‹ La vérité sur les lettres de M. J. ProudhonChapitre 13 sur 15 · LES EMIGRES! A BAS LES NOBLES ! A BAS LES PRETRES · texte numérisé non relu

LES EMIGRES! A BAS LES NOBLES ! A BAS LES PRETRES

« Ouvrez tous les ■historiens qui ont écrit le récit des Cent-Jours, il. de Vaulabelle aussi bien que M. Thiers, ils sont unanimes sur ce point, que c’est par crainte de l’ancien régime et de ses privilèges des castes laïques et religieuses, qui a jeté la France dans les bras de Napoléon.

• Le retour de l’ile d’Elbe n’a pas d’autre signification. Si l’aigle impériale, fatiguée par tant de batailles, a pu voler de clocher en clocher jusque sur les tours de Notre-Dame ; c’est qu'elle était poussée par le souffle de la Révolution.

« A bas les preires! Ces derniers mots que des sénateurs ont cru entendre dans la bouche du prince Napoléon , qui ne parlait que des traîtres, ces mots qui ont tant ému l’Assemblée, ne signifiaient pas mort aux prêtres, comme veulent le croire les voltairiens

convertis, les catholiques d’industrie, auxquels M. Piétri Taisait allusion l’autre jour; ils voulaient dire tout simplement: plus de dîmes , plus de biens de mainmorte , plus de religion d'Etat. Le sang des prêtres! Hélas! Celui des flls de la Révolution devait sent couler sur le champ de bataille, et plût au ciel qu’après Waterloo, la Restauration n’eût pas fait plus du victimes politiques que les Cent-Jours!...»

A présent est le temps de donner le discours du prince Napoléon.

« s. a. i. le prince napoléon: Je demande la porole.

« Je n’avais pas l'intention de prendre la parole sur le para- • graphe de l’Adresse relatif aux affaires de l’intérieur ; mais le discours de l’honorable M. le marquis de La Rochejaquelein m’oblige à monter à cette tribune. Le discours que vient de prononcer l’honorable M. Baroche rendra du reste ma tâche facile ; seulement il a examiné la question soulevée par M. le marquis delaRoeliejaquelein au point de vue judiciaire et gouvernemental. Quant à moi, je me propose de défendre non seulement le gouvernement, mais aussi et sortout la société moderne.

• Je remercierait d’abord M. le marquis de la Rochejaquelein ds sa franchise. Il est temps en effet que les voiles tombent, que les cœurs s’ouvrent et que les opinions se développent au grand jour. M. le marquis de La Rochejaquelein a posé le programme de la contre-révolution à l’occasion de l’emploi que fait le gouvernement de la législation sur la presse ; je liens à mon tour à défendre la Révolution.

• Il n’y a peut-être qu’un point sur lequel je serais d’acord avec M. le marquis de La Rochejaquelein, un point qui a fait l’objet des conclusions de son discours c’est qu’il faut donner à la presse plus de libérlé^ mais nous différons essentiellement sur les principes. A, mes yeux, l’établissement de l’empire n’a sa raison d’être que dans l’application bien entendue des principes de la Révolution.

• Je ne suivrai pas M. le marquis de la Rochejaquelein dans les citations qu’il a cru devoir faire ; nous n’y avons vu après tout que des insultes réciproquement renvoyées. Je veux, s’il m’est permis de m’exprimer ainsi , élever le débat à la hauteur d’une question de principe et ne pas descendre aux questions de détail. f • Il est une citation pourtant, une seule, que je désire faire.

