miennes. Un élégant et habile orateur disait ici, l’an dernier, à propos de celte question: « Il n’y a que deux politiques; il faut choisir entre elles, car c’est en vain qu’on en chercherait une troisième. •
«On disait aussi l’an dernier; Il faut de la patience, avec de la persévérance on viendra à bout des résistances. Eh bien ! l’Empereur n’a-t-il pas tout fait pour arriver à une solution? Et rien n’a été obtenu de Rome.
• L’année s’est écoulée; l’an prochain passera de même; les années, je dirai même les siècles, se suivront, mais sans qu’on obtienne de changement de la cour de Rome, parce que le gouvernement pontifical, quand il ne craint rien, ne cède jamais.
• Enfin quelque temps avant la réunion du Sénat, dans les premiers jours du mois de janvier de cette année, le gouvernement a tenté une dernière démarche d’autant plus grave qu’elleétait plus modérée.
• S. A. 1. donne ici lecture de la dépêche adressée par Monsieur Tbouvenel à M. de Lavalelte pour savoir sur quelles bases on pourrait s’entendre avec la cour de Rome.
« Assurément, dit l’orateur, il était impossible d’être plus modéré, de faire un appel plus sincère à la conciliation. Eh bien! il n’y à pas besoin ici de raisonnement , les actes parlent plus haut que tout ce que je pourrais dire: voici donc la réponse de M. de Lavalette. à M. Thouvenel:
« & A. I. lit les passages les plus explicites d’une lettre de M. de Lavalette , disant que le cardinal Antonelli a opposé aux propositions de la France la fin de non-recevoir la plus absolue, et a déclaré que toute transaction est impossible.
• Ainsi, dit l’orateur, voici une réponse péremptoire, définitive, non pas seulement dans le présent , mais -aussi pour les siècles
à venir. Qu’on ne parle donc pas de concessions, la cour de Rome ne peut pas en faire, elle ne veut pas en faire.
«Quelles sont maintenant les conséquences à tirer? Ah! elles sont faciles à indiquer; c’est que la cour de. Rome, pour son pouvoir temporel, profite île notre présence, se sert de nos soldats et entend ne rien céder à nos conseils.
« Elle attend! C’est là son pouvoir, c’est là sa force! Pourquoi? Ce n’est pas qu’elle espère que la France l’aiderà à reconquérir son territoire. Non, elle connaît trop les senlimens de la France pour conserver une pareille illusion. Elle connaît trop bien aussi sa propre faiblesse pour ne pas savoir qu’elle à besoin de l’étranger pour être réintégrée dans ses possessions temporelles ; mais elle se djl: Maintenons le statu quo, favorisons l’agitation italienne; il viendra un temps où l'état actuel des choses ne pourra plus durer; et alors, dans la tempête, après avoir battu l’Italie, la France peut-être , une armée étrangère pourra me rendre mes Etats. 11 n’y a pas d’illusion à se faire, c’est l’attente de l’Autrichien qui maintient la cour de Rome dans ses résistances inébranlables.
• Ce non possumus, qui a bien quelque chose de grand, il faut savoir le comprendre. Eh bien! savez- vous à qui la cour- de Rome l’oppose? Elle l’oppose a ceux qui l’aiment , à ceux qui lui conseillent des concessions; mais quand elle se trouve sous le coup de la nécessité elle ne s’en préoccupe plus. Le traité de Tolenlino n’est-il pas là pour le prouver? Est-ce donc que les sermens n'existaient pas alors comme ils peuvent exister aujourd’hui? Ce n’est pas cela ! Mais telle est l’attitude de la cour de Rome : dureté, refus obstinés pour ceux qui la soutiennent, modération, humiliation quand elle est sous le coup de la nécessité.
« Est-il donc bien d’abuser ainsi des sentimens catholiques dé la France et de l’Empereur, d’abuser de notre bienveillance, pour nous placer dans cette situation cruelle que est pour nous le brandon de la discorde?
« Presque tout a été dit sur celte question romaine, Messieurs les sénateurs; et je ne veux pas fatiguer votre attention par mes appréciations , dont je me suis défié moi-même. Oui ! j’aime la liberté des peuples, et j’ai craint de me laisser entraîner par mes propres sentimens; j’ai donc cherché mes argumens, non dans mon propre fonds, non chez les historiens qui ont parlé de la Papauté , non chez les publicistes, non ! Je les ai cherchés dans les épanchemens secrets de la diplomatie. C’est un travail dont
je m’occupe depuis longtemps ; je l’ai fait remonter un peu haut afin d’avoir un tableau complet à vous présenter. Je me suis reporté jusqu’aux dépêches que les ambassadeurs de France à Rome écrivaint aux souverains de la branche aînée des Bourbons avant 1789. J’ai voulu vous prouver ainsi que je ne m’adressais pas à vos passions, mais à votre raison.
• S. A. I. fait passer sous les yeux du Sénat une série de dé-
pêches qui toutes s’accordent pour signaler la situation déplorable du gouvernement des papes. Ainsi, vers 16G9, le duc de Chaulnes écrit à Louis XIV qu'il à trouvé la cour de Rome- bien audessous de ce qu'il en attendait, et que si elle continue dans celte voie, on peut prévoir la fin de ce gouvernement, au point de vue temporel bien entendu. ,
• J’ai cité l’opinion du duc de Cbaulnes, dit son Altesse Impériale, afin de montrer que depuis cent cinquante ans le gouvernement temporel est constamment mauvais, et, s’il en est ainsi, on peut en conclure que c’est dans son essence, dans sa constitution même ; non parce qu’il veut être mauvais, mais parce qu’il doit l’être nécessairement.