• M. le marquis de la Rocbejaquelein, dans son désir d*altaquer

le gouvernement , ne s’est pas contenté de citer des journaux français, il est allé, qu’il me permette de le dire, ramasser jusqu'aux cancans des journaux étrangers , et a rendu M. le ministre de l’intérieur presque indirectement responsable d’articles insérés dans le journal l’Italie. '

« Je ne me servirai pas d’armes semblables; je n'irai pas chercher dans les journaux étrangers les insnlles qu’il peuvent contenir contre ma personne ; je les dédaigne , ces insultes , et mon honorable ami, M le comte de Persigny, me rendra ce témoignage qu’en aucune circonstance je n’ai appelé la sévérité du gouvernement sur les journaux qui m’ont attaqué. Je tâche d’avoir le tempérament de la liberté , parce que je l’aime , la liberté. Vous la voulez, vous, au profit de vos passions, et vous n’en voulez plus . quand vous espérez que les sévérités serviront mieux vos rancunes. Voilà ce que vous avez dit.

« M. LC MARQUIS DC LA ROCHEJAQUELEIX. Moi ?

• s. a. i. lc prixce xapolcok. Oui, tel est du moiDS le fond de votre discours ; car vous reprochez au gouvernement de foire un mauvais usage des lois, parce qu’il ne frappe pas, suivant vous, avec assez de vigueur sur vos adversaires. Moi aussi je suis sensible aux injures, mais, par respect pour* la liberté, je ne demanderai jamais ni armes contre mqs adversaires, ni privilèges pour mes ami. ( Très-bien !)

• Je miens à la citation.

• Ici l’orateur donne lecture d’un article d’un journal publié à Vérone, sous la censure de l’Autriche, oii il découvre la pensée tout entière de la contre-révolution. Dans cet article , qui est le véritable programme de l’Autriche, on peut voir que celte puissance entend bien se préparer à la lutte, qu’elle parle d’exterminer tous ses ennemis, que le royaume d'Italie y est copdamné, et que notre grand gouvernement, enveloppé dans le même mépris, y est désigné ironiquement sous le nom du gouvernement du 2 décembre.

• m. lc comte de bocrqueney. Il n’existe aucune censure en Autriche. -La presse y est plus libre qu’en France.

s. a. î. le prixcc xapoléox . .Non ! la presse à Vérone n'est pas libre, et je puis en fournir la preuve. Je dirai , et je prie M. de Bonrqueney de constater le fait , je dirai que le rédacteur qui a écrit ces lignes habite une des casemates de Vérone, à côté du gouverneur, car c’est un Italien indigne de ce nom, et il a fallu

mettre une sentinelle à sa porte pour le défendre contre ses concitoyens indignés.

» En face de cette protection officielle, quand l’empereur d’Autriche était présent à Vérone, direz-vous que cet article ne compromet pas jusqu’à un certain point l’Autriche? Nous n’avons pas à faire de diplomatie ici; nous devons nettement, franchement, dire notre opinion. Eh bien .' je maintiens que le gouvernement autrichien est responsable dans une certaine mesure d’une semblable attaque.

• Ce qui me frappe dans les paroles de MM. de Ségur;d’Aguesseau et de La Rochejaquelein , c’est la persistance des attaques dont ils poursuivent mon honorable ami M. le ministre de l’intérieur.

* - Je dois le dire, je 11e suis pas toujours de l’avis de M. le

comte de Persigny. J’aime plus que lui la liberté, ou plutôt non, il l’aime autant que moi; mais j’ai en elle plus de confiance que lui, et , plus vivement que lui peut-être , j'appelle de mes voeux le couronnement de l’édifice.' Mais savez-vous pourquoi il est ainsi attaqué? C’est qu’il est le courtisan du malheur; il a sacrifié son sang, sa liberté pour la cause qui passait alors pouç une utopie parmi beaucoup de ceux qui» m’écoutent; il a eu l’instinct, le sentiment de l’idée du napoléonisme libéral, des principes démocratiques qui en font la gloire.

« one voix. Très bien 1

• s. a. i. le prince napoleon. Les explications données par M. le président du conseil d’Etat sur le banquet démocratique, puisque c’est le nom qu’on lui donne, et je l’accepte, ont rendu mes observations inutiles à cet égard ; cependant je veux rappeler au Sénat une phrase du compte-rendu officiel , phrase qui se trouve au début de discours de M. Itattazzi.

• En remerciant ceux qui* lui offraient ce banquet, il disait tout d’abord : « Ma première pensée se porte vers l’Empereur des Français, le digne chef de votre brave nation ... »

« S. A. I. fait encore observer que si le toast à l’Empereur a été porté par M. Ratazzi, c’est qu’on a pensé qu’il était plus convenable que ce toast se trouvât dans la bouche d’un Italien que dans celle de l’un des rédacteurs des feuilles françaises qui assistaient au banquet.

• Son Altesse Impériale poursuit ainsi: Et M. de la Rochejaquelein, qui est si bien instruit, aurait dù se rappeler que le buste de }’ Empereur se trouvait dans la salle du banquet. Mais savez-

vous où le buste de l’Empereur est insulté : brisé ? C'est dans l'armée du Pape. (Bruit.)

• Puisque vous avez reçu des renseignement de M. le général de Goyon . votre ami , demandez-lui de vous en donner sur les scènes qu’il a eues avec M. de Mérode, le chef de l’armée pontificale; il vous dira que, sans son respect pour la soutane de ce prêtre, peu «ligne de ce nom, il n'aurait peut-être pas eu assez d’empire sur lui-même pour ne pas répondre par de fâcheuses extrémités aux expressions dont se servait M. de Mérode en parlant du gouvernement impérial. C’est là qu’il faut chercher la haine pour le nom du Napoléon et pour la «France, et non pas dans la presse démocratique, qui se laisse sans doute entraîner parfois à des excès que je déplore, parce qu’ils nuisent à la grande cause qu'elle est appelée à défendre.

• Quant à la question d’hérédité, M. de La Rochejaquelein a fait une confusion que je ne veux pas laisser passer, entre l’hérédité juste, qui a pour but de donner plus de stabilité aux institutions du pays, et une autre hérédité. J’ai à cœur de montrer la différence : l’hérédité que je défends , est celle qui a été faite pour appliquer les grands principes de la Révolution, et non pas cette hérédité du droit divin, telle que la comprennent ceux que vous avez aimés jusqu’en 1852, jusqu'à l’époque où vous êtes entré dans cette enceinte, monsieur de La Rochejaquelein: et ce n’est pas un reproche que je vous fais, croyez-le bien.

■ Je fais une grande différence entre ces deux hérédités, et qu’on me permette à cette occasion, de lire ici les paroles du chef glorieux de notre dynastie, quand, en 1804, il acceptait l’empire héréditaire. Voici ce qu’il répondait au Sénat lui apportant le sénalus-consulte.

• Tout ce qui peut contribuer au bien de la patrie est essentiellement lié à mon bonheur ,

• J’accepte le titre que vous croyez utile à la gloire de la nation.

• — J’espère que la France ne se repentira jamais des honneurs dout elle environnera ma famille.

■ Dans tous les cas, mon esprit ne sera plus avec ma postérité, le jour où elle cesserait de mériter la confiance et l’amour de la grande nation. •

■ Voilà, messieurs, comment Napoléon entendait l’hérédité dans sa famille. (Mouvement).

< Puis, plus lard, après des malheurs que je ne veux pas rappe-

1er , faut-il vous dire quelles éloquentes paroles il adressait au peuple et aux soldats dans ses proclamations?

■ Son Altesse Impériale, après avoir cité les termes des proclamations dans lesquelles Napoléon I" rappelait que se droits , que ses intérêts, que sa gloire n’étaieut pas autres que les droits, les intérêts, la gloire du peuple françaais, continue ainsi :

• Et savez-vous à quel cris Napoléon a traversé la France, du golfe Juan jusque dans la cour des Tuileries? C’est au eri: A bas les émigrés! A bas les nobles! A bas les traîtres... (La plupart des membres du Sénat croient entendre les mots: A bas les prêtres. - Un vive explosion de murmures interrompt l'orateur. )

• h. le marquis ne la rochejaquelein. L’aveu est bon à recueillir.