• L’honorable sénateur, poursuivant ses citations, donne lecture
d’une dépêçhe du marquis d’Aubeterre, en date de 1765, et dans laquelle on signale avec force toute l’incurie, toute l’imprévoyance de l’administration chargée de veiller à l’approvisionnement des blés et de l’huile , deux choses essentielles à la subsistance des Romains. Cette administration, dit la dépêche, achète elle-même comme elle veut, fixe elle-même le prix, et toujours les approvisionnemens sont en défaut. .
« Quelques années plus tard, M. le .cardinal de Bernis, alors ambassadeur à Rome, écrivait le 4 septembre 1771, que le plus grand sacrifice qu’il eût pu faire au service du roi, avait été d’aller résider à Rome. * Tout ici, dit-il, est mystère, secret, jalousie, soupçon, comme dans les cloîtres et les monastères. • Et le 5 décembre de la même^année,. M. le duc d’Aiguillon, favori de Mme du Barry, qui venait de remplacer le duc de Choiseul au ministère, répondait au cardinal que l’exposé qu’il faisait n’était pas de nature à • donner .une bonne opinion du gouvernement pontifical; et à en juger d’après le tableau qu’il en traçait, ce gouvernement se ressentait des principes qu’il avait puisés dans le cloître. Il ajoutait que le roi ne croyait pas de sa dignité de gagner ceux qui ' pouvaient être dépositaires des secrets de la cour de Rome.
« Le 30 jauvier 1779, le même cardinal signalait vivement les intrigues et les désordres dont le tribunal de la Dataria présentait le spectacle. Tout y est agiotage, vénalité, disait-il. Il regrettait de voir à la cour de Rome plus de propension pour les puissances qui étaient ses ennemies que pour celles qui étaient ses meilleurs appuis.
• Ainsi, dit S. A. I., la politique de Rome a toujours été la même, et la dépêche du cardinal de Remis ne rappelle-t-elle pas ce qui se passe aujourd’hui ? Le cardinal de Bernis terminait ainsi: « J’ai l’habitude de voir toutes ces choses, et cela ne m’empêche pas d’en être révolté; mais le mal est incurable. •
• Oh! Messieurs, aies révélations du cardinal de Bernis sont très éloquentes , très vraies dans l’épanchement de la pensée. Il ne soupçonnait pas qu’on viendrait un jour se servir de ses dépêches pour jeter la lumière sur toute une situation.
• S. A. 1. continuant ses citations, rappelle une autre dépêche du cardinal de Bernis, écrite en 1782, à la veille de la Révolution, et où l’on trouve ce passage: • La situation est de jour en jour plus critique , et je crains que le règne de Pie VI ne lui coule bien des larmes. ■ Celte prévision s’est réalisée, et Pie VI, en effet, a répandu bien des larmes.
• Le 31 décembre, voici ce qu’écrit encore M. de Bernis, dit • l’honorable orateur , et j’avoue que cette dépêche m'ai fait de la
peine, et je ne l’aurais point rappelé, si cela n’était nécessaire à l’exposé de la situation. Eh bien! M. de Bernis disait: - Je regrette de voir .sa sainteté s’avilir de plus en plus. » Cette expression est du cardinal de Bernis, car pour moi je n’aurais jamais osé l’em- ’ployer.
« En réponse à cettè dernière dépêche, M. le comte de Vergennes écrivait le 21 janvier 1785: * Je donne toute mon adhésion au tableau que vous tracez, et je trouve les réflexions de Votre Eminence bien dignes de méditations. *
« Le IG septembre suivant, le même ministre, M. de Vergennes, écrivait encore: • Il est impôssible de prévoir ce que deviendra ce peuple soutenu par les deniers du monde entier, lorsqu’il en sera privé; il deviendra le plus misérable des peuples. • Et en effet, c’est ce qu’il est devenu.
« S! A. I. cite encore une dépêche de M. de Berni$, du 23 décembre 1789, où cet ambassadeur dit qu’il circule à Rome une prédiction de Cagliostro, annonçant que Pie VI sera le dernier des Papes, prédiction qui produit une vive impression dans le peuple
Une dernière dépêche de 1790 trace toujours le tableau le plus sombre du gouvernement pontifical.
« Je suis heureux, dit S. A. I„ de vous apporter ces appréciations qui ne sont pas de moi, qu’on eût accusé de violence, de passion. Elles sont d’un cardinal.
« Voilà l’opinion qu’on avait dn gouvernemente pontifical longtemps avant la Révolution, et jusqu’à la veille du jour où elle a éclaté.
« Passons à un ordre de documens plus intéressans, plus actuels. Us viennent d’un homme dont j’oserai peut-être citer l’autorité dans cette enceinte... ils viennent de l’Empereur Napoléon 1er.
« L'orateur donne lecture d'un passage d’un rapport adressé par Ortoli , agent français à Rome , à M. le duc de Cadore . ministre des affaires étrangères. Il y est dit qu’à Rome toute le monde , à l’exception des prêtres et de nos ennemis , a vu avec peine l’établissement du régime constitutionnel différé.
« L'Empereur ordonne ensuitè à son ministre des affaires étrangères de lui faire un rapport complet sur la question du pouvoir temporel, à Rome. Il est impossible de lire ce rapport , dit l’orateur, sans y reconnaître la touche impériale. On comprend bien qu’il a été écrit sous la dictée de l'Empereur.
■ Ce rapport est du 13 février 1810. 11 s’agitait autour de Napoléon for des passions analogues, sinon .aussi vives, Napoléon 1er ne l’aurait pas soufTert... des passions analogues à celles qui s’agitent autour du trône actuel.
« L’Empereur voulait voir clair au milieu de toutes ces menées et il demandait l’avis de ceux de ses serviteurs dans lesquels il avait le plus de confiance.