• m. le premier president BARTHE. Est-ce là le symbole de la révolution comme vous l’entendez?

« h. le comte de segur-d’agdesseao. Ce langage est très-heureux; il est instinctif.

• m. le duc de la force. Pourquoi ne pas crier aussi : A bas la société ? ( Tumulte. )

• m. le baron de HECKERE.N. On sait que le Prince regrette la république. C’est convenu!

• m. le président. Vous rappelez-là , monseigneur, de tristes souvenirs, et je ne les crois pas, d’ailleurs, conformes à la vérité de l’histoire.

• s. a. i. le prince napoléon.' Je n’accepte pas le rappel à l’ordre; ce qu’on qualifie de triste souvenir, est une gloire pour notre pays. (Vives réclamations. )

« m. le president. Le retour de l’Empereur est* une gloire. les tristes souvenirs sont les manifestations dont vous prétendez qu’il a été accompagné.

• M. LE GENERAL MARQUIS DE LA LAWOESTINE. Il ne faut pas en effet d’équivoque.

« m. le duc de la force. Vous avez dit que l'Empereur était rentré de File d’Elbe aux cris de : « A bas les prêtres ! A bas le nobles! à bas les émigrés! • Cela n’est pas exact. (Vive agitation.)

« s. a. t. le prince napoléon. M. le duc de La Force n'a pas la parole...

• m. le duc de la force. Je la prends! Qu’on me rappelle à l’ordre, s’il y a lieu, mais je demande si le pays ne se compose pas de la noblesse, de peuple... (Interruption,)

• m. le baron de lacrosse. Je demande la parole.

• h le marquis de la rochejaquelein. Laissez parler M. de Lacrosse : il était présent à la rentrée de l’Empereur.

• s. A. i. le prince napoléon, l’ai constaté un fait. (Nouvelle interruption. )

• voix nombreuses. Il est inexact.

• m. le comte de lamarre. J'y étais , on n’a pas dit cela, on criait: Vive l’Empereur!

« m. le general marquis de LAwoESTiNE. J’ai entendu ce qui se disait à celte époque; je proteste.

• m. le baron de lacrosse. J’ai accompagné l’Empereur pendant une partie de sa marche triomphale , et il. n’aurait jamais permis qu’on proférât devant lui de pareil cris, des cris aussi anarcbiches, aussi anti-sociaux... (Très bieti! très bien!)

« s. a. i. le prince napoleon. Est-ce que M. le secrétaire a la j amie? (Bruits divers.)

■ m. le president. Il l'a prise et je l’y ai autorisé.

• voix diverses. Et vous avez bien fait.

• m. le comte segur-d’aguesseau. Cette scène est très utile.

« s. a. i. le prince napoleon veut reprendre la parole au milieu du Jaruit.

« voix nombreuses. A l'ordre 1 à l’tfrdre !

• s. a. t. le prince napoleon. Je n'ai pas donné mon appréciation : j’ai constaté un fait ...

• m. le baron de lacrosse. Il ne faut pas que les cjis à bas les n obles! à bas les prêtres ! sortent de cette enceinte sous prétexte de citation historique.

• m. le premier president barthe, se levant et s’adressant au prince. Il vous resterait, eu ce cas. à désapprouver, et vous devriez proclamer avant tout votre indignatiou contre ce que vous paraissez glorifier.

« s. a. i. le prince napoleon. Je rentre dans la discussion calme, si c’est possible.

• m. le comte de segur-d’aguesseau. Cela dépend de vous ...

• s. a. i. le prince napoléon. Et de vous aussi.

« L’orateur , reprenant sa discussion , dit qu’en parlant de la Révolution , il entend ce qu’elle a de sage, 'de bon et d’utile, il rappelle et cite les paroles adressées par l’Empereur Napoléon III, en 1856, au Sénat lui-même, à propos de l’hérédité dans la famille impériale. * L’héritier, disait l’Empereur, n’est pas le rejeton d’une famille, mais bien du pays tout entier, et le chef de la famille régnante est le premier citoyen du pays. > ( Approbation. )

• voix diverses. Eh bien! c’est cela; très-bien !

• m. le marquis de la Roc hejaquelein. Bravo! très-bien!

• s. a. i. le prince napoléon. Si vous entendez que l’hérédité ne constitue uii droit pour l’héritier au trône que dans le cas où il est à la tête des idées de progrès, nous sommes d’accord, sinon nous ne nous entendons pas.

• Permeltez-moi maintenant, messieurs les sénateurs, de faire à grands traits l’esquisse de l’Empire tel que je le comprends, moi, et tel que l'entend, de son côté, je crois, M. le marquis de La Rochejaquelein.

• Pour moi . l’Empire , c’est la gloire à l’extérieur , la destruction des traités de 1815 dans la limite des forces et des ressources de la France, l’unité de l’Italie, que nous avons contribué à affranchir, affermie et constituée.

• A l’intérieur, c’est l’ordre, sans doute, l’ordre sans lequel rien

n’est possible,- mais c’est aussi un ensemble de libertés sages et sérieuses , parmi lesquelles la liberté de ta presse ; c’est une instruction populaire sans limites, sans les congrégations religieuses et sans toutes ces institutions qui voudraient imposer le retour du bigotisme du moyen-âge... (Vive interruption.) ,

« s. em. le cardinal DoxNET. Qui donc veut vous l'imposer? qui donc? Vous ne vous laisseriez pas faire!

• m. le general vicomte de la hitte, à l’orateur. Vous ne discutez qas l’adresse!

• s. a. i. le prince napoléon. Je vais faire une citation que vous ne récuserez pas. L'orateur cite quelques phrases de M. Cousin en 1851 et dans lesquelles l’écrivain dit, entre autres appréciations, que dans le XIX' siècle il n’y a pas eu en France de gouvernement renversés, mais qu’ils se sont tous précipités eux-mêmes dans l'abîme.

• L’honorable M. de La Kochejaqueleiri veut-il que j’analyse les conclusions de sou discours? Je vais le faire: la politique de M. de La Rochejaquelein , c’est l’alliance avec l’Autriche... (Rumeurs.)

• m le marquis de la ROCHEJAQUELEIN. Laissez, messieurs, je répondrai.

• s. a. i. le prince napoleon. C’est la destruction de l’unité italienne, c’est la restauration du pouvoir temporel du Pape dans son entier. A l’iiitérieur, M. de la Rochejaquelein veut que tous les journaux, depuis le Siècle jusq’aux Débals, en passant même par le Constitutionnel, qu’on disait hier ici le plus mauvais de tous.

M. de La Rochejaquelein veut que tous les journaux démocratiques soient supprimés.

• El sur cette vaste hécatombe, que restera t-il ? Ah ! il restera la Gazzetle de France, V Union, le Monde, Y Ami de la Réligion, et peut-être encore ce dernier journal ue sera-t-il pas regardé comme digne de pardon , en raison de certaines modifications récentes. Voilà le spectacle de la société, selon le cœur de M. de La Rochejaquelein, voilà l’avenir qu’il rêve pour nous.

• En un mot, Messieurs, ce système... je regrette de mettre une certaine vivacité dans ce débat , mais la passion appelle la passion... ce système, savez-vous ce que c’est, Messieurs?... c’est la terreur blanche appuyée sur les baïonnettes étrangères! Ce système, nous n’en voulons plus, nous ne l’aurons pas.

« Si. jamais pareille politique était suivie de succès , si jamais on pouvait faire table rase des principes. révolutionnaires, l’Empire c’aurait plus de raison d'être, et l’on n’aurait plus qu’à appeler le duc de Bordeaux pour lui faire prendre sur le trône la place de Napoléon III. ( Bruyante agitation. )

• Mais je ne crains rien pour le grand gouvernement de mon pays! Il est enraciné dans le cœur du peuple! Tant qu’il continuera à représenter au dehors le principe des nationalités, tant qu’à l’intérieur il restera en communication avec les sentiments des masses, il peut défier tous les efforts des cléricaux. Je ne craindrai quelque chose pour Napoléon 111, que lorsqu'il y aura scission entre le peuple et lui 1

■ m. le comte ci.AHY. Mais il n’y a pas dans le pays deux catégories de citoyens.