’« L’orateur donne lecture de ce long rapport, dans lequel M. le duc de Cadore, après s’être demandé si L’Empereur renouvellera la faute de Charlemagne en accordant à la Papauté un domaine sur terre et un pouvoir temporel, se prononce pour la négative. Il engage l’Empereur à écouter les leçons de l’experience. Il signale avec force les dangers de la souveraineté réunie au sacerdoce. Le pouvoir temporel est la cause de toutes les calamités qui ont pesé sur l’Italie et des troubles graves qui ont plusieurs fois agité le monde. On peut dire que la papauté a été l'adversaire le plus infatigable du repos des peuples de la Péninsule, et trop souvent du repos de toutes les autres nations. Le pouvoir temporel a été un motif de scandale pour l’Europe, et c’est à ses abus que l’on doit la séparation de l’Angleterre et de l'Allemagne
du giron catholique. Le schisme est né du pouvoir temporel. Les papes ont été les fléaux des peuples, parce qu’ils ont voulu en être les dominateurs. L’intérêt du pouvoir temporel a toujours été contraire à la religion. Rome , ajoute le rapport , Rome n’a malheureusement pas changé de politique. Le Pontife actuel est vertueux, sincèrement religieux; mais il s’est égaré parce qu’il a obéi au vieil esprit de la cour de Rome. Le mal est dans la nature de l'ihstitution; il faut le couper dans sa racine, par la séparation des deux pouvoirs.
< L’orateur trouve encore dans un passage de ce rapport, à propos des relations du Saint-Siège avec la République française, la preuve de ce que disait le cardinal de Rernis, que la papauté à toujours obtenu de très grands ménagemens de la France irréligieuse. C’est là, dit S. A. L, une particularité très remarquable dans l'histoire de l’Eglise.
• L’orateur, continuant la lecture du rapport, y rencontre aussi
la preuve d’un fait qu'il a allégué dans son discours de l’année dernière, et qui a excité les sourires de quelques-uns de ses collègues et l’émotion de' quelques autres. S. A. 1. avait affirmé qu’en venant sacrer Napoléon I, le pape Pie Vil était venu sourtoùt pour chercher à tirer de l’Empereur, au profit de la papauté* certains avantages temporels. ’
■ Eh bien .' cette assertion de l’orateur est pleinement confirmée par le rapport du duc de Cadore. H y est dit que le but du voyage du pape avait été la restitution des Romagnes et l’extension du pouvoir temporel. Ce but n’ayant pas été atteint, Rome devint l'asile de tous les brigands qui désolaient le royaume de Naples, un arsenal de guerre pour les Anglais, un lieu où les Français n’étaient pas en sûreté. Les demandes les plus légitimes du gouvernement impérial étaient imperturbablement repoussées; ainsi fut-il de la suppression des moines et de la dispense réclamée pour lés évêques français d’aller chercher à Rome l’institution canonique.
• Le rapport conclut en constatant que l’Empereur Napoléon 1 est placé dans l’alternative de ne plus reconnaître le pouvoir spirituel de la papauté ou d’anéantir le pouvoir temporel.
« Le choix ne saurait être douteux, dit ce document. Le premier parti répugnerait à la conscience de celui qui a relevé en France les autels et qui ne saurait vouloir altérer le culte par des innovations dangereuses. Mais la religion n’exige pas le maintien du pouvoir temporel ; son intérêt n’est pas attaché à la durée indé-
finie d’une autorité abusive. M. le duc de f.adore conseille donc à l’Empereur de supprimer immédiatement le pouvoir temporel.
• A la suite de ce rapport , l’Empereur ordonna à son ministre des affaires étrangères de rédiger un mémoire encore plus vif pour les membres du conseil privé de son Empire.
« S. A. I. dit qu’il ne lira pas en entier ce mémoire , mais il demande au Sénat la permission de lui citer dans ce document, ce qui ne se trouve pas dans le précédent.
« Il donne lecture d’un passage où il dit que Naples avait été aussitôt conquise qu’attaquée, mais que la résistance après la conquête s’était manifestée par le brigandage et l’assassinat, et qu’un ministre de Naples réfugié à Home organisait de là des complots et dirigeait des bandes d’assassins. •
• Ah! Messieurs, dit l’orateur, il me serait trop facile de tirer des avantages du rapprochement de ces faits avec les faits présens. Je ne le ferai pas pour ne pas passionner le débat , mais chacun de vous le fera.
• S. A. I. , continuant sa lecture , signale un autre passage du mémoire du ministre des affaires étrangères, où il est dit que Rome ne songe qu'à se plaindre de l’occupation d’Ancône; et elle fait observer que c’était alors absolument comme aujourd’hui.
« Le mémoire dit encore que l’obstination de la cour de Rome fait pressentir les plus grands dangers, et qu’on ne sortira de tant de difficultés que par l’abolition du principe de la confusion des deux pouvoirs.
« Après avoir cité les extraits principaux de ce mémoire remarquable , S. A. I. signale un dépêche en date du 25 juillet 1S10, adressée par Ortoli à M. de Cadore, où il est question de l’agitation entretenue à dessein par la cour romaine et sur excitéé au moyen de la propagation de faits miraculeux.
« Sera-t-il donc toujours dit, poursuit alors l'orateur, que les mêmes émotions ramèneront infailliblement les mêmes faits, et que quand on parle d'excès on sera conduit à citer des mandemens d’évêques? N’ai-je pas entendu parler dans ces derniers temps de grottes mystérieuses, de filles qui ont eu des entretiens avec la Sainte-Vierge? Ce sont encore les mêmes moyens qu’on emploie pour agiter les consciences.
< S. A. I. cite après cela ce que disait Napoléon aux députés des provinces romaines réunis autour de lui ; il fait remarquer que ces paroles sont officielles, que l’Empereur ne les a prononcées qu’après les avoir pensées, méditées.
« Je voudrais, ajoute-t-il, que Napoléon ni en adressât de semblables aujourd'hui!