« Plusieurs voix. — Laissez parler. On répondra.

• s. a. i. le prince napoleos. Nous soutenons l’Empire, M. de La Rochejaquelein et moi, mais d’une façon bien différente. C’est que 'nos points de départ différent aussi et ne nous |>ermettent pas de nous rencontrer.

Vous voulez, vous, que l’Empire retourne en arrière. Nous, nous le plaçons à notre tête , et nous lui disons : Marche ! marche .dans le progrès!... marche pour le bien de ce peuple qui a confiance en toi et qui t’adore!

« Ah ! monsieur de La Rochejaquelein , nos principes ne sont pas le mêmes... c’est qu’aussi nos antécédents son bien dissemblables! Tandis que vos ancêtres, obéissant à leurs principes et à leur conscience, déchiraient le sein de la patrie par les horreurs de la guerre civile, les nôtres tombaient à Waterloo sous les bal-

les de la contre-révolulion. (Vif mouvement sur tous les bancs.)

• m. le marquis de la rochejaquelein, se levant. — L’Empereur Napoléon 1er a dit que nos ancêtres étaient un peuple de géans. (Très bien! — Bruit.)

• s. a. i. le prince napoléon. Je ne veux pas animer le débat ; je fais, au contraire, tous mes efforts pour lui conserver le calme dont toute discussion a besoin,.. (Rires).

• s. a. i. le prince napoleon. Permett ez-rooi de faire appel à un souvenir personnel. Dans une assemblée où j'ai siégé, et où les passions étaient souvent surexcitées d’une manière violente, le maréchal Rugeaud , monta un jour à la tribune pour recommander le calme à ses collègues, les majorités étant tenues à plus de modération que les minorités. Eb bien! messieurs , vous devriez suivre vis-à-vis de nous le sage conseil que donnait le maréchal Bugeaud ... (Rires et Bruit.)

« m . le president. Le conseil est très bon , mais il faut de la modération dans les minorités comme dans les majorités ; elle doit être la règle de tout le monde. ( Approbation. )

• m. le comte de segur d’aguesseau. Je répondrai au Prince qu’une première fQis notre modération a été exploitée ! (Rumeurs.) *

« (M. le comte de Persigny s’approche du Prince et lui dit quelques mots. ) * ,

« s. a. i. le prince napoleon. Mou ami M. le comte de Persigny m’apprend que sur tous les bancs de l'assemblée on a cru que je disais: A bas les prêtres! Cela prouve combien tous ces orages sont regrettables , puisqu’ils empêchent de bien recueillir les paroles prononcées... J’ai dit: A bas les traîtres! et non pas: A bas les prêtres! (Obt oh!.)

• Une voix. — Nous avons parfaitement entendu le mot. (Oui! oui.).

• s. a. i. le prince napoleon. Si vous avez mal compris , -c’est la faute de cette émotion bruyante et regrettable qui se produit ici.

«.plusieurs votx. Nous avons très-bien compris,

« m. le president. Acceptez la rectification, au lieu de la contredire.

• m. le marquis de la rochejaquelein. Oui, acceptons-la, messieurs.

« s. a. i. le prince napoleon. Je n’ai pas l'abilude de reculer devant l’expression de mon opinion. Si j’ai uu défaut, c’est d’avoir trop de franchise. J’aurai l’occasion, dans la suite de la discussion

de l’Adresse, de parler non pas contre les prêtres, mais contre les envahissements de l’esprit clérical.

• Et alors, si vous voulez bien mettre un terme à celte ébullition juvénile (on rit), vous reconnaîtrez que je mets une grande franchise et une grande loyauté dans l’expression de mon opinion. (Parlez! continuez!)