• Il termine par la lecture d’une circulaire adressée par l’Empereur aux évêques, les 13 juillet 1810, de Zaïme eç Moravie, à propos d’excitations religieuses qui commençaient à agiter la France. Et il décjare que rien ne lui parait plus saisissant que de voir le grand -Empereur, au milieu de ses luttes gigantesques contre l’Europe, ne perdre pas de vue les principes de la séparation du spirituel et du temporel.
• J’en ai fini, dit Son Altesse Impériale, avec les documens de l’Empire ; j'arrive maintenant à la Restauration. Le Sénat y verra des faits bien curieux, et, lorsque je lui aurai lu certaines lettres de ce temps , sa surptise sera grande quand je lui dirai de quels noms elles sont signées.
• S. A. I. donne ici lecture au Sénat d'une lettre de l’évêque d’Ortou au comte de Jaucourt, en date du 10 novembre 1814, d’un mémoire adressé d'Italie à M. de Jaucourt par M. Jules de Polignac, d’une lettre de M. Courtois de Précigny, notre ambassadeur à Rome, datée du 20 juin 1818, de lettres de M. de Rlacas pendant les années 1819 à 1822. Tous ces documens représentent la cour de Rome sous le plus triste aspect. Trois divinités , dit M. Courtois de Précigny gouvernent ici: la vanité, l’argent, la peur.
i Rien ne sert de parler raison, dit encore notre ambassadeur. Les désordres, les brigandages de toute espèces sont consignés daus ces lettres, et on y voit que des personnages marquans ont été enlevés aux portes mêmes du Rome et rançonnés, et que lors d’un voyage du roi de Prusse à Naples, on dut échelonner 9,000 Autrichiens sur son passage dans les Etats-Romains dans la crainte qu’il ne fût porté atteinte à sa sûreté.
t A côté de ces désordres, on voit déjà germer l’idée de l’unité italienne et il y a sortout un sentiment que l’on voit dominer sur cette malheureuse terre d'Italie , c’est la haine du gouvernement de l’Autriche.
• C’est un triste tableau, mais à qui faut-il en faire un crime, au peuple, ou à ceux qui l’avaient si mal gouverné?
• Son Altesse Impériale fait encore quelques citations. M. de Laval-Montmorency, ambassadeur à Rome, écrivait en 1823 que le peuple demandait un meilleur système d’administration; qu’il était fâcheux de voir le sort de six cents individus emprisonnés et jugés dans le secret du cabinet par un cardinal à lalere ; que.
toujours ielanliste, le Pape veut reléguer les Juifs daus les ghetti, comme au temps de Pie VI.
• M. le baron de Damas disait dans une dépêche du 12 février 1827 qu’il faudrait préserver le gouvernement papal contre sa propre imprudence.
• Chateaubriand écrivait le 16 avril 1829 sur l’Italie une lettre qu’on peut considérer comme une prophétie clairvoyante et énergique. « On a tort, disait-il, de confondre avec une conspiration un état qui résulte d’une cause permanente et générale ... » Et plus loin : « La France excite des regrets et donne des espérances. »
L’auteur présentait ensuite l’état de l’Italie telle qu’il la voyait, et montrait le Piémont livré aux jésuites , les Milanais soumis à l’Autriche , le gouvernement du Saint-Père embarassé par ses finances, Naples restant asservie par la lâcheté de Sa population, et il ajoutait: • Mais si une impulsion venait db dehors. SI un souverain, en deçà des Alpes, établissait le régime constitutionnel dans ses Etats, une révolution aurait lieu , car tout est mûr. »
« C’est encore Chateaubriand qui a écrit: • L’age politique finit pour le christianisme, l’âge philosophique commence pour lui.»
• Encore une citation, dit S. A. I.. et, je l’avoue, j’aime, j’ai un certain plaisir à chercher mes argumens chez ceux qui aujourd’hui peuvent se trouver mes adversaires dans cette question.
» En voici une de M. de Lamartine; elle date, je crois, de 1847.
Il dit du gouvernement papal que c’est un gouvernement qui réunit les vices de toutes les natures du gouvernement, sans leurs avantages, et qu’à tous ces vices il ajoute l’instabilité; le pouvoir s’y trouve toujours entre les mains débiles d’un- vieillard ; l’élection se trompe quelquefois et va trover un Sixte-Quint , mais en ce cas la pensée du Pape fort meurt avec lui.
« J’ai vonlu, dit S. A. I , établir par ces citations trois choses, savoir: par les citations antérieures à 1790, que le gouvernement des Etats romains a été jugé exécrable de tout temps ; par celles »
empruntées à l’époque impériale , que l’ Empereur Napoléon considérait comme un malheur la réunion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel sur la même tête; enfin, par celles trouvées dans les archives diplomatiques de la Restauration que cette idée d’unité, loin d’être une idée de nos jours, une idée d’ambition personnelle et de conquête , germait dans toutes les têtes et animait tous les les cœurs patriotiques en Italie, des cette époque.
• Messieurs , cette situation du gouvernement papal est bien grave; elle l'est dans le présent comme elle l’a été dans le passé;
elle le sera dans l'avenir comme elle l’est dans le présent; toute amélioration y est impossible. 11 faut évidemment sortir de là.
« Je veux prouver celte nécessité, mais en négligeant les argumens secondaires. Ou a dit quelque part: La France est assez riche pour payer sa gloire; j'ajouterai qu’elle n’est pas assez riche pour payer (je veux employer un mot qui ne blesse personne) ses embarras et l’ingratitude qu’on lui montre Cette situation ne peut pas durer.
« La France a donné bien des conseils à la cour de Rome: quel est leur point de départ? C’est une lettre célèbre écrite par le Président de la République à son officier d’ordonnance, en 1849, presque au début de l’occupation de Rome. Et, à ce sujet, oh nous dit qu’il y aurait inconséquence à abandonner aujourd’hui Rome après l’avoir Occupée à cette époque.
• Je n’ai pas' à examiner dans quelles circonstances le Président de la République a été ou non engagé par la hnajorité de l’Assemblée législative; il a accepté à cet égard toute la responsabilité. J’ai donc le droit de me servir d'un document qu’il écrivait à ses risques et périls, sachant bien qu’il mécontenterait la majorité de celte Assemblée. Je m’en servirai donc.
< On lui écrivait de Rome des détails sur la situation exacte de l’armée française et sur les nécessités de réformes à accomplir par le govuernement ; il n’écouta que le cri de sa conscience et l’élan de son cœur, et écrivit à son officier d’ordonnance la lettre restée célèbre et que voici.
• Après avoir donné lecture de la lettre écrite en 1849 a M. le colonel Edgar Ney, Son Altesse Impériale continue ainsi:
• Notez que cette lettre pose des conditions claires , nettes , et j’aurais été incapable d’apporter à celte tribune un programme plus accentué.
« Eh bien ! ceux-là même qui blâment le plus l’expédition de Rome, cause des agitations actuelles, ne peuvent que rendre hommage à ces sages conseils du Président de la République, Louis- Napoléon; si ces conseils avaient été suivis, nous n’en serions pas au point où nous en sommes, et les agitations que nous nous efforçons aujourd'hui de calmer ne se seraient pas produites.
« De 1850 à 1860, que fait la France? Oh ! elle joue le rôle de Cassandre; elle donne toujours des conseils, et ces conseils, sont toujours repoussés. Je n’ai pas besoin de les rappeler, l’Empereur a voulu qu’il fussent connus, et il les a rendus publics.
• Le lendemain de Villafranca, l’Empereur, à peine sorti du
. Di
champ de bataille de Solférino, écrit encore au saint-père pour lui donner des conseils toujours sages, désintéressés.
■ On dit: il sont différens des premiers. Mais est-ce que la politique de la veille peut toujours être celle du lendemain ? La politique n’est pas immuable, ou plutôt si le but politique à atteindre reste le même, les moyens pour y arriver changent incessamment, en même temps que les circonstances. Eh bien ! l’Empereur écrit de Milan pour conseiller au saint-siège une transaction pour Bologne et les quattre Légations: on refuse.
« Plus tard il engage le gouvernement pontifical à afchanflnnner ce qu’il a perdu pour sauver definitivement le domaines de Saint- Pierre ; on s’y refuse encore. Aujourd’hui , après les grands événemens qui se sont passés en Italie, on offre encore au Pape, il y a à peine trente jours , les bases d’un arrangement. J’ignore quelles sont ces conditions nouvelles, et je serais bien curieux de les connaître, mais la dépêche ne nous dit pas quelle est la solution qu’on propose.
« Ce qui est certain , c’est qu’on n’a pas dit au Pape qu’il s’agissait de conditions immuables ; on a tenu comme toujours un langage amical, conciliant. Que répond-t-on ? Non ! toujours non ! le gouvernement papal se montre plus entêté, plus inexorable que les gouvernements d’Autriche et d'Espagne eux-mêmes.
« En effet, tous deux avaient fait une quasi-proposition, où ils conseillaient au pouvoir pontifical d’abbandoner Bologne e les quatre Légations pour obtenir la garantie du reste , et le cardinal Anlonelli a soin de dire : Non ! nous n’acceptons pas : tout ou rien ! Ce qui veut dire : Nous attendons votre défaite, parce que si vous avez la simplicité de maintenir le statu quo, nous aurons tout.
• J’arrive maintenant à un des points les plus graves de cette question que nous examinons'; je veux dire l’unité italienne avec Rome pour eapilale.
• 11 n’y a pas d’unité italienne sans Rome pour capitale. Ecoutez les plus sages , les plus modérés , mais ceux qui ont confiance dans l’Italie, et ils vous diront sans violence , avec calme, que la situation actuelle est impossible , que c’est une situation transitoire , qu’il faut la résoudre , et je ne puis , à celte occasion , m’empêcher de faire remarquer la modération de l’Italie.
• J’espère que rien de semblable ne se produira dans mon pays; mais, si cela arrivait, je souhaiterais qu’il donnât. le spectacle d’une telle modération. Sans doute des abus isolés, des crimes se sont produit ; mais je suis étonné qu’il n’y en ait pas eu davantage
dans ce pays après des événemens, des excitations qui ont éveillé tout ce qu’il y a de plus vibrant au cœur de l'homme et du citoyen.
• J’en appelle ù mes adversaires politiques eux-mêmes ; ils re-
connaîtront que la population de l’Italie a été parfaitement calme et modérée. •
• Dans celte question de l'unité italienne avec Rome pour capitale , je rencontre un argument créé pour le besoin de la cause, mais qui n’a jamais existé dans 11 réalité.
• On dit : Rome n’est pas aux Romains , Rome n’est pas aux Italiens; c’est une sorte' de propriété communiste appartenant à toute la catholicité. Eb bien, c’est là une hérésie politique qui ne soutient pas l’examen, je ne dirai pas d’un homme d’Etat, mais de tout homme de bonne fois qui voudra l’étudier pendant vingtquatre heures.
• Il n’est pas un esprit sérieux qui ose dire que Rome est une sorte de fidéi-commis que les Papes se transmettent de l’un à l’autre. Mais ces Etats de l’Eglise, ils ont été constitués par les malheureux traités de Vienne, et il n’est pas une des stipulations de ces traités qui ne soit signée par une puissance non catholique, par l’Angleterre protestante, par la Prusse protestante, par la Suède protestante, par la Russie schismatique.
• Cet argument, qui ne s’est ouvertement produit que dans la discussion publique, n’a pas osé prendre place dans les dépêches, sauf dans une seule qui avait un mauvais caractère. Elle avait été présentée en termes presque identiques par l’Autriche et par l’Espagne ; cela lui donnait une physionomie fâcheuse. L’argument y était indiqué par allusion.