• Je n’ai pas pris la parole pour mon plaisir, messieurs. J’ai dit que l’explication que M. de La Rochejaquelein donnait de l’Empire était fâcheuse, et j’ai voulu montrer ce que j'entends, moi, par la mission de l’Empire et de l’Empereur.

• L’orateur, pour résumer sa propre politique, termine par la citation d’une phrase de M. Thiers. M. Thiers émet l’opinion que. toutes les fois qu’une liberté naît en Europe, c’est un allié nouveau que gagne la France. Aussi se rieclare-t-il partout- et toujours partisan de la révolution. Il faut autant que possible la retenir entre les mains des modérés. Mais dùt-elle tomber sous la direction des radicaux, M. Thiers serait encore révolutionnaire.

• ( Une longue agitation succède â ce discours. La séance reste suspendue pendant près d’un quart d’heure. )

« A la reprise de la séance, M. de la Rochejaquelein monte à la tribune.

■ plusieurs voix. Vous ne pouvez* pas répondre , le Prince est parti.

• m. le marquis de la rochejaqueleix. Messieurs- les Sénateurs.

• m. le president. Monsieur de la Rochejaquelein , je vous en- • gage à ne pas oublier les paroles de conciliation que j’ai prononcées au commencement de celte séance.

• Je fais appel à votre modération et à votre loyauté: nous devons tous prévenir' le retour , des scènes fâcheuses, peu dignes de la gravité de celte assemblée. (Très-bien! tres-biens!)

• m. le marquis de la rochejaquelein. N’ayez aucune inquiétude, monsieur le président.

« Messieurs, il vient de se passer un grand événement.

< sur quelques bancs. — Mais non! mais non!

• M. LE MARQUIS DE LA ROCHEJAQUELEIN. — J’eiltcnds dire autour

de moi que je qualifie mal ce qui vient de se passer, que j’y attache trop d’importance. Ainsi le discours que le priuce Napoléon vient de prononcer n’aurait aucune espèce d’importance. (Rumeurs diverses. )

. • m. pi etri. Toujours les extrêmes 1

s. eh. le cardinal do. tNET, à l’orateur. — On vous accuse d'être extrême

• m. le marquis de la rochejaqueleix. Je ne mérite pas un tel reproche, je ne suis pas extrême.

• h. pietri. — Je n’ai pas dit cela.

• plusieurs voix. — Assez! assez! la clôture!

• h. le marquis de tqt rochejaquelein. — Je vois que dans l'état d’émotion où se trouve l’assemblée , il m’est très difficile de parler. Je propose une transaction. Remettons à demain. (Non, non !)

• m. le president. Les incidents doivent se vider tout de suite. (Adhésion. )

• m. le marqué de la rochejaquelein. J'avoue que j’eprouve un grand embarras. Le sénateur auquel je veux répondre n’est pas devant moi. On est toujours mal à l’aise lorsque l’on contredit un adversaire absent.

« plusieurs voix. Le voilà!

• S. A. I. le prince Napoléon prend place à son banc.

• m. le marquis de la rochejaquelein. Je ne suivrai pas mon contradicteur dans toutes les parties de son discours, mais il est des choses qui ont été dites, et auxquelles, il est impossible de ne pas répondre. Lorsque, sur l’invitation de l’Empereur, nous apportons ici les opinions et les conseils que notre conscience nous dicte, on dit que nous présentons le programme de la contre-révolution. On .nous dit: Vous êtes la contre-révolution, et moi je suis la révolution!

• s. a. i. le prince napoleon. Oui , nos politiques et non pas nos personnes. Non pas vous , mais le conseils que vous croyez devoit donner!

« m. le marquis de ljl rochejaquelein. Mais alors, aux yeux du prince, le Sénat! et le Sénat tout entier, est contre-révolutionnaire, l'Empereur lui-même est contre-révolutionnaire.

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