« C’est donc un argument à exclure d’emblée, et, en vérité, il faudrait être bien fou pour admettre que les biens temporels de l’Eglise sont d’institution divine, et qu’ils sont tombés' pour ainsi dire du ciel avec leurs limites toutes tracées par l’Evangile luimême.
■ Non, Rome n’est pas placée dans un droit exceptionnel. Que des princes de l’Eglise, entraînés par un piété filiale, oubliant peut-être leur caractère de sénateur pour se rappeler plutôt celui de la robe dont ils sont revêtus, mettent le pouvoir temporel des Papes au-dessus de tous les autres, je le comprends ; c’est en quelque sorte un argument du cœur et non de la raison. Aussi n’estce pas à eux que je réponds, c’est au public que je m’adresse.
« Le gouvernement temporel dps Papes , dégagé des formes
oratoires dont on l'entoure , n’a pas d’autre caractère que les autres gouvernemens. La population de Rome a les mêmes droits que celles de Milan, de Paris, de Bruxelles, et si elle en usait pour expulser son souverain avec modération, avec calme... (Rires), elle ne ferait que commetre un acte qu’ont commis d'autres populations ... (Rumeurs.) Elle ne ferait que ce que les peuples ont fait en Belgique, en Italie, et l’Europe a reconnu qu’ils avaient le droit de le faire.
■ Cette unité de l'Italie , mais c’est une idée ancienne, tous les grands hommes de l’Italie s’y sont rattachés depuis le X11I >! siècle, tous ont voulu l’unité de leur pays. (Approbation sur divers bancs.)
• Je vous étonnerais-je beaucoup, Messieurs, en vous disant qu’en rechercant avec bonne foi et attendrissement les seulimens de Napoléon I er sur cette question, j’ai trouvé des choses tristes, mais bien importantes.
« Et d’abord c’est le général Bonaparle... mais vous savez que dans le général Bonaparte était en germe Napoléon... dans une proclamation de 1797, le général promet aux Italiens l 'unité, s’ils savent former des bataillons aguerris.
• Plus tard, après avoir parcouru cette immense carrière qui va de Toulon à Sainte-Hélène, l'Empereur prisonnier, l’Empereur livré à ses réflexions philosophiques, l’Empereur prédit l’unité italienne. Il parle de la nécessité de réunir .tous les habitants de la Péninsule sous un seul gouvernement, qui rendrait un grand service à l’Europe en établissant sur terre un contrepoids entre la France et l’Autriche, sur mer entre la France et l’Angleterre.
■ Ces paroles sont-elles assez explicites?
« Messieurs, je tiens ici à rappeler un souvenir historique, qui, je l’avoue, m’a vivement ému. En 1814, les patriotes italiens, incorrigibles sans doute, suivant nos adversaires, selon nous, héroïques et persévérants, rêvèrent un mouvement national pour délivrer l’Italie du joug de l’Autriche. *
■ Et un homme qui a siégé dans cette enceinte, c’est-à-dire à la Chambre des Pairs, M. le comte Rossi .........
un noble patriote, entra dans la communauté de ces efforts. Ces honorables Italiens firent appel au géant qui était enchaîné à leurs portes, ils invoquèrent ses conseils. Napoléon était à l’île d’Elbe; il accueillit ces ouvertures. Eh ! mon Dieu ! c’était peut-être un rêve ! Napoléon, habitué à manier d’immenses organisations militaires, songeait-il à se mettre à la tète de quelques malheureux exaltés qui voulaient délivrer leur pays? Napoléon n’bésita peut-
être pas, et, ce qu’il y a de certain, c’est qu’il dit des paroles touchantes qui portent tellement son cachet que l’on ue pourrait douter de leur authenticité.
«J’ai été grand sur le trône da France, répondait Napoléon... (Je le répète avant d’aller plus loin, c’était peut-être un rêve, mais enfin les rêves mêmes des grands hommes ont quelque chose de digne de respect.) « J’ai été grand sur le trône de France par la force « des armes; le caractère distinctif de mon règne a été la gloire des « conquêtes. A Rome, je serai l’homme de la paix.
« Je ferai une seule nation de tant d'éléments épars. J’ouvrirai < des routes, des canaux : je donnerai des débouchés au commerce
• italien. Les lois seront faites pour les Italiens. A Naples, à Venise,
• à la Spezia, s’ouvriront de grands chantiers maritimes, qui don-
• neront une nouvelle puissance à ce grand pays !
* Je ferai de Rome un port de mer. Il y aura là un grand peuple «de 30 millions d’hommes. Plus de guerres, plus de conquêtes! «J’aurai une brave armée, sur le drapeau de laquelle seront écrits ■ ces mots : Malheur à qui y louche ! et personne n’y touchera.
• J’étais César en France, je serai Camille à Rome.
* Rome égalera Paris. »
• Ainsi parlait Napoléon le 1er octobre 1841: mais je n’ai fait là qu’une digression, et je reviens à mon sujet, l’unité italienne. Cette idée de l’unité italienne, elle domine, peut-être malgré lui, les actes de Napoléon 111 lui-même.
« En partant pour l’Italie, l’Empereur, non pas dans une pièce diplomatique cette fois, mais dans une proclamation à l'armée et au peuple, où débordait son cœur, l’Empereur disait qu’il fallait que l’Italie fût libre jusqu’à l’Adriatique. L’Italie devait être rendue à elle-même, les Italiens devaient devenir un peuple ami.
• Ces expressions sont-elles assez nettes ! L’Empereur voulait l’Italie à elle-même, il proclamait son unité! Eh bien! que trouveriez-vous d’étonnanl à ce que ce vœu fût accompli aujourd’hui, à ce que nous rendissions à l’unité italienne cette pelite parcelle qui lui manque encore, Rome et son territoire? Ah ! je sais ce que l’on va me dire : Et Venise? Venise manquera encore à l’unité italienne. Je n’accepte pas l’objection.
Remarquez-le bien ! nos troupes ne sont pas à Venise ! Si nos soldats étaient à Venise, à Mantoue, à Vérone, nous demanderions avec la même énergie que ces possessions fussent restituées à l’unité italienne. Malheureusement, ils n’y sont pas. Et il n’y a pas lieu de s’occuper de cette question. Mais notre drapeau est à
Rome, la ville et son territoire sont sous notre sauvegarde. Il n’y a donc de notre part rien d’étrange à demander que ce fait anormal cesse enfiu.
• Messieurs, si dans cette proclamation de l’Empereur que je viens' de vous lire, le mot d’unité n’est pas formellement exprimé, on peut dire qu’il était dans son cœur, et qu’il a débordé de l’écritoire où il trempait sa plume; que l’idée y est tout entière.
• Lisez une autre proclamation, celle que fit l’empereur après la bataille de Magenta, à son entrée à Milan.
• Il promet aux Italiens qu’il n’y aura aucun obstacle à la manifestation de leurs vœux légitimes, et il les engage à profiter de la fortune qui s’oITre à eux. Il les pousse à s’unir dans un seul but, l’affranchissement de leur pays. Il leur dit : « Ne soyez aujour- * d’hui que soldats, demain vous serez les citoyens libres d’un grand pays. •
« L’idée de l’unité peut-elle être plus nettement exprimée?
• Si les habitants de Rome, un fusil d’une main, cette proclamation de l’autre, s’étaient rendus en 1859 sur les champs de bataille de la Lombardie, n’auraient-ils pas obéi à la voix d’un grand souverain? Lorsque, plus tard, les Italiens, celte proclamation d’une main, et dans une autre leur bulletin de vote en faveur de l’Italie unie et de Victor-Emmanuel, ont couru aux urnes du suffrage universel, n’ont-ils’pas suivi les conseils de Napoléon III, entrant victorieux à Milan?
• Et aujourd’hui quelle est la situation?
• Rome est entre nos mains; nous sommes les arbitres de la question romaine. De la conduite que tiendra la France dans cette question dépend le plus ou moins de calme de l’Italie.
• Si nous restous à Rome , celte agitation prendra des proportions dangereuses. Qui l’arrêtera? qui détruira l’unité Italienne? 11 n’y a pour cela que les Autrichiens ou nous. Quant à vous faire l’injure que vous puissiez avoir l’idée d’une intervention autrichienne, je n’y songerai même pas, car je sais respecter mes adversaires.
• Nous sommes tous Français ici, et il n’y a pas un seul de mes contradicteurs, de ceux qui combattent avec le plus d’energie les opinions enracinées dans mon cœur, qui pense un seul instant à livrer l’Italie aux armes de l'Autriche.
• Mais enfin cette situation , il faut y mettre un terme ... Ce
n’est point un argument de tribune, il s’agit d’une haute nécessité politique.
« La situation est intolérable pour l’Ilalie, intolérable pour U France , intolérable pour l’Europe. Il faut calmer les agitations.
Eb bien 1 si vous voulez les voir disparaître , il n’y a qu’un moyen... évacuer Rome! vous ne calmerez pas l’agitation italienne sans cela ! Le statu gtio serait un trouble permanent, une émotion perpétuelle.
« El , en présence de cette elTervescence générale , avez- vous bien réfléchi à la position de nos braves soldats à Rome dans un jour prochain peut-être ? Ferez-vous de nos soldats les gendarmes d’un pouvoir condamné... (rumeurs) condamné par l’histoire? Seront-ils obligés de défendre un gouvernement blêmé par tous les documens émanant du gouvernement de leur Empereur I un gouvernement qui méconnaît tous les avis généreux qu’on lui donne.
< Quelle est cette situation?
« C’est une situation de devoir. Nos soldats sans doute le rem- * pliront avec leurs dévoùment accoutumé ; mais ne nous empêchez pas de gémir sur les nécessités auxquelles nous sommes entraînés.
• Cette situation, elle avait failli se produire en 1809. Le Pape nous demandait des soldats pour soumettre les Légations, et ce même Rossi, dont je parlais tout à l’heure, a caractérisé ce qu’il y aurait eu de déplorable à voir les soldats de Montenolte et de Lodi asservir les Légations au gouvernement des prêtres.
Messieurs , il ne me reste plus que quelques paroles à ajouter pour clore celte trop longue discussion. J'ai tâché d’écarter et j’écarterai , dans la solution que je vais indiquer, tout idée religieuse et spirituelle. La religion est et doit rester en dehors de ce débat. Nous n’avons ici ni à la juger ni à la blâmer, nous la proclamons digne de notre respect, mais qu’elle ne nous entrave pas dans la politique que nous voulons suivre.
• Celte tactique qui consiste à mélanger sans cesse le spirituel avec le temporel (et si j’insiste peut-être trop là-dessus, c’est que là est la base de mon argumentation), cette tactique n’est pas la nôtre; ce u’est pas nous qui appelons l’Empereur Hérode! Est-ce ainsi qu’on remplit une mission d’ordre et de paix?
« Eh bien ! que devrait , suivant moi , faire le gouvernement?
11 devrait d’abord stipuler nettement tout ce qui est nécessaire pour assurer au Saint-Père l'honneur , la dignité , l’indépendance spirituelle, puis, ceci fait, et je n’ai pas à indiquer ici sur quelles bases cela se fera, c’est l’affaire des hommes d’Etat, qui y son-
gerout dans le silence de leur cabinet, ceci admis, il faudra que le gouvernement de l'Empereur notifie à Rome ce qu’il croit pouvoir faire pour l’indépendance spirituelle du Saint-Père, et les consciences catholiques ainsi rassurées, que nos troupes évacuent Rome.
Le Pape alors restera vis-à-vis de son peuple. Et dans le cas où les passions viendraient à livrer la ville éternelle à des troubles compromettans pour la sécurité du Saint-Père, donnons-lui l’assurance que, s’il le demande, des soldats italiens sauront le défendre dès qu’il les appellera.
« C’est franc, tout ce que je vous dis là. Quand le Pape se trouvera seul vis-à-vis des Romains , il avisera : s’il quitte Rome , ce sera sans doute un grand malheur , ce sera la cause d’uu grand trouble pour les consciences; mais j’ai la conviction que ce sera uu trouble momentané.
«Rappelez-vous d’ailleurs les leçons de l’histotre; elle vous dit que la cour de Rome cède devant la nécessité, mais en dehors de la nécessité jamais. Faisons-lui donc connaître notre decision avec respect mais avec énergie, et alors elle cédera.
Ce ne sera pas sous la seule infiuence de la peur, oh! non; il y a des circoslances où la raison doit nécessairement prévaloir; le temps amènera la transaction que l’Empereur désire entre le Pape et l’Italie, car il n’est pas possible qu’uu rayon divin de paix, de conciliation, ne descende pas sur le saint-père, pur lui inspirer de préférer sa dignité, son honneur, son indépendance spirituelle à un lambeau de pouvoir temporel toujours disputé, gardé... à quel prix ? et que forcément il doit perdre un jour.
« Ce que je demaude donc, c’est que l’Empereur fasse entendre sa voix. Qu’il se décide, il en est temps; la question est mûre; elle a été plaidée : il faut la juger. Oui, j’ai pleine confiance dans le gouvernement de l’Empereur , et ici , je ne parle pas pour le présent, je parle pour l’avenir, quitte à être désavoué par MM. les commissaires du gouvernement.
• Peu m’importe! j’ai pleine confiance que la question italienne se résoudra dans le sens de l’unité; que la solution ne saurait être autre sous Napoléon 111, quelle n’a été sous Napoléon I; que le spirituel doit être séparé du pouvoir temporel , et que l’ombre et le génie du grand Empereur inspireront les décisions de son successeur. »
Après un tel discours si persuasif, que reste à la France à faire dans cette interminable Question romaine 1 !... Procéder selon la Justice; c'est-à-dire: retirant ses troupes de Rome, laisser aux Italiens la pleine liberté d’arranger leur capitale, comme cela ordonne la logique et l’economie politique , et — Advienne que pourra !...
Mais qu’en adviendra-t-il?
Le statu quo ne peut pas durer longtemps: il faut ou retourner sous la férule inquisitionnaire , ou détruire même les derniers prestiges de l’état clérical. Avec lui on ne doit point transiger, et c’est la logique, dont nous enrichit le passé du genre humain, qui démontre la nécessité d’en finir une fois, pour toujours, avec le non possumus de l’Eglise.
Sans préciser en chiffres le nombre du clergé séculier et régulier des deux sexes en Italie, je voudrais que le lecteur prêtât attention aux chiffres suivants. Toutes les provinces italiennes sont, plus ou moins, peuplées par ces individus qui se sont mis hors des lois des hommes. En changeant de beaux millions (plus de 140) qu’annuellement dépense la société, tant par l’intermédiaire du gouvernement que par sa propre volonté (des aumôues) pour entretenir, dans toutes les provinces d’Italie, une armée de parasites qui dépasse deux cent mille prêtres, moines et nonnes, cette armée cessera de peser inutilement sur la société. Dirigeant les mêmes millions en moitié pour répandre l’instruction primaire du bas peuple, et en moitié pour diminuer la mendicité par l’organisation de maisons d’asile pour les infirmes et la vieillesse, on obtiendra sous tous les rapports de véritables bénéfices qu'apportera la sécularisation.
Il faut couper le mal dans sa racine. La vente des biens de mainmorte au profit de la nation, permettra que les voies de communication dans chaque province d’Italie trouveront d’un coup les capitaux pour être construites, dans la proportion de la richesse de ces biens, et de la pénurie de ces voies; en faisant exception de ces provinces où les moyens de communication se trouveraient dans une suffisante quantité. La vente des biens de main-morte permettra
d’amortiser une partie des dettes contractées pour la construction de ces moyens de communication.
Voilà ce qu’il adviendra pour l'Italie, — et, peut-être, pour ces pays, qui voudront imiter son exemple...
Or?...
Sur les pages de ce livre quelquefois j'ai rendu justice à la politique de Napoléon III, sans être guidé par quelque arrière-pensée de brûler de l’encens. Mon point de vue sur celte politique j'ai exposé depuis longtemps dans une lettre adressée, le 6 septembre 1859, à M. J. Proudhon. Cette lettre n’a pas été destinée à la publicité, pourtant je trove raisonnable d’en faire l’extrait suivant pour clore cette partie de mon travail. Le voici:
< ... Napoléon III est un homme à toute épreuve. Il connaît l’tiistolre; il doit doter la France de cette liberté, dont demandent tous ceux qui aiment l’humanité, la raison, et cette bonne et belle France qui s’avisait toujours si chaleureusement pour la cause sainte de la liberté des nations subjuguées, — cette France honnête, docile aux ordres du PSEUDO-DESPOTE, et prête à combattre les euménides des despotes véritables.
«Napoléon III, s’appuyant toujours sur l’amour de la France, gouvernée par la Justice , la clémence et par la liberté , et de l’autre côté, s'affermissant sur la reconnaissance des nations qui, aspirent après la liberté , dont elles sont privées et pour lesquelles il pourrait être un génie bienfaiteur, — Napoléon III sur ces deux bases peut fonder la force inébranlable de sa dynastie... Le sort des Napoldonides peut être digne d’envie, s’ils sauront aller avec l’esprit du temps et se tenir toujours à la hauteur de la mission mentionnée ... C’est tout dit... >
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